‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 38 sur 103 · CDAP. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOUOUE · texte numérisé non relu

CDAP. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOUOUE

déposées dans une église plus d'une fois écrasée par les éboulements de rochers qui se déchirent à peine pour laisser passer le fleuve impétueux. Agaunc a pris et gardé jusqu'à nos jours le nom de Saint-Maurice *. Il fut dès lors la métropole monastique du royaume de Bourgogne, tant de fois détruit et tant de fois restauré. Cent moines descendirent de Condat pour y habiter ; leur ancien abbé Yiventiole, déjà évêque de Lyon, présida à la cérémonie d'inauguration, et fixa, dans un discours qui nous a été conservé, les principales conditions du genre de vie que les frères devaient y mener -. »

8. Le discours de Viventiole auquel M. de Montalembert fait allusion se trouve en effet reproduit dans le procès-verbal de l'inauguration du monastère d'Agaune, restauré par les soins du jeune roi des Burgondes. Voici cet acte intéressant pour notre histoire nationale. « Dans la crainte de Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour le bonheur des Burgondes, notre seigneur roi, Sigismond le Pieux, étant à Agaune avec les comtes de son royaume et les évêques au nombre de soixante, tint publiquement la conférence suivante au nom du Seigneur, la veille des calendes de mai (30 avril). Le roi se levant de son siège dit : J'ai remarqué dans l'Évangile la parole du Seigneur a Quand deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai au milieu d'eux ^. » Confiant donc dans votre sainteté, vénérables pères, j'ai la certitude que le Dieu toutpuissant nous assistera dans cette réunion. — Maxime, évêque de Genève, prit la parole : Rien ne se peut faire, dit-il, sans la grâce du Seigneur. Prions-le donc de nous diriger dans la voie de la vérité, afin que nous puissions mériter la félicité éternelle. — C'est pour cela que je vous ai rassemblés, dit le roi : j'attends que vous me consoliez dans l'amertume de ma douleur *, et que vous m'ap-

cette insurrection. (Note de M. de Montalembert.) Cf. tom. VIII de cette Histoire, pag. 533-335.

1 Cette abbaye, qui appartient depuis 1128 aux chanoines réguliers, subsiste encore aujourd'hui. (Id., ibid.) — s M. de Montalembert, Moines d'Occident, tom. I, pag. 254-268 passim. — ^ Matth., xviii, 20.

^ Cette douleur amère à laquelle Sigismond est en proie ne semble pas pouvoir s'appliquer au deuil de son père Gondebaud, mort en 516. Nous en

Conférence d'Agaune.

InstitntioQ du Laus perennis.

preniez ce que je dois faire et ce que je dois éviter. — Les^évêques répondirent : Seigneur roi, votre gloire sera d'aimer la justice, de faire miséricorde et de marcher sincèrement dans la voie du Seigneur. — J'ai déjà, reprit Sigismond, embrassé de tout cœur la foi catholique; Dieu m'a purifié de la souillure et de la perfidie arienne : je suis le serviteur du Christ; je l'aime. C'est à vous de m'apprendre comment je pourrai lui être agréable. — Maxime répondit : 0 roi, écoutez les paroles du plus saint des rois. David vous dit : « Approchez sans cesse du Seigneur et vous serez illuminé, et votre face ne connaîtra point la confusion '. )> — « Remettez-vous au Seigneur de toutes vos sollicitudes et il se fera votre père nourricier -. » Enfin Jésus-Christ lui-même a dit : u Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids du labeur ou de la souffrance, et je vous soulagerai ^. » — Père très-saint, reprit le roi visiblement attendri, j'aime à entendre vos paroles. Continuez, je vous prie. — Maxime continua donc en ces termes : C'est à nous, malgré notre indignité, d'annoncer la parole de Dieu; mais c'est à vous, ô roi, qu'il appartient de l'accomplir. Notre parole doit se tremper dans le sel de l'Évangile, pour porter des fruits de douceur et de salut. Prince, choisissez pour amis ceux qui ont le cœur droit, marchez simplement devant le Seigneur, en toute bonté, justice et vérité, conservez-vous chaste, prenez pour maxime cette autre parole de David : « J'ai en horreur les réunions des méchants. Les justes et les bons forment mon cortège *. » C'est ainsi, ô roi, que vous ferez votre salut et celui de vos sujets. Le plus grand bonheur que nous puissions attendre de vous, c'est que vous viviez dans la justice. Car, selon le mot du prophète : u Tel le chef de la cité, tels les citoyens. » — Ainsi parla Maxime; il ajouta encore d'autres réflexions semblables. En l'écoutant, le roi et le peuple rendaient grâces à Dieu de leur avoir donné un conseiller d'une

(lirons plus tard la raison. Il y aurait donc lieu, suivant que le P. Labbe l'avait déjà conjecturé, de reporter la date de cette conférence postérieurement à la catastrophe qui plongea les dernières années de Sigismond dans un abîme de tristesse et prépara sa fin tragique.

