‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 16 sur 103 · XIV · texte numérisé non relu

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absolue de la foi catholique, en sorte qu'il ne puisse rester l'ombre d'un doute sur la fausseté de la doctrine arienne. Vous avez ici des hommes versés dans la science théologique, ordonnez-leur de venir conférer avec nous. Vous serez vous-même juge de la conférence. — Si votre foi est véritable, répondit Gondebaud, pourquoi les évêques Francs, vos collègues, n'empêchent-ils pas Clovis de me faire la guerre, et de se liguer avec mes ennemis pour me perdre? La foi se traduit par les œuvres; elle ne s'accorde ni avec la convoitise du bien d'autrui, ni avec la soif du sang, — Avit répondit humblement, avec une douceur et une modestie angéliques : Nous ignorons dans quel but et pour quel motif le roi des Francs vous fait la guerre. Mais l'Écriture enseigne que les royaumes sont souvent détruits parce qu'ils ont abandonné la loi divine. Le Seigneur suscite de toutes parts des ennemis contre ceux qui se déclarent les siens. Revenez donc avec votre peuple à la loi de Dieu, et Dieu rendra la paix à vos états. — Est-ce que je ne professe pas la loi de Dieu? s'écria Gondebaud. Quoi ! parce que je n'admets pas qu'il y ait trois dieux, vous oseriez prétendre que je suis un païen ! Moi aussi j'ai lu l'Éci'iture sainte ; je n'y ai pas trouvé trois dieux, mais un seul. — A Dieu ne plaise, ô roi, répondit l'évêque, que nous professions une pareille doctrine ! « Ton Dieu est un, ô Israël! » dit l'Écriture. Mais ce Dieu, un dans son essence, forme une trinité de personnes. Le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu avec le Père. La substance divine est la même entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, en sorte que le Dieu qui a parlé autrefois par les prophètes, puis parla bouche de son propre Fils, et qui ne cesse de nous diriger par son Esprit-Saint, est un seul et même Dieu en trois personnes distinctes, consubstantielles et coéternelles. Telle est la foi que nous professons, et dont nous sommes prêts à fournir la démonstration. — Gondebaud écoutait avec une attention calme et paisible ces paroles de l'évêque, qui continua en ces termes : Si votre émincnte sagesse daignait s'appliquer à reconnaître la vérité dogmatique de notre enseignement, quelle source de grâces et de prospérités pour vous-même et pour votre peuple ! La paix et l'abondance couron-

CUAr. II. — ÉGLISES DES GAULES. 99

neraient les tours de vos forteresses *. Tant que vos conseillers s'obstineront à rester les ennemis du Christ et de la foi catholique, ils attireront sur votre royaume et vos sujets des calamités et des revers. Les périls seraient conjurés, nous l'espérons du moins, si, exauçant notre requête, vous donniez l'ordre à vos évoques de conférer publiquement avec nous de ce grave sujet en présence de votre sublimité. Tous alors pourraient se convaincre que le Seigneur Jésus est vraiment le Fils éternel du Père éternel, en union avec TEsprit-Saint coéternel à l'un et à l'autre, et que ces trois personnes divines sont un seul et même Dieu, béni dans les siècles des siècles, avant tous les temps, sans commencement ni fin. — Après avoir ainsi parlé, Avit se prosterna aux pieds du roi en versant un torrent de larmes. Les autres évêques firent de même. Gondebaud, vivement ému, s'inclina pour les relever. Il leur donna l'assurance qu'il prendrait leur avis en considération et leur ferait bientôt connaître sa réponse ^. »

18. « En effet, dès le lendemain, le roi étant revenu par la Saône Conférence

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a Lugdunum (Lyon), fit mander au palais Etienne et Avit. Il sera entre les

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lait comme vous le désirez, leur dit-il. Mes éveques acceptent la thoiiques et

conférence et sont prêts à vous démontrer que nulle personnalité ne ariens. peut être coéternelle ni consubstantielle à Dieu. Cependant, pour ^^

éviter l'agitation et le trouble, je ne veux pas que la discussion ait lieu devant tout le peuple. Mes sénateurs et quelques autres personnages que je désignerai moi-même y assisteront seuls. De votre côté, choisissez ceux que vous voudrez y admettre, mais en petit nombre. La séance se tiendra demain, en cette salle même de mon palais. — Avit et Etienne ayant pris congé du roi revinrent annoncer cette nouvelle à leurs collègues. Or, on était à la vigile de la solennité de saint Just (1" septembre). Les évêques eussent désiré remettre la conférence au lendemain de la fête, mais ils ne voulurent pas même le proposer, dans la crainte de compromettre par le moindre délai le bien qui pouvait résulter d'une pareille conjoncture. Tous

' Psalm. cxxi, 7. — * S. Avit., Collât, coram Gondebaldo advers. Arianos; Pair, lut., tom. LIX, col. 387.

