‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 4)Chapitre 71 sur 77 · CHAP. V. — SECOND EXIL DE CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

CHAP. V. — SECOND EXIL DE CHRYSOSTOME

<îe Dieu présidait avec eux les assemblées ecclésiastiques et continuait ;\ instruire son peuple, avec un zèle et une sollicitude ?tdiîsl« rables. On eiàl dit que le danger redoublait la sérénité de son c>.>s. L'époque du jeûne dominical, ce printemps de l'année ccclésiaao tique, était arrivé. Antiochus de Ptoléniiiïs, avec quelques autres de sa faction, revint kôuver l'empereur. Il est temps, dit-il, de mettre un terme à tant de scandales. Jean Chrysostome a été doublement condamné. Votre majesté ne doit plus souffrir qu'il pro* fane l'Église par sa présence. Veuillez d»nc prendre des mesures pour qu'il soit expulsé avant les prochaines fêtes de Pâques. — Arcadius y consentit. Il envoya un commissaire impérial chargé de notifier à l'archevAque un ordre d'exil. — Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Dieu, m'a confié cette Église, répondit Jean. Il m'a imposé le soin de la gouverner; je ne l'abandonnerai pas volontairement, .\llez dire à votre maître qu'il peut employer contre moi la force dont il dispose. Cette ville lui appartient, il est libre de m'en faire expulser. Mais autrement, je ne déserterai pas mon poste. — L'officier retourna au palais et y transmit cette noble réponse. On n'insista pas pour le moment. Toutefois, par prudence, Chrysostome s'abstint dès lors de paraître aux offices publics et se tint renfermé dans la demeure épiscepale. Mais le grand samedi (samedi saint), anniversaire du jour oii le Christ descendit aux limbes et en arracha îes âmes des justes, un messager impérial se présenta de nouveau et indma au bienheureux Jean l'ordre de quitter Constantinople. Il répondit comme la première fois. Arcadius était retenu par le respect d'un jour aussi saint et par la crainte de soulever une sédition dans la ville. Par son ordre, Acacius de Bérée et Antiochus de Pfcolémaïs furent mandés au palais. Que faut-il faire ? leur dit-il. Prenez garde à ce que vous demandez. Vos conseils ne me paraissent ni opportuns, ni sages. — Ces traîtres, affectant alors le langage du dévouement le plus absolu et de la conscience la plus droite, s'écrièrent : Auguste empereur, nous répondons sur notre tête de la légitimité, des mesures que vsus allez prendre contre Chrysostome. — ' Ce ir.<jt fixa les incertitudes du prince. On sut bientôt que les ordres les plus

rigoureux allaient être donnés. Il restait une dernière ressource. Les quarante évêques réunis autour de Jean se rendirent près de l'empereur et de l'impératrice , les suppliant avec larmes d'avoir pitié à?. VErihe du Christ, de ne pas convertir la solennité pascale en un deuil public, et de ne pas retaxxler le bonheur dos catéchumènes qui devaient, après une si lonq-uè préparation, recevoir en ce jour le sacrement de baplC-me des mains de leur pasteur et de leur père. O.i ne daigna pas les entendra. L'un d'eux, \» bienheureux Paul, évêque de Craté, sai.si d'une généreuse indignation, s'approcha de l'impératrice et lui dit à haute voix : « Eudoxia, il en est temps encore, songez à la justice de Dieu et à l'avenir de vos enfants. Gardez-vous d'ensanglanter ce grand jour où le Christ est ressuscité pour le salut du monde ' ! »