> Psalm. xxxiii, 6. — 2 Psalm. Liv, 23. — 3 Matth., xi, 28.

CnAr. lY. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 221

telle sagesse et d'une telle sainteté. Le vénérable Théodore, évêque de Scdunum {Sitten, Sion-en-Valais) *, prit alors la parole. Je me sens pressé par un mouvement de mon cœur, dit-il, de proposer à la piété royale une œuvre qui me semble digne d'elle. Nous sommes ici sur le tombeau des bienheureux martyrs de la légion Thébéenne, c'est-à-dire de saint Maurice et de ses compagnons d'ai'mes. Ne serait-ce pas le temps d'élever en leur honneur une basilique plus considérable? — Tous les évêques s'associèrent à la pensée de Théodore. Ce lieu, dirent-ils, a été consacré par le sang des bienheureux martyrs. Ces exilés, que leur patrie terrestre condamnait, ont donné ici l'exemple du plus héroïque courage. Foulant aux pieds le monde et ses caduques espérances, sans songer ni à leur jeunesse, ni aux parents qu'ils laissaient ici-bas, ils sont morts pour l'amour du Christ et ils ont été sanctifiés par lui. — Que n'étais-je avec eux ! s'écria Sigismond d'une voix entrecoupée par les sanglots. Mon impiété me rendait indigne d'une telle grâce. Je me fusse associé à leur martyre, et je serais aujourd'hui leur compagnon de gloire. Dites-moi comment, avec l'aide de Dieu, je pourrais décorer magnifiquement leur sépulture. — Les évêques, après s'être concertés, dirent au roi : 11 nous semble convenable de laisser dans la basihque principale que vous venez de faire restaurer les corps des quatre martyrs dont on a retrouvé les noms, savoir : Maurice, Exupère, Candide et Victor. Quant aux reliques des autres martyrs innommés, il faudrait les réunir dans une autre égUse, solidement édifiée, sous la garde de custodes vigilants qui ne laisseraient rien dérober de ce pieux trésor. Là on établirait une psalmodie continuelle, qui ne cesserait ni jour ni nuit-. — Le

1 L'abbaye d'Agaune se trouvait dans le diocèse de Sedunum (Sien); cette circonstance fait comprendre l'intérêt que Théodore portait à ce monastère et la proposition qu'il va faire en sa faveur.

* « C'était, dit M. de Montalembert, ce que l'on appelait le Laus perennis. Ainsi qu'on va le voir, les donations de Sigismond permirent au monastère d'Agaune d'avoir jusqu'à neuf cents religieux, qui, divisés en neuf chœurs, y chantaient alternativement et sans interruption les louanges de Dieu et des martyrs. Le grand monastère Bourguignon ne fut pas le seul d'où jaillissait ce flot de prières qui ne se taisait ni nuit ni jour. « {Moines d'Occid., tom. 1, pag. 208, 2G9.)

roi applaudit à cette proposition. On choisit pour gardien des saintes reliques et pour abbé du futur monastère le très-saint Hymnemondus, religieux du monastère de Grana, amené par les évêques avec les vénérables Acinus, Ambroise et Protus. Cependant les évêques délibéraient avec Sigismond sur la règle à donner à la nouvelle institution. La psalmodie perpétuelle qu'on se proposait d'y établir et d'y fonder pour jamais, ne permettrait pas de se livrer aux divers travaux manuels usités dans les autres monastères. — L'évêque de Gratianopolis (Grenoble), Victorius, proposa d'abord de diviser les moines placés sous la direction d'HjTimemondus en neuf choeurs de cent chacun, qui se relèveraient pour psalmodier alternativement et sans interruption les nocturnes, matines, prime, tierce, sexte, none et vêpres', selon le quadruple usage liturgique des monastères de Grana, Lérins, Condat et Meluum ^, d'oii les nouveaux religieux avaient été tirés. Ce premier point fut admis. Sigismond dit alors : Maintenant que la psalmodie est instituée selon mon désir et à la satisfaction générale, il reste à fixer les revenus du nouveau monastère, et la règle qu'il y conviendra de suivre. — L'évêque de Lyon, Viventiolus, prit la parole au nom de tous ses collègues et dit : La situation particulière de cette communauté, où la psalmodie sera la seule occupation des frères, appelle évidemment la munificence royale pour suppléer par des revenus fixes aux produits que les autres monastères trouvent dans le travail des mains. D'un autre côté, il appartient au siège apostolique de déterminer la règle et la discipline convenables ^. En attendant, pleins de confiance dans la sainteté et l'expérience monastique du

1 On remarquera, dans cette énumération, que notre office actuel dit matines est désigné sous le nom de Nocturnœ. Les laudes sont représentées sous l'appellation de Malutinœ. L'on ne voit point encore figurer les compiles dont la règle de saint Benoît nous fournira bientôt la mention formelle.

">■ Le texte porte : Granensis, Liriana, Jurensis et Meluensis. Cette dernière mention nous paraît désigner le monasterium Melundense (Molôme), près de Tonnerre, dont la fondation remonte au delà de l'an 511.