ensemble ils passèrent la nuit en prières au tombeau de saint Just, afin d'obtenir, par l'intercession du glorieux martyr, la bénédiction du Seigneur sur la grande entreprise. Or, durant cette nuit, le lecteur ayant commencé selon la coutume par la récitation d'un passage des livres de Moïse, il tomba sur cette parole : « J'endurcirai le cœur du Pharaon, je multiplierai les signes et les prodiges sur la terre d'Egypte, mais il ne vous écoutera pas *. » Quand, après le chant des psaumes, le lecteur ouvrit le livre des Prophètes, il rencontra tout d'abord ce verset d'Isaïe : a Aveugle le cœur de ce peuple, ferme-lui les yeux et les oreilles, de peur qu'il ne voie, n'entende, ou ne comprenne la vérité ^. » D'autres psaumes furent ensuite chantés, et le lecteur ouvrit l'Évangile. Le passage qui lui tomba sous la main fut celui-ci : « Malheur à toi, Corozaïn ! malheur à toi, Bethsaïda ! car si les villes de Tyr et de Sidon avaient vu les miracles qui se sont accomplis au milieu de vous, elles eussent fait pénitence sous la cendre et le cilice ^. » Enfin, à l'ouverture du livre contenant les épîtres apostoliques, le lecteur rencontra ce texte : « Secundum aulem duritiam tuam et impœnitens cor, thesaurizas tibi iram in iempore irœ ^ » Les évêques remarquèrent cette triple coïncidence et connurent que Dieu permettait la série fort significative de ces passages, pour leur faire comprendre que le cœur de Gondebaud s'endurcirait contre la vérité. Cette pensée les remplit de tristesse et d'amertume, et ils achevèrent cette nuit dans les larmes. Le lendemain, à l'heure fixée, accompagnés d'un certain nombre de prêtres et de diacres, et de quelques catholiques éminents, tels que Placidus et Lucanus qui rempHssaient des charges considérables dans la milice royale, ils se rendirent au palais. De leur côté, les ariens avec leurs partisans prirent séance. Lorsque tous furent assis en présence du roi, Avit, au nom des catholiques,

> Exod., VII, 3, 4. — ^ Isa., vi, 10. — s Matth., xi, 21.

* Rom,, II, 5. — L'office public décrit ici par le chroniqueur répond assez exactement aux trois nocturnes de nos Matines actuelles. On Toit que le texte des leçons n'était point encore fixé et que le lecteur le prenait au hasard dans l'ordre suivant : Livres historiques et prophétiques de l'Ancien ïestaoaent, Évangile et Épîtres des apôtres.

cnAP. II.

et l'évêque Bonifacius, au nom des ariens, commencèrent la discussion. Avit appuya la foi véritable sur les témoignages de l'Écriture : il le fit avec tant d'éloquence qu'on eût dit un autre Tullius (Gicéron). Le Seigneur inspirait visiblement chacune de ses paroles, et leur donnait une grâce qui séduisait tous les cœurs. Les ariens étaient consternés; Bonifacius, leur orateur, qui avait apporté jusque-là une grande courtoisie dans la discussion, ne trouva rien à répondre. Il se borna à entasser objections sur objections, comme s'il eût voulu, en prolongeant la controverse, fatiguer la patience du roi. Avit le pressa de répondre d'abord aux arguments qu'il venait de faire valoir. Serré de près par la logique de son adversaire, Bonifacius ne put trouver aucune raison acceptable, et se lança dans des récriminations calomnieuses. Il accusait les catholiques de pratiquer l'art des magiciens et d'enseigner l'idolâtrie. Gondebaud voyant son embarras leva la séance, et dit que le lendemain on reprendrait la discussion, pour laisser à Bonifacius le temps de préparer ses réponses. Tous les évêques se retirèrent donc avec les autres catholiques. Comme l'heure n'était pas encore avancée, ils se rendirent à la basilique de Saint-Just, célébrant les louanges du Seigneur et remerciant la miséricorde divine qui leur avait ménagé un pareil triomphe sur ses ennemis '. »

19. «Le lendemain (3 septembre), les évêques catholiques, avec ^Second jonr le même cortège que la veille, se présentèrent au palais. Aredius confnsiond s se tenait à l'entrée et voulut les empêcher d'entrer. De telles con- *"^°»férences, dit-il, n'ont d'autre effet que de soulever les esprits de la multitude. Elles ne peuvent amener aucun résultat avantageux. — L'évêque de Lugdunum, Etienne, connaissait Aredius. Il savait que ce personnage, bien qu'il professât intérieurement notre foi, affectait de se montrer favorable aux ariens pour se maintenir dans la faveur de Gondebaud. Ne craignez rien, lui répondit-il. Loin de produire les funestes effets que vous redoutez, une discussion qui n'a d'autre but que la recherche impartiale de la vérité, sera au contraire un élément de concorde et de paix. La vérité, outre qu'elle

' Avit., Collât, cor. Gondebaldo ; Pair, lat., tom. LIX, col. 388-390.

