‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 41 sur 103 · BOECE · texte numérisé non relu

BOECE

il, se nommait Riisticiana. Les biens de son époux et de son père, confisqués par Théodoric, lui furent rendus sous l'administration d'Amalasonthe. Rusticiana les distribua aux pauvres ; en sorte (ju'ù l'arrivée de Totila en Italie, elle se trouva sans ressources, et fut réduite à mendier son pain près des vainqueurs sous l'habit grossier des femmes esclaves*, d Impossible encore de se méprendre ici sur le caractère vraiment chrétien de Rusticiana, l'épouse de Boèce. Toute la famille des Symraaque, jadis si hostile à la foi du Christ, était donc, au vr siècle, ralliée du fond du cœur à cette foi triomphante. Nous aurons bientôt l'occasion de le constater, en retraçant le tableau des vertus de ses autres membres. C'est déjà un fait considérable de voir Boèce, le prétendu païen de la critique moderne, rechercher l'alliance du catholique Symmaque, et choisir pour femme l'héro'ïque chrétienne Rusticiana.

29. Mais celle-ci n'était pas la première épouse de l'illustre philosophe. Boèce, vers l'an 492, avait contracté une première alliance que la mort vint briser prématurément. Dès cette époque, il avait

La célèbre chrétienne Elpis, première femme de Boèce.

publiés sous le nom de saint Grégoire le Grand. » [Consol. philos, de Boèce, iutrod., pag. xx, xxi.) M. Judicis de Mirandol voudra bien, nous l'espérons, accepter pour uu témoignage éclairé, non pas tardif mais très-contemporain, la lettre <l'Eunodius à Symmaque. Et si ce témoignage ne lui semble pas encore as^^ez décisif, nous prendrons la liberté de lui indiquer une autre lettre non moins célèbre de saint Avit, évêque de Vienne, adressée au patrice Symmaque et à son collègue Faustus, à l'époque du schisme de l'antipape Laurent. Voici quelques passages de cette lettre : Quibus cognitis, quasi senator ipse Romanus, quasi Christianus episcopus obtestor, sic divinitatis cœlestis dono temporiOus vestris prosperitas oplata succédai, sic digniias in qua floretis iiniverso orbi speciem Romani nominis mundo labente contineat, ut in conspeciu vestro non sii Ecclesiœ minor quam reipubhcœ status ; quodque vobis Deus posse prœslitit, prosit et nobis, nec minus diligatis in Ecdesia vestra sedem Pétri, quam in civitate apicem mundi.... Nostis bene inter quas hœresum tempestates, veluti ventis circumflanlibus, fiâei puppem ducamus. Si nobiscum hujuscemodi pericula formldatis, expedit ut gubernatorcm vestrum participato labore tueamini. (S. Avit., Epist. XXXI; Pair, lat., tom. LIX, col. 249.) Ces paroles nettes, précises, formelles du grand évêque des Gaules, saint Avit, corroborent singulièrement, il faut eu convenir, les témoignages de saint Grégoire le Grand et de Paul Diacre, pour lesquels M. de Mirandol affiche un tel dédain.

* A(i0!).a'7o-jv9a... toîî Sufifiâyou t£ xai Boextou Ttaïaî xriv ôuaiav àuéôwxev. (De tell, gothic, lib. 1, cap. II, pag. 4.) "Outid te neptiiv toïç t£ (SX/oi; Pa)[iaiot;, xal -roî; £7. TO'j ayYx/.TJTO'j Pou),r,î • xat oOj^' fjXioxa Poustixtav^, t^ BostÎou (lèv yatiEX^

264 PONTIFICAT DE SAINT JEAN I (o23-o26).

fait choix d'une chrétienne pour l'associer à ses destinées. Elle se nommait Elpis. « Si l'on pouvait établir la réalité de ce premier mariage, dit M. de Mirandol, il en résulterait une forte présomption en faveur du christianisme de Boèce. C'est là en effet un des arguments le plus souvent produits par les partisans d'une opinion qui n'est pas la nôtre '. » Or, non-seulement il est possible d'établir la réalité de ce premier mariage de Boèce avec Elpis, mais dans l'état actuel de la science, il est absolument impossible de ne pas l'admettre. Elpis nous est connue par ses œuvres poétiques, par des traditions locales et par un monument lapidaire. Cette triple source d'informations offre une concordance parfaite, et à moins de supprimer l'existence même d'Elpis, on ne saurait nier la réalité de son mariage avec Boèce. Les deux hymnes en l'honneur des apôtres saint Pierre et saint Paul que nous chantons encore de nos jours : Décora Inx^ et Béate pastor Petre, ont été composés par Elpis. Or, tous les recueils liturgiques oii ces hymnes sont insérés, portent pour nom d'auteur Elpis nxor Boetii ^. A moins donc de détruire ces collections, il faut de toute nécessité convenir qu'Elpis fut vraiment la femme du célèbre philosophe. D'autre part, dans les manuscrits de Boèce les plus anciens et les plus autorisés, les deux hymnes dont nous parlons sont adjoints aux œuvres de ce dernier avec la mention expresse qu'ils ont été composés par Elpis, sa première femme. Enfin les recueils épigraphiques de l'époque la plus reculée, contiennent quelques vers de l'épitaphe qui décorait la tombe d'Elpis, toujours désignée comme la première femme de Boèce. Giraldus ^, à la fin du xvi^ siècle,

Yevo[xévir), uatôi 5è 2y[j.[xà}(ou, xaî ty)v oOaiav àei xoî; Seofiévoi; 7rpoTeivo(i,évij), SouXwv Te xal àYpoîxwv à;ji7t£)(0[j.£voi; IjxàTia, ivpo; xwv 7io),£|XÎ(ov âptov 1\ âXXoTt twv àvayxatwv àtxoutxÉvoi; ptoùv. (Procop., De bel!, golhic, lib. 111, cap. xx, pag. 143.)

1 M. Judicis de Mirandol, ConsoL philos, de Boèce, introd., pag. xii. Parie, Hacbette, 1861.

* Elpis uxor Boetii, Hymn. in hon. SS. apost. Pétri et Pauli ; Patr. lat., tom. LXlll, col. 537. Cf. Brev. l'om., 29 juu. et 1 aug.

3 Giraldus (Jean-Baptiste) aussi appelé Cyuthius, professeur de belles-lettres à Ferrare, Mondovi et Pavie. (Cf. Moreri.) Ëclogœ, epigrammala et alia poemala Intina.

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