‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 70 sur 103 · CHAP. YI. — MONARCHIE FRANQUE · texte numérisé non relu

CHAP. YI. — MONARCHIE FRANQUE

après la victoire oulilia la foi promise ; il refusa de partager la conquête avec celui qui l'avait aidé à la faire. Thierry fut obligé de retourner les mains vides en Austrasie. Il appela Clotaire à son secours, lui promettant une part dans le butin, s'il voulait s'engager dans une commune expédition contre Hermenefrid. En même temps il convoqua les guerriers francs et leur dit : Ce n'est pas seulement mon injure personnelle que vous avez à venger. Rappelez-vous comment les habitants de la Thuringe ont traité nos pères. Une paix avait été conclue , et des otages échangés de part et d'autre. Sans provocation aucune , en pleine paix , nos otages furent massacrés. Les parjures habitants de la Thuringe se jetèrent inopinément sur nos tribus. Tout fut livré au pillage ; les jeunes gens étaient suspendus aux arbres des forêts par le nerf de la cuisse; plus de deux cents jeunes filles furent saisies; on attacha les unes à la crinière de chevaux indomptés qui les mirent en pièces ; les autres furent étendues dans les ornières du chemin entre deux rangs de pieux plantés en terre , et l'on fit passer et repasser sur elles des chars pesants dont les roues leur broyaient les os. Les chiens et les vautours se repurent des chairs mutilées. Voilà ce que firent à nos aïeux les habitants de la Thuringe. Aujourd'hui leur roi Hermenefrid trahit la foi jurée, il a manqué à tous ses serments. Allons le combattre. En avant, avec l'aide de Dieu ! — Ces paroles furent accueillies par des transports unanimes : l'armée prit la route de la Thuringe. Thierry était accompagné de Clotaire son frère, et de son propre fils le jeune Théodebert. Sur les pas des Francs , les guerriers de la Thuringe semèrent des embûches. Dans la plaine oii devait se livrer la bataille, ils creusèrent une multitude de fosses recouvertes de gazon. Au début du combat, les cavahers francs tombèrent dans ces pièges dont ils ne soupçonnaient pas l'existence. Parvenus non sans peine à tourner l'obstacle, ils fondirent sur l'armée d'Hermenefrid, la mirent en déroute et la rejetèrent sur les bords de l'Onestrud (Unstrutt). Là, il y eut un tel massacre, que le lit du fleuve fut entièrement barré par les cadavres, et les Francs passèrent sur ce pont de corps

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entassés ^ Clotaire, dans sa part du butin, voulut avoir la jeune orpheline Radegonde, alors âgée de neuf ans et demi 2. » Il se proposait de l'épouser plus tard, bien qu'il eût déjà trois femmes qu'il s'était légalement unies par la tradition du denier, sans compter de nombreuses concubines.

Tentative 36, La posscssiou de Radegonde fut vivement disputée à Clojvicurtre ' taire par son frère Thierry. « Ils faillirent en venir aux mains, dit emene- pQp^^J^£^{; Enfin, de part et d'autre il fut convenu que le sort en déciderait. Le sort se prononça en faveur de Clotaire. Radegonde fut envoyée avec son frère au pays des Veromanduî (Vermandois) dans la villa royale d'Atteiee (Athies ^), pour y recevoir une éducation en rapport dvec la haute fortune que lui réservait le caprice de son vainqueur. Ainsi fut arrachée violemment de sa patrie cette jeune plante qui devait fleurir sur un sol étranger. Pareille aux vierges d'Israël traînées sur les rives de Babylone, Radegonde prit le chemin de l'exil "*. » Hermenefrid, après sa défaite, s'était retiré avec les débris de son armée dans une forteresse inexpugnable. Sa famille, tombée au pouvoir des rois francs, fut massacrée. Cependant la fière Amalaberga réussit à s'échapper, avec son fils aîné Amalafred : ils franchirent le Bosphore et trouvèrent une généreuse hospitalité à la cour de Justinien. « Les deux rois francs étaient encore en Thuringe, dit Grégoire de Tours, quand Thierry songea à faire assassiner Clotaire , sans doute pour n'avoir point à partager la commune conquête. Il fit cacher dans sa tente des soldats armés de poignards, et invita son frère à venir conférer avec lui en secret sur un sujet important. Or, les assassins

• D'après le P. Dumonteil, qui s'appuie sur l'Histoire des Landgraves , la bataille, livrée dans un lieu nommé Ronnebourg, n'aurail pas duré moins de trois jours. Après sa défaite, Hermenefrid se serait retiré dans un fort inexpugnable, à Sebiudingen, sur l'Unstriitt. (Dumonteil, Hist. de sainte Radegonde, pag. 7. Cf. E. de Fleury, Ilist. de sainte Radegonde. Poitiers, 1869, in-80, pag. 10.)

- Greg. Turon., Hist. Franc, lib. III, cap. vu; Patr. lat., t. LXXI, col. 247.

3 Athies est aujourd'hui un village de 800 habitants, à 8 kilomètres S.-S.-E. de Péronne (Somme).

^ Fortunat., Vit. S. Radegond., cap. il; Patr. lat., t. LXXXVIIl, col. 498-499.

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