‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 72 sur 103 · HAGIOGRAPHIE DES GAULES · texte numérisé non relu

HAGIOGRAPHIE DES GAULES

gneur l'exauça et le petit paralytique fut rendu à la santé. — L'ancien captif d'Arvernie était plein de compassion pour les esclaves, dont il avait personnellement connu les infortunes. Un de ces malheureux, fuyant la colère de son maître, vint chercher un refuge au monastère de Fidolus et pria le saint d'intercéder en sa faveur. Le vénérable abbé intervint près du maître et en obtint, à force d'instances et de supplications, la promesse de faire grâce au fugitif et de lui épargner la torture. Mais à peine l'esclave était-il entre ses mains, que le barbare le fit jeter, pieds et poings liés, dans une basse fosse d'un castrum qu'il possédait à Tornodorum (Tonnerre). Fidolus en fut bientôt informé. Il se mit en prières, demandant avec larmes au Seigneur de venir en aide au malheureux captif. Or, cette même nuit, le prisonnier vit ses chaînes tomber d'elles-mêmes; la porte de son cachot s'ouvrit, et il put sortir de la redoutable forteresse sans avoir été aperçu par les gardes. Ainsi miraculeusement délivré, il vint se jeter aux pieds de l'homme de Dieu, et passa le reste de ses jours dans le monastère *. »

48. Ces récits hagiographiques, tenus systématiquement dans l'ombre par les historiens modernes, constituent les pages les plus intéressantes de nos origines nationales. Ils jettent une vive lumière sur l'état des personnes et des choses, à cette époque de transition où la barbarie des races conquérantes ne connaissait d'autre loi qu'elle-même, et où les vaincus ne trouvaient de protection qu'au sein de l'Église. Le respect pour les faibles, la fidélité au serment étaient choses rares, sinon tout à fait inconnues, chez les guerriers francs. « A son retour d'Arvernie, dit Grégoire de Tours, le roi Thierry eut à lutter contre un de ses parents, du nom de Munderic, lequel s'écria un jour : Qu'y a-t-il de commun entre Thierry et moi? J'ai autant de droits que lui au trône. Je vais rassembler mes hommes, et me faire proclamer. Il apprendra que je suis roi comme lui ! Munderic fut élevé sur le pavois, et se prépara à soutenir sa royauté par les armes. Thierry accourut avec des forces redoutables pour combattre la rébellion. Munderic se jeta

Thierry I

et Muiideric

à Victoriacum

(Vitry-le-

Frauçais).

1 Bolland., Act. S. FidoL, 16 uaaii.

dans le castrum Victoriacum (Vitry-le-Français), résolu à se défendre jusqu'à la mort. Après sept jours épuisés en assauts inutiles, Thierry désespérant de triompher par la force, eut recours à la ruse. Il dit à Tun de ses officiers , nommé Arégisile : Tu vois que le perfide se rit de nos efforts. Va le trouver; jure-lui par serment que je veux conclure un traité de commune alliance. Détermine-le à venir s'entendre avec moi, et quand il aura mis le pied hors de la ville, nous le tuerons. — Le guerrier franc accepta cette mission, et se rendit en parlementaire près de Munderic. Quel est ton dessein? lui dit-il. Tu t'obstines à rester dans une forteresse assiégée , où bientôt les vivres te manqueront à toi et à ton armée. La famine te forcera à en sortir et tu seras massacré toi et ta famille. Écoute plutôt mon conseil, viens traiter avec le roi, et tous vous serez sauvés. — Si j'avais le malheur de quitter cette enceinte , dit Munderic , Thierry se saisirait de ma personne, je serais massacré avec mes enfants et tous mes défenseurs. — Ne crains rien, répondit Arégisile, consens à l'entrevue : je te garantirai par un serment solennel que le roi est déterminé à oublier tout le passé. — Plût à Dieu que j'en eusse la certitude! s'écria Munderic. — Arégisile posa alors ses deux mains sur l'autel sacré du Seigneur, et jura au nom de son maître que le sauf-conduit ne serait pas violé. Après cette assurance, Munderic, accompagné de quelques-uns de ses guerriers, se dirigea vers le camp. Déjà il avait franchi la porte de la cité lorsqu'Arégisile fit un signe aux soldats austrasiens qui se tenaient à une certaine distance, attendant l'événement. Munderic les vit à ce signal se précipiter sur lui. Parjure, dit-il à l'ambassadeur, tu m'as trahi; mais tu mourras le premier! — En parlant ainsi, il lui enfonça le fer de sa lance entre les deux épaules, et l'étendit mort à ses pieds. Tirant ensuite son épée il s'élança avec ses compagnons sur les soldats de Thierry, et tous ensemble, dans la rage du désespoir, ne cessèrent de frapper à droite et à gauche jusqu'à ce qu'enfin ils succombèrent sous les coups de la multitude qui les enveloppait *. »

