‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 14 sur 103 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PONTIFICAT DE SAINT SYMMAQUE (28 Nov. 498-19 Juillet 514)

SOMMAIRE

§ 1. l'antipape LAURENT.

. Notice de saint Symmaque d'après le Liber Pontificalis. — 2. Intrigues de Festus. Double élection simultanée de Symmaque et de l'antipape Laurent. — 3. Le diacre saint Paschasius, partisan de l'antipape. — 4. Arbitrage de Théodoric. sentence royale en faveur de Symmaque. — 5. Synode romain de l'an 499, premier du pontificat de Symmaque. — 6. Manœuvres de l'antipape. Le manuscrit de Vérone. Accusations calomnieuses contre Symmaque. — 7. Synode romain de l'an 500, deuxième sous Symmaque. Entrée solennelle de Théodoric à Rome. — 8. Saint Fulgence à Rome. — 9. Synode romain de l'an SOI, troisième sous Symmaque. Première session. — 10. Seconde session. — 11. Synode romain de 502, quatrième sous Symmaque. Apolcgeticus pro synodo du diacre de Pavie Ennodius. — 12. Synode romain de 503, cinquième sous Symmaque. Fin du schisme. — 13. Rétractation du diacre Cœlius Joannes.

14. Lettre de saint Avit au sénat romain. — 15. Guerre des Francs contre les Burgondes. Mort de Godégisèle. — 16. Loi de Gondebaud, dite loi Gomiette. — 17. Traité de paix entre les Francs et les Burgondes. Entrevue de Gondebaud et de saint Avit à Sarbiniacum. — 18. Conférence de Lugdunum entre les évêques catholiques et les évêques arien?. Premier jour. — 19. Second jour de la conférence. Confusion des ariens. — 20. Relations et correspondance de Gondebaud avec saint Avit. — 21. Maladie de Clovis. Guérison miraculeuse. Severinus (saint Séverin) abbé du monastère d"Aganne. — 22. Loi gothique d'Alaric II. Concile d'Agatha (Agde). — 23. Débuts de l'épiscopat de saint Césaire d'Arles. — 24. Quintianus (saint Quentien) évèque de Rodez, puis de Clermont. — 25. Dissensious entre Alaric II et Clovis. Négociations infructueuses. — 26. Intervention pacifique de Théodoric, roi d'Italie. Ses lettres à Alaric et à Clovis. — 27. Lettre de Clovis aux évêques catholiques. L'église de Saint-Pierre et Saint-Paul sur le mont Locutitius. — 28. Entrée en campagne. Les envoyés de Clovis au

tombeau de saint Martin. — 29. Clovis et Maxentius (saint Maixent). 30. Bataille de Voclada (Vouillé). Défaite et mort d'Alaric II. — 31. Aœalaric, fils légitime, et Gésalric^ fils naturel d'Âlai-ic II. Le duc Ibbas et l'armée de Tliéodoric, roi d'Italie, en Provence et en Espagne. — 32. Siège d'Arles par Thierry et Gondebaud. Saint Césaire d'Arles. — 33. Clovis au tombeau de saint Martin de Tours. — 34. Clovis et saint Fridolin. — 33. Diverses fondations pieuses de Clovis. — 36. Genebaldus (saint Genebaud; évêque de Laudunum (Laon). — 37. Épiscopat de Vedastus (saint Vaast) chez les Atrebates (Arras). — 38. Premier concile d'Orléans. — 39. La loi saliqûe. — 40. Dernières années de Clovis. — 41. Mort de Clovis. Partage de ses états entre ses quatre fils. — 42. Mort de sainte Geneviève.

§ III. ÉGLISES d'orient.

43. Persécution de Thrasamond en Afrique. Saint Fulgence et les exilés de Cagliari. — 44. Sixième et dernier concile de Rome sous Symmaque. —

45. Persécution de l'empereur Anastase contre les catholiques d'Orient. —

46. Exil de Macedonius, patriarche de Constantinople. — 47. Saint Sabas au palais impérial. — 48. Mort de saint Symmaque.

§ I. li'antipapc Laurent.

Notice 1. « Symmaque, dit le Liber Pontifîcalis, naquit en Sardaigne *.

maque dv Sou père SB nomuiait Fortunat. Il siégea quinze ans, huit mois et Vonttficaiis. vingt-six jours, au temps du roi Théodoric et de l'empereur Anastase, depuis le x des calendes de décembre (22 novembre 498) jusqu'au xiv des calendes d'août (19 juillet 314). Le jour oîi il fut élu dans la basilique constantinienne, on procédait dans celle de Sainte-Marie à l'élection rivale de Laurent. Le clergé et le sénat se divisèrent en deux factions, l'une tenant le parti de Symmaque, l'autre celui de Laurent. Après une longue discussion, les partis convinrent que les deux pontifes iraient à Ravenne porter leur cause au jugement du roi Théodoric. Le principe équitable posé par le roi fut celui-ci : Le siège apostolique doit appartenir à celui qui a été ordonné le premier, ou qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages. Cette dernière condition se trouva celle de Sym-

