XIV
Qninfianns 24. Un autre des signataires du concile d'Agde, Quintianus évVque'dT (saint Quentien), évêque de la cité des Ruthènes (Rodez), « était, dit
de^cierniûDt , Grégoire de Tours, un exilé africain, chassé de sa patrie par la persécution d'Hunéric roi des Vandales. L'éclat de sa sainteté, la ferveur de son zèle, l'admirable pureté de sa vie le désignèrent au choix du clergé et des fidèles qui l'appelèrent à l'épiscopat. Dans cette nouvelle dignité, ses vertus redoublèrent encore; il croissait dans les œuvres de Dieu, Par ses soins, la basilique du bienheureux pontife Amantius fut agrandie et il procéda à la translation des reliques de ce glorieux confesseur. Il paraît cependant que saint Amantius n'agréa point ce pieux hommage. Dans une vision, il dit à Quintianus : Tu as témérairement déplacé mes restes qui reposaient en paix au lieu de leur sépulture : voilà qu'à ton tour tu seras éloigné de cette ville et exilé dans une autre région ; cependant tu ne perdras point la dignité épiscopale •. » — « Or, à cette époque, continue Grégoire de Tours, il y avait dans les Gaules un parti considérable qui appelait de tous ses vœux la domination franque^. La ville dos Ruthènes était occupée par des Goths qui s'imaginèrent que l'évêque les trahissait et se livrait à des intrigues pour préparer l'invasion de l'étranger. Ils formèrent un complot dans le but de l'assassiner. Quintianus informé de leur dessein s'échappa durant la nuit et se retira chez les Arvernes. L'évêque de Clermont était alors Eupbrasius (saint Euphraise) qui venait de succéder à Aprunculus, l'ancien exilé de Divio •'. Euphrasius l'accueillit avec une tendresse vraiment fraternelle. Cette église est assez riche, lui dit-il, pour nous faire vivre tous deux. — En conséquence, il lui assigna une maison avec des champs et des vignes, et le retint près de lui. L'évêque de Lugdunum (Etienne, l'ami de saint Avit, dont nous avons parlé naguère) voulut aussi contribuer à cette bonne œuvre, et investit Quintianus d'un domaine dont son église
1 Gregor. Turon., Vitœ Palnim, cnp. iv; Patr. lat., tom. LXXI, col. 1022, 1023. — 5 Multi jnm tune ex Go// Us /taljere Francos dominos summo desiderio cupiebant. Gregor. Turon., Hlsi. Franc, lib. II, cap. xxxvi; Patr. lat., loiu. cit., col. 2^2. — s Grefeor. Turoa., Vitœ Pal7'um, cap. iv, loc. cit.
avait la propriété sur le territoire des Arvernes '. » Après la mort d'Euphrasius en 514, et celle d'Apollinaire, fils et homonyme du grand Sidoine, qui ne tint que trois mois le siège épiscopal de Clermont, Quintianus fut élu d'une voix unanime pour leur succéder (515).
25. Les troubles politiques dont Quintianus venait d'être victime Dissensions
■^ ^ entre
chez les Ruthènes coïncidaient avec des mouvements d'hostilité ^'ancn et
Clovis. Néfre-
oon équivoque entre le roi des Goths Alaric II et Clovis. Gré- ciations in-
fructueutes.
goire de Tours est fort laconique sur les motifs qui précipitèrent la lutte et amenèrent une prise d'armes. Voici son bref récit : « Alaric, roi des Goths, voyant l'humeur belhqueuse qui portait Clovis à attaquer tour à tour les rois ses voisins, lui envoya des ambassadeurs chargés de ce message : Si mon frère le roi des Francs n'y trouve pas d'obstacle, j'ai le désir d'avoir avec lui une entrevue dans laquelle, avec l'aide de Dieu , nous pourrons sceller un pacte d'alliance. — Clovis ^ agréa la proposition. Les deux rois se rencontrèrent dans une île de la Loire près du vîcus Ambaciensis (Amboise) , au territoire de la cité de Tours ^. Ils conférèrent amicalement, s'assirent à la même table, burent à une coupe commune, puis se séparèrent après avoir échangé des serments d'amitié réciproque *. » Immédiatement après avoir raconté ce colloque pacifique, notre historien national fait la remarque que le parti dominant chez les gallo-romains était favorable à la domination franque , et cite en preuve la révolte des Rhutènes contre leur évoque Quintianus; puis il passe sans transition au récit des hostiUtés entre le roi des Goths et celui des Francs. « Clovis, dit-il, rassembla les siens et leur dit : Il me déplaît de voir les ariens posséder une notable partie des Gaules. En avant donc,
^ Gregor. Turon., nist. Franc, lib. II, cnp. xxxvi, loc. cit.
* Nous faisoDS observer ici une fois pour toutes que Grégoire de Tours désigne constamment Clovis par Chlodovechus, équivalent latin du Hlodwig germanique. En réalité, il n'y a aucune différence entre le vocable de Clovis et celui de Louis.
