‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 4 sur 103 · CIIAP. I. — UNE INTERPOLATION DU LIBER PONTIFICALIS · texte numérisé non relu

CIIAP. I. — UNE INTERPOLATION DU LIBER PONTIFICALIS

mettre au pape la profession de foi qui est la nôtre, et dont nous joignons ici un exemplaire. Nous ajoutâmes que Timothée (Élure), Dioscore et Pierre (Monge), nos patriarches, ayant professé tour à tour notre doctrine, qui est réellement orthodoxe et que vous reconnaissez pour telle, leurs noms devaient être rétablis sur les diptyques sacrés. Vous n'avez pas voulu nous concéder ce dernier point : nous vous proposâmes alors d'établir une enquête où l'on examinerait juridiquement les accusations portées contre la mémoire de nos patriarches. Si ces accusations étaient reconnues fausses, comme elles le sont en réalité, alors rien ne s'opposerait plus à leur réhabilitation canonique. Mais vous nous répondîtes que n'ayant reçu aucun ordre du siège apostolique pour procéder à une telle enquête, il vous était impossible de lui prêter le concours de votre ministère. Les choses étant en cet état, nous vous adjurons, au nom du Dieu très-grand notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, incarné dans le sein de la bienheureuse vierge Marie mère de Dieu, lui qui veut l'unité, la concorde et la paix dans son troupeau, en présence des saints anges qui président aux destinées de l'Église, nous vous adjurons de remettre notre présente requête entre les mains du pontife du siège apostolique, Anastase, lorsqu'avec la grâce du Seigneur vous serez heureusement de retour à Rome. Sa sainteté {ejus sanctitas), en lisant ce témoignage de la foi de l'église d'Alexandrie, n'y trouvera que des sentiments orthodoxes. Elle daignera alors, soit par lettres, soit par l'intermédiaire d'un nonce {per aliquem internuncium), faire connaître sa volonté à notre très-saint archevêque. De notre côté, nous déclarons que nous sommes prêts à faire partir pour Rome tels envoyés qui seront jugés convenables pour mener à fin une négociation si importante. Nous avons la confiance que sa béatitude {ejus beadfudo), reconnaissant l'orthodoxie de notre profession de foi, daignera considérer comme siens les peuples soumis à la juridiction du patriarche d'Alexandrie et étendre sur eux la sollicitude pastorale qui lui appartient sur toute l'Église '. »

' Libellus apocrisiar. alexandrin., Labbe, tom. cit., col. 1284-1286.

Retour 6. Tel est ce mémoire, ou libellus, remis par les apocrisiaires

Italie. Mort d'Alexandrie aux légats du pape à Constantinople. Il justifie am- Anastaseii. plemcnt le diacre Photin et saint Anastase II des accusations que la notice altérée du Liber Pontificalis fait peser sur leur mémoire, en même temps qu'il nous apporte une nouvelle preuve de la facilité avec laquelle on falsifiait alors, pour les besoins d'un parti, les monuments les plus considérables. La fameuse lettre de saint Léon le Grand, lue solennellement à Chalcédoine non-seulement dans son texte latin, mais dans une traduction grecque annexée aux actes et garantie comme authentique parles pères du concile, n'avait point échappé à ces perfides manœuvres. Les nestoriens en avaient donné une version apocryphe, oîi ils glissaient leurs erreurs doctrinales. Les apocrisiaires d'Alexandrie font remonter la responsabilité de cette publication frauduleuse à Théodoret. Ce grand homme y était étranger ; mais il pouvait très-bien se faire que les falsificateurs se fussent couverts de l'autorité de son nom. Quoi qu'il en soit, les apocrisiaires sont évidemment de mauvaise foi quand ils rejettent sur la traduction inexacte de la lettre de saint Léon la cause du schisme d'Orient. La suite de cette histoire nous a suffisamment appris l'inanité d'une pareille allégation. Ils transforment un simple incident, un prétexte à peine sérieux, en un câsus belli. Les actes du concile de Chalcédoine se trouvaient dans toutes les églises d'Orient; il n'était pas difficile d'y recourir pour se procurer le texte latin original, qui seul pouvait faire foi dans une controverse dogmatique. Cependant l'évêque de Thessalonique, légat-né du saint siège en Illyrie, crut devoir signaler au pape saint Anastase II le mauvais effet produit en Orient par la fraude des nestoriens. Il lui députa à ce sujet un diacre de son église, Photin. La réponse du pape à ce dernier est irréprochable. Anastase déclare que la lettre de saint Léon, dans son texte latin, est l'expression complète de la vérité catholique sur le dogme de l'Incarnation. Le pieux diacre fait connaître à Constantinople cette décision pontificale. Les légats Cresconius et Germain la renouvellent, et en confirment l'exactitude aux apocrisiaires d'Alexandrie. Mais ni les légats, ni le diacre Photin, ni le pape Anastase ne consentent pour

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cela à réhabiliter la mémoire d'Acacius, ou celle des autres patriarches schismatiques, Timothée Élure, Dioscore, Pierre Monge. Tous au contraire, le pape Anastase explicitement, les autres implicitement et s'en référant aux ordres précis du saint siège, déclarent que les diptyques sacrés ne doivent pas être souillés par l'adjonction de ces noms indignes. La requête des apocrisiaires d'Alexandrie fut portée fidèlement à Rome par les légats. Mais, comme nous ^ l'avons déjà dit, au moment où ils arrivaient dans la ville éternelle, \à le pape saint Anastase II venait de mourir. Les troubles qui sui- j virent l'élection de son successeur, et livrèrent pendant quatre années la cité de Rome à un antipape, nous feront comprendre comment les documents calomnieux déposés dans les archives ecclésiastiques contre la mémoire d'Anastase purent trouver place dans le Liber Pontificalis.

§ n. La France chrétienne.

7. Le court pontificat de saint Anastase II fut marqué par un projet événement providentiel qui donna à Jésus-Christ l'une des plus elTt rTcîovfs généreuses et des plus grandes parmi les nations ; celle qui porte cioulde^ glorieusement le titre de « Fille aînée de l'Église, » et dont le génie s'est toujours maintenu à la hauteur de la foi. Nous avons laissé Clovis et ses Francs aux portes de Lutèce. Fermées devant lui pendant dix ans par une vierge chrétienne, sainte Geneviève *, elles devaient lui être ouvertes par une femme chrétienne, sainte Clotilde. L'idée de marier le jeune roi des Francs, païen comme toute sa nation, avec une princesse catholique, orpheline et prisonnière dans le palais de son oncle Gondebaud, arien obstiné, persécuteur du catholicisme et meurtrier des parents de Clotilde, dut être inspirée par les conseils prévoyants et sages du grand évêque de Reims, saint Rémi, auquel, nous l'avons vu, Clovis avait une entière confiance. Bien que nos vieux annalistes ne parlent pas explicitement de l'intervention de saint Rémi en cette circonstance, les relations antérieures de l'évêque de Reims avec Clovis et celles qu'il devait

1 Cf. tom. XIII de cette Histoire, pag. 546.

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