‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 34 sur 103 · CHAP. IV. — SYNCHRONISME · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — SYNCHRONISME

rois de la nation. II se nommait Entharic, et vivait, loin du trône jadis occupé par ses aïeux, dans une condition mitoyenne qui sans être l'opulence n'était cependant point la pauvreté. Jeune, brave, robuste, Eutharic avait toutes les qualités de sa race. Le roi d'Italie reconnut en lui le sang de son antique famille. Les généalogistes de la cour établirent officiellement qu'Eutharic était son neveu au sixième degré. Qu'y avait-il de vrai dans cette parenté un peu rétrospective? Nous ne le savons. Toujours est-il que Théodoric, en quête d'un héritier digne de lui, crut avoir été servi par la Providence. Il s'attacha le fils des Amales, et résolut d'en faire son gendre avec future succession, aussitôt que sa fille chérie, Amalasonthe *, serait en âge de prendre un époux. Eutharic, subitement transporté à Ravenne, au milieu des splendeurs de la cour d'Italie, ne parut pas trop indigne de la haute fortune qui lui était réservée. {( Il avait, dit Procope, le feu du génie. Son âme ardente s'enflammait pour les grandes choses. Sa taille élancée, la majesté vraiment royale de ses traits, son agilité, son adresse, son ardeur pour les jeux guerriers, frappaient les Goths d'admiration. Ils partageaient la sympathie de Théodoric pour ce jeune prince. Ce fut donc une explosion d'allégresse et d'enthousiasme populaires quand, enol6, Eutharic épousa solennellement l'héritière du trône, Amalasonthe, alors âgée de dix-neuf ans. Nièce de Clovis par sa mère Audoflède, Amalasonthe présentait un heureux mélange de la vivacité franque et du développement intellectuel des Goths d'Italie. Voici en quels termes le grave Cassiodore nous a tracé le portrait de cette princesse : « A la voir, on la respecte ; à l'entendre, on l'admire. Est-il une langue qui ne lui soit familière? L'élégante faconde de la Grèce, la pompe du langage romain, l'abondance de l'idiome gothique prennent sur ses lèvres un nouvel éclat. Nul ne se croit étranger près d'elle, parce que chacun peut l'entretenir sans interprète. La sagesse des anciens dont elle est nourrie ajoute en elle à la dignité royale, et lui forme comme un second diadème. A ces talents extraordinaires, elle joint une modestie et une réserve qui

» Amalasonthe, dans la langue des Goths, signifiait la Vierge des Amales.

en doublent le prix. Félicitez-vous, Goths et Romains, de posséder une reine en qui la justice et la volonté se confondent, et de qui la bonté seule surpasse le pouvoir. Si l'auguste série des rois ses aïeux venait à revivre, chacun d'eux retrouvant en elle son propre mérite, et la voyant rassembler en sa personne les qualités qui les ont isolément distingués, tous s'applaudiraient de lui décerner la palme de la vertu *. » L'union d'Eutharic avec Amalasonthe combla de joie le cœur du roi d'Italie. L'année suivante (517), il reçut dans ses bras un petit-fils, auquel il donna le nom d'Atlialaric. Après ce rejeton si désiré, vint un second enfant qui fut Mathasonthe, princesse dont l'existence orageuse et tourmentée devait s'achever dans l'exil. Emeutes 4. Lcs malhcurs de Théodoric et de sa famille paraissent devoir

kol^eJ^H'h se rattachera l'élévation d'Eutharic, comme à leur cause première d'Euthadc. et réelle. Le descendant des Amales, tiré brusquement de l'obscurité pour s'asseoir sur les marches du trône, semble avoir oublié que la modération pouvait seule lui faire pardonner son éclatante fortune, et servir de contrepoids à ses autres qualités. C'est du moins, en l'absence d'autres documents, ce que nous sommes en droit de conjecturer du récit malheureusement trop peu explicite d'un auteur contemporain, dont la Chronique, retrouvée en 1680, est connue dans le monde savant sous le titre de V Anonyme de Valois, du nom du docte historiographe qui en fut le premier éditeur 2. « Après avoir conféré le consulat à Eutharic, dit l'anonyme de Valois, Théodoric célébra des fêtes triomphales à Rome et à Ravenne. Or, Eutharic était d'un caractère emporté et violent {nimis asper) ; il affichait ouvertement sa haine contre la foi catholique {contra fidem catholicam inimicus). Vers cette époque, pendant un séjour du roi à Vérone, une émeute éclata à Ravenne à propos des Juifs, qui, à la suite de quelques conversions opérées parmi

> Cassiod.j Variar. Epist., lib. XI, Epist. i; Patr. lat., tom. LXIX, col. 824-82T.

- Adrien de Valois publia pour la première fois cette Chronique, à la suite de son édition d'Ammien Marcellin. (Paris, Dezallier, 1C81.) De là elle est passc'e dans la grande collection des Scripiores rerum Francarum. Elle avait été découverte par le P. Sirmond, qui la communiqua au savant historiographe, sou ami.

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