‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 66 sur 103 · CHAP. YI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE · texte numérisé non relu

CHAP. YI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE

reur Justinien, qui annonçait l'intention de venger la mort d'Amalasonthe, cruellement assassinée par un prince qu'elle avait associé au trône. Le pontife partit pour cette légation lointaine et fît son entrée solennelle dans la capitale de l'empire. Le patriarche Epiphane venait de mourir ; il avait été remplacé par Anthimos, eutychéen obstiné, qui réussit à entraîner Justinien dans son erreur. Le prince, zélé d'ailleurs pour la religion, entama une controverse avec le très-bienheureux Agapitus. Ferme dans la foi des apôtres, le pontife proclamait intrépidement que Notre-Seigneur Jésus-Christ Dieu et homme tout ensemble, réunit les deux natures divine et humaine dans une seule et même personne. La discussion irrita l'empereur. Dans un mouvement de colère, il s'écria : Embrassez notre croyance , sinon je vous envoie en exil ! — Le très-bienheureux pape, jetant sur le prince un regard plein d'une angélique sérénité répondit : Misérable pécheur que je suis, j'étais venu à Constantinople dans l'espoir de connaître un empereur trèschrétien, mais c'est un Dioclétien que je rencontre ! Vos menaces ne me font pas trembler. — Le calme du bienheureux pape désarma la colère de Justinien. Dans une conférence publique, l'évêque Anthimos refusa de reconnaître les deux natures en Jésus-Christ. Cependant Agapitus exposa avec tant de clarté la doctrine de l'Église, que tous les assistants applaudirent. L'empereur lui-même se rendit à la force de la vérité, il vint se prosterner devant le bienheureux pape et fit publiquement une profession de foi conforme à l'enseignement du siège apostolique. Anthimos, toujours opiniâtre dans son erreur, fut déposé et banni. Son successeur le catholique Mennas fut sacré, à la demande de Justinien, par le bienheureux pape. Celui-ci avait entamé la négociation qui faisait l'objet spécial de son ambassade, lorsque saisi par une maladie aussi violente que soudaine, il mourut à Constantinople le X des calendes de mai (22 avril o3G). Son corps, renfermé dans un cercueil de plomb, fut rapporté à Rome et enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre apôtre, le xii des calendes d'octobre (21 octobre 336). En deux ordinations faites à Rome, Agapitus avait imposé les mains à quatre diacres et onze évêques.

406 PONTIFICAT DE SAINT AGAPIT I (S3o-536).

Après lui le siège épiscopal demeura vacant un mois et vingt-huit jours K )) Lettres 30. Le meurtre d'Amalasonthe par un prince qui la nommait

au sénat « sa très-excellentc dame et sœur, » qui se félicitait d'avoir été as-

romain.

L'amb.-issa- socié par elle au trône d'Italie, qui s'estimait trop heureux de pou-

deur PierrG •

de Thessaio- voir admirer de plus près la prudence, la sagesse, la fermeté de cette grande reine, produisit chez les Romains et chez les Goths eux-mêmes une émotion indicible. Dans une telle conjoncture, l'élection de saint Agapit au siège rendu vacant par la mort prématurée de Jean II, put s'accomplir avec une liberté entière. Une pression quelconque de la part de Théodat aurait été impossible : le nom même de ce tyran n'était prononcé qu'avec horreur. De toutes les provinces d'Italie , des évêques furent députés à Ravenne par les populations indignées. On voulait éclaircir le mystère qui planait encore sur l'attentat de Vulsinium. Le sénat romain avait pris l'initiative. Voici la réponse de Théodat : a Nous avons accueilli avec honneur les vénérables évêques envoyés de votre part. Ils nous apprennent que Rome est travaillée de sollicitudes ineptes. Si nous étions moins miséricordieux, tous ces soupçons imaginaires pourraient bien amener des dangers réels. Rendez grâces à Dieu de ce que ma bonté surpasse vos fautes -! » C'était là un singulier moyen de justification. Le meurtrier avait d'ailleurs inventé, en guise d'apologie, une fable absurde. Il prétendait qu'Amalasonthe s'était spontanément retirée à Vulsinium dans l'intention d'y prendre quelques jours de repos, et qu'elle avait été victime d'une vengeance particulière. Telle était la version officielle que devaient adopter sans discussion tous les sujets de Théodat. Le vertueux Cassiodore fut contraint, sous peine de la vie, de rester préfet du prétoire. Son nom était comme un brevet d'honorabilité dont le tyran voulait se couvrir. Mais les manœuvres de Théodat n'eurent aucun succès près de la cour de Gonstantinoplc. Le nouvel ambassadeur Pierre de Thessalonique avait quitté Ravenne en déclarant que Justinien, son maître, ferait justice de l'attentat de

1 Lib. Pontif., Not. LIX, S. Agapit. I; Pair, lat., tom. CXXVIH, col. 551. — * Cassiod., Variar., lib. X, Epist. xiii.

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