* Le texte reproduit par la Palrologie porte ces mots : naiione Romanus. Mais les Bollandistes ont retrouvé des manuscrits plus nombreux et plus anciens, qui autorisent la variante : natione Sardus. (Cf. BoUand., Act. sanct., 19 jul.)

cnAP. II. — l'antipve Laurent. 53

maque, qui prit possession de la chaire de saint Pierre. Il rassembla un concile dans lequel, avec une miséricordieuse bonté, il constitua Laurent évêque de la cité de Nuceria (Noceru). Mais le schisme ne fut pas éteint : il dura près de quatre ans. Un certain nombre de clercs rebelles et jaloux, à l'instigation de quelques sénateurs tels que Festus et Probinus, déposèrent contre le bienheureux Symmaque une accusation juridique , produisant de faux témoins qu'ils envoyèrent à Ravenne au tribunal du roi Théodoric. En même temps, ils rappelèrent Laurent à Rome et répandirent parmi le peuple des libelles calomniateurs contre le pontife légitime. Le schisme fut donc renouvelé, et le clergé divisé une seconde fois, les uns demeurant fidèles à la communion de Symmaque, les autres à celle de Laurent. Les sénateurs Festus et Probinus envoyèrent une relation inexacte au roi Théodoric, et intriguèrent pour déterminer ce prince à nommer un visiteur qui dresserait une enquête au sein du siège apostolique. Le roi désigna à cet effet Pierre, évêque d'Altinum. C'était un acte proscrit d'avance par les canons. Le bienheureux Symmaque convoqua en synode cent quinze évêques, qui reconnurent la fausseté des accusations portées contre lui. Pierre d'Altinum, en raison de son entreprise sacrilège sur les droits du siège apostohque, et Laurent de Nuceria, comme antipape, furent anathématisés. Après quoi, les évêques, prêtres et diacres du concile, la majorité du clergé et du peuple de Rome acclamèrent le bienheureux Symmaque et le maintinrent glorieusement sur le siège de saint Pierre. Festus et Probinus, tous deux hommes consulaires et jouissant dans le sénat d'un crédit considérable, remplirent alors la ville de meurtres et de carnage. Un autre consulaire, Faustus, s'opposait vainement à leurs fureurs. Chaque jour quelques clercs tombaient sous le poignard des assassins. Les fidèles qui communiquaient en public avec le pontife légitime avaient la tête tranchée. Les veuves, les vierges étaient chassées de leurs maisons ou de leurs monastères; on les dépouillait de leurs vêtements et on les flagellait dans les rues. La cité devint un véritable champ de bataille, où l'on ne cessait d'égorger les catholiques fidèles. Parmi les nombreux prêtres victimes de

cette persécution, il faut mentionner Dignissimus, du titre de saint Pierre-aux-Liens et Gordianus du titre des saints Jean et Paul. La violence était telle qu'il n'y avait plus de sécurité pour les clercs; aucun d'eux n'osait se hasarder ni la nuit ni le jour dans les rues de Rome. Quand cette tempête fut apaisée, le bienheureux Symmaque trouva que les manichéens s'étaient de nouveau multipliés dans la ville. L,e pontife brûla publiquement leurs livres avec leurs simulacres, et exila ces sectaires. Symmaque dota magnifiquement les églises de Rome ^ Il construisit, près des basiliques de

* Pour ne pas allonger le récit outre mesure, nous renvoyons en note le texte du Liber Pontificalis relatif aux travaux de construction^ ou de restauration, exécutés par le saint pape dans les basiliques romaines. Hic fecit basilicam sancti Andrsœ apostoli apud bealum Petrum apostolum ubi fecit tigurium ex argento et confessionem pensaniem librns centum et viginti, circus argenteos très, pensantes sitiguli libras sexaginta; oratorium sancti Thomœ apostoli ex argento, pensans libras trecentas; in confessione libras viginti; arcum argenteum pensantem libras sexdecim; confessionem sancti Cassiani et sanctorum Proti et Hyacinthi ex argento, pensanlem libras viginti ; crcum argenleum pensantem libras duodecim ; oratorium sancti Apollinaris ex argento et confessionem cum arcu ex argento pensantia libras triginta; oratorium sancti Sosii ex argento in confessione, pensans libras viginti. Item ad funtem in basilica beati Pétri apostoli oratorium sanctœ crucis ex argento, confessionem, et crucem ex auro cum gemmis ubi inclus it lignum Dominicum, ipsa crux aurea pensans libras decem. Fecit autem oi^atoria duo sancti Joannis Baptistœ et sancti Joannis Evangelistœ, in quorum confessione arcus argenteos posuil pensantes libras triginta. Quœ cubicula omnia a fundamento perfecta construxit. Basilicam vero beati Pétri marmoribus ornavit et cantharum beati Pétri cum quadriporticu ornavit, et ex musivo agnos et o^ces et pulmus fecit. Ipsum vero atrium, onmc compaginavit; gradus vero ante fores basilicœ beati Pétri ampliavit, et alios gradus construxit sub tigno dexlra lœvaque. Item in eodem loco episcopia dextra lœvaque fecit ; item suh gradus in atrio alium cantharum foris in vulgo campi posuit, et ad usum necessitatis humance fecit; item et alios gradus ascendentibus ad beat um Andream fecit, et cantharum posuit. Hic fecit basilicam sanctœ martyris Agathœ, via Aurélia, in fundum Lardarum, et a fundamento cum fonte construxit, ubi posuit arcus argenteos duos. Eodem tempore feeit basilicam sancti Pancratii, idn et fecit arcum argenleum qui pensabat libras quindecim; fecit autem in eodem loco bulneum. Item apud beatum apostolum Paulum in basilica renovavit absidam quœ in ruinam imminebat, et post confessionem pictura ornavit. Et cameram fecit, et matroneum, et super confessionem imaginem argenteam cum Salvatore, et duodecim apostolos posuit qui pensabant libras centum viginti; étante fores basilicœ gradus fecit in atrio et cantharum ; et post absidam aquam introduxit, ubi et balneum a fundamento fecit. Intra civitalem Romanam basilicam sanctorum Silvestri et Martini a fundamento construxit