17. « Cette prophétique menace n'eut pas plus d'elTet que les prières, et les qnni-ante cvênnns rpvinrent dans les divers logements qu'ils occupaient à Coristantinopîo. ils passèrent toute cette nuit les uns dans les larmes, les autres dans un accablement voisin àe la stupeur, tous dans une consternation inexprim.aijîe. Cependant, les prêtres du bienheureux Jean avaient indiqué le baptistère de la basilique constantinienne, pour y conférer le baptême aux catéchumènes. Le penple passait cette veille sainte dans l'église. Les fidèles y psalmodiaient; les néophytes recevaient le sacrement de la régénération, ainsi qu'il se pratique dans la nuit pascale. Severianus de Gabaîa et Acacius de Bérée allèrent dénoncer le fait comme un attentat contre l'empereur. Ils s'adressèrent à Anthémius, gouverneur de la ville, et le requirent de faire adresser une sommation à la fouîe pour ia contraindre ce se rc^unir dans la basilique de Sainte-Sophie, où la faction avait fixé le lieu de son assemblée. Le magistrat refusa dabord son concours. Il est nuit, disait-il, l'attroupement est considérable. Nous nous exposerions â d'atîreux désordres. — Les deux évêques calmèrent ses scrupules, l'assurant que tant se passerait paisiblement. Le gouverneur céda à regret. Il mit à leur disposition quatre cents scutaj^ii de la garde impériak, commandés par un ofiicier païen, Lucianus, au*

« Pallad., Icc. ciL

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quel il enjoignit de s'abstenir de toute espèce de violence, et de se présenter seulement au baptistère de l'église constantinienne pour notifier au peuple l'ordre de l'évacuer et d'aller célébrer la vigile pascaîe à Sainte-Sophie. Lucianus se conforma d'abord à ses instructions. Il laissa sa troupe à la porte du baptistère, entra seul et lut la proclamation qui fut accueillie par un refus unanime. Il n'insista pas et revint informer Acacius de Bérée des dispositions où il avait trouvé la multitude. Cet évêque indigne entreprit alors de séduire l'officier païen. Il lui promit un avancbdienfc rapide, des honneurs, des richesses et la faveur impériale s'il consentait, sans en informer Anthémius, à prendre l'initiative d'une mesure de rigueur. Le soldat hésita quelque temps, mais enfin les brillantes perspectives qu'on faisait miroiter à ses yeux, triomphèrent de sa conscience. 11 partit de nouveau, à la tête de sa troupe, et accompagné de quelques clercs chargés par l'évêque de stimuler son ardeur. — On était à la seconde veille de la nuit (minuit). Les catéchumènes, en deux groupes séparés, les hommes à côté des diacres, les femmes à côté des diaconesses, étaient rangés autour de la piscine sacrée, et suivant l'usage, quittaient leurs vêtements pour descendre dans le bain de la régénération, lorsque les quatre cents scutani, en nombre égal à celui des farouches compagnons d'Esaii, envahirent le baptistère, l'épée nue à la main. On se jeta sur le diacre qui portait l'huile sainte ; on lui arracha le vase précieux et le chrême fut répandu à terre et foulé aux pieds. Les prêtres furent égorgés, le sang rougit l'onde sacrée. Une scène d'horreur épouvanta cette nuit angélique où le Christ renversa l'empire des démons. Les femmes, demi-nues, s'enfuyaient autant par un sentiment de pudeur que par crdnte de la mort. Les cris des mourants et des blessés se mêlaient au fracas des armes. Les vierges du Seigneur, les diaconesses, leurs vêtements en lambeaux, se dérobaieiit à l'insolenco des soldats. Les vases sacrés furent rois au piiiage. La horde sacrilège poursuivit alors les fugitifs à travers les rues de la ville. Tous les diacres et prêtres dont on put se saisir fureot jetés au fond des cachots *. u

* PaUad., loe. cit.* col. 32* 33.

