‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 36 sur 103 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

d'Eutharic, ni de l'influence que ce fils adoptif exerça sur l'esprit de son royal beau-père. Quoi qu'il en soit, Eutharic ne devait pas régner. Il mourut d'accident ou de maladie, en 522, trompant toutes les espérances qui reposaient sur sa tête. Désormais les calculs dynastiques du vieux roi d'Italie étaient à recommencer. Athalaric, son petit-fils, avait à peine cinq ans. La perspective d'une minorité pleine de périls frappait tous les yeux : a Celle-ci, dit M. du Roure, se présentait accompagnée de circonstances plus particulièrement graves; car, ou les choses suivraient leur cours régulier, et alors ce serait une femme, Amalasonthe , qui, malgré son titre sacré de mère soutenu d'un mérite rare, pouvait cependant ne pas suffire au fardeau, principalement devant une nation de soldats accoutumée à voir son général dans son maître; ou bien la violence confierait le sceptre du jeune Athalaric aux indignes mains de Théodat. Cette cruelle alternative n'était encore que l'inévitable. Que dire du possible et surtout de l'imaginaire? Car, dans les grands malheurs publics, les maux que rêve l'imagination des peuples effrayés sont les pires. Au milieu des mille conjectures qui allaient nécessairement troubler les esprits, que penser des complications l'ésultant de l'arianisme des Goths, en présence du catholicisme de jour en jour plus ardent des populations romaines? Aucune de ces réflexions ne fut sans doute étrangère au roi d'Italie. Sur ces entrefaites, une seconde catastrophe, également dure à son cœur et grave pour sa politique, vint le frapper. Il apprit que son petit-fils Sigéric, héritier naturel du royaume des Burgondes, avait été sacrifié par son père aux calomnies d'une marâtre K »

§ II. Retour des Burgondes ù. la foi catholique.

Sigistnond, 5. L'événemcnt tragique auquel nous venons de faire allusion Gondèbaud, est intimement lié à l'histoire de la conversion des Burgondes. On Tôm ° se rappelle l'inutihté des efforts tentés par saint Avit pour amener |

» Du Roure. Hist. de Théodoric, liv. VU, chap. i, tom. Il, pag. 107-108. ,

CnAP. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATUOLIQUE. 211

Gondebaud à la profession de la foi catholique. L'illustre évêque de Vienne, secondé par les conseils et les prières de saint Rémi, multipliait les exhortations et redoublait de zèle, sans aboutir au résultat désiré. Gondebaud avait deux fils, Sigismond et Gondomar. L'expérience personnelle, non moins que l'exemple de ce qui se passait chez les Francs, ses dangereux voisins, avait appris au vieux roi le danger des divisions territoriales entre princes cohéritiers d'une même couronne. Il voulait donc éviter, après sa mort, le partage légal de la Burgondie entre ses deux enfants. Cette pensée était d'un sage et habile politique. Nous ne savons les moyens qu'il employa pour la réaliser sans secousses violentes, et sans protestations de la part du puîné. Mais il est certain que Sigismond fut associé au gouvernement de l'état du vivant même de son père, et qu'il porta conjointement avec lui le titre de roi. Gondebaud lui fit épouser Ostrogotha, seconde fille de Théodoric et sœur d'Amalasonthe, dans l'espoir de créer un lien plus étroit entre la monarchie burgonde et le puissant roi d'Italie. A cette époque, Sigismond était lui-même arien, et, s'il faut en croire les actes de saint Apollinaire de Valence, frère de saint Avit, il portait jusqu'au fanatisme l'attachement à cette erreur héréditaire.

6. « Etienne, un des principaux officiers du roi Sigismond, in- Abjuration tendant général du fisc, disent ces actes, avait épousé en secondes noces sa belle-sœur. Ce fonctionnaire professait la foi catholique, et dès lors relevait de la juridiction spirituelle de l'évêque de Valence. L'alliance qu'il venait de contracter était absolument interdite par les canons. De concert avec saint Avit, Apollinaire réunit un concile où l'incestueux fut solennellement excommunié. Sigismond prit cette mesure comme un outrage personnel : il éclata en menaces contre les évêques catholiques, déclarant qu'il ne voulait plus voir jamais Apollinaire. Celui-ci demeura quelque temps dans une bourgade des environs de Lyon *, s'attendant de jour en jour

* Inoppido civitatis Lugdunensium, guod nuncupatur Sardinia. (Bolland., Act. S, Aviti, 5 febr.) Nous n'avons pu rétablir l'identification de cette localité.

à être envoyé en exil. Sui' les entrefaites, Sigismond fut pris d'une fièvre violente qui mit sa vie en danger. La reine Ostrogotha ne partageait pas les sentiments hérétiques de son époux ' : elle vint se jeter aux pieds d'Apollinaire, le suppliant de visiter l'auguste malade et de prier sur lui, afin que le Seigneur lui rendît la santé. L'humble pontife ne consentit point à une telle démarche. Il se croyait indigne d'obtenir du ciel un miracle. La reine redoubla d'instances : fondant en larmes, elle lui demanda comme unique faveur de pouvoir emporter son manteau pour en couvrir le roi. L'homme de Dieu, touché de ses pleurs, le lui accorda. Elle retourna au palais, enveloppa le malade de cette relique ; et à l'instant la fièvre le quitta. Sigismond courut trouver l'homme de Dieu, il se prosterna devant lui : J'ai péché, dit-il, j'ai commis l'iniquité en persécutant les saints du Seigneur. Je me suis attaqué à la justice céleste, et cette justice, toujours plus forte à mesure qu'on l'outrage, s'est appesantie sur moi ! — A partir de ce jour, continue l'hagiographe, Sigismond voulut que le bienheureux Avit l'instruisît des vérités de la foi catholique, et bientôt il abjurait l'hérésie -. » On avait encore au temps d'Agobard l'homéhe prononcée par l'évêque de Vienne, le jour où il eut le bonheur de re ■ cevoir au sein de l'Église ce converti royal ^. Quelques fragments des discours de saint Avit, parmi ceux qui nous ont été conservés, pourraient se rapporter à cette solennité glorieuse. « Jadis le chef des apôtres, Pierre, le prince des princes ^, disait Avit, au moment où l'orage soulevait les flots, marchait vainqueur sur les

1 Tune regina, fide accensa. Ces paroles sont significatives : elles laissent supposer qu'Ostrogotha, fille d'un roi arien et épouse d'un prince arien luimême, aurait la première abjuré l'erreur, probablement sous l'influence de saint Avil. Les Burgondes devraient ainsi, comme les Francs, leur conversion à uue reine catholique.

«BoUand., Ad. S. Avit., 5 febr.

3 Avilus, ipso Gom.'oôado in sua perfidia perdilo, successor-em ejus Sigismundum regem ad fidem catholicam convertit : in cujus conversione recitavit homiliam in populo sensuum suavitate plenissimam, et verborum compositione dulcissimam. (Agobard., Advers. legem Gondobadam, cap. xiii; Pair, lut., tom. CIV. col. 125.)

* Sic quondam Pctrus, aposlolorum caput , id est princeps principum, etc. (S. Avit., Homiliar. Fragment.; Patr. lat., tom. LIX, col. 295.)

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