' Greg. Turon., Hist. Franc, lib. III, cap. xiv.

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49. Thierry ne respectait pas davantage vis-à-vis de ses propres Captivité frères la foi du serment. Il avait conclu un traité d'alliance avec s. Grégoire Childebert, promettant d'oublier l'injure que ce dernier lui avait faite quelques années auparavant en s'emparant de l'Auvergne. « Les deux rois se jurèrent amitié, dit M. Aug. Thierry, et, pour garantie de leurs serments, se donnèrent mutuellement des otages. Ils les prirent non dans les familles des Francs, trop fiers pour subir de bonne grâce cette espèce de captivité, mais parmi les fils des nobles Gaulois. Beaucoup de jeunes gens, de race sénatoriale, furent ainsi déportés d'un royaume dans l'autre, et donnés en garde par chacun des deux rois à ceux des capitaines francs dans lesquels il avait le plus de confiance. Ce ne fut qu'un exil, tant que la paix dura; mais la discorde éclata bientôt entre les deux frères et les otages furent réduits en servitude ; les uns devinrent la propriété du fisc, les autres celle des chefs qui les avaient reçus en garde '. » — « Un assez grand nombre parvint à s'échapper, dit Grégoire de Tours : ceux qui n'eurent point cette fortune, furent soumis aux plus rudes travaux. Parmi eux se trouvait le jeune Attalus, neveu du bienheureux Grégoire, évêque des Lingons (Langres) -. Transporté au pays de Trêves, il était esclave d'un barbare qui lui faisait garder les nombreux chevaux de son haras. Le bienheureux Grégoire, après l'avoir fait chercher longtemps, apprit enfin le lieu de sa captivité : il envoya quelques serviteurs avec des présents qu'ils offrirent au barbare pour la rançon du jeune esclave. C'est trop peu pour un fils de sénateur, répondit l'austrasien ; il me faut au moins dix livres d'or^ — Cette réponse consterna le saint évêque, qui n'avait point une pareille somme à sa disposition. Or, il se trouvait au service de sa cuisine un esclave intelligent, nommé Léon. Permettez-moi d'aller à Trêves, dit

• Aug. Thierry, Lettres sur l'Hist. de France, pag. 101. — * On se rappelle que Grégoire, de race sénatoriale, avait été comte d'Autun, avant de devenir évêque de Langres.

3 Dix livres pesant d'or représenteraient de nos jours une sooame d'environ 17,220 fr. de notre monnaie, en évaluant le kilogramme d'or pur à son taux actuel de 3,444 fr.

