‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 26 sur 103 · CHAP. III. — SAINT BENOIT A SUBIACO · texte numérisé non relu

CHAP. III. — SAINT BENOIT A SUBIACO

leva, il prit trois pierres, les superposa l'une sur l'autre à l'endnoit où il avait prié, et reprit avec Placide le chemin de sa grotte. Le lendemain, les frères étant venus savoir sa décision : Allez, leur dit-il, au sommet du rocher qui sépare vos demeures actuelles ; vous y trouverez trois pierres superposées. Vous ferez une légère excavation en cet endroit, et le Dieu tout-puissant qui veut vous épargner désormais les fatigues quotidiennes d'un trop rude voyage, fera jaillir de l'eau en abondance. — Ils s'y rendirent. Leur étonnement fut grand de trouver au lieu indiqué un suintement sur cette roche auparavant calcinée par le soleil. Ils l'entaillèrent en creux, et une nappe d'eau qui n'a jamais tari depuis s'élança de cette source miraculeuse '. »

18. « Un autre jour, pendant que le vénérable Benoît était en piacidc prières dans sa cellule, Placide, cet enfant qui le servait, sortit les eaux. pour aller au lac puiser la provision accoutumée. En voulant retirer la cruche pleine, il glissa et tomba la tête la première. Le courant l'eut bientôt entraîne loin du bord. Cependant l'homme de Dieu, de sa cellule où il était en prières, eut la révélation du danger que courait son disciple. Il appela précipitamment Maurus : Frère, lui dit-il, cours au lac ; l'enfant vient d'y tomber, et l'eau l'entraîne. — En parlant ainsi, il avait béni le messager qui prit sa course, arriva au bord du lac, et, sans s'apercevoir qu'il n'était plus sur la terre ferme, continua d'avancer sur l'onde qui le portait. Il atteignit l'enfant, le prit par les cheveux et le ramena au rivage. Alors seulement Maurus se retournant comprit qu'il venait, comme autrefois l'apôtre saint Pierre, de marcher sur les eaux. Jamais il n'aurait eu la présomption d'attribuer un tel miracle à sa vertu. Il revint plein d'étonnement et d'effroi près du bienheureux et lui raconta l'événement. Benoît en fit honneur à la vertu d'obéissance de son disciple. Mais celui-ci protesta qu'il n'avait pas même eu la conscience de ce qui s'était passé et qu'on ne pouvait lui attribuer un prodige qu'il n'avait connu qu'après coup. L'humilité de ces deux saints luttait de la sorte dans une controverse amie, lorsque

' S. Greg. Magn.j Dialog., lib. II, cap. v.

l'enfant, miraculeusement sauvé, prit la parole et termina le différend. Lorsqu'on m'arracha au courant qui m'entraînait, dit-il, je voyais sur ma tête la peau de mouton [melotem) de notre vénérable père, et je considérais son visage souriant pendant qu'il me sauvait *. )) Bossuet, dans son panégyrique de saint Benoît, reprend à son tour la discussion tranchée autrefois par la naïve attestation de Placide. « A quoi attribuerai-je, dit-il, un si grand miracle? Ou à la force de l'obéissance, ou à celle du commandement? Grande question entre saint Benoît et saint Maur. Mais disons, pour la décider, que l'obéissance porte grâce pour accomphr l'effet du commandement, que le commandement porte grâce pour donner efficace à l'obéissance. Marchez, mes pères, sur les flots avec le secours de l'obéissance ; vous trouverez de la consistance au milieu de l'inconstance des choses humaines. Les flots n'auront point de force pour vous abattre, ni les abîmes pour vous engloutir. Vous demeurerez immuables, comme si tout faisait ferme sous vos pieds. Mais quand vous serez arrivés à cette perfection éminente de renoncer à la satisfaction de votre esprit propre, ne vous arrêtez pas en si beau chemin : Egredere^ sortez, passez outre '. » Le prêtre 19. Saint Benoît allait en eff"et sortir de cette grotte illustrée par

Floreotius.

tant de merveilles, et consacrée dans la mémoire des hommes sous le nom impérissable de Sacro-Speco. « Dans toute cette contrée, dit saint Grégoire le Grand, le nom de Jésus-Christ était en honneur, les âmes brûlaient du feu de l'amour divin , un grand nombre d'hommes abandonnaient le siècle, et venaient courber leur tête sous le joug suave et léger du Rédempteur. C'est le propre des méchants de porter envie aux vertus d'autrui, et de détester une perfection qu'ils n'ont pas le courage d'imiter eux-mêmes. Le prêtre d'une église voisine, Florentins, aïeul de notre sous-diacre actuel du même nom, ajoute saint Grégoire le Grand, ne sut pas

1 S. Greg. Magn., Dialog., lib. II, cap. vn.

2 Bossuet, Œuvres complètes, édit. Vives, tom. XII, pag. iG3. — « Une chapelle élevée à l'endroit où, d'après la tradition, saint Maur sauva miraculeusement la vie à son compagnon saint Placide, subsiste encore aujourd'hui. » (Dantier, Monast. bénédicl., tom. II, pag. 154.)