CHAP. II. — L ANTIPAPE LAURENT

Saint-Pierre, de Saint-Paul, et du bienheureux martyr Laurent, des hospices pour les pauvres. Il porta une constitution ordonnant de chanter l'hymne angéhque Gloria in excelsis, tous les dimanches et toutes les fêtes de martyrs. Par dévotion pour les reliques du martyr saint Alexandre, il fit réparer la catacombe dite Jordanorum, qui menaçait ruine. Chaque année, il envoyait en Afrique et en Sardaigne des subsides et des vêtements pour les évêques exilés : il fit racheter des multitudes de captifs en Ligurie et à Milan. En quatre ordinations faites à Rome, aux mois de décembre et de février, il imposa les mains à quatre-vingt-douze prêtres, seize diacres et cent sept évêques destinés à diverses provinces. Il mourut en paix, comme un saint confesseur, et fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre. Après lui, le siège épiscopal demeura vacant sept jours '. »

2. Le schisme dont le Lther Pontifîcalis résume les principaux intrigues

. de Festns.

détails fut une importation à Rome de 1 eutychianisme oriental. On DoaWe éiec

tion simul-

se rappelle que le sénateur Festus-Niger, envoyé par Théodonc a la cour de Constantinople, avait obtenu pour ce prince l'investiture officielle du gouvernement d'Italie. Mais il avait acheté ce succès politique par une honteuse capitulation de conscience. « Dans un entretien secret avec l'empereur, il s'était engagé, dit Nicéphore, à faire souscrire l'Hénotique par le pontife romain Anastase. Il

taaée de

Syœmaque

et de l'anli-

papeLaurent.

j'uxla Thermas Trajanas, uhi et super altare tigurium argenteum fecit , pensam libras centum et viginti, urcus urgenteos duodecim qui pensabant singuli librai decem; confessionem argenteam quœ pensabat libras quindecim. Ad beatum Joannem et Paulum fecit gradus posl ahsidam; item ad archangelum Midiaelem basilicam ampliavit, et gradus fecit, et introduxit aquam ; item adsanctam Mariam ; oratorium sanctorum Cosrnce et Damiani a fundamento construxit ; item in via Tiburtina, milliario vigesimo seplimo ob utbe Roma, rogatus ab Albino et Glaphyra prœpositis illustribus de proprio facientihw; a fu?idamentt) basilicam beafo Petro in fundum Pacinianum dedicnvit; item ad beatum Petrum et beatum Paulum apostolos, et ad sanctum Laurentium martyrem pauperibus habitacula construxit, item ad beatum Petrum viginti canthara argentea fecit, pcmantia singula libras quindecim, et arcus viginti-duo pensantes singuli libras viginti. Hic reparavit basilicam sanclœ Felicitatis, quœ jam in ruinam imminebat ; hic absidam beaice Agnetis, quœ in ruinam imminebal. et omnem basilicam renovavit. [Lib. Ponlif.y S.Symmach.; Pair, lat., t. CXXVIH, col. 453, 454.) 1 Lib. Pontif., Symmachus, LUI papa, tom. cit.