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celui-ci à l'évêque ; je saurai bien délivrer le captif. — Grégoire y consentit volontiers. Arrivé en Germanie, Léon se concerta avec un homme du pays auquel il donna quelque argent et lui dit : Viens avec moi à la maison de ce barbare. Tu me proposeras comme un esclave à vepdre, et tu garderas pour toi la somme qui te sera comptée. — L'austrasien agréa l'esclave qu'on lui offrait. Il le paya douze nummi d'or, et quand il l'eut en sa possession : Que sais-tu faire? lui demanda-t-il. — Je sais, répondit Léon, préparer des festins que ne dédaignerait pas un roi. Nul ne me surpasse en ce genre. — J'essaierai, dit le maître. C'est demain le jour du soleil (car c'est ainsi, observe Grégoire de Tours, que ces païens désignent le dimanche). J'aurai à dîner mes parents et mes amis. Prépare-nous un repas dont on puisse dire que nous n'en avons jamais fait de meilleur chez le roi. — Maître, répliqua Léon, faites-moi donner des viandes et des volailles, et vous serez content. — Le cuisinier se mit à l'œuvre ; il dépassa l'attente de ses barbares convives, et de ce jour, il obtint toute la confiance de son maître. Cependant il lui fallut passer une année entière à s'affermir dans ses bonnes grâces, avant de pouvoir se mettre en rapport avec le jeune Attalus. Enfin il alla le trouver un jour dans la prairie. Pour tromper la vigilance des autres esclaves, les deux interlocuteurs affectèrent de se coucher sur le gazon, la face contre terre, à une certaine distance l'un de l'autre. Dans cette position, Léon dit à voix basse au jeune captif: Il est temps de songer à la patrie. Cette nuit, quand tu auras ramené les chevaux à l'étable, tiens-toi éveillé. J'irai te donner le signal et nous prendrons la fuite. — Or, ce jour-là, le barbare avait chez lui à dîner plusieurs de ses parents, et entr'autres le mari de sa fille. Ce dernier était d'un caractère jovial ; il ne dédaignait pas de plaisanter avec les esclaves de son beau-père. Vers minuit, tous les convives ayant quitté la table pour aller se coucher, le gendre qui craignait d'avoir soif, se fit suivre par Léon portant une cruche de bière ou d'hydromel. Pendant que l'esclave posait le vase, le franc lui parla ainsi d'un ton railleur : Dis donc, toi, l'homme de confiance, est-ce que bientôt la fantaisie ne te

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prendra pas de voler les chevaux de mon beau-père, pour retourner dans ton pays? — Cette nuit même, avec l'aide de Dieu, répondit Léon, je compte le faire. — S'il en est ainsi, repartit le franc, je vais prendre mes précautions afin que tu ne m'emportes rien. — Joyeux d'avoir trouvé cette bonne plaisanterie, il éclata de rire, et Léon partageant son hilarité prit congé de lui. Quand tout lo monde fut endormi, le cuisinier courut trouver Attalus qui tenait deux chevaux tout prêts. As-tu des armes? lui demanda Léon. — Je n'ai qu'une petite dague. — Ce n'est point assez, répondit le cuisinier; et rentrant hardiment dans le corps de logis qu'habitait le barbare, il lui prit sa framée et son bouclier. Au bruit de ses pas, le franc s'éveilla et demanda ce qu'on voulait. C'est moi, Léon, votre serviteur, répondit-il. Je vais faire lever Attalus pour qu'il mène les chevaux au pâturage. Il a le sommeil aussi dur qu'un ivrogne. — Fais comme il te plaira, répondit le maître, et il se rendoimit. Léon donna les armes au jeune homme, et tous deux prenant sur leurs chevaux un paquet de vêtements, passèrent la porte extérieure sans être vus de personne. Ils rendirent grâces à Dieu de cette heureuse circonstance et partirent. Ils suivaient la grande route qui mène de Trêves à Reims. Mais en arrivant à la Meuse, ils trouvèrent sur le pont des gardes qui ne voulurent point les laisser passer outre. Une seule ressource leur restait; ils abandonnèrent leurs chevaux, et s'aidant du bouclier comme d'une planche de salut, ils franchirent le fleuve à la nage. A la faveur de l'obscurité, ils gagnèrent un bois voisin et attendirent le lever du soleil. Or, depuis deux jours ils n'avaient pris aucune nouniture. La Providence leur fit rencontrer un prunier couvert de fruits dont ils mangèrent et qui soutinrent un peu leurs forces. Ils continuèrent de se diriger sur Reims à travers les plaines de la Campanie (Champagne), observant soigneusement s'ils n'étaient pas poursuivis. Pendant qu'ils marchaient ainsi avec précaution, ils entendirent le trot d'une cavalcade. Aussitôt ils quittèrent la route, et trouvant près de là un buisson, ils se mirent derrière, couchés sur le sol, avec leurs épées nues devant eux. Le