* Amboise, célèbre par son château royal, est situé au confluent de la Loire {Ligeris] et de l'Amasse (Amatissa). — * Gregor. Turou., Ilist. Franc, lib. II, cap. XXXV; Pair, lat., tom. cit., col. 232.
avec l'aide de Dieu ! Soumettons tout le pays à notre empire * ! » Bien que cette brusque détermination paraisse au premier coup d'œil assez conforme à l'impétuosité naturelle des Francs et de leur chef, on ne saurait admettre que les faits se soient passés de la sorte. Alaric II n'était pas seulement le roi des Yisigoths de Toulouse, un chef barbare plus ou moins puissant, avec lequel Glovis fut libre d'entamer une querelle. Son alliance avec Théodoric, roi d'Italie, dont il avait épousé la fille, lui assurait un appui qu'il était impossible de dédaigner. Aussi la rupture sommairement racontée par Grégoire de Tours fut-elle en réalité précédée de longues et intéressantes négociations. Un fragment de la chronique d'Idace nous en fournit une première preuve, a Après des menaces et même des luttes partielles, dit le chroniqueur, le roi des Francs Clovis et Alaric roi des Goths, dont la capitale était Toulouse , convinrent réciproquement par leurs ambassadeurs qu'ils feraient un traité de paix, à la condition que Clovis viendrait en personne toucher la barbe d'Alaric , et le reconnaître ainsi pour son patrinus (parrain) -. L'entrevue, dont on fixa de part et d'autre le jour et le lieu ^, fut réglée de telle sorte que ni les Goths ni les Francs de la suite des deux rois ne devaient y paraître en armes. Le matin du jour indiqué, Clovis qui se défiait des artifices d'Alaric lui envoya un de ses officiers, nommé Paternus, avec ordre de lui rappeler la clause et de veiller à son exécution. Paternus se présenta devant le roi des Goths, lui transmit les salutations de son maître, et comme il allait parler de sa mission, il s'aperçut que les Goths avaient tous à la main des bâtons creux dans lesquels ils avaient caché le fer de leurs lances. Paternus prit un de ces
^ Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xxxvii, toin. cit.
* Voici la note que D. Ruinart ajoute à ce passage : Non tactu solummodo, sed et harbœ aut capillorum incisione affiinitas spiritualis inifa fuit. Qui alicui crines incidebat, ejus fiebat pater spiritualis. Vide Paulum Diacon., in Gestis Langobardorum, lib, IV, cap. XL et lib. VI, cap. Lin. Plura de hac re habet Mabillon inprœfat. i Sœcul. m, Acf. satict. ordin. Benedict. (D. Ruinart. Notce in Hist. Franc; Pair, lat., tom. LXXI, col. 702.)
3 Ce fut sans doute l'entrevue mentionnée par Grégoire de Tours, dans une île de la Loire, en face du vicus Ambaciensis (Amboise).
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bâtons, en sortit l'arme et dit à Alaric : Voilà donc, ô roi, par quelle perfidie vous espériez tromper mon maître et vaincre les Francs ! J'en appelle au jugement de Ttiéodoric, roi d'Italie. — L'arbitrage fut agréé. Un député d'Alaric se rendit en Italie, pendant que Clovis, de son côté, y envoyait Paternus. Celui-ci raconta le fait qui s'était passé. L'envoyé goth fut obligé d'en faire l'aveu; il se borna à solliciter la clémence de Théodoric, promettant de se soumettre à tout ce qu'il ordonnerait. Théodoric remit au lendemain le prononcé de la sentence. J'ai besoin, dit-il aux deux ambassadeurs, de prendre l'avis des conseillers de mon palais, et je songerai au moyen de rétablir la bonne harmonie entre deux rois qui sont mes frères. — Il parlait ainsi, mais dans le fond il nourrissait une pensée fort différente, car il songeait plutôt à éterniser la discorde entre les Goths et les Francs pour les détruire les uns par les autres *. La sentence prononcée par lui imposait à Alaric une composition (we/ir-ghild) qu'il eût été difficile aux Goths d'acquitter. L'ambassadeur des Francs, monté sur un cheval et tenant une lance à la main, devait se présenter devant le palais d'Alaric, et les Goths devaient lui jeter assez de sûlidi pour que le cheval, le cavalier lui-même et la lance en fussent couverts. Paternus se rendit pacifiquement au palais de Toulouse. Alaric l'accueillit avec honneur 2, et lui donna un magni-
' Nous croyons que le chroniqueur prête ici à Théodoric une intention perfide que ce prince n'avait pas. Quant à la singulière condition que le roi d'Italie va imposer à Alaric, elle était éminemment conforme à l'usage de cette époque barbare. C'était une forme du v:ehr-ghild germanique. Personne ne dut alors la trouver étrange, d'autant que nul ne songeait à la prendre à la lettre. Elle signifiait seulement qu€ la somme à verser par Alaric était indéterminée mais considérable. Restait aux deux rivaux à s'entendre à l'amiable pour la fixer.