ajouta même que les dispositions du pape lui étaient assez connues pour qu'il pût se promettre de l'amener facilement à un tel acte. » Enchanté de cette confidence, l'empereur se livra au vain espoir de voir bientôt ratifier la théologie byzantine par l'autorité du saint siège. « Ayant appris, ajoute Nicéphore, que le nouveau patriarche de Constantinople, Macedonius, se disposait à remettre aux légats pontificaux qui avaient accompagné Pestus, une lettre pour le pape Anastase oii il voulait protester de son attachement à la foi de Chalcédoine, le prince fit défendre au patriarche de rien écrire de ce genre, et la lettre de Macedonius resta à l'état de projet *. » L'ambassadeur de Théodoric, en prenant ces engagements avec la cour de Constantinople, obéissait-il aux instructions du roi son maître, ou agissait-il de son propre chef? Il est assez difficile de le conjecturer, en l'absence de documents explicites. Quoi qu'il en soit, Festus, revenant de son ambassade, arriva à Rome à l'époque de la mort du pape saint Anastase. (( Il se mit aussitôt à l'œuvre, dit Nicéphore, pour être en mesure, à quelque prix que ce fût, par ruse et par mensonge, de tenir la promesse qu'il avait faite à l'empereur. 11 corrompit au moyen de sommes d'argent un certain nombre de clercs, qui donnèrent leurs suffrages à Laurent, prêtre du titre de Sainte-Praxède , lequel avait paru disposé à entrer dans ses vues. Cependant la majorité du clergé et du peuple éleva le diacre Symmaque sur le trône pontifical. Les deux élections eurent lieu le même jour, et le schisme fut consommé-» (28 novembre 498). Nicéphore ne nous fait pas connaître la nature des ruses et des mensonges employés en cette circonstance par le sénateur Festus, Mais, en 1718, après douze siècles d'oubli, le docte Bianchini^ retrouvait, dans une

1 Nicepli. Callist., Hist. ecclcs., lib. XVI, cap. xxxv; Patr. grcec, tom. CXLVII, col. 191. Les mêmes faits sont également attestés par Théodore le Lecteur. (Cf. Theodor. Lcctor., Hist. eccles., lib. Il, n» 17; Patr. grcec, tom. LXXXVI, col. 192.)

* Niceph. Callist., Hist. eccles., \oc. cit.

' Biancliini né à Vérone en 1662, mort à Rome en 1729, a laissé la preuve de son érudition dans les notes historiques et cùronologiques dont il a enrichi le Liber Pontificalis. (Cf. Moron., Dizionar. storic. eccles., tom. V, p. 208 et suiv.)

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page malheureusement dépareillée et fruste d'un manuscrit de Vérone, les dernières lignes d'un libelle que Festus avait dû répandre parmi le clergé de Rome, au moment oii l'on procédait à l'élection du successeur d'Anastase. Voici ce fragment : « L'empereur d'Orient a reçu du pape qui vient de mourir, par l'entremise des évêques Cresconius et Germain, la communication la plus bienveillante. Quiconque lira avec attention, dans un esprit de crainte de Dieu, cette lettre pontificale oia brille la majesté des saintes Écritures, demeurera convaincu qu'il n'y a pas l'ombre d'un prétexte pour maintenir la division entre l'église d'Orient et celle d'Italie, et que dès lors cette déplorable scission doit finir '. » Ainsi parlait Festus. C'était à la fois un mensonge et une calomnie : un mensonge, puisque la lettre de saint Anastase II à l'empereur, lettre que nous avons précédemment reproduite 2, articulait au contraire les motifs sérieux et graves qui avaient contraint les papes à séparer de leur communion les églises eutychéennes d'Orient : une calomnie, puisqu'on représentait le vénérable pontife comme déterminé à trahir la cause de la foi en réhabilitant sans rétractation préalable des eutychéens notoires, convaincus de schisme et d'hérésie. Toutefois, mensonge et calomnie furent d'autant plus faciles à accréditer que le pape était mort, et ne pouvait rétablir la vérité. Par sa quahté d'ambassadeur, Festus en imposait à la crédulité publique. Il revenait de Constantinople; il affirmait que l'empereur se montrait disposé à renouer les liens de la communion avec le siège apostolique ; il ajoutait que toutes les difficultés avaient été aplanies de concert avec le défunt pape. Vraisemblablement il parlait aussi, dans ce hbelle mutilé, des correspondances qu'il

1 Fragrnentum Caiulogi Pontificalis, ex codice Veronensimirœ aniiquitatis.una cura mutila narratione rerum quœ falso jactabaniur de Anastasio papa ac viia B. Symmachi, a schismaticorum factione confectis, opéra Festi patricii, aliorumve Laurentio antipapœ faventium. Edidit Fr. Bianchinus, tom. III, Anastas. Bibl. [Pair, lat., tom. CXXVIII, col. 1423.) Voici le texte original : .... imperatorem Anastasium direcla per Cresconium et Germanum episcopos, quœ lanta Scripturarum cœlestium auctoritaie suffulta est, ut qui ftanc intenta mente sub divino ti. more periegerit, inaniter hac tenus inter Ecclesius Orientis et Italiœ tam schisma nefarium perdurare cognoscit. — ^ ^f^ p 7 ^^ ^g volume.

rapportait de Constantinople, et de la requête des apocrisiaires d'Alexandrie aux légats. Il devait en outre se servir du nom de Photin, ce diacre de Thessalonique qu'on avait vu à Rome l'année précédente, et donner à la mission dont le pape saint Anastase II l'avait chargé à Constantinople une couleur toute différente de la réalité. Ces assertions de Festus obtinrent dans l'opinion un succès incontestable, puisque nous les avons retrouvées dans la notice de saint Anastase au Liber Pontificalis. L'argent semé à propos, et recueilli par des mains vénales, fit le reste. Rome eut un antipape de plus. Le diacre 3. Il y cut Cependant, même au sein de la faction séduite par les

s. Pa3cliasius . .