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résister à ces mouvements de jalousie inspirés par l'esprit du mal. Il laissait à toute occasion éclater son ressentiment contre l'homme de Dieu, dénaturant toutes ses actions et détournant les visiteurs qui se rendaient près de lui. Mais les efforts de sa haine étaient en pure perte; la réputation de Benoît allait chaque jour grandissant, les conversions opérées par son influence se multiphaient. La fureur de Florentius dépassa bientôt toutes les bornes. Il aurait voulu détourner à son profit la gloire de l'homme de Dieu, mais, hélas ! il ne songeait point à la mériter par la vertu. Toujours plus aveuglé par sa rage, il céda à une pensée abominable : un jour il fît remettre au saint, comme un présent d'affection mutuelle, un pain empoisonné. Benoît, divinement inspiré par l'Esprit-Saint, ne fut nullement dupe de cette perfidie ; cependant il chargea le messager de rendre ses actions de grâces au prêtre. Or, chaque fois que l'homme de Dieu prenait son repas, et c'était toujours à la même heure, un corbeau sauvage, qui avait son nid dans la forêt voisine, accourait près de lui et en recevait un pain. L'oiseau vint à l'heure accoutumée, Benoît lui présenta le pain envoyé par Florentius : Prends, lui dit-il, et va jeter ce pain en un lieu où jamais homme ne puisse le rencontrer. — Le corbeau hésita longtemps; le bec ouvert, les ailes éployées, il voltigeait autour de ce pain sans oser le prendre, comme s'il eût voulu indiquer qu'il craignait de toucher à du poison. L'homme de Dieu réitéra son ordre en disant : Prends-le sans crainte, et exécute fidèlement ta commission. — L'oiseau obéit, il emporta son fardeau, et s'enfuit à tire d'aile dans une direction opposée à celle qu'il prenait d'ordinaire. Trois heures après, il revint près du bienheureux qui lui donna cette fois sa provision accoutumée. Le vénérable père, ainsi menacé dans sa vie, s'affligeait non pour lui-même, mais par compassion pour le malheureux Florentius '. » 20. « Il garda le silence sur ce qui s'était passé. Désespérant de saint Benoît

. quitte le

tuer le maître, Florentms essaya de pervertir les disciples. A son désert de

instigation, sept jeunes filles qui venaient se baigner dans les eaux > S. Greg. Magn., Diulog., lib. II, cap. viii.

Subiaco.

du lac s'introduisirent dans le jardin attenant à la cellule de Benoît. Sous les yeux de ses disciples, elles se dépouillèrent de leurs vêtements et se livrèrent entre elles à des danses lascives. Cette dernière tentative détermina le bienheureux à quitter Subiaco. Tant que les persécutions de Florentins n'avaient menacé que sa propre vie, il les avait patiemment endurées ; maintenant que le malheureux prêtre s'attaquait à l'innocence de ses chers disciples, il n'hésitait plus à se sacrifier. Retenant donc avec lui quelques frères pour l'accompagner, il distribua les autres parmi les douze monastères ', prit congé d'eux, les bénit et s'éloigna. La résolution

1 « Voici les noms de ces douze monastères dont saint Benoît était comme l'archimandrite : 1° Saint-Clément, connu aujourd'hui sous la dénomination de Vigna Colombaria, sur la rive de l'un des anciens lacs. C'est dans ce monastère, où résida plus particulièrement saint Benoît, que les jeunes Maur et Placide lui furent amenés par leurs parents. La maison fut détruite par suite du tremblement de terre qui dévasta toute l'Italie en l'année 1216. 2" Saints- Côme-et-Damicn , érigé sous ce vocable par Benoît lui-même, reçut après la mort du fondateur le titre de Sainte-Scholasiique, sous lequel il subsiste encore. Cette modiOcation fut faite par Honorât, premier successeur de saint Benoît, dans le gouvernement de cette abbaye. 3° San-Biagio, monastère habité par Romanus, le compagnon de saint Benoît, et qui était bâti au-dessus de la sainte grotte. Comme il était trop petit pour renfermer douze moines, saint Benoît le rebâtit sur nn plan plus étendu. Ce n'est plus qu'une sorte d'ermitage où, deux fois l'an, la communauté du Sacro-Speco va chanter la messe dans la petite éçlise qui, selon une inscription lapidaire, fut consacrée en 1100 par Manfrsd évêque de Tivoli. 4° Saint- Jean-Baptiste, ou San Giovanni dell' ogua, ainsi nommé parce que ce fut là où saint Benoît fit jaillir la source d'eau dont les moines avaient si grand besoin. 0° Santa Maria de Morrebotta, appelé aussi San Lorenzo, à cause du pénitent de ce nom, le bienheureux Lorenzo, qui y vécut dans la plus grande austérité, de 1209 à 1243. 6° Sant' Angelo, monastère habité par le religieux que saint Benoît punit comme coupable d'inattention dans la prière. 7° Saint- Victorin, situé sur le mont Porcaro, et dans lequel demeurait le prêtre qui, chargé de fonctions curlales, visita saint Benoît le jour de Pâques. 8° Sent' Andréa di vita eterna, ruiné au temps des invasions lombardes. 9° San Michel Archangelo, construit par saint Benoît au-dessous du Sacro-Speco, et sur le bord du lac voisiu. Ce fut là qu'eut lieu le miracle da fer échappé à la sape du moine goth. 10° Sant' Angelo di Trevi, dont il reste des débris assez importants, et qui fut changé vers 1477 par le pape Sixte IV en une communauté de religieuses, unie au monastère de Sainte-Scholastique. 11° San Girolamo, qui, abandonné quelque temps par les moines, fut relevé de ses ruines en 1387, conformément à une bulle spéciale du pape Urbain VI. 12o Sant'

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