'il

est l'unique voie du salut, a des charmes et des attraits qui unissent tous les cœurs. — Etienne ajouta que le roi lui-même leur avait fixé l'heure et le lieu du rendez-vous, en sorte qu'Aredius n'osa plus résister. Ils entrèrent donc. En les voyant, Gondebaud se leva de son trône, vint à leur rencontre, et, se plaçant entre Etienne et Avit, il leur paria de ses griefs contre son frère Godegisèle et de l'alliance conclue entre ce prince et le roi des Francs. Les deux évêques lui répondirent que le meilleur moyen d'assurer la paix était de s'unir dans les questions de foi. Ils lui offrirent franchement leur intervention dans ce sens, s'il voulait lui-même travailler au rétablissement de l'unité catholique, Gondebaud ne répondit rien. Chacun reprit sa place comme la veille. Avit, recommençant la discussion, exposa avec lucidité la doctrine catholique, et prouva avec une admirable éloquence que nous n'adorons pas trois dieux. Ce discours avait pour but de détruire les allégations calomnieuses que Bonifacius avait précédemment avancées contre notre prétendue idolâtrie. Lorsqu'Avit eut cessé de parler, Bonifacius se leva pour lui répondre ; mais il ne fit que reproduire le torrent d'injures et d'outrages dont il nous avait déjà abreuvés. 11 vociférait avec une telle fureur, qu'il finit par ne plus pouvoir articuler une parole, et retomba épuisé sur son banc. Le roi attendit assez longtemps que l'orateur arien eût repris ses forces ; enfin il se leva, en lançant à Bonifacius un regard indigné. Prince, dit Avit en montrant les autres évêques ariens, si votre sublimité daignait permettre à ceux-ci de continuer la discussion, on pourrait arriver à conclure. — Gondebaud ne répondit pas, et les ariens qui l'entouraient gardèrent de même le silence, tant ils redoutaient la science et la sagesse d'Avit. Celui-ci reprit alors : Si aucun de vous ne se sent la force de répondre à nos arguments, pourquoi ne pas franchement vous réunir à nous dans la foi véritable? — Les ariens accueillirent cette parole par des murmures. Avit, sûr de la vérité et plein de confiance dans le Seigneur, dit à Gondebaud : Puisque nos raisons ne peuvent les convaincre, j'ai la certitude que Dieu ne refusera pas un miracle pour confirmer la vérité de notre foi. Que votre sublimité ordonne que les évêques ariens et nous, tous ensemble, nous

nous rendions au tombeau de saint Just. Là, nous interrogerons ce glorieux martyr sur la vérité de notre foi etBonifacius sur la vérité de la sienne. Jésus-Christ décidera lui-même par la bouche de son serviteur. — Cette étonnante proposition surprit le roi; il paraissait incliner à l'admettre; mais les ariens s'écrièrent qu'un pareil expédient constituerait un sacrilège. Recourir à des incantations et à des pratiques de magie, dirent-ils, ce ne serait pas prouver notre foi, mais tomber dans la malédiction encourue jadis par Saùl*. Nous avons pour nous le texte des Écritures. Il est plus fort que tous les prestiges. — Ils répétèrent ces exclamations pendant quelques minutes avec un tumulte et une fureur incroyables, hurlant plutôt que criant {boantespoiius quant vociférantes). Le roi, qui s'était déjà levé de son siège, prit par la main Etienne et Avit. Il passa avec eux dans son appartement, et quand ils furent seuls, il les embrassa avec tendresse, leur demandant de prierpourlui. Les deux évêquesconnurentalors les perplexités et les angoisses de son cœur. Cependant, comme le Père de toute vérité n'avait pas appelé - ce prince, Gondebaud ne put arriver à la foi du Fils, et ainsi se vérifia la parole de l'Apôtre : Non est volentis, neque festinantis, sedîniset^entis DeP . A'pariir de ce jour un grand nombre d'ariens se convertirent et furent baptisés. Ainsi le Seigneur glorifia notre foi en présence de tout le peuple, par l'intercession de saint Just *. n

20. Tel est le procès-verbal de la conférence de Lugdunum. Relations « Gondebaud avait reconnu, dit Grégoire de Tours, la fausseté *" daace^'^de"" des doctrines ariennes. Il l'avoua au bienheureux Avit, lui dé- avec" s! AvU. clara qu'il confessait la consubstantialité du Fils et de l'Esprit- Saint avec le Père, et pria l'évêque de le réconcilier secrètement avec l'Église par l'onction du chrême ^. — Si vous croyez sincère-

' Re^., cap. XXVIII, • cf. tom. Il de cette Histoire, pag. 326-328. — * Joan., VI, 44. — 3 Hom., IX, 16. — * Avit., Collât, cor. Gundebaldo advers. Arianos ; Pair, lat., tom. cit., col. 390-392.

