‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 58 sur 103 · CIIAP. Y. — RÈGLE DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

CIIAP. Y. — RÈGLE DE SAINT BENOIT

est secrète, elle sera confessée en secret à l'abbé ou aux anciens '. L'abbé en personne, ou un frère désigné pour cette charge, donnera le signal de l'office divin, soit le jour, soit la nuit. Au chœur, chacun des religieux à tour de rôle entonnera les psaumes et les antiennes. Cependant ceux qui ne sauraient ni chanter ni lire convenablement ne devront point entreprendre de le faire, de peur de troulaler la cérémonie et de compromettre l'édification générale -. »

35. « L'oisiveté est la grande ennemie des âmes. Il convient donc BïTisum

de la journée.

de prescrire aux frères l'emploi du temps, qui doit être partagé Prière entre la prière, le travail des mains et la lecture des saints Livres. Depuis Pâques jusqu'aux calendes d'octobre (1" octobre), l'on sortira pour les travaux extérieurs, ou l'on se livrera aux occupations ordinaires, depuis prime jusqu'à la quatrième heure (six heures du matin jusqu'à dix). De la quatrième heure jusqu'à sexte (dix heures à midi) on vaquera à la lecture. Après le repas de sexte (midi) on se reposera en silence sur son lit, pour la sieste. Ceux qui préféreraient l'étude ou la lecture pourront s'y livrer, à la condition de ne pas troubler le repos de leurs frères. Au milieu de la huitième heure (une heure et demie de l'après-midi), on récitera l'office de noue, et l'on reprendra le travail jusqu'à vêpres. Si la nécessité du lieu ou la pauvreté du monastère oblige les religieux à cultiver eux-mêmes le sol, à faire la moisson, à recueillir les fruits de la terre, qu'ils ne s'en attristent pas. C'est alors qu'ils sont véritablement moines, puisqu'ils vivent, comme autrefois les patriarches et • , les apôtres, à la sueur de leur front. Que tout se fasse néanmoins \ avec mesure, et en ménageant les faibles. Depuis les calendes ^j d'octobre (1" octobre) jusqu'à la Quadragésime, le temps qui s'é- ^ coulera entre prime et la deuxième heure (de six à huit heures du matin) sera consacré à la lecture. Ensuite on récitera tierce, et le travail manuel sera repris jusqu'à none (trois heures du soir). Au premier signal de none, tous quitteront le travail pour se rendre à

* S. Benedict., Reg., cap. XLVi. Ce fut pour se conformer à celte règle que le moine goth, qui avait laissé tomber dans le lac le fer de sa cognée, vint humblement s'accuser près de saint Maur, — 2 lOid., cap, XLVii. XIV. 23

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la récitation de l'office. Après quoi, ils prendront en commun le repas, qui sera suivi de la lecture et de l'exercice du chant. En carême, la lecture du matin se prolongera jusqu'à tierce (neuf heures) et le travail manuel jusqu'à la dixième heure (quatre heures de l'après-midi). Chacun recevra de la bibliothèque un codex qu'il étudiera tout entier, puis l'échangera contre un autre, à tour de rôle. La remise des codex (livres) se fait le premier jour de carême. Durant les heures de lecture, un ou deux anciens parcourront tout le monastère pour s'assurer qu'aucun des rehgieux ne reste dans l'oisiveté, ou n'interrompt les autres par des conversations frivoles. Si telle chose arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise ! le coupable, après deux avertissements, serait soumis à la discipline '. — Bien qu'en tout temps les moines doivent observer un véritable carême, cependant les jours de la sainte quarantaine sont plus spécialement consacrés à expier nos négligences habituelles par un redoublement de prières, de larmes, de lectures saintes, de componction de cœur et d'abstinence. Chaque religieux, suivant sa dévotion particulière, pourra se prescrire durant ce temps des pratiques de pénitence et des mortifications individuelles. Il devra d'ailleurs les faire connaître à l'abbé, et éviter tout ce qui sentirait la vaine gloire ^. » Réceptioa 36. « Les frères retenus par les travaux des champs trop loin de despa^nvL. l'oratoirc pour qu'ils puissent revenir à l'heure de la psalmodie, réciteront le divin office à genoux, au lieu où ils se trouveront et à l'heure marquée. Il en sera de même pour ceux qui sont en voyage 3. Un frère envoyé pour quelque mission à une distance qui lui permettra de rentrer le même jour au monastère, ne devra pointmanger au dehors, à moins d'ordre contraire de l'abbé. L'infraction à cette règle serait punie d'excommunication ■*. L'oratoire, ainsi que son nom l'indique, est exclusivement consacré à la prière. On n'y doit faire ni dire rien autre chose. Après la psalmodie, tous sortent en silence et dans le plus profond respect pour la présence de Dieu. Si quelqu'un veut s'y rendre pour sa dévotion particu-

• S. Benedict., Reg., cap. XLvni. — * Ibid., cap. XLix. — ^ Ibid., cap. L. — * Ibid., cap. Li.