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hasard fit que les cavaliers s'arrêtèrent près de ce buisson. L'un d'eux, pendant que les chevaux se reposaient, se mit à dire : Quel malheur que je ne puisse ressaisir ces coquins! J'en jure par le salut de mon âme, si je mets la main sur eux, je ferai pendre l'un et hacher l'autre par morceaux. — Or, c'était leur ancien maître qui parlait de la sorte. Il poursuivait les fugitifs dans la direction de Reims. Quelques instants après, il remonta à cheval et s'éloigna au galop. La nuit même, les fugitifs arrivèrent de leur côté à Reims et demandèrent la demeure d'un prêtre de leur connaissance, nommé Paulellus. Ayant trouvé la maison de leur ami, ils frappèrent à la porte, au moment où l'on sonnait matines. Léon nomma son jeune maître et conta en peu de mots leurs aventures. Sur quoi le prêtre s'écria : Yoilà mon songe vérifié. Cette nuit j'ai vu deux pigeons, l'un blanc et l'autre noir, qui sont venus en voltigeant se poser sur ma main. — C'était le dimanche, et, ce jour-là, l'Église ne permettait aux fidèles de prendre aucune nourriture avant la messe. Mais les voyageurs qui mouraient de faim, dirent à leur hôte : Dieu nous pardonne, et sauf le respect dû à son saint jour, il faut que nous mangions quelque chose; car voici la quatrième journée que nous n'avons touché ni pain ni viande. — Le prêtre fit cacher les deux jeunes gens, leur offrit du pain et du vin et sortit pour aller à matines. Le maître des fugitifs était arrivé avant eux à Reims : il y cherchait des informations, et donnait partout le nom et le signalement de ses deux esclaves. On lui dit que le prêtre Paulellus était depuis longues années l'ami de l'évêque de Langres. Dans l'espoir de tirer de lui quelques renseignements, il se rendit à l'église pour le trouver. Mais il eut beau questionner, le prêtre fut imperturbable. La sévérité des lois portées contre les receleurs d'esclaves exposait Paulellus à la mort ; il n'en demeura pas moins fidèle à l'amitié. Léon et Attalus passèrent deux jours dans sa maison, et prirent la route de Langres. A leur retour, le bienheureux évêque éprouva une grande joie; il pleura longtemps sur le cou de son neveu, en le tenant embrassé. Il affranchit le cuisinier Léon , et lui donna en

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toute propriété une teiTC où il l'établit avec sa femme et ses enfants '. »

50. Telles étaient alors, dans la Gaule envahie par les races Fiosfuius

d Orléans,

conouérantes, les violences des vainqueurs et les souffrances des Manvœus de

^ ' Bayeui.

vaincus. Nous ne saurions trop appeler sur ce point l'étude intelligente et attentive de nos futurs historiens. Obligé de nous restreindre dans le cadre d'une exquisse générale, nous ne pouvons qu'effleurer un sujet si fécond et si intéressant. Chaque province nous offrirait des noms illustres par la sainteté, l'influence sociale, le génie. La reconnaissance des peuples en a gardé le souvenir, tout en les défigurant quelquefois par une orthographe étrange. C'est ainsi que, sous le vocable de saint Flou^ l'église d'Orléans vénère l'évêque Flosculus, l'ami de sainte Geneviève, « véritable fleur de vertu, disent les actes, dont les bonnes œuvres, comme un parfum céleste , embaumèrent l'Église '^. » Rouen avait son évêque saint Flavius, transformé aujourd'hui en saint Flieu. Les Baïocasses (Bayeux) voyaient alors un de leurs compatriotes Manvœus (saint Mauvieu), illustrer leur siège épiscopal. Issu d'une famille patricienne. Dieu lui donna, disent les actes, une grâce particulière pour convertir les païens. Il s'était d'ailleurs formé au ministère des âmes par de sérieuses études. Ses parents l'avaient de bonne heure confié aux maîtres les plus renommés et les plus doctes. Toutes les sciences lui devinrent familières, et il fut compté au nombre des jurisconsultes les plus distingués de son temps. Il se construisit dans un de ses domaines un ermitage, oii il vécut avec trois solitaires qui s'étaient mis sous sa conduite. Thaumaturge, la foule venait à lui; mais luimême ne sortait de sa retraite que quand il s'agissait de contribuer au salut du prochain, ou d'exercer quelque œuvre de miséricorde. Elu d'une commune voix par le clergé et le peuple sur le siège de Bayeux, il réalisa le mot des acte-s : ùoiius in juventute, inelior in medio^ opiimus in fine. Sa bienheureuse mort arriva après un jeûne