'' 18. Si quelque chose pouvait compenser l'indignité de part!il^' désordres, inspirés et commandés par des èvêques, ce serait le courage des fjdèles de Constantinople. Les catéchumènes, si odieusement pourchassés durant cette terrible nuit, n'aspiraient qu'avec plus d'ardeur au baptême. La menace du martyre les avait transformés en héros. Au lieu de regagner leurs demeures, ils avaient quitté la cité maudite et r'étaient réunis dans le Pempton, vaste polygone que Constantin le Grand avait fait terrasser et clore de palissades, comme un cirque, pour les manœuvres de cavalerie. Ce fut là qu'ils reçurent enfin le sacrement de régénération. Ce fut là qu'ils résolurent de célébrer la fête de Pâques. Tous les fidèles vinrent les y rejoindre. « Or , le matin de Pâques , continue Palladius, l'empereur étant sorti à cheval ne fut pas médiocrement surpris de voir le Pempton littéralement couvert d'une foule immense de personnes vêtues de blanc. Les néophytes étaient au nombre de trois mille et portaient tous la robe blanche du baptême. Arcadius demanda ce que signifiait ce rassemblement. Les officiers de son escorte lui répondirent que c'était l'assemblée des hérétiques. — Tel était le nom qu'à la cour on donnait aux pieux fidèles, — L'empereur fit un geste de mécontentement. Aussitôt, les plus empressés des officiers de l'escorte, se détachant du cortège, coururent chercher une bande de soldats, et vinrent à leur tête se jeter sur la foule inoffensi\ ^. A coups de sabre, on se fit jour dans les rangs. Les fidèles, sans opposer aucune résistancii, ofTraicnt leur poitrine aux épées nues. On les arrêta par milliers; quelques clercs furent saisis avec eux, et jetés dans les diverses prisons de la ville. La soldatesque s'acharnait de préférence sur les femmes nobles et riches qui se trouvaient dans l'assemblée. Aux unes on enlevait leur manteau de soie, à d'autres les pendants doreilles qu'on arrachait avec la chair vive. Toutes étaient menacées dans leur honneur, plus précieux pour elles que la vie. L'épcuse du patricien Eleuthérus, pour se soustraire aux outr»ges, abandonna toutes ses parures, se couvrit d'un capuchon emprunté à une servante, et s'enfuit à travers les rangs de la soldatesque. Quelques heures après, toutes les prisons regorgeaient

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de captifs. On eût dit qu'elles étaient transformées en églises. Les hymnes de la psalmodie sacrée, la célébration des saints mystères, s'y accomplirent avec une admirable ferveur. Cependant, .es basiliques de Gonstantinople étaient remplies de soldats et d'uae horde de pillards qui acclamaient les évêques de la faction , et avec mille blasphèmes horribles, poussaient des cris de mort contre Chrysostome ^ »

19. Cette situation se prolongea jusqu'aux fêtes de la Pentecôte. L'illustre archevêque n'avait point quitté sa demeure, depuis le jour où le premier message impérial lui avait fait comprendre qu'Eudoxia ne reculerait devant aucun crime pour assouvir sa vengeance. Ce fut dans cette retraite qu'il adressa au souverain pontife la lettre suivante : « A mon maître vénérable et très-saint, l'évêque Innocent, Jean, salut dans le Seigneur. — Je ne doute pas que votre piété n'ait déjà appris par la rumeur pubhque, les attentats qui viennent d'ensanglanter cette église. L'audace des méchants a été telle que l'univers entier en a retenti. Le bruit de ces tragiques événements porté partout a excité partout la même douleur et la même épouvante. Mais il ne suffit pas de gémir sur tant de désastres, il faut y t''juver un remède. Dans cette horrible tempête, nous avons cv\ devoir prier les très-vénérables et saints évêques nos frères, Lemetrius, Pansophius, Pappus et Eugène - de se rendre près de votre paternité pour Tinstruire exactement de cette série d'abominations, afin que vous puissiez, par votre autorité apostolique, y mettre un terme. » Chrysostome racontait ensuite dans le plus grand détail les fourberies de Théophile, les diverses phases du conciliabule du Chêne, son premier exil, son retour et les nouvelles violences qui l'avaient suivi ; puis, il ajoutait : «Le désordre ne s'arrête plus a la métropole, il a gagné tout lOrient. De la tête aux extrémités, la contagion de l'impiété et de la révolte s'est répandue dans toutes les églises d'Asie. Partout, les clercs s'insurgent contre leurs évêques ; les évêques se séparent entre eux ; U. divif.