partisan de mtrigues de Fcstus, des âmes honnêtes et des consciences droites. Celles-là étaient de bonne foi et considéraient comme un bonheur pour l'Église le rétablissement promis de la paix entre les deux églises d'Orient et d'Occident. « A l'époque de ma jeunesse, dit saint Grégoire le Grand, quand j'étais encore laïque, il me souvient d'avoir entendu de la bouche des vieillards un récit que je veux reproduire. Un diacre du siège apostolique, Paschasius, homme d'une sainteté admirable, serviteur dévoué des pauvres, d'une modestie qui n'avait d'égale quela science, etdont il nous reste des traités aussi éloquents que profonds sur la divinité du Saint-Esprit *, vivait au temps du pontife Symmaque. Dans la lutte ardente qui eut lieu à cette époque, non-seulement il donna sa voix à l'antipape Laurent, mais encore, après que les débats furent terminés et que Laurent eut été condamné par le jugement solennel et canonique de tous les évêques, il lui resta fidèle et continua à le regarder comme légitime pontife. Il mourut dans ces sentiments. Pendant qu'on le portait en terre, un démoniaque s'approcha du cercueil, toucha la dalmatique du pieux diacre et fut guéri. Or longtemps après, l'évêquc de Capoue, Germain -, fut envoyé par les médecins aux eaux thermales d'Angulos 3 : au moment oii il entrait dans l'étuve, le diacre Paschasius

' Nous avons encore ces traités. (Cf. Paschas. Diac, De Spirittt Sancto libri duo; Pair, lai., tom. LXII, col. 9-40.)

*Le même qui, avec Cresconius, avait été envoyé à Constantinople p-ir saint Anastase II. — ' Augulos, capitale des Vestini, est maintenant la CHta di SanC Angelo,àin% les Abruzzos, entre Aleruum [Pescara] et la mer Adriatique.

CHAP. II. — L ANTIPAPE LAURENT

lui apparat au milieu de la fournaise ardente. Cette vision épouvanta l'évêque. Pascbasius lui dit : Je suis condamné à subir ces tortures pour expier la faute que je fis en adhérant à l'antipape Laurent, et en refusant obéissance au pontife Symmaque. Je vous en conjure, priez Dieu pour moi. Si demain vous ne me revoyez plus ici, ce sera la preuve que vos supplications auront été exaucées. — L'évêque passa la nuit en prières. Quand il revint, la vision ne se renouvela pas. Le Seigneur avait pardonné au pieux diacre une faute commise par ignorance et qu'il dut expier après sa mort ^ » 4. L'exemple de Pascbasius entraîné de bonne foi dans le parti de l'antipape, nous fait comprendre ce qu'il dut y avoir d'angoisses dans les consciences, en face d'un schisme si inopinément déclaré. Festus, auteur de la division, triomphait du résultat de ses intrigues. Ce fut vraisemblablement à son instigation que les deux partis acceptèrent l'arbitrage de Théodoric, et que les pontifes rivaux se résolurent au voyage de Ravenne. Le roi d'Italie n'avait point encore mis le pied à Rome. Il ne devait y faire son entrée solennelle que dix ans plus tard, au début du vi'^ siècle, en l'an 500. « On eut donc, dit Raronius, cet affligeant spectacle d'un prince arien prononçant sur une question d'un intérêt capital pour la religion catholique. C'était d'ailleurs l'unique moyen de prévenir une guerre civile au sein de Rome ^. » Que fût-il arrivé si Théodoric, entraîné par Festus, se fût prononcé en faveur de l'antipape? Il n'est pas facile de le prévoir. Heureusement, le roi d'Italie avait des conseillers plus sages dont il écoutait la voix. Il venait de donner à Cassiodore le titre officiel de secrétaire, équivalant à celui de chancelier royal. L'influence de ce sage et vertueux ministre ne fut sans doute pas étrangère à l'équitable sentence de Théodoric. La majorité des voix appartenait incontestablement à Symmaque. Symmaque fut maintenu en possession du siège apostolique. On ne saurait trop applaudir à la droiture d'un pareil jugement. Du reste, à cette époque, tous les actes de Théodoric étaient encore marqués au coin d'une sage modération et d'un profond sentiment de justice.

' S. Gregor. Magn., Dialog., lib. IV, cap. xl; Pair. laU, tom. i.XXVll, col. 396j 397. — 2 Baron., Annal, eccles., ad aiin. 498.

Arbitrage deThéodorio.

Sentence royale en faveur de Symmaque.

Synode romain de l'an 499, premier du pontificat de Symmaqne.

