‹ Histoire de l'église depuis la creation (volume 5)Chapitre 79 sur 103 · CHAP. VII. — MORT DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — MORT DE SAINT BENOIT

firent des moines les principales victimes de leur fureur. Les enfants de saint Benoît inauguraient ainsi la longue série de leurs luttes et de leurs victoires. Le sang de Placide arrosa les semailles de leur ordre en Sicile, où sa moisson a été jusqu'à nos jours si abondante *. » Quand cette nouvelle fut apportée au mont Cassin, Benoît réunit les religieux : « Un père, dit-il, a le droit de se réjouir du triomphe de ses enfants, et les enfants ont le devoir de partager le bonheur de leur père. Vous saurez donc que le Seigneur a daigné rappeler à lui, en le décorant de la pourpre des martyrs, mon très-doux et très-aimant fils Placide. De mon œil intérieur, j'avais dirigé vers le ciel cette hostie immaculée, cette victime agréable à Dieu. Depuis le jour oii cet enfant me fut remis par son père, je savais qu'il était mortel. Il m'est donc interdit de me plaindre. Je dois rendre d'humbles actions de grâces au Dieu tout-puissant, qui a daigné agréer cet holocauste du fruit de mon cœur. Et que pourrait-il y avoir de plus précieux, de plus aimable, de plus cher qu'un tel sacrifice? Placide a subi pour le Christ une mort d'un instant, il est parvenu à ce trône de gloire oii le Christ règne sans fin, assis à la droite du Père. Félicitez-moi donc d'avoir eu un tel disciple, au Heu de me plaindre de ce que l'ai perdu. Pour le Christ, Placide a subi une mort qui est la loi de toute nature créée ; mais dans le Christ il a conquis une vie singulière et immortelle. 0 Placide, ô mon tendre fils, je ne veux pas pleurer. Tu es passé de la mort à la vie. Tu m'es enlevé, mais pour devenir la richesse de tous. Tu n'as pas perdu la vie, tu l'as échangée. Tant que tu vivais dans un corps mortel, le péché pouvait te séparer de Dieu ; aujourd'hui tu habites pour l'éternité dans le sein d'Abraham. Heureuses les paroles dont j'ai nourri ton cœur ! Heureux les soins dont j'entourai ton enfance ! Tu m'as aimé d'un amour que ne dépassa point celui que tu avais pour le patrice Tertullus ton père. Rien n'a pu te séparer de moi, jusqu'au jour où tu as émigré dans l'éternelle vie ^. d

25, Dans les premiers jours de l'an 544, on vit arriver au mont Dépntation Cassin quelques religieux venus des Gaules, députés au bienheu- du Mans'^'aa

mont Cassin.

' M. de Montalembert, Hist. des moines d'Occident, tom. II, pag. 86. * S. Benedict., Senno in mort. Placid.; Patr. lat., tom. LXVI, col. 930. XI Y. 32

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reux Benoît par l'évêque des Cenomanni (le Mans) Innocentius. « Non content des quarante monastères qu'il avait vus naître pendant son pontificat dans le pays des Cénomans, dit M. de Montalembert, Innocentius voulait encore enrichir son diocèse d'une colonie formée par les disciples du nouveau législateur des cénobites d'Italie. Benoît confia cette mission au plus cher et au plus fervent de ses disciples, celui qu'avec Placide il avait le plus aimé, le diacre Maurus, que les religieux aimaient à considérer comme le successeur naturel du fondateur. Il lui remit un exemplaire de la règle, écrit de sa main, et portant pour signature ces humbles paroles : Codex peccatoris Benedicti. Quatre religieux, Faustus, Simplicius, Antoine et Constantinien, furent désignés pour le suivre dans sa mission lointaine. Le législateur leur remit le poids du pain et l'hémine ou mesure de vin que chaque religieux pouvait consommer en un jour, comme types invariables de cette abstinence qui devait constituer l'une des forces principales du nouvel institut *. 1) Le matin du samedi cinquième jour des fêtes de l'Epiphanie (1 i janvier 347), Maurus et ses compagnons, le bâton de voyage à la main, s'agenouillèrent devant le vénérable abbé. La communauté fondait en larmes. « Bien-aimés pères et fils, dit Benoît, si quelqu'un a le droit de s'attrister en cette circonstance, c'est moi, pauvre pécheur, qui vais être privé de consolations précieuses et de secours bien chers. Mais l'Apôtre nous dit que la « charité est bienfaisante : churilas benigna est ^. )) Nous devons donc en étendre les bienfaits à ceux qui la réclament; nous devons chercher moins notre consolation que celle d'autrui. Écoutezla voix de mon amour paternel; cessez vos gémissements et vos pleurs. Dieu est assez puissant pour rendre à cette sainte congrégation des ouvriers qui remplaceront ceux qui vont partir. Et moi-môme, quand bientôt viendra la déposition de mon corps, le Seigneur me remplacera par de plus dignes, et vous ménagera dans mes successeurs des exemples d'édification qu'un pécheur tel que moi ne peut vous donner. Il ne faut pas que la malice de l'antique ennemi trans-