' La meilleure preuve qu'on n'entendait ni de part ni d'autre exécuter ce wehr-ghild au pied de la lettre, c'est que Paternus se présente au pilais d'Alaric non pour y être étouffé sous un tumulus de solidi, mais simplement pour y recevoir une somme considérable. On l'accueille avec les plus honorables démonstrations, sauf à se débarrasser de lui dans un guet apens qui n'eut pas le succès qu'on s'en était promis; et le lendemain on lui montre un coffre plein d'or, en jurant que le trésor royal n'en possède pas d'autres et en le priant de s'en contenter.
fique appartement ; mais durant la nuit le plancher s'écroula, et Paternus au milieu de son sommeil, fut précipité de la hauteur d'un étage. Il eut le bonheur de n'être pas tué dans cette catastrophe qu'on mit sur le compte d'un accident, bien qu'en réalité elle eût été traîtreusement concertée. Le lendemain, Alaric le conduisit dans le lieu oîi était déposé le trésor royal et lui jura qu'il n'avait pas d'autres solidi que ceux qu'il lui montrait dans deux coffres pleins. Paternus prit une seule pièce d'or, la mit dans son sein et dit : Ce sont les arrhes dont je me contenterai aujourd'hui. Tout le reste appartiendra bientôt à mon maître Clovis et aux Francs. — Après avoir ainsi parlé, il monta à cheval et revint rendre compte de son message à Clovis. La guerre était déclarée '. »
Intervention 26. Nous admettons pleinement l'authenticité de ce récit, auquel de Théodoric d'aillcurs on ne saurait contester la couleur locale -. Quoi qu'il en Ses lettres "à soit, il nous rcsto dcux lettres de Théodoric adressées l'une au roi Clovis. des Francs son beau-frère, l'autre à Alaric II son gendre, dans lesquelles il s'efforce de prévenir la lutte et de suspendre les hostilités. « Je conçois, dit-il à Alaric, que vous soyez fier de votre
' Idat., Excerpt. ex chronic; Pair, lat., tom. LXXI, col. 702, 703.
* Le lecteur sera peut-être désireux de savoir pourquoi nous croyons à la véracité de ce fragment jusqu'ici négligé par nos modernes historiens. Par malheur pour notre opinion, le savant et regrettable académicien M. Augustin Thierry ne commence ses Récits mérovingiens qu'à la mort de Clovis. Nous ne doutons pas qu'il n'eût mis ce fragment en lumière, si le plan qu'il s'était tracé le lui avait permis. La raison qui nous fait croire à l'authenticité de ce fragment, c'est qu'on le trouve analysé très-fidèlement dans la chronique de Moissac, dite du moine Rorico. (Rorico., Gesta Franc, 1. IV Pair, lut., tom. CXXXIX, col. 609,) et dans VHistoire des Francs d'Aimoin. [Patr. lat., ibid., col. 657.) Enfin, Frédegaire lui-même y fait une allusion non équivoque dans ce texte de sa chronique : Igitur Alaricus rex Goihorum cum amicitias fraudulenler cum Chlodovco iniisset, quod Chlodoveus discurrenle Paterno legatario suo cernens, ndversus Alaricum arma commovet. (Fredeg., Hist. Franc, epitomata, cap. xxv; Patr. lat., tom. LXXF, 587.) Évidemment une telle unanimité dans nos annalistes, les uns très-rapprochés de l'événement^ les autres écrivant à un plus long intervalle mais d'après des monuments contemporains, autorise l'historien impartial à conclure, ainsi que nous le faisons, savoir que le récit de la chronique d'idace est parfaitement authentique.
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longue généalogie de rois; il vous est permis de compter au nombre des exploits de vos aïeux la défaite d'Attila. Cependant, si vous m'en croyez, ne jouez pas votre trône sur un coup de dés. Vos sujets doivent nécessairement s'être amollis par une longue paix, et l'on ne saurait se fier aux armes quand on ne les a point constamment exercées. Suspendez donc vos préparatifs contre le roi des Francs, auquel j'envoie également une ambassade pour le calmer. Vous m'êtes unis tous deux par les liens du sang; voudrais-je vous sacrifier l'un à l'autre? Au fond, il ne s'agit entre vous ni de meurtres commis, ni de provinces usurpées. De simples paroles vous ont aigris, et la réconciliation est encore facile, pourvu que vous n'irritiez pas le mal par des préliminaires belliqueux ^ » La lettre à Clovis porte pour suscription : Illuduin, régi Francorum, Theodoricus rex. « Le Seigneur a voulu, dit Théodoric, que les rois fussent unis par les liens du sang, afin de garantir davantage la paix si désirable pour les peuples. La parenté entre les princes maintient les diverses natiotfis dans l'harmonie, et confond pour ainsi dire leurs vœux dans le lit fraternel de la concorde. J'ai donc quelque sujet de m'étonner de vous voir, sans grave motif, engager un cruel conflit avec mon fils le roi Alaric. Vous êtes tous deux de puissants rois, tous deux dans la vigueur de l'âge ; n'exposez point légèrement vos états à la ruine. Que votre valeur ne devienne point la calamité de vos sujets. Il serait déraisonnable d'en appeler sur-le-champ aux armes, dès la première discussion qui s'élève. Entre princes alliés et parents, il convient d'abord d'invoquer des arbitres : un roi puissant comme vous doit mettre sa gloire à faire quelque concession au médiateur qu'il s'est choisi lui-même. Que penseriez-vous de moi, si vous me jugiez capable de sacrifier vos véritables intérêts? Évitez une guerre qui peut détruire vos deux royaumes. Rentrez dans le fourreau un glaive que vous ne sauriez tirer l'un contre l'autre qu'à ma honte. J'ai le droit de vous l'enjoindre, car je suis votre père par l'âge et votre frère par le sang. Sachez du reste que celui de vous
' Cassiodor., Théodoric. ad Alaric. Variar., lib. III, ep. I; Patr. lut., t. LXIX, col. 575 pass.
