‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 10 sur 103 · CHAP. I. — LA FRANCE CDRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — LA FRANCE CDRÉTIENNE

entre autres Solemnis (saint Souleine, ou Solan) de Chartres et Principius de Soissons, joignirent leurs efforts aux siens et lui amenèrent des prêtres pour suffire à l'apostolat d'une armée tout entière. Vedastus continuait à illuminer par ses enseignements le cœur et l'intelligence de cette foule de catéchumènes. Glovis écoutait un jour le récit évangélique de la passion du Sauveur ; il interrompit la lecture et s'écria : « Si j'eusse été là avec mes Francs, j'aurais vengé les injures de mon Dieu *. » — « Dans la soirée qui précéda la cérémonie du baptême, dit Hincmar, le saint et vénérable Rémi passa quelques heures en prières devant l'autel de l'église de Sainte-Marie, pendant que la reine Clotilde priait elle-même dans l'oratoire de Saint-Pierre, à proximité de la demeure royale. Après son oraison, le pontife se rendit près du roi, voulant profiter du silence de la nuit pour donner ses dernières instructions au néophyte couronné. Les cubicularii (chambellans) lui ouvrirent les portes et l'introduisirent près de leur maître. Glovis s'avança à sa rencontre, l'embrassa et le conduisit près de la reine, dans l'oratoire du très-bienheureux Pierre, prince des apôtres. On disposa des sièges pour le roi, la reine, les clercs qui avaient accompagné le pontife et un certain nombre de serviteurs du palais, seuls témoins de cette scène imposante. Rémi, dans une allocution paternelle, résuma pour la dernière fois les instructions évangéliques des jours précédents. Pendant qu'il parlait, une lumière céleste éclata soudain dans l'église, effaçant la lueur des cierges allumés, et une voix se fit entendre qui disait : La paix soit avec vous. C'est moi, ne craignez point; persévérez dans mon amour. — Après ces paroles, la lumière surnaturelle disparut et un parfum d'une suavité céleste se répandit dans l'enceinte. Le roi et la reine se précipitèrent aux genoux du saint pontife, en versant des larmes d'émotion et de joie. L'homme de Dieu, illuminé luimême par l'esprit prophétique, leur tint ce langage : Votre postérité gouvernera noblement ce royaume ; elle glorifiera la sainte Église et héritera de l'empire des Romains. Elle ne cessera de pros-

* Si ego cum Francis meis inibi affuissem, ej'us injurias vindicassem. (Âimoin, Hist. Franc, lib. I, cap.xvj; Pair, lai., tom. CXXXIX, col. 655.)

pérer, tant qu'elle suivra la voie de la vérité et de la vertu. Mais la décadence viendra par l'invasion des vices et des mauvaises mœurs. C'est là, en effet, ce qui précipite la ruine des royaumes et des nations. — En parlant ainsi, le visage de l'évêque resplendissait de gloire, comme autrefois celui de Moïse. Le législateur évangélique des Francs avait une auréole semblable à celle du chef des Hébreux *. » La prière de saint Rémi à l'autel de Marie, la veille du baptême des Francs, est restée dans la mémoire nationale, et s'est traduite par l'adage chevaleresque et chrétien : Regnum Galliœ, regnv.m Mariœ. La prophétie de l'évêque de Reims au berceau de la monarchie française s'est également réalisée au pied de la lettre. Plus la France s'écartera des voies de la vérité et de la vertu, plus elle précipitera sa propre ruine.

Baptême de jg. « Cependant, continue Hincmar, le parcours, depuis la de- Reims. La meure royale iusqu'au baptistère de l'église, avait été tendu de

colombe et J J i r .

ramponie dn {apisscries et de guirlandes ; les rues étaient couvertes de riches

saint chrême. ^

étoffes. Le portail de la basilique étincelait de mille feux. On brûlait des parfums qui embaumaient l'atmosphère. Clovis dit au pontife qui le tenait par la main : Père saint, est-ce là le royaume de Dieu que vous m'avez promis? — Non, répondit l'évêque, c'est l'entrée du chemin qui y conduit-. » — «Tous les assistants, dit Grégoire de Tours, partageaient l'admiration du roi, et croyaient entrevoir les splendeurs du paradis. Nouveau Constantin, Clovis s'approcha de la piscine baptismale, non pour y être purifié de la lèpre matérielle, mais de la lèpre du péché. Il demanda au pontife le sacrement de régénération. Rémi, avec cet à-propos et cette divine éloquence qui le caractérisaient, lui dit : Courbe doucement la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré ! — Cette expressive parole frappa tous les cœurs ; on eût dit la majesté du pape Sylvestre commandant à la majesté du fils de sainte Hélène 3. » Avec le roi, les membres de sa famille, les chefs francs, et une multitude de trois mille soldats remplissaient le

> Hincmar., Vit. S. «ewic-., cap.xxxvii; Pair, lat., tom. CXXV, col. H08-II6O. — - Hincmar., ibid. — » Greg. Turon., Hist. Franc, lib. H, cap. xxi; tom. cit.

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