^ Exhortationem et dodrinam haheant ad sedem apostolicam. Cette expression de Viventiole est remarquable, et nous la signalons au lecteur comme un nouveau témoignage de la prééminence et de la juridiction des souverains pontifes à cette époque.

CDAr. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 223

vénérable Hymnemondus, appelé par nos communs suffrages au gouvernement de cette abbaye, nous enjoignons aux religieux de lui obéir en tout et de ne rien faire sans son ordre. Dans chaque chœur, on établira des decani (doyens), afin de venir en aide à l'abbé, et de lui rendre plus facile le gouvernement général. La température d'Agaune est rigoureuse ; l'abbé devra tenir compte de cette particularité locale, quand il réglera le détail de la nourriture, du vêtement et du coucher des religieux. Le dortoir et le réfectoire seront communs ; il conviendra également d'établir une salle commune où l'on pourra se chauffer. Quant à la discipline, les fautes graves seront jugées d'après les règles fixées par les canons; les fautes légères seront jugées par l'abbé, en présence et de l'avis commun des frères. Le jeûne sera le même que dans les autres monastères. En dehors de la psalmodie, les religieux devront pratiquer l'oraison, la méditation des choses célestes. Nul ne pourra sortir du monastère sans la permission de l'abbé. Nous voulons que tous ceux qui dans l'avenir seront appelés à succéder au vénérable Hymnemondus, possèdent comme lui la connaissance de l'ancien et du nouveau Testament, afin qu'ils puissent édifier leurs frères et maintenir dans cette maison la science des livres saints. Telles sont les recommandations générales qu'il nous a semblé devoir formuler, pour la plus grande gloire de « Celui qui nous a aimés, et qui s'est offert pour nous en sacrifice d'agréable odeur ^ » Que nul n'ose les enfreindre; il encourrait la colère du Dieu tout-puissant. S'il arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise! que, dans la suite des âges, on cherchât à troubler l'ordre et la paix de cette institution sainte, l'abbé de ce monastère se rendra en personne au siège apostolique, comme à la lumière et à la force qui éclaire et soutient toutes les œuvres catholiques. Il en reviendra pour faire triompher la bonne cause, et prouver que la sagesse qu'on y puise est plus forte que tous les hommes ensemble^. Avec l'aide de Dieu, nous avons la confiance

1 Ephes., V, 2.

- Tune abhas prœdicti monasterii concursionem ad sedem apostolicam habeat, quasi lumen potens illuminans, et inde ad causarn suam revcrtatur, et probetquod omnium poientior est sapientia.

que les religieux , affermis dans les vertus de l'ordre monastique, garderont inviolable la discipline de la foi et de la charité. Ainsi se trouvera réalisée la pieuse inspiration du très-glorieux roi, et la perpétuité assurée à l'œuvre de nos communs efforts ^ » Après cette allocution du saint évêque, Sigismond, par un diplôme signé de sa main, dota avec une munificence vraiment royale le nouveau monastère ^. Le Laus perenms, cette psalmodie ininterrompue dont notre adoration perpétuelle nous a retracé quelque image , était inauguré pour des siècles.

Une rectifi- 9. Le nom de saint Avit n'apparaît point dans ce procès-verbal \oiogique. d'uuc confércnce à laquelle sans nul doute l'illustre évêque de Vienne aurait assisté, s'il eût été vivant. Cette circonstance a éveillé l'attention des chronologistes. Le procès-verbal qu'on vient de lire est daté du 30 avril, mais ne porte aucune indication d'année. Le P. Labbe, qui l'a reproduit dans sa grande collection des conciles, avait cru d'abord pouvoir le placer à l'an 517, et le faire coïncider avec les premiers travaux de restauration exécutés à Agaune par l'ordre et aux frais de Sigismond ^. Telle semble être encore l'opinion de l'illustre auteur des Moines d'Occident, qui, on se le rappelle, indique l'allocution de Viventiole, relatée dans ces actes, comme le discours d'inauguration du monastère d'Agaune. Mais dans les notes ajoutées par Sirmond à l'œuvre posthume du P. Labbe , la question plus attentivement examinée est résolue en un sens tout différent *. Les actes d'Agaune ne peuvent évidemment se rapporter à l'inauguration des premiers travaux entrepris par Sigismond dans ce monastère, puisque nous avons encore dans les œuvres de saint Avit, un fragment de l'homélie prononcée

1 r.abb., ConciL, tom. IV, col. 1557-1560. — « Id., ibid., col. 1561.

3 Labbe, ConciL, tom. IV, col. 1557. Le docte historiograpbe fait cependant remarquer, en plaçant la conférence d'Agaune sous le pontificat d'Uormisdas qu'il n'ignore pas les difficultés soulevées par celte date et qu'il ne I)rétend pas les trancher d'une manière absolue en inscrivant le document à cette date : De anno controversia non levis; quam non est nostri instituti modo pluribuf agitare.

"* Labbe, Appendix ad iomum IV ConciL Jacob. Sirmondi, Notœ posthumœ, col. 1817.