deux qui méprisera mes conseils devra me compter, moi et mes alliés, pour adversaires. J'adresse un pareil message à mon fils le roi Alaric. Mes envoyés vous entretiendront de ma part en ce sens, et j'ai l'espoir que vos deux nations, qui ont fleuri sous le règne glorieux de vos pères, ne seront point ébranlées par un choc inopiné. Yous devez ajouter quelque foi à celui que vous avez toujours vu applaudir à vos succès. Le prince qui veut en perdre un autre ne lui tient pas le langage que je vous adresse en ce moment '. » Ces protestations de sincérité dans la bouche de Théodoric nous semblent dégager complètement la mémoire de ce prince du reproche que le fragment cité plus haut insinuait contre lui. Ajoutons que pour mieux assurer le succès de son intervention pacifique le roi d'Itahe envoyait des ambassadeurs à Gondebaud -, ainsi qu'aux princes des Hérules, des Warnes et des Thuringiens ^, les priant d'agir dans le môme sens près de Glovis, comme intermédiaires d'apaisement et de conciliation.
Lettre de 27. Tous les efforts de Théodoric furent inutiles. Glovis voulait
CloTÏs aux > T . . , .
éTêqnes ca- la gucrre. Avant d entreprendre une expédition qui devait le cou-
tholiques. . . i u •
L'église de vrir de gloire et jeter les bases de 1 unité monarchique en France, s. Paul sur le il écrivit aux évêques des Gaules la lettre suivante : « Aux seititins. gneurs saints, aux vénérables évêques siégeant sur les trônes apostohques, Chlodoveus roi. Déjà sans doute votre béatitude aura su les graves événements qui se préparent, et l'ordre donné à notre armée de s'avancer sur le territoire des Goths. En premier lieu, nous avons pris des mesures pour sauvegarder le domaine des églises dont nos soldats ne devront rien distraire ; ils devront également respecter les vierges, les religieuses, les veuves consacrées au Seigneur. La môme sauvegarde s'étend à tous les clercs ainsi qu'aux personnes qui vivent sous leur toit, à tous les
• Cassiodor., Théodoric. ad Hluduin. Variar., lib. III, ep. IV; tom. cit., col. 577. — * Cassiodor., Théodoric. ad Gundobald. Variar., lib. III, ep. Il; Pair, lai., tom. cit., col. 575.
3 Cassiodor., Théodoric. regibus Ilerulorum, Guarnorum, Thoringorum, Variar., Ep. ni; Pair, lat., tom. cit., col. 576. Les Hérules habitaient la Silésie actuelle ; les Warnes, la Vistule supérieure ; les Thuringiens, les bords de rUnstrutt jusqu'aux confins de la Bavière moderne.
serviteurs des églises, de quelque condition qu'ils puissent être, pourvu qu'ils soient munis d'une attestation de l'évoque faisant connaître leur qualité. L'immunité la plus complète leur est assurée, et nulle violence ni dommage ne pourront leur être faits. Si par accident quelqu'une de ces personnes venait à être saisie soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de l'église, et à être emmenée en captivité, elle sera rendue à la liberté aussitôt que sa réclamation m'aura été déférée. Quant aux laïques faits prisonniers même les armes à la main, ou par le droit légitime de la guerre, nous ne refuserons pas à votre béatitude apostolique le droit de les réclamer. Il suffira que vous nous adressiez à ce sujet des lettres munies de votre signature et scellées de votre anneau. Toutefois les guerriers qui m'accompagnent vous demandent de faire à cet égard toute la diligence possible afin d'éviter d'une part des délais qui seraient irréparables, de l'autre des fraudes et des substitutions mensongères. On a vu plus d'une fois envelopper ainsi le juste dans le châtiment qui doit être réservé aux seuls coupables. Priez pour moi, seigneurs saints, papes dignes du siège apostolique que vous occupez *, » Enfin, avant de quitter Lutèce, Glovis voulut donner un gage plus éclatant encore de sa piété et de sa foi. <( Depuis longtemps déjà, disent les actes de sainte Geneviève, il avait témoigné sa vénération pour l'humble et glorieuse vierge. On l'avait vu, à sa prière, non pas seulement rendre la liberté aux captifs, mais faire grâce de la vie à des condamnés à mort. En marchant contre Alaric, il lui confia le soin de faire ériger, de concert avec la reine Chrotechildis ', une basilique aux apôtres saint
* Clodov., Epist. ad episc; Patr. lat., tom. LXXT, col. H58. Cette lettre de Clovis, dont l'autheaticité est incontestable, paraîtra sans doute fort neuve aux lecteurs. Il en sera vraisemblablement de même des divers documents relatifs à nos origines nationales que nous prenons soin de réunir ici. C'est qu'en effet, je ne sais par quelle manœuvre, tous les historiens semblent avoir pris à tâche de dissimuler le côté chrétien et la partie vraiment intéressante de nos annales. 11 est temps de rompre avec cette complicité du silence, qui depuis trois siècles laisse dans l'ombre les monuments les plus avérés et les plus glorieux de notre tradition française.
