‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 68 sur 103 · CHAP. VI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — ADMINISTRATION PONTIFICALE

Théodat estimait moins la gloire que l'argent. 11 donna une nouvelle preuve de son avarice, en refusant tout subside au pape qu'il forçait de partir pour Constantinople. Saint Agapit fut contraint d'engager les vases sacrés de la basilique de Saint-Pierre pour se procurer les sommes nécessaires à ce lointain voyage. Il est vrai qu'après le départ du pontife, Cassiodore indigné força les trésoriers royaux à dégager cette créance hypothécaire, mais la noble réparation exigée par le ministre ne fait que mieux ressortir la bassesse sordide du roi.

32. Agapit était accompagné de cinq évêques, Rusticus de Fesula (Fiesole), Sabinus de Canusium (Canossa), Epiphane d'Eclane, Asturius de Salerne et Léon de Nôle ; trois diacres, Pelage, Théophane et Vigihus, dont le nom déjà prononcé à l'époque de Boniface II devait acquérir bientôt une notoriété plus grande encore ; deux notarii, Pierre et Mennas. Le voyage se fit par la Grèce. « En traversant cette contrée, dit saint Grégoire le Grand, le bienheureux Agapit vit une famille éplorée apporter à ses pieds un jeune homme atteint d'une paralysie qui s'était portée à la fois sur la langue et les membres inférieurs, en sorte qu'il ne pouvait ni parler ni marcher. Nous avons foi à la miséricorde de Dieu et à la puissance de son apôtre Pierre, disaient les parents. Guérissez notre fils. — Le vénérable pontife se mit en prière. Puis, ayant commencé la célébration de la messe, il immola la victime de propitiation. Alors, descendant de l'autel, il s'approcha de l'infirme, le prit par la main et le fit marcher. La foule, témoin du prodige, versait des larmes de joie et bénissait Dieu d'un tel prodige. Le jeune homme reçut des mains du pontife le corps du Seigneur : à cet instant, ses lèvres s'ouvrirent et il parla ^ » — Arrivé à Constantinople, Agapit n'eut pas de peine à obtenir la ratification du traité conclu avec Théodat. Justinien expédia aussitôt à Bélisaire l'ordre de prendre pacifiquement possession de l'Italie. Mais la mauvaise foi de Théodat ne permit point cette solution amiable.

Voyage de

S. Agapit I

à Constaa-

tinople.

» S. Greg. Magn., Dialog., lib. III, cap. m; Pair, lat., t. LXXVII, col. 224.

410 PONTIFICAT DE SAINT AGAPIT I (o3o-536).

Vicariat 33. Le Liber Pontificalis expose brièvement les difficultés d'un

apoîtolique

dillyrie. Rutre genre avec lesquelles le pape eut à lutter. Rien ne pouvait les faire prévoir. Aussitôt que la nouvelle de l'élection de saint Agapit était parvenue à Gonstantinople, Justinien avait envoyé au nouveau pape une profession de foi non moins orthodoxe que celle qu'en pareille circonstance il avait adressée au pape Jean II. Il priait en même temps le souverain pontife de conserver dans leurs fonctions les évoques et prêtres convertis de l'arianisme; il lui demandait de recevoir à sa communion Achillès, récemment ordonné évêque de Larisse par le patriarche de Gonstantinople Epiphane ; enfin, il demandait que le vicariat apostolique d'Illyrie fût transféré, du siège de Larisse qui en avait joui précédemment, à celui de Justinianœa ^ C'était une nouvelle cité que l'empereur élevait dans la Dardanie, sur l'emplacement de l'obscure bourgade où il avait reçu le jour. Il la fit appeler Justinianœa prwia, pour la distinguer des autres villes auxquelles, à l'exemple de Carthage ^, il permettait de prendre son nom. Agapit, dans sa réponse, approuva la confession de foi impériale. « Non pas, disait-il, que nous reconnaissions aux laïques une autorité quelconque en matière de doctrine, mais nous louons le zèle du trèspieux empereur à maintenir par sa puissance l'unité de la foi catholique. » Au sujet des ariens convertis, le pape faisait observer que les canons défendent en général de conserver dans leur ordre les clercs sortis de l'hérésie. Il promettait de confier l'examen de l'affaire d'Achillès, le nouvel évêque de Larisse , aux légats qu'il se proposait d'envoyer en Orient. « Vous dites qu'en le sacrant, notre frère Epiphane s'est conformé à vos ordres exprès, mais il aurait dû vous représenter que l'évêché de Larisse relève directement du siège apostolique. Nous avons d'ailleurs la confiance que , dévoué comme vous l'êtes ù l'Église romaine , vous ne consentirez jamais à empiéter sur ses droits. » Enfin Agapit cédait provisoirement au vœu de l'empereur, en ce qui concernait

1 S. Agap. I, Epist. Justin. Aug.; Pat. lat., t. LXXVI, col. 35. — « Cf. n» 21 de ce chapitre.

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