CnAP. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 225

en cette circonstance par l'illustre évêque *, tandis que le procèsverbal ne mentionne pas même suint Avit, et fait jouer le rôle prépondérant à Vivcnliole son protégé et son ami. La démonstration ne saurait être plus concluante. Il faut donc reconnaître qu'il y eut deux fondations royales à Agaune : la première, immédiatement après l'abjuration de Sigismond, alors que ce prince récemment renti'é dans la communion catholique voulait donner un gage éclatant de la sincérité de sa conversion; la seconde, dans les dernières années de ce prince, lorsqu'une lamentable catastrophe eut tari pour jamais la source de ses joies, et creusé sous ses pas un abîme dont il ne devait plus se relever sur la terre. Le procèsverbal qu'on vient de lire se rapporte à cette dernière période. En l'examinant avec soin, on y trouve une mention non équivoque de précédents travaux exécutés par Sigismond dans la basilique principale d'Agaune, antérieurement à l'assemblée des évêques et des comtes. Le texte est formel : Infra ambitum basilicœ quam clementia régis ad hoc opus ornare jussit ; reliqua vero corpora congerantiir l'n tutissimo loco atque apfissimo.

10. Cette rectification déjà proposée par l'érudition du xvii" siècle Concik nous paraît donc incontestable. Seule, elle explique l'absence de la personne et du nom de saint Avit dans la conférence d'Agaune. Il est certain, en effet, qu'en l'an 517 l'illustre métropolitain de Vienne vivait encore et qu'il n'avait rien perdu de son activité féconde, puisqu'il réunissait tous les évêques de la Burgondie en concile à Épaone (Yenne) 2. Ce que le concile d'Orléans fut pour la nation franque après la conversion de Clovis, celui d'Épaone devait l'être pour le peuple burgonde après l'abjuration de Sigismond. Le premier usage que l'Église fait de la liberté, quand elle lui est rendue, consiste à s'assembler en synodes, sous la présidence de l'Esprit-Saint, pour améliorer sa discipline et se régler elle-même. Si les hommes d'état comprenaient même humai-

' S. Avit., Homiliar. fragment., vi; Pair. lat.,iom. LIX, col. 297.

* Yenae, jadis capitale du Petit-Bugey, est située sur le Rhône, à 20 kilomètres N.-O. de Ciiambéry. Ea fouillant le sol de cette localité, on y a découvert, au xviie siècle, une inscription latine portant ces mots : de.î: epaon^. XIV. 13

nement les intérêts ds la société et les leurs propres, ils n'auraient jamais à rendre la liberté à l'Église, parce qu'ils se garderaient comme de la plus lourde des fautes qu'on puisse commettre en politique, de l'en dépouiller. Saint Avit adressa aux évêques de la Burgondie la lettre suivante : (( Depuis trop longtemps les circonstances nous ont forcé d'interrompre la tenue des conciles, aux époques fixées par nos pères. Les anciens avaient coutume de se réunir en synode deux fois par an. Plût à Dieu que nous eussions pu nous rassembler au moins une fois tous les deux ans ! Le vénérable pontife de l'Église romaine m'a plus d'une fois écrit à ce sujet, inculpant non sans quelque sévérité [mordacia) notre négligence. L'heure est venue oii l'église de Vienne vous invite par ma voix à rétablir enfin la coutume ininterrompue, à vous réunir pour raviver au sein de nos peuples l'antique discipline, et concerter ensemble les mesures que réclame le nouvel ordre de choses. Nous vous supplions donc de daigner vous rendre tous, vénérables frères, dans la paroisse d'Épaone [in parochiâ Epaonensï), le VIII des ides de septembre (G septembre 517). Nous vous conjurons d'écarter tous les obstacles qui pourraient survenir, et de faire céder toutes les autres considérations à celle du bien que l'Église a le droit d'attendre de cette assemblée. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, quelqu'un de vous se trouvait pour cause de maladie dans l'impossibilité absolue de faire un tel voyage, qu'il daigne choisir dans son clergé deux prêtres de sainte vie, capables et par la science et par la vertu de le représenter dans cette réunion épiscopale *. » Vingt- trois évêques répondirent à cette invitation et se trouvèrent réunis à Épaone pour l'époque fixée. Les sessions durèrent jusqu'au xvii des calendes d'octobre, «sous le consulat du clarissime Agapit, la iv*' année du pontificat d'IIormisdas et la vi'^ du règne de Ghildebert chez les Francs, » ainsi que porte le texte des actes (15 septembre 517). Avit fut désigne par le vœu unanime des pères pour proclamer les décrets formulés en concile. « Afin de me con-

* S. Avit., Epist. tractoria ad episc. provinc. Viennens.; Labbe, Concil., t. IV, col. 1573, 1574 pass.