« Palîad , îoc. cit., col. 34. — * Pansophius était évêque de Pisidie, pap^i» de Syrie, Demetrius de la seconde Galatie, et Eugène de Pfcrygie.

sion a pénétré dans le peuple : c'est le bouleversement du monde, une effrayante menace de calamités plus grandes encore. A vous donc, vénérable père, de concert avec les évêques d'Occident, il appai^.ient d® déployer l'énergie et l'autorité nécessaires pour mettre un frein à l'impiété triomphante. Je vous en conjure, veneznous en aide et réprimez cette lamentable anarchie. Déclarez solennellement que tout ce qui a été fait jusqu'ici par une partie en l'absence de l'autre est nr* etàe nul effet. Proclamez les règles de l'Église en cette matière, et que ceux qui les ont violées en subissent la peine. Quant à moi, ]e n'ai été ni entendu, ni convaincu et par conséquent je ne saurais en aucune façon admettre qu'une sentence de déposition ait pu être régulièrement portée contre moi. Devant Dieu qui me jugera, et devant vous, très-saint et vénéré père, je déclare que ma conscience ne me reproche rien. Si l'on prétend me poursuivre à propos de délits que j'ignore, qu'on me désigne un tribunal intègre, des juges impartiaux. Je suis prêt à y comparaître. Mais, dans ce qni s'est passé jusqu'ici, toutes les lois ont été violées, tous les règlements hiérarchiques foulés aux pieds. Il n'y a pas de tribunal païen, de tribunal barbare oii l'on se fût permis de telles énormités. Chez les Scythes, chez les Sarmates, on n'a jamais condamné un homme sans le voir, sans le connaître, sans l'entendre, à son insu, en son absence, quand il avait tout droit de récuser, je ne dis pas ses juges, mais ses ennemis déclarés; quand il demandait justice à grands cris, quand il s'offrait de repousser toutes les accusations et de démontrer son innocence à la face de l'univers. C'est là ce qui s'est accompli parmi nous. Les très-vénérables évêques, nos frères, en instruiront votre paternité. Lorsque vous aurez recueilli de leur bouche ces détails inouis et pourtant véritables, nous vous supplions de daigner nous venir en aide. Ainsi, vous rendrez service non-seulement à notre humble personrip, mnis > l'universalité dos églises qu'une pareille tyrannie, si elle se prolongeait, aurait bientôt réduites à la plus .iiî-^nble oppression, li^nfin, vous mériterez la récompense de Jésus-Christ Notre-Scigneur, qui a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour assurer la grâce et la paix à son peuple. Adieu,

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seîgnenr révérendissime et très-saint père , priez pour rooi *. tV 20. Il fallait longtemps alors pour qu'une lettre écrite de Constantinople parvînt à Rome. Lorsqu'Innocent I reçut cette requête du génie et ae la vertu persécutés, le? événements s'étaient précipités en Asie, et Chrysostome était déjà en exil. Quelques jours avant l'arrivée des évoques porteurs de ce message, le pape avait reçu un lecteur de l'Église d'Alexandrie, chargé par Théophile de remettre au souverain pontife un billet d'un laconisme presque insultant, pour lui notifier, sans aucune autre explication, qu'il avait jugé à propos de déposer l'évêque de Constantinople. Le pape fut indigné de l'arrogance du patriarche, 'o pia-/.à:'.o; îciîta;