^ Ci. llist. des moines (ÏOccïdent,iom.ll,T^^Q.21i; Brouver., Antijuit. Fuldens.; BoUand., Act. S. Mauri, 15 jan. — * I Cor., xui, 4.

CnAP. VII. — MORT DE SAINT BENOIT.

forme en sujets de tristesse et de désespoir des séparations qui qui n'ont lieu que pour l'avancement des âmes. L'éloignement et la distance ne brisent pas les liens de la sainte charité; l'œil intérieur, qui se renouvelle à l'image de celui qui l'a créé, nous rendra toujours présents les uns aux autres. » Puis, s'adressant à Maurus et à ses compagnons : « Pour vous, frères très-chéris, dit-il, vous que nous envoyons dans ces contrées lointaines travailler à l'œuvre du Seigneur, agissez virilement, et que votre cœur se fortifie dans votre sainte résolution. Plus vous endurerez de mortifications et d'austérités pour le salut du prochain dans les voies du siècle, plus grande sera la mesure de vos joies éternelles. Ne vous attristez pas quand vous apprendrez la dissolution de ce corps fragile qui va me quitter. Lorsque j'aurai déposé le fardeau de cette chair mortelle, je serai plus présent au milieu de vous, et par la grâce de Dieu, je ne cesserai d'être votre coopérateur assidu *. »

26. Maurus et ses compagnons quittèrent le mont Cassin, emportant dans leur cœur la promesse prophétique du patriarche. A leur première halte au domaine d'Euchelia, dépendant du monastère, pendant qu'ils célébraient la synaxe nocturne, deux frères envoyés par Benoît les rejoignirent. Ils apportaient une petite châsse d'ivoire pleine de reliques {capsulam reliquiarum 2), et une lettre adressée à Maurus. « Reçois, mon bien-aimé, disait cette lettre, reçois ces derniers présents de la main qui dirigea ta jeunesse. Ils seront le gage de notre longue amitié; ils seront pour toi et tes compagnons de milice un appui contre les adversités. Aujourd'hui même, après ton départ, le Seigneur a daigné me révéler l'avenir qui vous attend. Quand viendra la soixantième année de ta

Fondation du monastère

de Glanfeuil par S. Maur.

^ R. Bened., Sei^m. in discessu Mauri et soc; Pair, lat., tom. LXVI, col. 932.

* Les reliques déposées par saint Benoît lui-même dans le coffret d'ivoire étaient trois fragments du bois de la vraie croix, un morceau du voile de la Lienlieureuse vierge Marie, quelques parcelles des reliques de saint Etienne premier martyr, et de saint Martin de Tours, enfin un morceau du voile rouge qui couvrait l'autel érigé en l'honneur de l'archange saint Michel dans la grotte miraculeuse du mont Gargano. Nous avons raconté l'apparition de saint Michel sous le pontificat de saint Gélase 1, tom. XIII de cette Histoire, p. 589.