CHAr. IV. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 227

l'ormer aux ordres de cette vénérable assemblée, dit le saint évêque, je prends la parole, et quand la modestie me ferait un devoir de me taire, j'ose par obéissance élever la voix. Votre charité daignera accueillir avec indulgence cet acte de respectueuse soumission. Voici donc les canons que, dans ce présent concile d'Épaone, nous avons cru devoir soit renouveler des décisions anciennes, soit formuler à nouveau pour le plus grand bien de l'Église. — I. Lorsque le métropolitain convoquera les évoques ses frères et comprovinciaux pour un synode ou pour un sacre épiscopal, aucun d'eux, à moins de maladie ou d'infirmité grave, ne pourra décliner l'invitation. — II. Nul ne peut être ordonné diacre ou prêtre s'il a été antérieurement marié deux fois, ou s'il a épousé une veuve. Ce précepte a été formellement posé par l'apôtre saint Paul *. Nous croyons cependant devoir le renouveler,, parce qu'en ces derniers temps l'ignorance et le relâchement y ont quelquefois porté atteinte. — III. Un clerc ne pourra jamais être astreint à la pénitence publique. — IV. Il est interdit aux évêques, prêtres et diacres, d'entretenir pour la chasse des chiens ou des faucons. En cas d'infraction à cette règle, la suspense sera de trois mois pour l'évêque, de deux pour le prêtre, et d'un seul pour le diacre. — V. Nul prêtre ne peut quitter son diocèse et s'incorporer à un autre sans l'autorisation expresse de son évêque. — VI. Les prêtres et les diacres ne pourront voyager sans lettre commendatice de leur évoque. — VII. Les prêtres des paroisses ne pourront aliéner quoi que ce soit du domaine de leur église. Le vendeur, en pareil cas, serait obligé à faire restitution de ses propres deniers. — VIII. Le prêtre chargé d'une église devra tenir un registre exact des produits et des dépenses. Même injonction est faite aux abbés des monastères. Ceux-ci ne pourront non plus rien aliéner sans une autorisation spéciale de l'évêque. Le droit d'affranchissement ne pourra jamais être exercé par l'abbé. Il nous semble en effet déraisonnable qu'un abbé crée des affranchis oisifs, pendant que les religieux sont tous astreints aux travaux manuels. — IX. Nous interdisons la faculté

» I Timoth., ni, 2

de faiie gouverner simullanément deux monastères par un seul et même abbé. — X. Aucune communauté nouvelle, ni ermitage isolé, ne pourra s'établir sans que l'évêque en ait été préalablement averti [absque episcopi notitia). — XI. Les clercs ne pourront recourir aux tribunaux civils, ni intenter aucune action juridique, sans Tordre de l'évêque. Mais s'ils sont cités en témoignage par les magistrats, ils devront o])éir sans difficulté. — XII. Aucun évêque ne pourra aliéner les propriétés de son église, sans en avoir informé préalablement le métropolitain. Les échanges d'utilité commune pratiqués à l'amiable ne sont point soumis à cette règle. — XIII. Un clerc convaincu de faux témoignage sera passible de la peine capitale. — XIV. Si un clerc a reçu un bénéfice de l'église à laquelle il est attaché, et qu'il vienne à être promu au siège épiscopal d'une autre église, il devra rendre le bénéfice, mais sans indemnité pour les fruits qu'il en aura perçus ou les avantages qu'il en aura tirés. — XV. Les clercs engagés dans les ordres majeurs qui accepteraient un repas chez un clerc arien, encourront la suspense durant une année entière. Les clercs engagés dans les ordres mineurs qui commettraient cette faute, recevront la discipline [vapulubunt). Nous interdisons aux simples fidèles de manger avec les Juifs, et aux clercs de manger avec un laïque qui se serait souillé par ce commère. — XVI. Si les hérétiques au lit de la mort demandent à rentrer dans le sein de l'Église, nous autorisons tous les prêtres à les réhabihter par l'onction du chrême. En dehors du cas de maladie, l'évêque seul pourra recevoir leur abjuration. — XVII. Si par testament un évêque dispose d'une propriété ecclésiastique, la clause sera nulle; à moins que le testateur ne laisse à l'église sur ses biens propres l'équivalent du legs. — XVIII. Les clercs administrateurs des biens ecclésiastiques ne pourront jamais acquérir un droit personnel de propriété sur ces biens, sans égard au temps qu'aura duré leur administration, et quelle que soit la teneur des lettres royales ou épiscopales qui la leur auront conférée. — XIX. L'abbé, accusé de fautes ou de malversations graves, qui persistera à se dire innocent et refusera de céder la place au successeur que l'évoque lui aurait nommé, pourra en appeler au jugement du métropohtain. —

CDAP. lY. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATUOLIQUE. 221)