Un jour, l'un de ses favoris, qui avait jusque-là professé le catholicisme, vint lui dire que touché par son exemple il s'était fait arien. Si tu n'as pas gardé la foi que tu devais à ton Dieu, répliqua Théodoric, comment pourras-tu la garder à un roi mortel ? — Les historiens byzantins qui nous ont transmis cette anecdote ajoutent qu'après cette réponse, le malheureux courtisan eut la tête tranchée. Les chroniqueurs d'Italie n'ont jamais parlé de cette cruauté de Théodoric." Nous pensons donc que le fait du prétendu supplice est une invention du génie oriental. Mais le mot prêté à Théodoric est réellement conforme aux principes que celui-ci affichait alors, et nous le croyons sinon parfaitement vrai, du moins très-vraisemblable (498).

5. On pouvait espérer que la sentence royale mettrait fin au schisme naissant. Symmaque i^evint à Rome, où il fut accueilli comme souverain pontife. Laurent reprit son titre d'archiprêtre de Sainte-Praxède. Le nouveau pape convoqua tous les évêques d'Italie à un concile qui eut lieu sous sa présidence dans la basilique de Saint-Pierre, le jour des calendes de mars, après le consulat du clarissime Paulin (1 mars 499). « L'archidiacre Fulgence, disent les actes, prit la parole en ces termes : Bienheureux pape, vos lettres adressées à toutes les provinces italiennes ont appelé à ce synode les saints évêques. Vous les voyez en ce moment réunis sous vos yeux. Que votre béatitude daigne fixer l'ordre des délibérations sur les mesures qu'elle veut prendre pour assurer les immunités ecclésiastiques et la paix de l'Église. — Quand l'archidiacre eut dit ces mots, des acclamations unanimes s'élevèrent du sein de l'assemblée. On répéta dix fois de suite : Christ, exaucez-nous ! Longue vie à Symmaque ! neuf fois : Il est assis sur le siège de Pierre, qu'il en ait les anpées ! dix fois : Agissez dans la plénitude de votre autorité apostolique. Nous vous en supphons! — Symmaque se leva, et dit : En convoquant votre dilection, malgré la rigueur de l'hiver, notre sollicitude avait surtout en vue d'assurer pour l'avenir la paix de l'Église, d'empêcher le retour des brigues, de la confusion, des troubles et de l'agitation populaire qui, sous l'influence de l'esprit du mal, ont si tristement marqué le début de

CnAP. II. — L ANTIPAPE LAURENT.

notre pontificat. Nous aurons donc à délibérer ensemble sur les moyens de prévenir à jamais de pareils désordres. Il importe de fixer des règles inviolables pour l'élection et l'ordination du pontife romain, en sorte que la discipline ecclésiastique ne soit plus violée par l'audace des factieux. — En ce moment tous les évêques et les prêtres s'écrièrent : Dictez-nous ce règlement. Nous vous en supplions ! Cette acclamation fut reprise à dix fois différentes. Neuf fois ils dirent : Prévenez le retour de ces scandales ! douze fois : Qu'on éteigne pour jamais ces brigues honteuses ! — Le pape reprit alors : Puisque votre fraternité s'associe à nos sentiments et nous encourage dans cette voie, veuillez, devant Dieu et pour le bien de l'Église, peser mûrement l'opportunité des décrets dont on va donner lecture. — Le notaire synodal TËmilianus lut donc les décrets suivants : Pour éviter les brigues scandaleuses, les troubles qui désolent l'Église, les séditions populaires causées par l'ambition sacrilège de ceux qui recherchent l'épiscopat, le saint synode déclare que tout prêtre, diacre ou clerc, convaincu d'avoir, du vivant même du pontife romain et à son insu, recherché ou promis sa voix, sollicité un suffrage ou engagé le sien, assisté à des réunions tenues dans le but d'arrêter d'avance le choix à faire, sera déposé de sa dignité et privé de la communion. — Tous les pères acclamèrent ce premier décret. Le notaire lut le second en ces termes : Si, ce qu'à Dieu ne plaise, la mort du pape survient inopinément, sans que le pontife ait pu rien préparer pour l'élection de son successeur *, celui-là sera sacré qui réunira l'unanimité des suffrages du clergé. Mais comme il arrive trop souvent que les voix se partagent, celui qui obtiendra la majorité sera proclamé pontife, en observant toutefois que le prêtre, ou le clerc, convaincu

1 Voici la note dont le savant commentateur Binius fait suivre ce passage : « Il faut savoir que, depuis l'apôtre saint Pierre, aucun pape ne s'est subrogé un successeur et n'a fait de tentative en ce genre. Cependant, par respect pour le pontife, on observait religieusement la coutume de lui demander sur qui il aimerait à voir tomber le choix futur. Mais le clergé romain demeurait libre de conformer ou non son vote aux désirs du pape défunt, d'élire ou de repousser celui que le pontife avait désigné, en un mot, de faire tel choix qui lui semblait le plus utile à l'Église. » (Severin. Binii, Notœ inconc; Labbe, Collect. ConciL, tom. IV, col. 1317.)