5 Clam ut chrismaretur expetiit. « Ces paroles, écrit dom Gervaise, ont été l'occasion de plusieurs disputes entre les théologiens pour en déterminer le sens. Les uns ont prétendu que Gondebaud demandait le baptême sous le nom du chrême, parce que dans ce facrement il se fait une onction avec le chrême sur le sommet de la tête de la personne qui est baptisée. D'autres ont cru que c'était le sacrement de confirmation désigné par les anciens sous ce nom, parce qu'ils considéraient, dit-on, le chrême comme la matière et la

ééÎÉ

ment, répondit l'homme de Dieu, il vous faut le manifester publiquement et sans hésitation. C'est le précepte de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même : « Quiconque aura confessé mon nom devant les hommes, je le glorifierai moi-même devant mon Père qui est aux cieux '. » Vous êtes roi, et n'avez aucun motif sérieux de crainte. Vous appréhendez, dites- vous, un mouvement populaire : et c'est là ce qui vous empêche de rendre publiquement hommage au créateur du monde! Bannissez ce vain scrupule et n'hésitez pas à proclamer la foi qui est dans votre cœur. Vous oubliez que , du jour où vous l'auriez fait, tous les Burgondes suivraient votre exemple. C'est vous qui êtes le chef du peuple, et non le peuple qui est le vôtre. — Gondebaud ne sut que répondre à cette vive exhortation, il resta troublé et confus. Cependant il n'eut pas le courage de suivre le conseil du saint évêque. Jusqu'à la fin de sa vie il n'osa point confesser publiquement l'égalité et la consubstantialité des personnes divines ^. » On a vu que Clovis, dans le diplôme de Miciacum, affirmait au contraire cette foi avec une netteté et une précision qui ne laissaient place à aucun subterfuge. La formule : In nomine sanctœ, individuœ, œqualis et consubstantialis Trinitatis ^, dont il se servit alors, et qui passa depuis dans les protocoles de notre chancellerie nationale, était la protestation de l'orthodoxie des Francs contre l'arianisme des Burgondes et des Goths. Bien qu'il eût résisté aux instances de saint Avit, Gondebaud n'en continua pas moins avec le saint évêque des relations de plus en plus respectueuses et confiantes. Il le consultait sur les difficultés d'interprétation que lui présentait la lecture des livres

partie la plus essentielle de ce sacrement. Mais oe n'est ni l'un ni l'autre que Gondebaud demandait, et je prouverai que ce n'était qu'une pure cérémonie autrefois établie dans l'Église pour la réconciliation des hérétiques.» En effet, D. Gervaise, dans une dissertation longue et savante, établit que l'usage de la primitive Église était de réconcilier les hérétiques par l'onction du chrême, l'imposition des mains et l'injonction d'une pénitence. (D. Gervaise, Hist. de Doèce, Append., Dissertation tkéologique sur ces paroles de Gondebaud roi de Rourgogyie ù saint Avit évêque de Vienne : « Donnez-moi en particulier l'onction du chrême, u (Cf. Patr. lut., tom. LXIV, col. 1559-1574.)

* Matth., X, 32. — î Gregor. Turon., Uist. Franc, lib. II, cap. XXÎIV; Patr. lat., tom. LXXI, col. 230,231. — » Cf. chap. précédent.

saints. Voici un message, ou plutôt un billet fort curieux, adressé par le royal disciple à son maître dans la science sacrée : « Domnus Gundobaldus rex Avito Viennensi episcopo. J'ai entendu lire hier un passage d'Isaïe, au sujet duquel je veux consulter votre sainteté. Le texte est ainsi conçu : « La loi procédera de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem. Elle deviendra la règle des nations et le code des peuples les plus lointains. Alors, brisant le fer des épées et des lances, ils le convertiront en socs de charrue et en faucilles. Une race ne s'élèvera plus contre l'autre, et l'on cessera de faire la guerre '. » Je joins à ce passage le verset suivant du livre des Rois qui se rapporte au même ordre d'idées : u Chacun se reposera à l'ombre de sa vigne et de son figuier, et la terreur des armes cessera dans le monde -. » Maintenant je voudrais savoir de vous si les temps prédits par cette prophétie sont déjà venus, ou bien s'ils sont encore à venir. Daignez me donner par écrit votre réponse ^. » — Cette consultation ne manquait ni d'intérêt ni d'actualité. Gondebaud, l'un des plus belliqueux parmi les rois qui se partageaient alors le territoire des Gaules, devait naturellement être frappé du contraste que la paix du règne de Jésus- Christ, prophétiquement décrite par Isaïe, offrait avec la situation présente, au moment où les races barbares, après avoir renversé l'empire romain, tournaient les unes contre les autres le fer de leurs épées et de leurs lances, sans songer le moins du monde à les transformer en instruments d'agriculture. Ajoutons que Gondebaud ne pouvait non plus être un de ces utopistes qui rêvent l'extinction complète de la guerre, l'étabHssement d'une paix universelle et sans fin. « La loi sortie de Sion, le verbe, ou parole du Seigneur, émanant de Jérusalem, répondit saint Avit, sont manifestement la prédiction du Verbe incarné qui habita parmi nous, illuminant par sa présence corporelle la montagne de Sion et la ville de Jérusalem. La loi destinée à devenir la règle et le code des nations est la loi chrétienne, cette loi que Notre-Seigneur a confiée à son Église