XX. Il est interdit aux évoques, prêtres ou diacres de rendre visite aux femmes à des heures indues, comme à midi ' ou le soir. S'il y a nécessité, ils devront toujours être accompagnés par des clercs. — XXI. Nous abrogeons pour toute notre province l'institution dite des diaconesses. Les veuves qui voudront se consacrer au Seigneur recevront la bénédiction en usage pour les religieuses. — XXII. Un prêtre ou diacre coupable d'un crime entraînant la peine de mort, sera déposé de sa dignité et renfermé pour le reste de ses jours dans un monastère; il ne sera jamais réhabilité et ne pourra être admis qu'à la communion laïque. — XXIII. Un pécheur qui, après avoir été admis à la pénitence publique, abandonnera sa pieuse résolution et retournera au siècle, ne pourra être réhabilité sans une nouvelle et complète pénitence. — XXIV. Les laïques seront admis à témoigner contre les clercs de tout rang, pourvu que leurs accusations et leurs témoignages se renferment dans les bornes de l'exacte vérité. — XXV. On ne placera point de reliques dans les oratoires des campagnes, à moins qu'il ne se trouve à proximité des clercs qui puissent y chanter la psalmodie. Dans le cas oii l'on voudrait y établir des clercs chargés spécialement de cette fonction, il faudra leur assurer d'abord des moyens d'existence. — XXVI. On ne peut consacrer par l'onction du chrême que des autels de pierre. — XXVII. Les évêques de la province se conformeront pour l'ordre liturgique des divins offices à l'usage de l'église métropolitaine. — XXVIII. Dans le cas où l'évêque qui aura fulminé une sentence d'excommunication ou d'interdit viendrait à mourir avant d'avoir réhabilité le coupable, celui-ci, en cas de repentir ou de pénitence suffisante, pourra être absous par le successeur. — XXIX. L'antiquité ecclésiastique avait stipulé des conditions rigoureuses pour la réhabilitation des lapsi, c'est-à-dire des malheureux qui par une prévarication détestable abandonnent la foi catholique pour embrasser l'hérésie. Nous réduisons leur pénitence à deux années seulement, à la condition

' Midi était une heure indue, parce que c'était la coutume alors d'y faire la sieste.

que durant cet intervalle ils jeûneront tous les mercredis, et se montreront assidus aux offices de l'Église oh. ils assisteront avec les catéchumènes, se retirant quand ceux-ci en reçoivent l'ordre. S'ils se soumettent à cette prescription, ils seront, après deux années, admis à la participation du sacrement de l'autel. Sinon, on observera vis-à-vis d'eux les anciennes prescriptions canoniques dans toute leur rigueur. — XXX. Les unions illégitimes seront traitées sans aucune espèce d'indulgence, à moins que les coupables ne commencent d'abord par se séparer. L'inceste ne sera jamais consacré sous le nom de mariage. Les mariages entre bellesœur et beau-frère, gendre et belle-mère, oncle et nièce, neveu et tante, sont interdits. — XXXL Quant à la pénitence imposée aux homicides qui auraient échappé à la vindicte des lois civiles, nous avons cru devoir nous en référer aux canons du concile d'Ancyre *. — XXXIL La femme que son mari aura quittée pour devenir prêtre ou diacre ne pourra se remarier, sinon elle sera retranchée de la communion ecclésiastique, ainsi que son complice, jusqu'à résipiscence. — XXXIIL Nous avons une telle horreur pour les basiliques ariennes, que nous ne voulons pas qu'elles soient réhabilitées -. Il en sera autrement de celles dont les hérétiques nous ont violemment dépouillés. Celles-là pourront être consacrées de nouveau et rendues au culte. — XXXIV.

1 Le concile d'Ancyre, tenu vers l'an 314, s'était occupé de cette question dans les deux canons XXI et XXII, que nous reproduisons ici. XXI. Qui volunta7-ie homicidium fecerint, pœnitenlice quidem jugiter se submittant : perfectionem vero circa vitœ exilum consequaniur . — XXII. De homicidiis non sponte commissis, prior quidem definitio post septennem pœniteniiam perfedionem consequi prœcipit, secunda vero quinquennii tempus explere. Modus auiem hujus pcenitentiœ episcoporum sit arbitrio, ut secundum conversationem pœniientium possitit et exiendere tardaniibus, et minuere sludiose festinaniibus. (Labb., ConciL, lora. I, col. 1469.)

- Le lecteur pourra remarquer la dilîérence de ce canon avec celui du premier concile d'Orléans, relatif au même objet. (Cf. chap. ii de ce volume, n» 38.) Les pères d'Orléans n'avaient point fait difficulté (can. X) de déclarer que « les basiliques, autrefois occupées par les Gotbs ariens, seraient consacrées selon le rit catholique. » Mais, au sain de la Burgoudie, où l'erreur était encore si récente et conservait sans doute une influence consi-