* Nous avons déjà vu que telle était l'orthographe primitive du nom de sainte Clotilde. Ou prononçait ce nom à la façon germanique, de cette sorte :
Pierre et saint Paul sur le mont Leucotitius *. Cette basilique ne fut achevée qu'après la mort de Clovis. Rémi, évêque deDurocortorum (Reims), celui-là môme qui avait instruit et baptisé le con-
Hrotehild , d'où est venu plus tard le nom assez usité au moyen âge de Rohilde, synonyme de Clotilde.
1 « Ce nom, dit M. l'abbé Saintyves, est fort diversement orthographié dans les manuscrits. Nous en trouvons jusqu'à cinq variantes : Leutitius, LocuHui, Locuticiu'i, Lutucuticius et Lucotitius. Cette dernière leçon, qui est celle des plus anciens manuscrits, se rapproche davantage du nom de Luchotetia ou Leuchotecia que la plupart des auteurs disent avoir été donné à ce lieu, et d'où la ville de Paris a tiré son ancien nom de Lutelia. Mais quelle est l'élymologie de ce nom? Viallon le fait venir de lucus, bois sacré. Il y avait, dit-on, sur cette montagne, un temple païen et un bois sacré dédiés à la déesse Isis. D'autres ont recours au grec >,îux6tt]<: (blancheur), et disent que ce vocable est une allusion à la couleur du calcaire dont la montagne est composée :
Nativo Leucoteciam candore coruscam Dixere, ex eiymo, Gallica terra, tuo.
(Lascar., Not. in Aimoin, De Gest. Franc, édit. Dubrcuil, pag. 58.)
Enfin, si nous en croyons les vieux chroniqueurs français, Locuticius vient du verbe latin loqui, et ils ont appelé la montagae ainsi nommée : Mont' Parlouër. L'auteur de ['Histoire de sainte Geneviève en vers s'exprime ainsi :
De dehors les murs de Paris,
Fu la sainte vierge enorée
Ensevelie et enterrée,
En un mont que lors apeloient
Mont-Parloier. lUuec parloient
Les genz et tenoient lor plaiz;
lUuec estoit torz o droiz faiz.
Le nom la virge au non esliève.
Le mont de Sainte Geneviève
Est ore par non appelez,
Comment qu'il fut avant nommez.
(Mss. in-fol. de la Biblioth. d'Orléans, n» 280, provenant de l'abbaye de Saint-Benoît, f. 78 et 79.) C'est à ce passage que Pierre le Juge fait sans doute allusion quand il dit que l'église Saint-Pierre et Saint-Paul fut « bastie par le roy au mont appelé Locuticien, ou, selon aucuns vieux livres en français escrits à la main, au mont Parloir, parce que volontiers c'était là où le roy donnait audience. » (Pierre le Juge, Vie de sainte Geneviève, 1" édit., 1631, in-S», pag. 91.) Le P. Charpentier voudrait faire hommage de celte élymologie à l'Université, ou du moins aux écoles qui ont été de temps immémorial établies soit dans
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quérant, en fit la dédicace sous le règne des trois frères Clotaire, Childebert et Clodomir '. »
28. La courte harangue prononcée par Clovis dans l'assemblée des Francs, quand il leur dit : « En avant, avec l'aide de Dieu ! » enthousiasma les guerriers. « L'armée se mit en marche , reprend Grégoire de Tours, et se dirigea sur la cité des Pictavi (Poitiers) où Alaric était cantonné. Comme il fallait traverser le territoire des Turones (Tours) Clovis, par respect pour la mémoire du bienheureux Martin, donna l'ordre aux troupes de ne prendre absolument rien dans cette contrée, sauf l'herbe verte des champs et l'eau. Un soldat ayant trouvé dans une chaumière une provision de foin, s'en empara et dit : Puisque le roi nous per-
Entrée en campagne.
Les envoyés
de Cluvia au tombeau de S. Martin.
l'abbaye, soit aux environs, sur la montagne qu'on appelle encore aujourd'hui le quartier latin. C'eût été ainsi la montagne de l'éloquence, ou, coa.me disait Abélard, le Parnasse de Sainte-Geneviève. Il est certain d'ailleurs qu'il y avait sur le flanc de la montagne, près de la place Maubert actuelle, un lieu appelé Parloir des bourgeois (Locutorium cioium); ce lieu était destiné non aux audiences royales, mais aux réunions des marchands, et c'était là que leurs prœposiii {■pv^\à\.&) rendaient la justice. Mais on aurait tort d'en conclure avec Adrien de Valois que c'est pour cette raison que la colline a été appelée itfon^ Locm/zc/ms (Vales., Notifia Galliar., Parisiis, pag. 440); car longtemps avant qu'il y eût un parloir des bourgeois, Ptoiémée appelait AouxoTÉ/ia, et Julien l'Apostat AeuxÈ-ïca, la même ville que César nomme Lutecia. (Ptolem., Geograph., édit. Lugd. Batavor., 1618, in-fol., pag. 51 ; Julian., Misopogon, tom. 1, pag. 729; Caîsar., Comment., lib. VI, § 3; lib. VII, § 57.) Or ces noms ont un rapport trop marqué avec Lucoticius pour qu'en puisse contester que ce ne soit le même. Nous ne parlons pas des étymologistes qui veulent faire dériver Lutetia de lutum (boue), par allusion aux terrains marécageux des alentours de la ville. Ce n'est ni dans le grec, ni dans le laliu, mais dans la langue celtique qu'il faut chercher les véritables racines étymologiques de Lucotecia. Or le celte Lug, ainsi que l'a démontré Cambden, signifie une tour; ou, si l'ou préfère un autre radical, leg ou leug signifie pierre. C'est de là en effet qu'est venu le mot leuga (liene), parce que les lieues étaient marquées par des pierres érigées sur la route, comme les milles romains que pour cette raison on appelait lapides. D'autre part, iec veut dire beau (Cambden, Britannia, Lond., 1607, in-fol., pag. 641); on lui donne en effet cette signification dans les dictionnaires bas-bretons ou celtiques. Lucotecia signifierait donc ou belle tour, ou belle pierre, ce dernier sens se rapportant peut-être aux riches carrières de la montagne. » (Saintyves, Vie de sainte Geneviève, pag. 277-280.) * S. Genovef., Act. Bolland., 3 jan.
