‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 67 sur 103 · CHAP. VI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE

Yulsinium. L'effet devait suivre de près la menace. Théodat ne se fit point d'illusion. La terreur succéda chez lui à l'arrogance. Il s'empressa d'écrire aux sénateurs une seconde lettre aussi obséquieuse que la première avait été hautaine. « Pères conscrits, disait-il, la piété commande seule et inspire tous mes actes. Aussi, bien qu'avec l'aide de Dieu nous puissions tout, nous ne voulons cependant rien faire que de louable. Nous vous avions annoncé la clémence, c'est trop peu; nous vous assurons un amour sans bornes. J'ai juré de vous aimer et de vous défendre jusqu'à la mort ; je tiendrai mon serment. Je veux consacrer mon règne à la gloire de Dieu et au bonheur de mes sujets. Pourrais-je avoir d'autre pensée, moi qui ai appris dans la méditation des livres saints les véritables maximes de gouvernement *? » Ces protestations avaient pour but de décider le sénat à intervenir auprès de Justinien. Mais il n'était plus temps. Béhsaire, avec ses vétérans d'Afrique, venait de faire voile pour les côtes de Sicile. En même temps , l'ambassadeur Pierre de Thessalonique arrivait de nouveau à Ravenne, porteur d'un ultimatum ainsi conçu : « L'Itahe appartient à l'empire ; cédez-la de bonne grâce , ou attendez-vous à la mort. )> — Les meurtriers sont d'ordinaire des lâches. Théodat se montra d'une lâcheté qui dépasse toute croyance. Il se voyait déjà captif comme Gélimer, et traîné à Constantinople derrière le char d'un vainqueur. Il signa l'abandon de l'Italie à Justinien, moyennant une pension annuelle de douze cents livres d'or. Pierre de Thessalonique se hâta de repartir pour présenter ce traité à la ratification de son maître. Il était déjà à la station d'Albe, à vingt-cinq milles de Ravenne, quand Théodat le fit rappeler, a Croyez-vous, lui dit-il, que l'empereur accepte mes conditions? — Je le pense, répondit l'ambassadeur. — Mais, reprit Théodat, s'il en était autrement, que devraisje faire? — Combattre, répliqua l'envoyé. — La guerre! la guerre! s'écria le roi. Platon n'admet pas la justice de la guerre. — Eh bien, reprit l'ambassadeur, étudiez à votre aise les écrits de Pla-

1 Cassiod., Variar., lib. X, Epist. xvi ; Patr. lat., tom. LXIX, col. 809.

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ton. Justinien mon maître ne lit pas; il agit '. )) — L'entretien se termina par de nouvelles supplications, oii Théodat s'abaissait jusqu'à implorer la médiation de l'ambassadeur auprès de Justinien. Lettres du 31. Rien n'était capable de rassurer ce cœur pusillanime. Non

sénat romain

et de Théodat coutcnt d'avoir rcmis son honneur et sa couronne aux mains de

à Justinien. n mi i • -i i / i i a , ^ ,. .

Pierre de Tnessalomque , il voulut, pour plus de surete, faire accompagner cet ambassadeur par le pontife saint Agapit. Une lettre de sollicitations, extorquée au sénat, devait porter à Justinien l'expression des vœux supposés de l'Italie, a Prince très-pieux, auguste et clément empereur, disaient les pères conscrits, nous tendons vers vous nos mains suppliantes. La république romaine vous implore. Écoutez la voix de Rome tout entière; elle vous crie : J'ai eu beaucoup de rois; je n'en connus jamais de plus sage, de plus bienveillant que Théodat. J'aime ce noble prince, issu du sang des Amales ; je l'ai nourri du lait de ma doctrine ; il m'est cher par sa prudence, il est vénérable aux nations par sa vertu. Magnifique triomphateur, commandez à votre colère. La ville éternelle vous en supplie par l'organe de ses sénateurs. Si ce n'est point assez, joignez-y la voix des bienheureux apôtres Pierre et Paul. Ces protecteurs célestes qui m'ont si souvent délivrée de l'invasion des barbares, toucheront le cœur d'un empereur romain. Vous ne résisterez pas à leur prière, surtout quand elle vous sera présentée par le successeur même de saint Pierre, ce pontife vénérable que le pieux roi dl'Italie envoie comme un ambassadeur de paix à votre très-clémente majesté *. » A cette lettre sénatoriale, Théodat en joignit une autre, écrite tout entière de sa main, dans laquelle il renouvelait à l'empereur la promesse de céder son royaume au prix convenu. « Je préfère, disait-il, l'honneur de. votre amitié à celui d'une couronne. J'aime mieux être un paisible laboureur que de vivre dans les soHicitudes et les périls de la royauté. Les domaines que je tiendrai de votre munificence me seront plus chers que le sceptre d'Italie -. » Ce dernier mot était peut-être le seul vrai.

1 Procop., De bell. gothic, lib. 1. — - Cassiod. Variar. lib. XI, epist. 13 ; Patr. Lut., tom. LXIX, col. 840. — s Procop., De bell. got/iic, lib, 1.

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