' Greg. Turon., Hist. Franc, lib. 111, cap. xvi. Cf. Aug. Thierry, Lettres sur l'Hist. de France, pag. 102-l(i8. — « Bolland., Ad. S. Flosculi, 2 feb.

SI

ni

de quarante-sept jours, pendant lesquels il ne prit absolument ^ucun aliment ni breuvage que le pain et le vin de l'auguste sacrifice. Sur le point de rendre à Dieu sa belle âme, il appela autour de lui les prêtres et leur dit : Craignez le Seigneur, aimezvous les uns les autres dans une fraternité sainte, observez la charité, et Jésus-Christ vous comblera de l'abondance de ses dons *. » — Chez les Eburovices (Evreux), Waldus (saint Gaud) faisait revivre les vertus et le zèle épiscopal de saint Taurin. Apôtre non moins que pasteur, il parcourait les bourgs et les campagnes, prêchant le nom de Jésus-Christ, fondant des églises spirituelles qui élevaient bientôt elles-mêmes des temples au vrai Dieu sur les ruines des édifices païens. Epuisé avant l'âge par les fatigues de ce laborieux épiscopat, il se choisit lui-même pour successeur le prêtre Maurusio, et se retira dans une solitude au pays de Constantia (Coutances). Il y construisit un monastère couvert de chaume [mapalé], où de nombreux disciples ne tardèrent point à le rejoindre. Paternus (saint Pair), Senator (saint Senier), Arcastus (saint Arcast), Scobiho (saint Scobilion) vinrent apprendre de lui le secret de la perfection religieuse. Sous le ciel inclément du Nord, les austérités du pieux évêque rappelaient celles des moines de la Thébaïde. Il couchait sur la terre nue ; c'était l'unique soulagement qu'il s'accordait après les jeûnes de la journée et les heures de la nuit qu'il passait en prières et en contemplation -. »

51. Des villes entières se fondaient aux lieux choisis pour leur retraite, par ces pieux apôtres. L'Armorique voyait arriver sur ses plages un évêque régionnaire, nommé Briocus, né sur les rives de la Mersey, dans la Grande-Bretagne. Son père Cerpus et sa mère EUdrud, tous deux de race royale, étaient encore païens quand Dieu leur envoya cet enfant de bénédiction. Elldrud le portait dans son sein, lorsqu'un ange du Seigneur lui apparut et révéla à l'heureuse mère la destinée de celui qu'elle aurait pour fils. Le père eut une vision semblable ; les deux époux se firent chrétiens. Plus tard, ils envoyèrent l'enfant à saint Germain d'Auxerre. Elevé dans le

* Bolland., Acl. S. Manvœi^ 28 niaii. — * BoUand., Ad. S. Waldi, 31 jan.