> Isa., Il, 3, 4. — * III Reg., ni, 21. — s Avit., Epist. xix ; Pair, lat., lom. LIX, col. 236.

pour ]a conversion et le salut de tous les peuples de la terre. Historiquement, la paix universelle décrite par Isaïe semble s'être réalisée à l'époque de l'avènement du Christ, lorsque l'univers entier, après tant de siècles de combats, respira sous le sceptre d'Auguste. Dans un sens plus étendu, cette paix est le privilège commun des chrétiens qui se consacrent entièrement à Dieu et renoncent à tous les instruments de mort dont les hommes, depuis la déchéance originelle, n'ont cessé de faire usage. Viendrat-il un temps oii les sociétés, uniquement régies par les principes de la loi évangéhque, transformeront le fer des épées et des lances en socs de charrue et en faucilles? Je ne le sais pas, et peut-être faut-il s'en tenir aux deux précédentes explications *. » — Les autres sujets traités dans la correspondance de l'évêque catholique et du prince arien sont également empruntés soit aux questions scripturaires, soit aux controverses dogmatiques qui agitaient alors le monde ^. « Les difficultés que vous me proposez, écrivait encore Avit à Gondebaud, sont moins les interrogations d'un novice que les hésitations d'un habile commentateur. » Le saint évêque de Vienne, il propos du Corban 3, cité dans l'Évangile de saint Marc, écrit au roi burgonde une page très-intéressante sur les usages judaïques, et fait preuve d'une connaissance assez approfondie de l'hébreu. C'est dans cette lettre que se trouve mentionnée incidemment l'étymologie du terme liturgique viissa (messe), usité dès le temps de saint Ambroise en Occident. « Le mot mtssa^ dit saint Avit, a la même signification que dimissio. C'est la formule dont on se sert, aussi bien dans l'Église qu'au prétoire, ou au palais, pour congédier le peuple, à la fin d'une assemblée *. » Gondebaud prolongea son règne jusqu'en 51G. Ce fut seulement à cette époque, comme nous aurons plus tard l'occasion de le raconter, que le catholicisme triompha définitivement chez les Burgondes, à l'avénement de Sigismond I, disciple de saint Avit et décoré lui-même de l'auréole des saints.

• S. Avit., Epist. XX ; Patr. lat., tom. cil., col. 237 pass. — ' S. Avit. Vienn., Ad Gundobuldum, Epist. i-v, xix, XX, xxxix; Patr. lat., tom. cit. — ^ Marc, VII, 2. — «• s. Avit., Epist. i; Patr. lat., tom. cit., col. 199.

CnAP. II. — EGLISES DES GAULES.

21. Les années qui s'écoulèrent depuis 501 jusqu'à 506 furent un intervalle de paix pour les Gaules. Clovis n'avait pas cependant abjuré ses instincts belliqueux; mais, d'une part, il cherchait à discipliner son royaume; d'autre part, il fut vers cette époque atteint d'une fièvre lente qui dura deux ans et fit craindre pour sa vie. <( Un frisson presque continuel, joint à des douleurs de tête intolérables, disent les actes de saint Scverin, le réduisit à un tel état de langueur que les médecins désespéraient de le sauver. L'un d'eux, nommé Tranquillus, lui dit un jour : Seigneur roi, la maladie ne fait que s'aggraver, et tous nos efforts sont devenus inutiles. Votre prudence jugera sans doute qu'il faut recourir à d'autres moyens. Vous avez entendu parler du monastère d'Agaune, oii reposent les reliques du héros chrétien, Maurice. L'abbé de ce monastère est uu vénérable prêtre dont les miracles sont de notoriété publique. On le nomme Severinus. De tous les points de la Germanie et des Gaules, les malades vont implorer sa bénédiction, et reviennent guéris. Envoyez-le chercher ; peut-être Dieu vous rendra-t-il la santé par son intercession '. » — Severinus dont le médecin de Clovis faisait un tel éloge était en effet un saint prêtre, de noble race, qui de bonne heure avait renoncé au monde pour s'ensevelir dans le monastère d'Agaune, où sa réputation de thaumaturge attira bientôt un immense concours de pèlerins. Le royal malade lui députa l'un de ses officiers, nommé Transvarius, avec mission de l'amener à Lutèce, si l'homme de Dieu voulait y consentir. « Quand il aborda le saint abbé, continuent les actes, Transvarius se prosterna devant lui en disant : Salut, seigneur père. — Relevez-vous, mon fils, dit Severinus, et parlez sans crainte. — Le roi Clovis, mon seigneur et l'ami de votre sainteté, reprit Transvarius, vous conjure de lui faire la grâce de le visiter. Depuis deux ans, il est retenu au lit par une fièvre lente qui consume toutes ses forces. La médecine est impuissante à le guérir; il n'a plus d'espoir que dans votre prochaine arrivée, et il a la ferme confiance que Dieu lui rendra la santé par vos saintes prières. — J'irai trouver le roi des Francs, répondit

' BoUand., Act. S. Severin. Agaun., cap. i, xi febr.