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lecteur d'Alexandrie n'avait point d'autres explications à fournir. On lui demanda comment il se pouvait faire "que Théophile mandât seul une aussi grave nouvelle, sans indiquer le nom des prélats qui avaient concouru avec lui à une sentence de ce genre, sans faire parvenir ni procès-verbaux réguliers, ni lettre synodale. A toutes ces questions, le lecteur député restait muet, soit qu'il n'en sût pas davantage, soit que ses instructions lui eussent commandé un silence absolu. Sur ces entrefaites, arriva de Constantinople le diacre Eusebius, envoyé par l'archevêque Jean. Il se présenta à l'audience du pape Innocent et lui remit un mémoire dans lequel il le suppliait, au nom des intérêts les plus chers et les plus sacrés, de surseoir au jugement définitif, lui jurant qu'avant peu il aurait la preuve qu'une trame infernale avait été ourdie et qu'elle serait bientôt percée à jour. En effet, une semaine n'était pas encore écoulée, lorsque les évèques déjà nommés arrivèrent et remirent au pape l'éloquente requête de Jean Chrysostome ^. n C'est Théodore, un diacre de l'Église romaine, c'est-à-dire ce qui signifierait de nos jours un cardinal, qui s'exprime ainsi. l\ avait été lui-même témoin des anxiétés et de l'embarras du saint pape Innocent I, en présence de ces renseignements contradictoirep, les

(1) Pallarl., loc. cit., cap. 11, col. 7-12, passim. — (2) Pallad,, loc. oit; éol. 8. — (3) Pallad., loc. cit., col. 8.

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seuls qui fussent encore parvenus officiellement à Rome au sujet d'un éclat qui embrasait alors toute l'Asie. Rien ne prouve mieux en fai\ ia reconnaissance de la suprématie du siège apostolique, puisque les deux partis y recouraient simultanément, l'un pour se plaindre, l'autre pour se justifier. Mais aussi, en droit, rien ne saurait mieux démontrer son absolue nécessité. L'Eglise catholique, œuvre divine, ne subsisterait pas quinze jours dans l'unité de foi, de discipline ou de gouvernement, sans un chef incontesté, reconnu de chacun et supérieur à tous, qui puisse prononcer souverainement dans les conflits de doctrine, d'intérêts ou de personnes. Entre Théophile et Ghrysostome, la question pouvait paraître indécise aux yeux des contemporains. Celui-ci était connu, admiré et aimé de tout l'univers pour son éloquence. Mais le plus beau génie oratoire peut se tromper. Ghrysostome pouvait donc être dans l'erreur. La preuve qu'il le pouvait, c'est que les trente-six évêques du conciliabule du Chêne l'avaient cru, ou du moins l'avaient attesté. Théophile était patriarche d'Alexandrie. Comme talent, à coup siir, il ne valait pas Ghrysostome. Mais encore faut-il noter que le niveau entre le génie et le talent plus ou moins médiocre ne s'établit jamais d'une façon exacte par les contemporains. C'est exclusivement l'œuvre de la postérité qui remet chacun à sa place et, dans son impartialité désintéressée, efface les titres, les honneurs, les dignités, pour n'apprécier que le mérite individuel. Aussi, je suis convaincu que Théophile eut de son vivant des admirateurs qui rélevaient fort au-dessus de Ghrysostome. Ils y avaient un intérêt considérable, puisque Théophile savait parfaitement récompenser ses adulateurs. De plus, leur rôle n'était pas absolument ridicule, ni leur admiration trop manifestement excessive, puisque saint -Térôme, le premier littérateur de son temps, prenait la peine de traduire du grec en latin les lettres pascales de Théophile, et les e^.?ç^yait à ses amis de Rome comme des chefs-d'œuvre. Enfin, sous le rapport du caractère et de la vertu épiscopale, on ne soup* connaît pas, en dehors de l'Egypte, les violences, les abominations et les crimes dont s'était souillé le patriarche d'Alexandrie. Uu voile de silence avait été jeté sur ces forfaits. Les témoins qui au-