d'avoir voté par faveur et non suivant sa conscience, sera déposé. — Le synode accueillit ce décret en répétant dix fois de suite : Placet. Le troisième et dernier décret fut lu. En voici la teneur : Pour atteindre les fraudes occultes et les conjurations secrètes qui pourraient se produire, le saint synode déclare que quiconque révélera au sein de l'Église les manœuvres ambitieuses dont il aura pu surprendre la trace, non-seulement sera couvert par l'autorité ecclésiastique de toute poursuite, mais sera largement récompensé. — A ces mots tous les pères, se levant, s'écrièrent : Qu'il en soit ainsi ! Qu'on observe cette règle ! Que désormais toutes les élections pontificales se fassent de la sorte ! — Le pape Symmaque prit la parole et dit : Vos acclamations seront reproduites dans les actes de ce présent concile. — Le notaire synodal continua la lecture interrompue et ajouta : Telles sont les mesures que, dans une délibération religieuse et pacifique, le présent concile a sanctionnées pour remédiera des abus invétérés, et guérir les plaies que l'ambition a trop souvent infligées à la sainte Église. Puissent, avec la bénédiction de Dieu, ces règlements demeurer perpétuels et stables, et sortir leur effet contre quiconque aurait dans l'avenir la présomption de les violer ! » — Les évêques, au nombre de soixantetreize, souscrivirent les actes. La signature du pape était conçue en ces termes : « Moi Cœlius Symmaque, évêque de la sainte Église catholique romaine, j'ai souscrit ces décrets synodaux, approuvés et confirmés par mon autorité. » — Soixante-sept prêtres apposèrent ensuite leur souscription. Le premier de tous était l'antipape lui-même, dont la signature fut ainsi formulée : « Moi Cœlius Laurent, archiprctre du titre de Sainte-Praxède, j'ai souscrit de mon plein consentement ces actes synodaux : je jure d'y demeurer fidèle '. »

Manœuvres 6. Après cet acte solennel d'adhésion, l'archiprêtre, réconcilié Le manuscrit avcc l'Églisc, fut uommé évêque de Nuceria (Nocera). Sym-

d(* Vérons.

Calomnies' muquc ne pouvait donner une meilleure preuve de sa clémence

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Symmaque. poutificale. Il ne tarda guère à s'en repentir. Soit que Festus, \ qui poursuivait toujours la réalisation impossible des engagements

1 Labbe, tom. IV. col. 1312-1316.

CHAP. II. — l'antipape LAURENT. 63

contractés par lui avec l'empereur Anastase, eût éprouvé de la part du souverain pontife un refus formel, soit qu'il cherchât, avec l'obstination du dépit et de l'amour-propre froissé, une vengeance sacrilège, il reprit de nouveau le projet de faire monter sa créature sur le siège de saint Pierre. Laurent eut la faiblesse de se prêter à cette manœuvre, et rentra secrètement dans Rome. Il ne pouvait plus être question de révoquer en doute la légitimité de l'élection de Symmaque. La majorité des suffi'ages, constatée par une enquête officielle, appartenait à ce dernier. Ce ne fut donc pas sur ce point que les rebelles portèrent la controverse. Le Liber Pontifîcalis est formel à cet égard. « Quelques clercs, soutenus par le crédit des sénateurs Festus et Probinus, dit-il, incriminèrent la conduite du bienheureux Symmaque ; ils subornèrent de faux témoins et les envoyèrent à Ravenne, munis d'un libelle diffamatoire rédigé à Rome , afin d"accuser officiellement le pape au tribunal du roi Théodoric. » Ainsi les factieux n'attaquaient plus la validité de l'ordination, mais la dignité personnelle du pontife. « Il est remarquable, dit à ce sujet le savant Binius, que les trois conciles tenus à Rome pour la justification du pape Symmaque, dont nous avons encore les actes, ne fassent aucunement connaître la nature des griefs articulés contre lui. Sans aucun doute, les pères eurent la volonté expresse d"ensevelir dans un perpétuel silence les infâmes calomnies dont les schismatiques cherchaient à flétrir un saint et légitime pontife. L'honneur du siège apostolique paraissait compromis à leurs yeux, si l'on eût transmis à la postérité ces outrageantes diffamations contre le chef de l'Église universelle ^ » Mais ce que les relations synodales ne nous ont point appris , s'est retrouvé dans la page mutilée du manuscrit de Vérone , dont nous avons déjà parlé. L'auteur schismatique de ce fragment d'histoire s'exprime ainsi : « Après que Symmaque eut acheté à prix d'argent la sentence royale qui décidait la question en sa faveur, Laurent, contraint de céder aux menaces et aux promesses, accepta l'évêché de Nuceria en Campanie. Cependant le triomphe

' Severin. Binii, Noiœ in Lib. Pontifie. ; ap. Labbe, Collect. Concil., tom. IV, col. 1290.