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profession monastique, tu seras introduit dans la joie de ton Sauveur. Le but de votre voyage ne sera pas atteint sans difficultés; vous aurez peine à trouver un asile où vous fixer. Le Seigneur vous ménagera cotte épreuve, et l'ennemi du genre humain déploiera toutes ses ruses contre vous. Mais la miséricorde de Dieu ne vous fera défaut nulle part; après de longs retards, elle vous fera trouver dans un lieu différent de celui que nous espérions, un séjour parfaitement convenable. Adieu, sois heureux dans ta profession sainte, plus heureux encore dans le terme qui doit la couronnera » Cette lettre de Benoît, Maurus ne s'en sépara jamais. Toute sa vie il la porta sur sa poitrine ; mort, elle fut déposée dans son tombeau. La châsse d'ivoire, pleine des reliques que le patriarche y avait déposées, devint le plus riche trésor de l'abbaye de Saint-Maur d'Anjou, et plus tard de Saint-Maur-des-Fossés près Paris. Toutes les prédictions de Benoît se réalisèrent. Les voyageurs traversèrent à pied l'Italie et les Alpes. (( Maurus s'arrêta un moment à Agaune, dit M. de Montalembert, au sanctuaire que la royauté burgonde venait d'élever sur les rehques de la légion thébéenne, puis pénétra dans le Jura pour y visiter les colonies de Gondat et y faire sans doute connaître la règle de son maître. Arrivé sur les bords de la Loire, à la ville des Cenomanni, dont l'évêque Innocentius venait de mourir, il fut repoussé par son successeur. Il s'arrêta en Anjou que gouvernait alors un vicomte {uicecomes) nommé Florus, au nom et sous l'autorité du roi d'Austrasie, Théodebert. Florus offrit au disciple de saint Benoît un de ses domaines pour y établir la colonie. Maurus accepta, mais moyennant une donation en règle et devant témoins, « car, dit-il au seigneur franc, notre observance exige avant tout la paix et la sécurité. » Dans le domaine que baignaient les eaux de la Loire, il fonda le monastère de Glanfeuil {Glandifolium), qui prit plus tard son propre nom '. Ce site, en honneur parmi les pieuses populations

* S. Henedict., Epist. ad Maurum ; Pair, lat., tom. cit., col. 934.

2 « Saint-Maur-sur-Loire. Les reliques de Maurus y restèrent jusqu'au ïX" siècle; la crainte des Normands les fit alors transférer à Saint-Maur-des- Fossés, près Paris. » Note de M. de Montalembert.

3 « En se rendant par le chemin de fer d'Angers à Tours, entre la station

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de l'Anjou ^ mérite le regard reconnaissant de tout voyageur dont la pensée ne reste pas insensible aux bienfaits qui, de cette première colonie bénédictine, ont découlé sur la France entière. Par une touchante et légitime réminiscence des anciennes gloires monastiques, Maurus consacra l'une des quatre églises ou chapelles de sa nouvelle abbaye à saint Martin, qui avait créé non loin de là et sur les bords du fleuve, le sanctuaire encore si célèbre de Marmoutiers. Le fils chéri de saint Benoît passa quarante années à la tête de sa colonie française, il y vit réunis jusqu'à cent quarante religieux. Il avait déposé dans le sol de la Gaule un germe qui ne devait ni s'épuiser, ni . périr, et qui, après mille ans encore, devait produire, sous le nom même du modeste fondateur de Glanfeuil, une nouvelle efflorescence du génie monastique, destinée à devenir le synonyme de l'érudition laborieuse, et l'une des gloires les plus incontestées de la France ^ . »