Maladie de

Clovis. Gué-

rison mi-

raculease.

Severinus

(S. Séverin)

abb6 du

monastère

d'Agaune.

Severinus. » — La nuit précédente l'ange du Seigneur était apparu au saint abbé et lui avait dévoilé l'avenir. En prenant congé de ses religieux, le vénérable prêtre leur dit : « Mes pères et mes frères, vous ne me reverrez plus en cette chair mortelle, jusqu'au jour du jugement terrible et solennel où tous nous comparaîtrons au tribunal du Christ. Je vous en supplie, au nom de Dieu et du bienheureux martyr Maurice notre patron, gardez fermes et inviolables la foi, l'espérance, la charité. Confiez-vous en Dieu et à la protection du grand saint Maurice ; combattez virilement les combats du Seigneur etjpersévérez dans la grâce de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ. » — Après avoir ainsi parlé, il les bénit; puis s'arrachant à leurs embrassements pleins d'amour et de larmes, il se mit en route avec Transvarius. « Comme il traversait la cité de Nivernum (Nevers), le vénérable prêtre entra dans l'église et y fit sa prière. En se retirant, il demanda aux gardiens : Mes frères, où donc est votre pontife *? — Eulalius, notre évêque, répondirent-ils, est atteint d'une paralysie qui lui a enlevé le mouvement, la parole et l'ouïe. Depuis un an cette infirmité le retient sur sa couche; il n'a pu ni offrir le sacrifice à l'autel du Seigneur, ni bénir son peuple. Sa faiblesse est telle qu'il a des syncopes fréquentes et prolongées, pendant lesquelles on le croirait mort. — L'homme de Dieu fut ému à ce récit. Me serait-il permis de le voir? demandat-il aux gardiens. — Venez, seigneur père, répondirent ceux-ci, vous pouvez entrer dans son appartement. — Quand Severinus fut introduit, l'évêque jeta sur lui les yeux, mais ne put ni parler,

1 Cette interrogation de Severinus laisse supposer qu'il avait assisté dans l'église de Nevers à un office public, et qu'ayant remarqué l'absence de l'évêque, il en demandait le motif. Les actes, tels que nous les avons, ne sont pas le texte primitif, mais une seconde rédaction faite à la demande de Magnus, évêque de Sens (801-818), par un anonyme, lequel déclare du reste n'avoir fait que mettre en style plus clair l'bistoire primitive rédigée par le prêtre Faustus, disciple du saint abbé d'Agauoe : Secundum ingenioli nostri capaciiatem ejusdem historiœ texlum aliquanto clariore propagare sennone; et licet verba non ipsa, sensum tamen et ordinem ejusdem leciionis funditus exequendo, nec etiam diversum aliquid huic textui inserendo, nisi quod a prœfalo presbytero eidem agnovimus historiœ insertum. (BoUand., Vita S. Severin., Prolog., xi febr.)

CnAP. II. — ÉGLISES DES GAULES. 109

ni faire aucun signe. Le saint abbé se prosterna et demeura longtemps en prière. Puis, se relevant avec vivacité et s'adressant à Eulalius : Pontife du Seigneur, dit-il, parlez. — En ce moment la parole et l'ouïe revinrent au malade. Homme de Dieu, dit-il à l'inconnu, bénissez-moi. Vous êtes le thaumaturge que Jésus-Christ daigne envoyer pour me guérir. Que son saint nom soit béni dans les siècles des siècles, lui qui s'est laissé fléchir par vos prières! — Severinus tendit la main à l'évêque, et lui dit : Serviteur de Dieu, levez-vous, au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur. Reprenez vos vêtements et rendez grâces au Dieu qui vous a affligé dans sa miséricorde. Dans sa main, la verge était une récompense et plus tard vous vaudra une couronne. Aujourd'hui vous offrirez à l'autel le sacrifice auguste, et vous bénirez votre peuple fidèle. — Il n'avait pas encore achevé ces paroles, qu'Eulalius sortit de son lit, rendant grâces à Dieu de la guérison miraculeuse dont il venait d'être l'objet. Il se rendît avec le thaumaturge à la basilique , célébra les saints mystères et bénit le peuple. Severinus passa avec lui cette journée, et le lendemain il partit avec Transvarius. Ils arrivèrent bientôt à la ville des Parisii. Au moment où ils franchissaient la porte de la cité, ils virent un misérable lépreux, assis sur le bord du chemin, et demandant l'aumône aux passants. Le bienheureux Severinus. touché de compassion, s'arrêta et lui dit : Mon fils, que voulez-vous que je vous donne? — Puis s'approchant, il l'embrassa. De son doigt imJjibé de salive il toucha ses plaies, invoqua sur lui le nom du Seigneur, et l'horrible lèpre disparut. Les témoins de ce miracle poussèrent des cris d'allégresse, et bénissant Dieu, ils escortèrent le saint homme, qui se rendit d'abord à l'église où il fit sa prière. On le conduisit ensuite à Vaula regia (palais du roi). Clovis était étendu sur un lit. Severinus le salua en disant : Vénérable roi, puissiez-vous recouvrer santé et force! — L'auguste malade lui répondit par quelques paroles pleines d'humilité et de respect. Severinus se prosterna alors devant le lit royal, et pria en se frappant la poitrine. Quand son oraison fut terminée, il se leva, détacha son manteau et en enveloppa Clovis. En ce moment, la fièvre cessa