de Symmaque fut de courte durée. On l'accusa juridiquement devant Théodoric de plusieurs crimes abominables. Cette année-là (499), Symmaque ne célébra point la Pâque le même jour que les autres églises d'Italie. Théodoric prit ce prétexte pour mander le pape à Ariminum (Rimini), afin d'expliquer le motif de cette divergence *. Symmaque se rendit dans cette ville avec quelques-uns de ses clercs. Or, un après-midi comme il se promenait sur le bord de la mer -, il reconnut parmi la foule quelques femmes dont le nom était mêlé aux accusations dont il était l'objet. Il les vit se diriger vers le palais, où elles avaient été mandées par ordre du roi. Il rentra dans sa demeure, sans rien dire à personne de la remarque qu'il venait de faire ; mais, la nuit suivante, quand tout le monde fut endormi, il se mit en route avec un seul confident et vint s'enfermer dans l'enceinte de la basilique de Saint-Pierre. Les prêtres, diacres et clercs qu'il avait laissés à Ariminum se présentèrent à l'audience du roi, déclarant qu'ils n'avaient point eu connaissance des projets d'évasion de Symmaque. Théodoric les renvoya à Rome, et leur remit pour le sénat et le clergé l'ordre de procéder d'une certaine manière ^ {quodammodo) à la condamnation du fugitif. Le clergé de Rome fut unanime à déclarer, qu'au mépris d'un décret porté par ses prédécesseurs, Symmaque avait dilapidé les biens

1 L'incident de la célébration de la pâque mentionné par l'écrivain schismatique, n'a pas laissé d'autre trace dans l'histoire. Voici le texte original avec les lacunes qui se trouvent dans le manuscrit de Vérone : Pro multis criminibus apud regem Symmachus accusatur, quem rex sub occasione Paschaîi, quod non cum universitate celebraverat , ad comitatum convoca.... rationem.... fesiivitatis dissonaniia reddiiurum; feciique apud Ariminum residere. Peut-être les ariens, dont le roi suivait la liturgie, avaient-ils cette année commis une erreur dans la rédaction du calendrier ecclésiastique, et fixé à une date fausse la solennité pascale.

* On sait que la ville de Rimini est située sur la mer Adriatique, à l'embouchure de la Marecchia.

* L'embarras du schismatique narrateur se trahit ici par une rédaction pleine d'obscurité et d'équivoque. Tune presbyteri et diaconi necnon reliqui clericorum quos iecum deduxerat, adeunt regem et sine sua conscientia Symmackum fugisse testanfur, pcr quos rex tam ad senatum quam ad clerum prœcepta super ejus quodammodo do.mnatione transmittit. On ne comprend pas bien ce quodammodo, arraché peut-être par un reste de pudeur à la conscience d'un écrivain qui rougissait lui-même de ses propres mensonges.

ClIAP. II.

L ANTIPAPE LAURENT

ecclésiastiques, et que dès lors il était tombé sous lepoidsdel'anathème. Une pétition signée de presque tout le clergé fut adressée au roi, pour le supplier de nommer un visiteur de l'Église romaine, et de choisir pour cette fonction le vénérable Pierre, évêque d'Altinum. Théodoric le fit. Pierre vint à Rome pour les fêtes pascales (500). Après la célébration de la solennité, à la demande du sénat et des clercs, le roi ordonna de tenir un synode où l'on examinerait définitivement les excès reprochés à Symmaquc. Mais un parti composé d'évêques et de sénateurs s'opposa à ce que Symraaque fût mis en jugement '. Ils allaient répétant que le pontife romain, fùt-il aussi coupable qu'on accusait celui-ci de l'être, ne peut être jugé par personne. Cependant les plus distingués d'entre les évoques [electiores antistites ^), autant par zèle pour la religion que par déférence pour les ordres du roi, furent d'avis que, dans une cause si grave et dont le retentissement devenait universel, il était impossible de ne pas procéder à un jugement. Cette divergence d'opinion dans le synode ne fit que redoubler l'animosité des partis. Enfin, on décida que le mémoire déposé par les accusateurs de Synomaque serait lu dans l'assemblée. Après quoi, des évêques furent députés près de Symmaque pour le citer à comparaître. Les clercs de son entourage ne laissèrent point pénétrer jusqu'à lui. Suivant les règles canoniques, on renouvela trois fois cette démarche, sans plus de succès. De leur côté, les évêques dissidents adressèrent au clergé de Rome, à deux reprises différentes, unmonitoire pour demander que le jugement ne fût point poursuivi, et que tous rentrassent dans la communion de Synmaaque. Il leur fut répondu que cet arrangement était impossible ; qu'il fallait ou que

* Il y a encore ici une lacune dans le texte, ainsi conçu : Atque ici agiiur n nonnullis episcopis et senatoribus.... ne.... l....m Symmac... audientiœ subderetur. Mais le sens se laisse deviner sous ces mutilations, et nous croyons l'avoir exactement rendu.

* Cette expression, sous la plume de l'écrivain schismatique, est significative. Elle démontre que la faction de l'antipape n'obtint qu'une faible minorité parmi les évêques. L'éloge de cette minorité par le narrateur, qui lui décerne un brevet de distinction suprême, n'ôte rien à la portée d'un tel aveu,

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