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monastère fondé par ce grand homme, Briocus devint prêtre, puis reçut la consécration épiscopale et retourna évangéliser sa patrie. 11 y fonda la célèbre église connue sous le nom de Grande-Lann, où durant plusieurs années il administra un nombreux monastère et une chrétienté florissante. Une nuit qu'il célébrait la vigile de la Pentecôte, le bienheureux s'endormit quelques instants sur son siège épiscopal. Un ange lui apparut et lui ordonna d'aller évangéliser l'Armorique. Il obéit à l'ordre céleste, prit avec lui une centaine de religieux et vint se fixer à Trecorium (Tréguier), où un chef, nommé Conan, lui assigna dans la partie septentrionale de la province un emplacement pour un monastère. Cette première fondation fut bientôt suivie d'une semblable sur un autre point de l'Armorique , dans un lieu couvert de bois et appelé la Vallée Double, à cause des deux cours d'eau le Gouet et le Gouedic qui le traversent. Le maître de ce territoire était aussi un émigré de la Grande-Bretagne, et de plus le propre cousin de Briocus ; il se nommait Rigwall. La reconnaissance fut touchante. Rigwall céda à son parent sa propre maison, et les forêts voisines. Briocus y bâtit un monastère et s'appliqua dès ce moment avec ses disciples à détruire dans la contrée ce qui subsistait encore de l'idolâtrie. La célébrité de ces pieux solitaires leur attira bientôt de nombreux pèlerins, qui venaient chercher sous les murs de leur abbaye une sécurité dont on ne jouissait guère, à cette époque si troublée, qu'autour des églises et des couvents. Des maisons s'élevèrent. La mort de Briocus, loin de diminuer le concours des fidèles, ne fit que l'augmenter par les miracles qui éclatèrent sur son tombeau. Telle est l'origine de la ville de Saint-Brieuc K — Un autre disciple de Germain d'Auxerre, un moine cambrien, nommé Pdulus-Aurelianus , contemporain et condisciple de Gildas, dit le Sage, abbé de Rhuys au pays des Yenètes (Vannes), donna de même naissance à la ville de Saint- Pol-de-Léon - dans le Finistère. Une autre pieuse colonie venue

• Cf. Bolland., Ant. S. Brioc, 1 maii; Albert le Grand, Saini s de Bretagne.

* Cf. Bolland., Act. S. Pauli Aureliani, 12 mart. ; Albert le Grand, Saints de Bretagne,

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des Iles Britanniques, sous la direction de Machutius ou Macluvius (saint Malo), s'établissait à Aleth. Maclovius avait été dans sa jeunesse le disciple de saint Brandon, le fameux moine navigateur de Cluainfeld en Irlande. Il l'accompagna dans son voyage à la recherche de la fameuse terre dite Repromissionis sanctorum. Avec lui il posa le pied sur cette grande île inconnue au milieu de l'Océan, dont la description charmait les imaginations du moyen âge et prépara la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb ^ De retour de ses pérégrinations lointaines, Macluvius fonda à Aleth un siège épiscopal dont il fut le premier titulaire et qui fut transféré plus tard sur le rocher actuel de Saint-Malo. Nicfttino 32. Les autres provinces des Gaules n'étaient pas moins fécondes

de Trèv6s.

en grands hommes et en saints. En Auvergne Portianus, en Champagne Potamius, dans le Maine Carilefus, dans le Limousin Junianus et Léonard us habitaient à la même époque des solitudes autour desquelles se formèrent des centres de population plus ou moins considérables, qui subsistent encore aujourd'hui sous les noms de Saint-Léonard, Saint-Junien, Saint-Galais , Saint- Pouange, Saint-Pourçain. Il nous suffira de nommer les deux évoques de Tours , saint Volusien et saint Verus ; le martyr Vasio (saint Vaise) de Saintes, que ses héritiers mirent à mort, furieux de ce qu'il avait distribué son bien aux pauvres ; Ursus et Leobassus (saint Ours et saint Lubais), fondateurs des monastères de Taurisiacum (Toiselay), de Pontivi, de Senaparum (Senevières) et de Loches, dans la contrée des Bituriges (Berry); saint Germain évêque de Toulouse; Melanius (saint Melaine) de Rennes; saint Gildard de Rouen ; saint Principius du Mans ; saint Aventin de Chartres; Lœtus (saint Lyé) d'Orléans; Laudus (saint Lô) de Coutances ; Marculfus (saint Marconi) dans la Neustrie ; saint Eleuthère de Tournay; les solitaires Eusicius et Léonard, fondateurs du monastère dit la Celle (Cella) près de Bourges, et le fameux ermite arverne Martius (saint Marts) qui vit bientôt une foule de dis-

1 Gaffarel, Rapports de l'Amérique et de l'ancien continent avant Christophe Colomb, pag. 174. Paris, 1 vol. in-8°j Thorin, 1869.

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