‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 8 sur 77 · CHAP. I. — PREMIERS TRAVAUX DE SAINT AUGUSTIN. IS · texte numérisé non relu

CHAP. I. — PREMIERS TRAVAUX DE SAINT AUGUSTIN. IS

promener dans des jardins attenant aux murs de la ville; et comme iis marchaient deux à deux, l'un avec lui, les deux autres ensemble, ils se séparèrent. Ceux-ci, chemin faisant, entrèrent dana une cabane où vivaient quelques-uns de ces pauvres volontaires, vos serviteurs, de ces pauvres d'jsprit à qui appartient le royaume des eiôus ; et là ils trouvèrent un manuscrit de la vie d'Antoine. L'un d'eux se met à lire ; il admire, son cœur brûle, et, tout en lisant, il songe à eml)rasser une telle vie, à quitter la milice du siècle pour vous servir. Ils étaient l'un et l'autre agents des affaires de l'empereur. Rempli soudain d'un divin amour et d'une sainte honte, il s'irrite contre lui-même, et jelant les yeux sur son ami : Dis-moi, je te prie, où donc tendent tous nos travaux? Que cherchons-nous? Pour qui portons-nous les armes? Quel peut être notre plus grand espoii-, au palais, que d'être amis de l'empereur? Et dans cette fortune, quelle fragilité ! que de périls ! et combien de périls pour arriver au plus grand péril? Et puis quand cela sera-t-il? Mais, ami de Dieu, si je veux l'être, je le suis et sur l'heure ! — Il parlait ainsi bouleversé par l'eniautement de sa nouvelle vie, et puis, ses yeux reprenant leur course dans ces saintes pages, il lisait. Sou cœur changeait à votre vue, et son esprit se dépouillait du monde, comme on vit bientôt après. Et il lisait, et les flots de son âme roulaient frémissants; il vit et il vainquit, et il était à vous déjà lorsqu'il dit à son ami : C'en est fait, je romps avec tout autre espoir; je veux servir Dieu, et à cette heure, en ce lieu, je me mets à l'œuvre. Si tu ne veux pas me suivre, du moins ne me détourne pas. — L'autre répondit qu'il voik lait aussi conquérir sa part de gloire et de butin. Tous deux, déjà vos serviteurs, bâtissaient la tour qui s'élève avec ce que l'on perd pour vous suivre. Pontitianus et son compagnon, après s'être promenés dans une autre partie du jardin, arrivèrent, en les cherchant, à cette retraite, et les avertirent qu'il était temf^ de rentrer en ville, parce que le jour baissait. Mais eux, déclarant leur f'<îssein, comment cette volonté leur était venue et s'était afîermie en eux, prièrent leurs amis de ne pas contrarier leur résolution, s'ils refu-- «aient de la partager. Ceux-ci, ne se sentant pas le même courag-e.

pleurèrjnt néanmoins sur eux-mêmes, disait Pontitianus. Ils félicitèrent pieusement leurs camarades, en se recommandant à leurs prières. Puis ils retournèrent au palais, le cœur traînant toujours à terre, et les autres, le cœur toujours attaché au ciel, restèrent dans la cabane. Tous deux avaient des fiancées qui, à cette nouvelle, vous consacrèrent leur virginité! — Pendant que Pontitianus parlait, continue saint Augustin, je me rongeais intérieurementj'étais pénétré de confusion et de honte. Il se retira et alors que ne me dis-je pas à moi-même ? Le visage troublé comme l'esprit, je saisis Alypius et m'écriai : Que faisons-nous donc? Qu'est-ce que cela? Que viens-tu d'entendre? Les ignorants se lèvent, ils forcent le ciel ; et nous, avec nos sciences sans cœur, nous voilà vautrés dans la chair et dans le sang ! Est-ce honte de les suivre, ou plutôt n'avons-nous pas honte de ne pas même les suivre? Quoi, ne pourrais-je pas ce qui est possible à ces enfants et à ces femmes *? » 8. La vocation monastique de saint Augustin date de ce jour, qui fut aussi celui de su conversion définitive. C'était dans le dessein formel d'embrasser la vie religieuse qu'il était revenu en Afrique. Il s'établit avec ses amis dans son domaine patrimonial de Tagaste, et le transforma en monastère. Pour asseoir cette institution naissante sur le fondement de la pauvreté évangélique, il ne voulut pas même conserver la propriété de son preedium. Il en fit don à l'église de Tagaste, à la condition que l'évêque fournirait annuellement à la subsistance de la petite communauté. La nourriture, les vêtements, les livres, tout était en commun parmi les frères. Nul ne possédait rien en propre. Cette loi du renoncement 5,bsolu était, aux yeux d'Augustin, le premier fondement de la vie jeligieuse. Le second était l'obligation du travail soit intellectuel soit manuel. Il redoutait également pour les cénobites la richesse ' t l'oisiveté. Aussi on le vit plus d'une fois refuser les donations quç lui offrait la charité des fidèles. Il avait coutume de dire : .« Que celui qui voudra déshériter sa famille pour enrichir un mo-

* s. AugusU, Çonfess.j lib. VIII, cap. VI. Traduction de JJ. le comte de UoDtalembert.

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