CHAP. V. — RÈGLE DE SAINT BENOIT. 3oo

lière en dehors des heures fixées, il le pourra, à condition de prier en silence et, de ne pas troubler le recueillement des autres religieux qui auraient la même dévotion que lui '. — Les étrangers et les hôtes seront accueillis comme le Christ lui-même, puisque Notre-Seigneur dira aux élus : (( J'ai demandé l'hospitalité et vous m'avez reçu *. » A tous il faut i^endre l'honneur convenable, mais surtout aux serviteurs de la foi et aux pèlerins. Aussitôt donc qu'un hôte sera annoncé, le prieur ou les frères iront à sa rencontre en toute charité; ils commenceront par faire une prière avec lui, et lui donneront ensuite le baiser de paix. A l'arrivée ou au départ de chacun des hôtes, on inclinera la tête et on se prosternera le corps entier à terre, pour adorer le Christ qu'on reçoit en leur personne. Après la première réception, l'hôte sera conduit à l'oratoire : ensuite le prieur ou le frère chargé de ce soin le mènera à la salle des hôtes, le fera asseoir et s'entretiendra avec lui en toute édification et humilité. L'abbé rompra le jeûne pour recevoir les hôtes; on leur lavera les pieds, en disant : Suscepùnns, Deus, misericordiam tuam, in medio popitli lui ^. Après quoi, on leur servira à manger. Les pauvres et les pèlerins inconnus doivent surtout être l'objet de la plus tendre sollicitude, car c'est en eux que le Christ est plus particulièrement honoré. Quand il s'agit de personnages riches ou puissants, leur condition invite assez d'elle-même à les entourer d'égards. L'abbé entretiendra pour les hôtes une cuisine toujours fournie, afin que l'arrivée des étrangers, qui ne manquent jamais dans un monastère, ne trouble point l'ordre général. Le quartier des hôtes sera pourvu de lits en nombre suffisant. Un frère y sera préposé : mais il ne parlera aux hôtes que s'il en a reçu l'ordre de l'abbé. Autrement il se contentera de les servir avec modestie, les saluant par les paroles accoutumées de la bénédiction; si l'un d'entre eux veut engager une conversation, le frère répondra humblement qu'il ne lui est point permis de parler*. »

37. (( Les moines ne se donneront entre eux et ne recevront de vestiaire leurs parents, ni de qui que ce soit, des lettres, eulogies, ou autres

» S. Benedict., I{eg., cap. lu. — 2 Matth., xxv, 3o. — 3 Psalm. XLvn, 10. — * Rey., cap. un.

et mobilier.

menus présents, à moins d'un ordre de l'abbé. Ce qui serait envoyé du dehors à un religieux, ne sera reçu au monastère qu'autant que l'abbé en aura donné la permission. L'abbé en disposera pour celui des frères qu'il jugera convenable K Les vêtements seront appropriés aux saisons et à la température de chaque localité. Les pays froids en exigent plus que les pays chauds. L'abbé aura égard à cette considération. Dans les climats tempérés il suffira que chacun ait une cuculle, une tunique et un scapulaire pour le travail. L'hiver, ces vêtements seront à longs poils, l'été en étoffe rase. Les moines ne devront s'inquiéter ni de la couleur ni de la finesse du tissu. On prendra dans chaque province l'étoffe la plus grossière qui s'y fabrique. Tous les anciens vêtements et chaussures seront fidèlement rapportés au vestiaire, pour être ensuite distribués aux pauvres. La garniture des lits consistera en un sommier [sagitm), une couverture de laine et un chevet. L'abbé en fera souvent la visite pour s'assurer que les moines n'y conservent pas quelque objet dont ils voudraient garder la propriété. Afin d'éviter la tentation de s'attribuer quelque chose en propre, chaque religieux recevra de l'abbé les vêtements, les chaussures, des tablettes et un poinçon pour écrire {graphium), une ceinture, une aiguille, un couteau, un mouchoir, enfin tout le nécessaire 2. La table de l'abbé sera servie à part, afin qu'il puisse y recevoir les hôtes et les étrangers. Quand ces derniers seront en petit nombre, l'abbé pourra y appeler ceux des frères qu'il jugera à propos ^. Les religieux qui savent un art ou un métier pourront, si l'abbé le juge convenable, l'exercer en toute humilité dans le monastère. Mais s'ils viennent à s'enorgueillir de leur talent et de l'éclat qui en rejaillit sur la congrégation, on ne leur permettra plus de s'y livrer, jusqu'à ce qu'ils aient fait une sincère pénitence. Si l'on juge à propos de vendre leurs œuvres au dehors, on veillera d'une part à ce que les intérêts du monastère soient sauvegardés, de l'autre à éviter tout sentiment de cupidité et d'avarice *. »

' S. Denedict., Reg., cap. liv. — * Ibid., cap. lv. — 3 Ibid., cap. lvi. — "• Ibid., cap. Lvii.

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