ClIAP. IV. — BETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 231

Quiconque, en dehors d'une sentence judiciaire, mettra à mort son esclave, sera excommunié et ne pourra être absous qu'après une pénitence de deux années. — XXXV. Nous recommandons l'observation fidèle de l'usage vraiment chrétien qui veut que les citoyens les plus distingués par leur naissance aillent trouver leur évoque, n'importe oîi il soit, aux fêtes de Pâques et de Noël, pour recevoir sa bénédiction '. — XXXVI. Nul ne doit être exclu de l'Église sans une pénitence médicinale, et sans espérance de pardon . La porte ne doit jamais être fermée soit à la correction, soit au repentir. On dispensera celui qui est en danger de mort du temps prescrit pour la pénitence, à condition qu'il l'accomplisse plus tard, s'il revient à la santé après avoir reçu le viatique. — XXXVII . Un laïque ne peut être admis à la cléricature qu'après avoir donné longtemps l'exemple de la piété et de la vertu. — XXXVIII. On ne permettra de pénétrer dans l'intérieur des monastères de religieuses, pour les différents besoins de la communauté, qu'à des personnes dont l'âge et les mœurs ne puissent inspirer aucun soupçon. Les prêtres qui s'y rendront pour célébrer la messe, devront en sortir aussitôt après. Sous aucun prétexte, les jeunes clercs ou moines ne doivent y avoir accès. Il leur est seulement permis d'y visiter leurs sœurs ou leurs proches parentes. — XXXIX. Le droit d'asile ne s'étendra pour les esclaves réfugiés dans les églises qu'à l'indemnité des peines corporelles; mais les fugitifs ne pourront exiger de leurs maîtres le serment de ne pas leur couper les cheveux -, ou de ne pas les employer à un travail plus pénible ^. »

dérable, le concile d'EpaOne croit devoir maintenir l'exclusion dans toute sa rigueur.

1 Eu cette fête, ainsi qu'à celle de Pâques, les évêques donnaient une bénédiction solennelle, dont l'usnge s'est conservé jusqu'à nos jours.

* Cette mention est caractéristique. Les longs cheveux chez les Burgondes, aussi bien que chez les Francs, étaient une marque d'honneur. L'esclave fugitif considérait comme une peine infamante la perte de sa chevelure. On voit que les conquérants barbnres des Gaules n'avaient nulle inclination à adopter la mode romaine de Titus.

' Labbe, ConciL, tom. IV, col. 1576-1381.

Saint H. Les décrets du concile d'Epaone furent souscrits par saint

SylvGstrô de

Giiâion-sur- Avit, Viventioîus de Lyon, Sylvestre de Châlons-sur-Saône, Ges. Grégoire, mellus dc Bazas, Apollinaire de Valence, Valerius de Segesterica

évêque

deLangres. (Sisteron), Claude de Besançon, Grégoire de Langres, Pragmatius d'Autun, Constantius alias Constantianus d'Octodurum (la même que Sedunum, Sion en Valais '), Catalinus d'Ebredunum (Embrun), Sanctus de Tarantaise, Maxime de Genève, Bubulcus de Vindonissa (Windisch, siège aujourd'hui transféré à Constance), Sœcularius de Die, Julien de Carpentras, Constantius de Gap, Florentins d'Orange, Florentius de Tricastinum (Saint-Paul-Trois-Châteaux), Philagrius de Gabellica (Cavaillon), Venantius d'Albi, Prœtextatus d'Apt, Tauricianus de Nevers et enfin le prêtre Peladius, délégué de l'évêque d'Avenches, Salutaris, absent pour cause de maladie-. Un certain nombre des signataires du concile d'Epaone sont honorés comme saints dans leurs diocèses. A Châlons, Sylvestre avait formé par ses préceptes et encore plus par ses exemples la jeunesse de saint Césaire. En quarante-deux ans d'épiscopat, il se rendit célèbre par ses vertus et ses miracles. Après sa mort, on conserva longtemps comme une relique le hamac qui formait sa couche, et les malades, en passant sous ce lit tissu de cordes qui avait servi à un saint, recouvraient la santé ^. — Grégoire, évêque des Lingons (Langres), dont nous avons déjà inscrit le nom à propos de saint Jean de Reomaiis *, était issu d'une famille patricienne d'Arvernie. Il fut le bisaïeul du célèbre Grégoire de Tours. Marié dans sa jeunesse à une pieuse chrétienne, nommée Armentaria, il

* Nous avons ici la preuve la plus manifeste que la conférence d'Agauue ne put avoir lieu la même année que le concile d'Epaone. L'évêque de Sion, dans la conférence d'Agaune, est Théodore^ successeur du Constantius ou Constantianus qui souscrivit les canons d'Kpaone.

2 Labb., Concil., tom. IV, col. loSt, 1582.

' On ignora longtemps le lieu de sa sépulture. Girbold, évêque de Chalonsur-Saône, découvrit en 878 le corps du saint évêque avec celui de saint Agricole, dans l'église de Saint-Marcel, et en fit la double translation. La fête de saint Sylvestre est marquée au 20 novembre dans les martyrjloges d'Adon et d'Usuard, ainsi que dans le martyrologe romain.

* Cf. chapitre ii de ce volume, pag. 137.

