‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 11 sur 103 · CHAP. I. — LA FRANCE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — LA FRANCE CHRÉTIENNE

baptistère. « Or, reprend Hincmar, il advint que le clerc, chargé de porter le saint chrême, avait été séparé par la foule, sans pouvoir arriver près de la piscine sacrée. Le pontife, après avoir béni l'eau régénératrice, demanda le chrême pour l'y mêler, suivant l'usage. Il ne s'en trouva point. L'affluence était telle qu'il fut impossible de fendre les flots serrés du peuple. Rémi, les yeux et les mains levés vers le ciel, se mit en prières; on vit des larmes inonder son visage. Soudain une colombe, au plumage blanc comme la neige, s'approcha de lui. Elle tenait dans son bec une petite ampoule, pleine de saint chrême. Le pontife l'ouvrit, et il s'en exhala une odeur délicieuse. La colombe disparut au même instant, et le vénérable évêque répandit l'huile sainte dans la piscine baptismale '. » Après avoir confessé sa foi à la Trinité sainte, Clovis fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et reçut l'onction du chrême en forme de croix. Alboflède, l'une de ses sœurs, reçut également le sacrement de la régénération. Païenne jusquelà, elle se donnait sincèrement à Jésus-Christ , puisqu'elle prit le voile des vierges, et de ce moment renonça au monde. Lanthilde, autre sœur de Clovis, mais déjà baptisée, professait l'arianisme : elle fit son abjuration en ce jour et reçut de saint Rémi l'onction

1 Hincmar., Vit. S. Remig., cap. xxxviii; Patr. lat., tom. CXXV, col. 1160. L'authenticité du miracle de la sainte ampoule a donné lieu à de nombreuses controverses. Hincmar ne s'est pas contenté de le mentionner, ainsi qu'on vient de le lire, dans la vie de son prédécesseur saint Reœi. Il l'affirma avec plus de solennité encore lorsqu'on 869, présidant au couronnement de l'empereur Charles le Chauve à Metz, il disait : « Nous avons conservé jusqu'à ce jour quelques parcelles du chrême apporté miraculeusement du ciel au saint évêque Rémi, le jour où il baptisait le premier roi chrétien des Francs. » (Hincmar., Coronat. Caroli Calvi, tom. cit., col. 806.) Aimoin raconte de même le fait. (Aimoin, îlist. Franc, lib. 1, cap. xvi; Patrol. lat., tom. CXX.XIX, col. 6."i5.) Flodoard, dans son Histoire ecclésiastique de Reims, n'est pas moins explicite. (Flodoard., Hist. eccles. Remens., lib. I, cap. xiii; Patr. lat., tom. CXXXV, col. 52.) De plus, la tradition constante de la France, unanime sur ce point, était confirmée par l'existence du monument luimême. La sainte ampoule fut en effet conservée à Reims jusqu'à la révolution de 1793. Les commissaires de la Convention la firent sacrilégemeut briser. Une parcelle du chrême qu'elle renfermait fut recueillie par un honorable rémois. Elle fut mêlée plus tard à l'huile bénie qui servit au sacre de Charles X, le dernier des souverains français qui ait reçu l'onction royale.

du chrême. Enfin, trois mille guerriers francs sortirent chrétiens

du baptistère de l'église Sainte-Marie de Reims (2o décembre 496).

Lettre da 17. Le moudc chrétien tressaillit de joie, à la nouvelle de la con-

pape saint . i /-.i ■

Aiiastase II version de Clovis. La nation franque allait être la seule qui professât

à Clovis. ^ ir

officiellement le catholicisme. L'empereur Anastase, à Constantinople, était eutychéen. Théodoric en Italie, Alaric roi des Visigoths en Espagne et dans l'Aquitaine, Gondebaud et les Burgondes, Thrasamond et les Vandales d'Afrique étaient ariens. Le pape saint Anastase écrivit au roi des Francs en ces termes : « Glorieux fils, votre avènement à la foi chrétienne coïncide avec le début de notre pontificat et nous apporte une joie immense. Le siège de Pierre tressaille d'allégresse, en voyant la multitude des nations remplir le filet que le pêcheur d'hommes, le porte-clefs de la Jérusalem céleste, a reçu mission de jeter dans le monde. Nous adressons à votre sérénité le prêtre Eumerius qui vous transmettra nos félicitations, afin que, connaissant la joie du père, vous la confirmiez par vos œuvres, que vous deveniez notre couronne et que l'Église votre mère s'applaudisse des progrès du grand roi qu'elle vient d'enfanter à Dieu. Soyez donc, glorieux et illustre fils, soyez la joie de votre mère et son rempart inexpugnable. Nos malheureux temps ont vu bien des défections. Notre barque est assaillie, comme dans une tempête, par la malice et la perfidie des hommes. Mais nous espérons contre toute espérance, et nous adressons nos hymnes d'actions de grâces au Seigneur Jésus, qui vous a arraché à la puissance des ténèbres. En donnant à l'Église un roi tel que vous, il lui assure un protecteur capable de la soutenir et de la défendre. Courage donc, glorieux et bien-aimé fils ! Que le Dieu tout-puissant daigne étendre le secours de son bras sur votre sérénité et sur votre royaume; qu'il ordonne à ses anges de vous garder dans toutes vos voies, et vous accorde la victoire sur vos ennemis '. » Lettre de 18. Si les catholiqucs applaudissaient à la détermination de évcque de' Clovis, les ariens, en grand nombre dans les Gaules, ne dissimu- ;\ Clovis. laient pas leur mécontentement. Saint Avit, évoque de Vienne et