pour ne plus reparaître. Le roi se leva de sa couche, et, s'agenouillant, rendit grâces à Dieu. Le bienheureux Severinus demeura quelque temps à Paris, multipliant les guérisons miraculeuses, rendant la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, chassant les démons du corps des possédés. Clovis lui dit un jour : Je vous en supplie, mon père, prenez dans mon trésor autant d'argent que vous voudrez et distribuez-le aux pauvres. Demandez-moi l'élargissement de tous les captifs détenus dans les fers. J'aurais grande joie à faire quelque chose qui pût vous être agréable. — Le bienheureux n'accepta de la munificence royale que le privilège de rendre la liberté aux prisonniers. Ce fut un touchant spectacle de le voir parcourir les geôles et briser de ses mains les chaînes d'une multitude de captifs. Cependant, comme l'ange le lui avait prédit, Séverin n'ignorait pas que sa mort était proche. Après avoir pris congé du roi et du peuple de Paris, il se mit en route. Arrivé à la montagne appelée Castrum Nantonis (Château-Landon) ', il se rendit à un oratoire construit en bois, et desservi par deux prêtres, Paschasius et Ursicinus. Frères bien-aimés, leur dit-il, je vous apporte mon misérable corps. C'est ici que je le déposerai, ainsi que Dieu me l'a fait connaître, et c'est de vos mains qu'il recevra la sépulture. Je vous recommande le prêtre Faustus et le moine Vitalis qui m'accompagnent. Le premier me sert depuis trente ans; le second est un modèle d'humilité et de foi. Ayez pour eux un cœur fraternel, et venez-leur en aide quand ils m'auront perdu. — Ayant ainsi parlé, il s'étendit sur une humble couche, et cette même nuit il expira. Au moment où son âme s'envolait vers les cieux, on vit comme un astre étincelant dont les rayons illuminèrent la pauvre cellule. Les prêtres Paschasius et Ursicinus lavèrent le corps inanimé, le revêtirent des

' CliMeau-Landorij chef-lieu de cantoudu département de Seine-et-Marne, à 28 kilomètres de Fontainebleau, compte aujourd'hui deux mille cinq cents habitants. Il est bâti sur une éminence baignée par le Suzain. Childebert 1, fils de Clovis, y fit construire en l'honneur du thaumaturge une magnifique église et une abbaye de l'ordre de saint Augustin, qui furent plus tard affectées à la congrégation de sainte Geneviève.

habits sacerdotanx et lui rendirent les honneurs de la sépulture. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, continue l'hagiographe, le tombeau du saint confesseur n'a cessé d'être glorifié par les miracles que le Roi des saints, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ daigne y opérer. En témoignage de perpétuelle reconnaissance, le roi Childebert, fils de Clovis, construisit en l'honneur du bienheureux Severinus une basilique somptueuse et une abbaye pour les clercs chargés d'y célébrer les louanges du Seigneur *. »

22. La guérison miraculeuse du roi des Francs produisit un effet Loi gothique immense dans toutes les Gaules, surtout à la cour des rois ariens Conciie d'A- Gondebaud de Lugdunum et Alaric II de Toulouse. Ce dernier comprenait à son tour la nécessité de ménager l'élément catholique et le parti gallo-romain qui se prononçaient chaque jour davantage en faveur de Clovis. Dans ce but, il promulgua vers cette époque un code de lois pour les Visigoths soumis à son empire. C'était la reproduction presque complète du Code Théodosien. Les changements ou additions qu'il crut devoir introduire furent tous concertés et approuvés d'avance par les évêques catholiques de ses états. Les bonnes dispositions de ce prince arien en faveur des prélats orthodoxes, se manifestèrent encore dans l'autorisation qu'il leur accorda de tenir un concile à Agatha (Agde), en Languedoc. Ils s'y trouvèrent au nombre de trente-cinq, en comprenant les députés de dix absents (S06). Les canons et règlements de discipline, édictés par ce concile, sont importants et nombreux. On interdit aux évêques le droit d'aliéner les biens ecclésiastiques; mais on leur laisse la faculté d'affranchir les esclaves qui se trouveraient sur les terres de l'Église. Cette distinction montre quelle était dès lors l'attention des évêques et des conciles à ménager peu à peu, par les voies de la douceur et sans secousses trop violentes, l'extinction de l'esclavage dans les sociétés chrétiennes. — « Les laïques qui ne communieront pas à Noël, à Pâques et à la Pentecôte ne doivent pas être réputés catholiques. » — Si quelqu'un