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raient pu les dénoncer à l'indignation de l'univers avaient les una cédé aux sollicitations ou aux menaces d'Eudoxia, les aut'-es achetédes honneurs et de la fortune en vendant fort cher la promesse de ne rien dire. Ceux-ci, comme les Grands-Frères, s'étaient contentés de retourner au désert, et d'y ensevelir leur seerst; ceux-là, comme l'abbé Isidore, avaient succombé dans les cac!îc4s ou dans les fatigues de longs et pénibles voyages. Restait donc uniquement pour guider le jugement des contemporains une double circonstance qui était entièrement favorable à Théophile, et qui avait eu un retentissement universel. Je veux dire l'éclatante conversion de ce patriarche, lequel, après avoir ouvertement patronél'origénisme, s'en était fait l'adversaire le plus implacable ; et enfin, les lettres élogieuses que lui avait écrites saint Épiphane et la communion ecclésiastique que ce vénérable évoque avait maintenue avec lui jusqu'à la mort. Tout se réunissait donc pour compliquer aux yeux des contemporains une question qui nous paraît aujourd'hui si claire. L'attitude du siège apostolique, dans cette lutte de la perfidie contre l'innocence, du crime contre la vertu, de la raison d'État contre la justice, fut vrainaent admirable. « Le bienheureux pape Innocent, continue le diacre Théodore, après une mûre délibération, répondit à Théophile que la sentence de déposition contre Chrysostome ne paraissait pas suffisamment justifiée; qu'il la tiendrait comme nulle et non avenue jusqu'à ce que l'affaire eût été examinée et définie par un concile général de l'Orient et de l'Occident d'où l'on écarterait les amis et les ennemis des deux parties adverses, et où ne seraient comme juges que des évêques complètement désintéressés dans la question. La réponse adressée à Jean Chrysostome était conçue exactement dans le même sens. Les deux messages étaient à peine expédiés, l'un pour Alexandrie, l'autre pour Constantinople, quand un prêtre égynûen, nommé Pierre, et le diacre byzantin Martyrius, envoyés tous deu^^ par Théophile, apportèrent à Rame un mémoire rédigé sous forme de procès-verbal, et ayant l'air d'actes synodaux ♦. Jean Chrysostome,

* C'étaient les actes du conciliabule du Chêne.

d'après ces documents, paraissait avoir été condamné par trentesis évêques, dont vingt-neuf appartenaient à la province d'Egypte, et les sept autres à divers diocèsas. Le pape Innocent examina Bcrupuleusament ce dossier. Il n'eut pas de peine à découvrir la fraude, La plupart des accusations lormulées étalent puériles, les autres notoirement fausses. Jean n'avait pas comparu en personne; il n'avait point produit de défense. La mauvaise foi, la fureur et la vengeance de Théophile éclataient de toutes parts, dans ces prétendus actes. Cependant, le seuverain pontife ne voulut point sévir encore contre ce patriarclie, parce qu'il était absent et ne pouvait se défendre. Il ordonna un jeûne et des prières publiques pour obtenir que Dieu daignât faire cesser la division de l'Église et ramener entre ses ministres des sentiments de charité fraternelle et de mutuel amour. Puis, il adressa à Théophile une lettre comminatoire conçue en ces termes : Nous ne voulons point encore rompre avec vous le lien de la communion ecclésiastique. Nous le maintenons, ainsi que nos lettres précédentes vous l'ont déjà appris. Mais votre récent message demande une nouvelle réponse. Nous vous déclarons donc que les actes que vous nous avez envoyés ressemblent à un jeu sacrilège. Il nous est absolument impossible d'y souscrire, et à moins qu'un jugement sérieux n'intervienne, nous ne ratifierons point la sentence de déposition que vous avez prononcée sans raison aucune contre Jean Chrysostome. Si donc vous avez assez de confiance en votre jugement pour affronter une discussion publique, précsntez-vous devant un concile régulièrement assemblé et digne du nom de Jésus-Christ. Là, selon les règles canoniques de- Nicée, car l'Église de Rome n'en connaît pas d'autres, vous présenterez vos accusations, et vous obtiendrez une sentence irréformable *. »

21. Nous croyons devoir prévenir le lecteur que ces textes significatit.* sont tout entiers extraits du fameux dialogue de Palladius, àoûÉ ia véracité n'a jamais été contestée par personne. Tout au pins pourrait-on regretter que les historiens français ue les aient

• ^allad., loc. cit., col. 12, 13. z;

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