met de prendre de l'herbe, ceci en est! — Le fait parvint à la connaissance de Clovis, qui d'un revers de son épée trancha la tête du guerrier franc. Que deviendraient nos espérances de victoire, s'écria-t-il, si nous offensions le bienheureux Martin! — Cet exemple servit de leçon à l'armée tout entière, et il n'y eut pas un second acte d'indiscipline à réprimer. Cependant le roi fit partir quelquesuns de ses officiers, et les envoya à la basilique du bienheureux Martin. Allez , leur dit-il ; peut-être dans ce sanctuaire vénéré vous recueillerez pour moi des présages de victoire. — Il leur remit une riche offrande qu'ils devaient déposer en son nom sur le tombeau du saint, et fit devant eux cette prière : Seigneur, si vous êtes avec moi dans cette expédition, si vous avez résolu de livrer entre mes mains un peuple hérétique et perfide, daignez le faire connaître à votre serviteur, quand mes envoyés mettront le pied dans la basilique du bienheureux Martin. — Les officiers partirent en hâte. En mettant le pied dans l'édifice sacré, selon l'ordre qu'ils avaient reçu du roi, ils prêtèrent l'oreille aux chants qui partaient du sanctuaire. Or à ce moment môme le primicerius ^ (primicier). commençait cette antienne [antiphonam) : « Seigneur, vous m'avez ceint de vaillance pour le combat; vous avez renversé l'ennemi à mes pieds, mis en fuite ses bataillons et dispersé ceux qui me poursuivaient de leur haine '. » Les messagers royaux, pleins de joie de ce chant de victoire, rendirent grâces au Seigneur, déposèrent les offrandes sur le tombeau du saint et retournèrent porter la bonne nouvelle à Clovis. Celui-ci poursuivit sa marche et
1 In ecclesia Romana primicerius caput erat inferioris chori, quod et in ecclesia Gallicana fuisse in usu tenipore Chlodovei colligi potest ex epistola sancti Remigii ad Falconein Tungrensetn episcopum, ubi conqueritur vir sanciissimus a Falcone institutos fuisse in Mosomagensi ecclesia (Mouson , près Sedan) Itvitas, presbyieros, archidiaconos , primicerium scholœ clariisimœ militiceque lectorum. — Cœterum mos ille per Scripiurœ sacrœ lectiones res futuras explorandi, solemnis erat illis (emporibus, uti ex aliis Gregorii locis compluribus patet. Sic etiam actum fueral in elcctione sancti Martini, apud Severum Sulpiciut/i, in ejus Viia, cap. vu. Vide et vitam S. Consortiœ, n° 9, saec. i. Beced. ad ann. 578. (D. RuiQart, Not. in Gregor. luron.; Patr. lai., tom. LXXVIII, col. 234.)
2 Psalm. XVII, 40, 41.
arriva avec son armée sur les bords de la Vingenna (Vienne), ne sachant en quel lieu il pourrait traverser cette rivière, dont le cours était alors démesurément grossi par des pluies torrentielles. Clovis passa la nuit en prières, demandant au Seigneur de lui faire connaître un endroit guéable. Le lendemain, à l'aube du jour, les soldats francs virent une biche, qui, sans doute effrayée à leur approche, se jeta dans la rivière et la franchit rapidement. Le point que l'animal avait choisi était guéable : toute l'armée y passa sans encombre. Clovis s'approcha .de la cité des Pictavi (Poitiers) et fit dresser sa t-ente en face de la ville. Une nuit qu'il considérait la place, il lui sembla voir un des lampadaires {pharus igneu) allumés dans la basilique de Saint-Hilaire se détacher de l'édifice et venir à lui , comme si le bienheureux confesseur eût voulu témoigner qu'il l'aiderait à triompher par les armes des bataillons hérétiques contre lesquels il avait jadis si généreusement lui-même combattu par la parole. Clovis rendit compte à ses guerriers de cette vision surnaturelle; il en prit occasion de leur défendre d'attenter soit à la liberté soit aux biens des habitants, dans tout le territoire de saint Hilaire *. »
29. Cette défense ne fut pas entièrement respectée. « En ce ciotïs temps, continue Grégoire de Tours, vivait au territoire de Poi- ^(s-Maiient".^ tiers un vénérable abbé, nommé Maxentius (saint Maixent), qui s'était construit dans l'enceinte de son monastère une cellule où il vivait en reclus. Les religieux, voyant arriver une escouade de guerriers francs dont la démarche et les intentions leur parurent hostiles, se précipitèrent à la cellule du saint abbé, le priant de sortir et de parler à ces furieux. Maxentius ne répondit pas. Les religieux brisèrent la porte de la cellule, et prirent le reclus dans leurs bras pour le conduire aux ennemis. Laissez-moi, leur dit-il, et marchant d'un pas ferme il vint intrépidement à la rencontre des ravisseurs. L'un d'entre eux leva sur lui son glaive. Il allait frapper, lorsque l'épée lui tomba des mains; son bras subitement paralysé resta immobile à la hauteur de l'oreille. Le malheureux
' Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xxvii, col. 233.
