COAP. I. — LA FRANCE CHRÉTIENNE
votre autorité et à devenir votre peuple. — Clovis donna aux siens l'ordre de cesser le carnage et ramena ses troupes sous la tente. Au retour , il raconta à la reine comment il devait la victoire à l'invocation du nom de Jésus-Christ '. »
14. La tradition est unanime pour désigner la plaine de Zulpik, s. Vedastus
ou Vaast.
dans le comté de Juliers, à sept lieues de Cologne, comme théâtre de cette lutte mémorable où le roi franc, adorateur d'Odin, reconnut par expérience le pouvoir suprême de Jésus-Christ. Cette identification de lieu suppose qu'après la victoire Clovis dut remonter le cours du Rhin pour recevoir en personne la soumission des tribus allemandes cantonnées sur les rives du fleuve. Soit qu'il rentrât dans les Gaules par Strasbourg ou par Spire, il est certain qu'il traversa le pays des Leuci (Toul). Nous sommes en efî'et positivement renseignés sur le passage du vainqueur de Tolbiac à Leuci Tullorum. a Comme il revenait plein de joie de son expédition contre les Alamanni, dit Alcuin, Clovis traversa la cité de Toul, et y rencontra "Vedastus 2, vénérable prêtre qui s'était consacré à la vie contemplative et habitait un ermitage sur les bords de la Mosa (Meuse). Il voulut s'en faire accompagner jusqu'à Reims, et profita de ses instructions pour se préparer à l'acte religieux qu'il méditait. Durant le trajet, comme une foule immense se pressait autour du roi, près du pays de Vungise (Vouziers), sur les rives de l'Axona (Aisne), dans la villa RegulUaca (Rilly), au passage d'un pont, un aveugle apprenant que Vedastus se trouvait dans le cortège, s'écria : Elu de Dieu, bienheureux Vedastus, ayez pitié de moi ! Je ne ' vous demande ni or ni argent, invoquez le Seigneur et rendezmoi la vue. — Le solitaire comprit que Dieu lui accorderait cette grâce, non point seulement pour récompenser la foi de l'aveugle,
1 Greg. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xxx; Patr. lat., tom. LXXI, col. 225-226.
* « Le nom primitif de Vedast, ou Vedastus, a d'abord été abrégé de cette manière : Veast. Nous en avons pour garant un manuscrit de la bibliothèque d'Arras, où M. Carron a vu ce nom écrit ainsi. Ce n'est que plus tard qu'on l'a transformé en Vaast. On sait du reste qu'on en a fait aussi Gaston, nom encore usité de nos jours. » (Cardevacque et Terninck, L'Abbaye de Sainl- Vaast, Arras, 1866, 1" partie, pag. 7-8.)
Instructions de S. Rémi à
Clovis.
Regnum Gai-
liœ, regnum
Mariœ.
mais surtout pour illuminer l'intelligence d'un peuple entier. Il se mit en prières, puis traçant un signe de croix sur le front de l'infirme, il dit : Seigneur Jésus, vous qui êtes la véritable lumière, vous qui avez guéri l'aveugle-né de l'Évangile, ouvrez les yeux de cet homme, et que toute la multitude qui m'entoure comprenne que seul vous êtes Dieu, que le ciel et la terre vous obéissent. — En ce moment, l'aveugle recouvra subitement la vue et se joignit à la foule en bénissant le Seigneur. Plus tard on bâtit, au lieu même où s'accomplit ce miracle, une église qui subsiste encore, ajoute Alcuin, et où les prières des fidèles obtiennent chaque jour des faveurs divines '. »
15. Vedastus accompagna Clovis jusqu'à Reims. Saint Rémi l'attacha d'abord à son église et plus tard le sacra évêque des Atrebates (Arras), où il devait laisser une mémoire immortelle. « Cependant, dit Grégoire de Tours, Rémi, exactement informé par Clotilde des dispositions du roi, achevait de l'instruire de toutes les vérités du christianisme et le pressait de déclarer enfin sa conversion. Père très-saint, lui répondit Clovis, je suis prêt. Pourtant une considération me retient encore; le peuple qui me suit ne veut pas qu'on abandonne ses dieux. Je vais convoquer les Francs, et je leur parlerai dans le sens de vos instructions. — L'assemblée eut lieu. Sans doute le projet royal était connu de tous, car avant même que Clovis eût pris la parole, aussitôt qu'on le vit paraître, une acclamation générale se fit entendre. Pieux roi, dirent les Francs, nous abjurons le culte des dieux mortels, nous voulons servir le Dieu immortel que Rémi adore ! — Le bienheureux évêque, en apprenant cette décision nationale, fut rempli d'une grande joie. Il prépara tout pour le baptême solennel -. » Les dispositions prises par saint Rémi, et dont Grégoire de Tours ne nous a pas conservé le détail, avaient surtout pour objet d'instruire la multitude immense de néophytes que l'exemple de leur roi et le miracle de Tolbiac amenaient aux pieds de Jésus-Christ. Plusieurs évêques,
» Alcuin., vu. s. Fec?as<i, BoUand., tom. cit., pag. 796, — Pair, lat., t. CI, col. 669.-2 Greg. Turon., fljs^ Franc, lib. 11, cap. xxxi ; Patr. lat., tom. LXXI, col. 226.