SYNCHRONISME
leurs coreligionnaires, avaient jeté dans le fleuve des hosties consacrées. Révolté de ce sacrilège, le peuple, sans attendre les ordres du roi, sans écouter ni les sages remontrances du métropolitain Pierre, ni les observations d'Eutharic, se précipita sur les synagogues et y mit le feu. Les Juifs se rendirent à Vérone pour se plaindre à Théodoric. Grâce à l'influence du chambellan Triwancs * , arien déclaré, leur requête fut accueillie. Triwanes insinua au prince que ces troubles avaient un caractère politique, et dénotaient l'hostihté des catholiques contre son gouvernement. Théodoric ordonna que les synagogues de Ravenne fussent rétablies aux frais des chrétiens. Parmi ces derniers, ceux qui n'avaient point d'argent à fournir pour la restauration, devaient être flagellés en place publique. Telle était la teneur de l'édit royal. Il fut transmis à Eutharic , et exécuté dans toute sa rigueur. A partir de cette époque, le souverain qui depuis si longtemps faisait le bonheur de l'Italie par une administration aussi bienveillante que sage, parut un tout autre homme. Il semblait que le démon eût enfin triomphé de ce cœur magnanime. Peu de temps après, Théodoric fit abattre l'oratoire catholique bâti en l'honneur de saint Etienne, dans le faubourg de Vérone. Son irritation contre les Romains et les catholiques allait croissant et devait bientôt trouver l'occasion d'éclater -. n Ainsi parle l'anonyme contemporain. On ne saurait trop regretter la brièveté de ses indications. Il est le seul auteur qui ait touché ce point si important de la vie de Théodoric, et expliqué le brusque changement survenu dans le caractère et les habitudes de ce prince. Les lettres de Cassiodore nous apprennent, il est vrai, que les troubles occasionnés par les Juifs se renouvelèrent à Gênes et à Milan ^, avec la même violence qu'à Ravenne. Mais elles ne parlent point du rôle
* Ce Triwanes, prœpodtus cubiculi, paraît être le même que nous verrons plus tard persécuter l'illustre Boèce, et auquel ce dernier donne le nom de Triguilla. (Not. d'Adrien de Valois.)
* Anonyme de Valois, édit. d'Ammien Marcellin, IfiSl, pag. 669-670.
' Cassiodor., Variai'., lib. II, Epist. xxvii, lib. IV, Epist. xxxiii, lib. V, Epist. XXXVII ; Pair, lat., tom. LXIX, col. 561, 630, 669.