se prosterna aux pieds du solitaire, implorant sa miséricorde. Le reste de la troupe prit la fuite et revint au camp. Maxentius versa sur le bras du patient quelques gouttes d"huile bénite, et traçant un signe de croix sur le membre paralysé lui rendit le mouvement'. » — « Le roi Clovis , disent les actes de saint Maixent, ayant été informé de ce miracle, accourut en personne, s'agenouilla aux pieds de l'homme de Dieu et lui demanda pardon pour, la faute commise par ses soldats. On montre encore aujourd'hui dans le monastère la place où ce grand prince rendit ce témoignage de piété et de vénération à un saint religieux. Il fît don à Maxentius de la villa de Milo, et ne cessa depuis d'honorer et de chérir le pieux cénobite ^. » Bataille 30. La bataille décisive entre Alaric et Clovis fut livrée à Voclada
(Vou'iié). Dé- (Vouillé), dans la plaine de Poitiers. Les Gesla Francorum nous ont ^VAiaric. transmis de ce combat un récit plein d'animation et de chaleur, qui doit avoir conservé les principaux traits de cette journée mémorable. « Le roi des Goths, dit le chroniqueur, harangua brièvement ses troupes. Vos pères, leur dit-il, ont vaincu les Romains. Ce ne sera qu'un jeu pour vous de mettre en fuite une poignée de Francs venus non pour combattre, mais pour piller! — Clovis cependant, fort de la protection du Christ, parcourait les rangs de son armée, distribuait les postes, exhortait les plus vaillants à se montrer dignes de leur passé et les plus jeunes à égaler les vétérans. Il recommandait surtout de ne pas se laisser emporter par une impétuosité trop bouillante, d'attendre le signal avant de s'élancer sur l'ennemi, et de ne pas oublier dans la mêlée de se servir du glaive. Enfin, après avoir invoqué les bienheureux Pierre et Martin, appuyé sur sa lance, il se retourna vers les Francs, fit le signe de la croix sur l'armée et s'écria : En avant, au nom du Seigneur ! — En ce moment toutes les trompettes retentirent, une clameur immense s'éleva vers les cieux, les traits volaient dans l'air, la lutte s'engagea et la terre se rougit de sang.
1 Grcgor. Turon., Ih'st. Franc, lib. Il, cap. xxxvn; Pair, lai., tom. LXXI, col. 234, 235. — 2 S. Masent., Ad. ab auciorc coœvo, Bolland., 26 jun.
Clovis au plus fort de la mêlée faisait vibrer sa lance, frappait à droite et à gauche, jonchant son chemin de cad^jvres. On l'entendait d'une voix éclatante invoquer le nom de Dieu, et animer les siens au combat. 11 aperçut de loin le roi Alaric; lançant son cheval dans cette direction, il fondit sur lui et essaya de le frapper d'un coup de lance. Puis il mit l'épée à la main. Un véritable duel s'établit entre les deux princes animés d'une égale fureur. La foule des guerriers fit cercle autour d'eux et les regarda en silence sans intervenir dans la lutte. Habiles dans la science du combat, les deux rivaux se portaient réciproquement des coups que parait le bouclier. Leurs casques furent bientôt entamés. Enfin Clovis se rappelant les exploits presque incroyables qu'on attribuait à ses aïeux , leva sa lourde épée et la brandit d'un bras si puissant que d'un seul coup il fit tomber le menton d'Alaric, son épaule gauche, avec le bras encore passé dans le bouclier. Puis se rejetant en arrière, il allait trancher la tête de son rival, lorsque deux soldats goths s'clançant à rimproviste l'attaquèrent à droite et à gauche, se disposant à lui percer les flancs du fer de leur lance. D'un bond rapide imprimé à son cheval, Clovis passa entre les deux ; sa cuirasse amortit le double coup qui lui fut porté. Il n'eut pas de peine à mettre ces deux lâches ennemis' hors de combat. Couvert ainsi d'une triple gloire, il revint à Alaric, le prit aux cheveux de la main gauche, brandit son glaive de la droite et d'un coup lui trancha la tête. Les Goths se débandèrent, jetant leurs armes et ne songeant qu'à fuir. Il s'en fit un tel massacre que le mot de l'Écriture se renouvela en ce jour : « Un seul guerrier en poursuivait mille; deux en mettaient dix mille en fuite.» Ceux des Goths qui échappèrent au glaive des Francs passèrent en Espagne avec le jeune Amalaric, fils du vaincu. Les auxiliaires Arvernes qui, sous la conduite d'Apollinaire 2, étaient venua se ranger sous les drapeaux d'Alaric, furent presque tous taillés en pièces.