CUAr. lY. — RETOUR DES BURGONDES A LA FOI CATHOLIQUE. 233

s'était attaché à la fortune et aux armes de Thierry, fils aîné de Clovis, qui le récompensa de son dévouement en lui donnant le titre de comte ou préfet d'Autun. Chrétien fervent, il apporta dans l'exercice de ses hautes fonctions une charité et un zèle qui le faisaient chérir des populations. Devenu veuf de bonne heure, il fut élu, vers l'an 512, pour évêque des Lingons (Langres). Son abstinence et ses veilles avaient quelque chose d'extraordinaire. Il ne buvait que de l'eau, et pour tromper ses convives sur cette mortification, il se servait d'une coupe de bois, au fond de laquelle il laissait croire qu'il y avait du vin dont il voulait corriger la force en y versant continuellement de l'eau. Comme autrefois Germain d'Auxerre, il ne mangeait que du pain d'orge, et passait les nuits en prière. Bien que son titre épiscopal fût celui de Langres, il faisait sa résidence ordinaire à Divio (Dijon), parce que, depuis la domination burgonde, cette ville était devenue un centre politique considérable. Cédée d'abord à Clovis, après le traité d'Avignon conclu entre ce prince et Gondebaud, Dijon n'avait pas tardé à rentrer soit par rachat, soit par cession amiable, à son premier maître. Les fils de Clovis convoitaient déjà, il est vrai, cette clef de la Gaule méridionale ; mais l'heure n'était pas encore venue. Quoi qu'il en soit, saint Grégoire durant son séjour à Dijon , se préoccupa vivement du culte populaire rendu de temps immémorial à saint Bénigne, premier apôtre de la contrée. Le lieu de la sépulture du glorieux martyr n'était plus connu que d'une manière vague, et par tradition. L'évêque eut des scrupules sur la légitimité d'un pareil culte et il interdit le pèlerinage, a Or, dit Grégoire de Tours, Bénigne lui apparut et lui reprocha la mesure qu'il venait de prendre. En même temps, il désigna le heu oii reposaient ses i

bienheureuses reliques, et donna l'ordre d'y élever un oratoire. 1

L'évêque versa un torrent de larmes en pensant à la prohibition téméraire qu'il avait publiée, et pourtant il ressentait une joie immense de la révélation qui lui était faite. Dès le lendemain, il mit les ; ouvriers dans la vieille crypte qui menaçait ruine, et la fit soigneu- [ sèment réparer. En fouillant à l'endroit indiqué, il trouva un sarco- ! phage d'une pesanteur extraordinaire. Néanmoins, sans autre aide 'i

234 PONTIFICAT DE SAINT JEAN I (o23-o26).

que celle des deux prêtres qui l'accompagnaient, il put le soulever facilement et en faire la translation. Depuis lors, Grégoire se fixa près des saintes reliques et y passait chaque nuit en prière *. » Il bâtit en l'honneur du glorieux martyr une église et un monastère où il établit des religieux de Réomaiis. Telle fut l'origine de la fameuse abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Grégoire la dota richement sur sa fortune particulière (509), et fit confirmer la donation par le pape Hormisdas. On voit encore à Saint-Bénigne quelques restes des constructions du saint évêque. Sa maison communiquait avec le baptistère de Saint- Vincent, et cette proximité facilitait les pieuses fraudes de Grégoire, qui se dérobait la nuit à la surveillance de ses diacres, pour aller prier au tombeau de saint Bénigne. Mort de saint 12, Tcls étaient les évêques catholiques avec lesquels Sigismond, Vienne et dcpuis son retour à la foi catholique, se trouvait continuellement

d'Ostrogotha,

première en relation. Tous les historiens s'accordent à faire l'éloge de la

femme de

Sigismond. piété et du zèle de ce prince. Parmi les homélies de saint Avit

Sigéric mis à

mort par son dont le titre seul nous a été conservé, figurent celles que le grand

père. ^

eveque prononça le jour ou le jeune Sigéric, fils de Sigismond, et la princesse, sa sœur, abjurèrent l'arianisme à l'exemple de leur père 2. La munificence royale se traduisit par la construction de splendidcs basiliques à Vienne, à Genève, à Tarantaise, consacrées successivement par saint Avit ^. Tout semblait présager à Sigismond un règne heureux et tranquille. En paix avec les héritiers de Glovis, dont l'aîné, Thierry, était son gendre, assuré de la bienveillance de Théodoric dont il avait épousé la fille , aucun nuage n'apparaissait encore à son horizon. Mais la Providence, qui l'appelait à la couronne des saints, lui réservait des épreuves aussi terribles qu'inattendues. La série des calamités s'ouvrit par la mort de sa femme Ostrogotha, bientôt suivie de celle de saint Avit (518). Jeune encare, et peut-être par raison d'état plus que par in-

* Bolland., Ad., iv, jan. Cf. Greg. Turon., De glor. martyr., lib. 1, cap. li; Patr. lat., toiu. LXXl, col. 733. — ^ s. Avit., Homilia in convcrsione Sigéric postridie quam soror ipsius ex Ariana hœresi est reversa; Patr. lat., tom. LIXi col. 294, — ' S. Avit., Homilia in restauratione baplisterii Viennœ; in dedicatione basilicœ Genevœ, Tarantasiœ, etc.; Pair, lat., ibid.

Page 1