1 S. Anastas. II, Epist. ad Cludovechum regem; Labb., Concil., tom. IV, col. 1282, 1283.

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comme tel sujet de Gondebaud, écrivait au roi des Francs la lettre suivante : « Laissez les partisans de l'hérésie et du schisme exhaler leurs plaintes inutiles. Yotre choix règle le jugement des autres; la foi que vous avez confessée est notre victoire. La plupart de ceux que nous pressons d'embrasser cette foi sainte de Jésus-Christ ne manquent jamais de nous opposer les traditions et les coutumes de leurs pères. Un respect mal entendu pour les usages des aïeux leur ferme les portes du salut, et les retient dans l'infidéUté. Mais, après l'éclatant miracle dont nous venons d'être témoins, tous les scrupules de ce genre doivent disparaître. Vous n'avez voulu tenir des rois vos aïeux que la noblesse du sang ; tout le reste de ce qui fait la gloire d'un grand prince vient de vous-même et rejaillira de vous sur vos pères. S'ils ont fait de grandes choses, vous en avez fait de plus grandes encore. Ils vous ont appris à régner sur la terre, vous apprenez à vos descendants à régner dans le ciel. Que la Grèce se glorifie d'avoir un prince catholique, la Gaule a maintenant le même bonheur. Une nouvelle lumière éclate pour nous dans la personne d'un ancien roi de notre Occident. Elle a éclaté, cette lumière, le jour oii nous célébrions la nativité de notre Rédempteur. Il convenait que l'eau baptismale vous enfantât pour le salut, à l'heure même où le Seigneur du ciel voulut naître pour la rédemption du monde. Donc le Noël du Seigneur est aussi le Noël des Francs ; vous êtes né au Christ le jour où le Christ est né pour vous. En ce jour, vous avez consacré votre âme à Dieu, votre vie au bonheur des hommes, votre gloire à la postérité. Quelles ne furent pas les magnificences de cette glorieuse régénération ! Il ne me fut pas donné d'en être le témoin et d'y apporter le concours de mon ministère, mais j'y assistais en esprit dans la communion de la joie. La divine miséricorde ménageait cette allégresse à nos contrées, puisque dans votre sublime humilité vous aviez daigné nous faire savoir par un message le jour fixé pour votre baptême. Cette nuit sainte s'écoula donc pour nous pleine de votre pensée, et de la joyeuse certitude du bonheur qu'elle vous procurait. Nous suivions en esprit chaque détail de la cérémonie. Il nous semblait voir les pontifes réunis prêter leur ministère et réchauffer dans

leurs embrassements les membres d'un grand roi sorti de l'onde régénératrice. Il nous semblait le voir lui-même incliner sous leurs mains bénissantes une tête redoutée des nations, prêter à l'onction du chrême la longue chevelure nourrie sous le casque, et échanger la cuirasse des combats pour les vêtements blancs du baptême. 0 le plus florissant des rois ! cette robe blanche, n'en doutez pas, ne fera que mieux endurcir vos membres pour supporter le poids des armes. Votre sainteté fera désormais pour vous plus que votre haute fortune n"a encore réalisé. Je voudrais joindre à mes éloges quelques paroles d'exhortation. Mais il ne reste rien à vous apprendre de la science du salut, rien à recommander à une docicilité qui va d'elle-même au-devant des préceptes. Parlerais-je de la foi, au chrétien qui vient d'être confirmé dans la perfection de la foi ? de l'humilité, à un roi qui nous en a donné l'exemple même avant le baptême ? de la clémence, à un vainqueur dont un peuple de captifs rendus soudain à la liberté annonce la miséricorde à Dieu et aux hommes par des larmes de joie et de reconnaissance? Je ne puis former qu'un seul vœu pour vous, grand prince, c'est que, non content de conquérir à Jésus-Christ votre nation tout entière, vous puissiez étendre ce bienfait aux peuples encore idolâtres de la Germanie. Ne dédaignez point de leur envoyer à ce sujet des ambassadeurs, et de contribuer à l'extension du règne d'un Dieu qui a tant glorifié le vôtre. Tout retentit de vos triomphes. Vos sujets ne sont pas les seuls à y prendre part. Votre prospérité nous touche nous-mêmes, et nous sommes réellement vainqueurs toutes les fois que vous combattez ♦. » Cette lettre de saint Avit détermine d'une manière précise le jour oii Clovis fut baptisé, c'est-à-dire la fête de Noël de l'an 496. Comme le baptême solennel se conférait à cette époque de préférence le samedi saint, Hincmar et d'après lui nos chroniqueurs nationaux avaient cru pouvoir suppléer au silence de Grégoire de Tours et de Frédégaire sur ce point, en fixant H la solennité pascale de l'an 497 cet événement d'une si haute importance pour les destinées de la nation française. La tradition populaire s'était montrée plus fidèle à la réalité de l'histoire, quand 1 S. Avjl. Vienn., Epist. xLi; Patr. M., tom. LIX, col. 257-259.

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