CHAP. VI. — ADMINISTRATION TONTIFICALE
la translation du vicariat apostolique dans la nouvelle capitale de rillyrie *. Cette lettre est datée des ides d'octobre (15 octobre 535), c'est-à-dire qu'elle précéda de quelques jours seulement le départ précipité du souverain pontife pour Constantinople. Selon toutes les probabilités humaines, Agapit devait donc s'attendre à trouver Justinien dans les dispositions les plus favorables. Le Libei' Pontifcalis nous fait connaître sa déception, et les autres historiens, tels que Théophanc et Procope, sans entrer d'ailleurs dans de grands détails, nous expliquent le motif du revirement de l'empereur. La mort du patriarche Épiphane, survenue dans Tintervalle, avait tout changé.
34. L'impératrice Théodora , le mauvais génie de Justinien, intrigues de
^ 5 o J Théodora.
s'était laissée entraîner dans la faction des acéphales. Elle fit élire Mort de saint
Agapit.
au siège vacant l'hérétique Anthimos, qui fut transféré de l'église de Trébizonde à celle de Byzance. Sous l'influence d'une femme à laquelle il ne savait rien refuser, Justinien à son tour avait oubhé la magnifique profession de foi qu'il adressait à Rome quelques mois auparavant. On sait le reste. Agapit eut le bonheur de prévenir le schisme naissant. L'intrus fut déposé et remplacé sur le siège de Constantinople par le prêtre Mennas, différent du notarius son homonyme, attaché à la suite du pape. La présence de saint Agapit dans la capitale de l'Orient pouvait être féconde en fruits de salut. L'église d'Alexandrie lui adressa une requête pour le prier de mettre fin aux attentats des schismatiques eutychéens. D'un autre côté, les villes de Syrie, Antioclie, Césarée, lui demandaient son intervention contre les excès des corrupticoles. Saint Agapit se proposait de réunir un concile pour remédier à tant de désordres. La mort ne lui en laissa pas le temps. « Quand elle vint le frapper, dit un témoin oculaire, ce fut une fête pour lui, mais un immense deuil pour nous. Jamais pape, jamais empereur n'eut de semblables funérailles. Les rues, les places, les portiques, les toits des maisons étaient encombrés d'une foule immense. Constantinople vit ce jour-là tous les peuples de ses
1 S. Agap. I, Epist. I et u ad Justin. Aug.; ibid., col. 38-42.
provinces réunis dans ses murs *. » Au moment oii l'église romaine perdait son pasteur sur la terre étrangère, l'Italie était en feu, la monarchie des Goths s'écroulait, et de nouveaux désastres allaient succéder aux anciens.
§ II. Monarchie Franqae.
Expédition 33. Avant de les raconter, il nous faut jeter un coun d'œil sur le
de Thierry I ^, , , .„ . -, . \
et de cio- développement d une nation destinée par la Providence à devenir Tiiuringe. en Occident la fille aînée de l'Église. Les rois francs avaient dans le caractère toutes les violences instinctives, toutes les ruses odieuses de la barbarie. Sous ce rapport, ils n'étaient ni inférieurs ni supérieurs aux princes leurs voisins. On chercherait vainement dans les guerres de cette époque autre chose que l'exaltation de la force brutale et des passions les plus farouches, a Les habitants de la Thuringe, dit Grégoire de Tours, étaient alors gouvernés par trois frères : Baldéric, Hermenefrid et Berthaire, fils de ce roi Basin qui avait été le premier époux de la mère de Clovis. Hermenefrid commença par assassiner son frère puîné Berthaire. Celui-ci laissait plusieurs enfants au berceau, entre autres Radegonde. Hermenefrid était excité dans sa lutte fratricide par une épouse orgueilleuse et cruelle, Amalaberga, nièce de Théodoric le Grand. Un jour qu'il prenait place avec ses leudes à un grand festin, il remarqua que la table n'était servie que d'un côté. D'où vient cela? demanda-t-il. — Amalaberga lui répondit : Un prince qui se contente de la moitié d'un royaume, ne doit avoir que la moitié d'une table. — Hermenefrid comprit l'allusion. Gomme il n'était pas assez fort pour attaquer seul son frère aîné Baldéric, il eut recours à l'alliance du roi austrasien Thierry. Aidez-moi à tuer mon frère, lui manda-t-il, et je partagerai ses états avec vous. — Thierry accourut avec son armée. Baldéric, vaincu dans une bataille sanglante, fut impitoyablement égorgé. Mais Hermenefrid
1 Bollaud., Ad. S. Agapit. 1, 20 sept. Cf. Patr. lat.. t. LXVI, col. 47-49.