' Suivant les lois de ces luttes corps à corps, nul ne devait intervenir tant que le duel était engagé. Le chroniqueur l'indique suffisamment quand il dit : Ecce reges ferocissimos circumsians populus mirabatur, el eis ila fjellanlihus nullum solaiium impendeUd.
* Oq croit que cet Apollinaire était un Cls du célèbre évèque de Clermont.
A peine s'il en resta un seul pour porter à leurs femmes la nouvelle de cette défaite * » (507). La présence des Arvernes dans l'armée d'Alaric nous fait très-bien comprendre que les compatriotes du grand évêque de Clermont, jadis si opposés à l'invasion des Goths, se montraient aujourd'hui non moins hostiles à celle des Francs. De son côté, Clovis avait eu quelques auxiliaires, « entre autres, dit Grégoire de Tours, le prince Chlodéric, fils de Sigebert le Boi" teux roi des Francs Ripuaires dont la capitale était Cologne. Sigebert devait son surnom et son infirmité à une blessure qu'il avait reçue au genou, dans la bataille livrée aux Alamanni sous les murs de l'oppidum Tulbiacense (Tolbiac '). » Le fruit de la victoire de Vouillé fut l'occupation immédiate des trois Aquitaines. « Le roi des Francs, continue Grégoire de Tours, envoya son fils Theuderic (Thierry ^) s'emparer du territoire d'Albi , des Ruthènes (Rodez) et des Arvernes (Clermont). Le jeune prince soumit toutes ces contrées jusqu'à la frontière des Burgondes. De sa personne, Clovis alla passer l'hiver à Burdigala (Bordeaux), oîi il fit transporter les trésors laissés à Toulouse par Alaric. n Amaiaric 31. Nous avous dit qu'Amalaric, enfant de six ans, fils du roi et Gésairic' des Goths et petit-fils de Théodoric par sa mère Theudegotha, d'Alaric II. avait été conduit en Espagne après la défaite de Vouillé. Il fut so-
Lc duc Ibas i /• •!• i
et l'armée de leunellcment couronné a Barcelone, comme successeur légitime du trône des Goths, sous la régence de Theudegotha. En même temps Théodoric préparait une armée d'expédition qui devait passer dans les Gaules et couvrir la Provence, seule contrée dont Clovis ne se fût point encore emparé. Mais une complication inattendue vint gl aggraver la situation de l'enfant royal proclamé à Barcelone. Il avait
Il un frère naturel, Gésalric, déjà âgé de vingt et un ans. Celui-ci
se fit couronner à Narbonne. Son usurpation, acclamée par les
1 Roric, Gesta Franc, lib. IV; Patr. laU, totn. CXXXIX, col. 644. — '^ Gregor. Turon., Hist. Franc, lib. II, cap. xxxvii, loc. cit. — ^ Fils aîné de Clovis, né d'une concubine, avant le mariage du roi des Francs avec sainte Clolilde.
cn.vr. II. — ÉGLISES des gaules. 129
Goths de la Provence, pouvait déposséder à tout jamais Amalaric des domaines qui lui restaient en Gaule. Ce fut surtout pour prévenir ce désastre que Théodoric fit traverser les Alpes à une armée disciplinée et nombreuse, sous la conduite d'un illustre capitaine, le duc Ibas. Mais quand les troupes d'Italie, au printemps de l'an 308, débouchèrent dans les Gaules, l'usurpateur avait cessé de régner. Clovis et Gondebaud, réunissant leurs forces, avaient taillé son armée en pièces dans une bataille livrée près de Narbonne. Gésalric se réfugia de l'autre côté des Pyrénées, d'oii il conclut avec le roi des Francs un traité par lequel il abandonnait à celui-ci toutes les possessions gauloises des Visigoths pour se faire garantir celles d'Espagne contre Amalaric son frère. Après cette double victoire militaire et diplomatique, Clovis s'était hâté de soumettre les cités d'Ecolisma (Angoulême) et de Toulouse, puis il mit le siège devant Carcaso (Carcassonne) , redoutable forteresse où les rois goths conservaient les trésors jadis enlevés par Alaric (410) dans le pillage de Rome. Là, se trouvaient les dépouilles du temple de Jérusalem conquises par Titus, et un fameux vase d'or massif pesant 300 livres, donné par Aétius à Thorismond. On comprend l'intérêt que Clovis attachait à la prise d'une citadelle qui renfermait des richesses de cette importance. Cependant, à la nouvelle de l'arrivée des Ostrogoths d'Italie et de leur général Ibas , il abandonna précipitamment le siège et se replia sur la Touraine, laissant son fils Thierry et Gondebaud résister seuls à ces nouveaux adversaires. Peut^-être voulait-il se ménager vis-à-vis de son beau-frère Théodoric, et ne point prendre à son égard l'attitude d'une hostilité trop accentués. Quoi qu'il en soit, Thierry et Gondebaud subirent sous les murs d'Arles une sanglante • défaite qui leur fut infligée par Ibas (308), et se virent contraints de se retirer dans les montagnes du Vivarais et du Rouergue, oii le vainqueur ne songea point à les poursuivre. Ibas se préoccupait surtout de poursuivre Gésalric en Espagne. Depuis son arrivée dans
* Jornandès évalue à trente mille morts la perte des Francs et des Burgondes dans catte journ(5e. Cf. Jornand., De rébus getic, cap. Lviir; Patrol. laU, tom. LXIX, col. 1293.