1 BoUand., Vit. Severin., loc. cit. On sait que le culte de saint Séverin s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la ville de Paris, où l'une des paroisses les plus anciennes est placée sous son patronage.

veut avoir un oratoire particulier dans sa terre, on lui permet d'y faire dire la messe pour la commodité de sa famille. Mais on réserve les fêtes de Pâques, Noël, l'Epiphanie, l'Ascension, la Pentecôte et les autres jours solennels où la messe devra être célébrée dans les églises paroissiales, et ne pourra être dite dans les oratoires particuliers sans une permission spéciale de l'évêque. On renouvelle la défense aux clercs et aux moines de voyager, sans l'autorisation et les lettres de leurs évêques ou de leurs abbés respectifs. — Enfin, le XLIP canon est relatif à un abus que nous avons déjà vu signaler sous une autre forme. La plupart des conciles précédents avaient proscrit la magie et toute espèce de divination, comme autant de vestiges d'idolâtrie. Mais l'amour naturel de l'homme pour le merveilleux, son désir incessant de sonder les secrets de l'avenir, firent reparaître la divination sous le manteau du christianisme. On prenait un livre de l'Écriture qu'on ouvrait au hasard, et l'on regardait comme un présage de l'avenir les premières paroles qu'on rencontrait ainsi à l'ouverture du livre. La superstition avait varié les formes de cette épreuve, appelée : So7t des saints. Quelquefois on plaçait le livre des Évangiles sur l'autel, afin qu'il reçût une sorte de bénédiction préparatoire. Cet abus persista longtemps, malgré la défense des conciles et la vigilance des pasteurs. Les canons d'Agde furent souscrits parles évêques les plus distingués de la Gaule méridionale, qui assistaient à ce concile : saint Césaire d'Arles, saint Quentien de Rhodez, saint Galactorius de Béarn ou Lescar, saint Glycérius ou Lizier de Conserans *. Débuts de 23. De tous CCS noms, le plus illustre est celui de Césaire, qui avait s^.'céla1re° succédé à saint ^Eonius sur le siège métropolitain d'Arles, en 502. Césaire manifesta de bonne heure des dispositions extraordinaires à la vertu et à la piété. A l'âge de sept ans, il se dépouillait souvent de ses habits pour en revêtir les pauvres. A dix-huit ans, il s'échappa de la maison paternelle et courut se jeter aux pieds de saint Sylvestre évêque de Chalon-sur-Saône, sa patrie, le conjurant de lui donner la tonsure cléricale et de l'admettre au service de l'Église.

» Labbe, Concil., tom. IV, col. 1381-1396.

d'Arles.

CHAr. TI. — ÉGLISES DES GAULES. 113

Le saint pontife ne crut pas devoir s'opposer à une vocation si exceptionnellement précoce. Césaire demeura deux ou trois ans près de lui; et se rendit ensuite à Lérins, cette pépinière de l'ordre monastique. Il y devint bientôt le modèle des religieux. Sa réputation était telle qu'à la mort de saint iEonius, métropolitain d'Arles, le clergé et le peuple de cette ville choisirent unanimement Césaire pour évêque. L'humble religieux, au bruit de son élection, alla se cacher dans un sépulcre, demandant à l'asile des morts un abri contre les honneurs que lui voulaient décerner les vivants. On dut l'en tirer de force, pour placer sur le chandelier cette lumière qui devait éclairer la maison du Seigneur (502). Césaire n'avait encore que trente-trois ans. Il signala les débuts de son épiscopat par plusieurs saints établissements. Il ordonna que les clercs réciteraient tous les jours dans la basilique de Saint-Étienne l'office de tierce, sexte et none, avec les hymnes convenables. Il fonda un hôpital où l'on recueillait les malades pauvres, qui y étaient servis avec le plus grand soin. On y récitait l'office divin, comme dans l'église cathédrale, mais on le faisait à voix basse, de peur d'incommoder les malades. Aucune misère n'était étrangère au cœur miséricordieux du saint évêque. Il institua une œuvre de charité pour le rachat des captifs. La pensée que quelque malheureux pouvait se trouver à côté de lui, privé de secours, ne lui laissait pas un seul instant de repos. Il envoyait ses serviteurs parcourir les rues de la ville, pour lui amener les indigents, les pauvres , qu'il aimait et qu'il soulageait comme les membres souffrants de Jésus-Christ. Il fondait en même temps un monastère de femmes, qu'il mit sous la conduite de sainte Césarie, sa sœur. Il y prescrivit une clôture sévère. Les religieuses ne sortaient jamais et personne n'entrait dans l'intérieur du monastère, pas même dans l'église, à l'exception des évêques et des prêtres qui venaient y offrir le saint sacrifice. Les religieuses ne pouvaient rien posséder en propre. Leur vie était une suite de prières, d'occupations pieuses, d'austérités et de mortifications. La règle de saint Césaire fut adoptée depuis par de nombreuses communautés de filles.

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