27. Le départ de Maurus et le martyre de saint Placide g^jj^f^gt/lyg^ avaient été comme un double sacrifice d'Isaac, accompli par le patriarche du mont Cassin. Dieu lui ménageait encore une nouvelle épreuve. Benoît avait une sœur, nommée Scholastica. « Dès son enfance, dit saint Grégoire le Grand, elle s'était consacrée au Seigneur. Plus tard, elle vint fonder un monastère de vierges dans le voisinage du mont Cassin. Une fois par an, elle rendait visite à

de la Ménitré et celle des Rosiers, on aperçoit au midi de la Loire une masse de constructions assez imposante, au pied d'une colline couverte de vignes et de bois. C'était autrefois l'abbaye de Saint-Maur de Glanfeuil. L'ancien . domaine de saint Mdur est aujourd'hui une propriété particulière. La majeure partie des bâtiments claustraux est encore debout. Ils avaient été reconstruits vers la fin du xviie siècle. Le sanctuaire privilégié de Glanfeuil, l'oratoire de Saint-Martin, où saint Manr voulut finir ses jours et où il fut enseveli, subsiste encore. On y lit en caractères gothiques du xv^ siècle : HIC EST LOCUS UBl ORABAT SANCTUS MAURUS. » {Saint Maur et te sanctuaire de Glanfeuil, in-18, Angers, Lachèse, Belleuvre et Dolbeau, 1868.)

1 M. de Montalembert, Moines d'Occident, tom. II, pag. 275, 276. « On sait à

que la congrégation de Saint-Maur, immortalisée par les travaux de Ma- !>J

billon, de Montfaucon, de Ruinart et de tant d'autres, fut créée en 1618. Elle naquit de l'association fondée par diverses abbayes très-anciennes pour adopter la réforme introduite, dès la fin du xvie siècle, dans les monastères de Lorraine par dom Didier de La Cour, abbé de Saint- Vanne. » Note de M. de Montalembert.

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son frère. L'homme de Dieu descendait à un petit oratoire situé à mi-côte, non loin du monastère. C'était là qu'avait lieu l'entrevue. Un jour, Benoît s'y rendit selon sa coutume, accompagné de quelques disciples. L'après-midi s'écoula en pieuses conversations entremêlées des louanges du Seigneur. Vers le soir ils mangèrent ensemble. Comme ils étaient encore à table et que l'heure avançait, Scholastica dit à son frère : Je vous prie, ne me quittez pas cette nuit, afin que nous puissions parler des joies du ciel jusqua demain matin. — Que dites-vous là, ma sœur? répondit Benoît. Il ne m'est pas possible de passer la nuit ailleurs que dans ma cellule. — Or, au moment oîi il parlait, le ciel ét^iit radieux. Sur le refus de son frère, Scholastica posa ses mains jointes sur la table et y appuya sa tête. Elle supplia le Seigneur tout-puissant, et versa des torrents de larmes, au point que la table en fut inondée. Lorsqu'elle releva la tête, le tonnerre se faisait entendre. Un orage violent éclata soudain ; la pluie, la foudre, les éclairs furent tels, que ni Benoît, ni aucun des frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied hors du toit qui les abritait. Que le Dieu tout-puissant vous pardonne, ma sœur! dit Benoît. Mais qu'avez-vous fait? — Je vous ai supplié, répondit-elle, et vous avez rejeté ma prière. Je me suis adressée au Seigneur mon Dieu, et il m'a entendue. Maintenant donc sortez, s'il vous est possible ; quittez-moi pour retourner à votre monastère. — Benoît se résigna malgré lui, et ils achevèrent cette nuit dans les doux colloques de leurs entretiens spirituels. Ne nous étonnons pas, ajoute saint Grégoire, si la volonté de la sœur fut plutôt exaucée par Dieu que celle du frère. C'était la sœur qui avait le plus aimé, et auprès de Dieu plus on aime et plus on est puissant. Au matin, ils se quittèrent. Trois jours après, Benoît était à la fenêtre de sa cellule, il vit l'âme de Scholastica se dégager des liens du corps sous la forme d'une colombe, et s'élever au ciel. Cette vision glorieuse était si éblouissante, que l'homme de Dieu, ravi de joie, fit éclater sa reconnaissance au Seigneur par des hymnes de triomphe. Il annonça aux frères ce qu'il venait de voir, et envoya chercher le corps de la sainte. Il le déposa au mont Cassin dans la sépulture qu'il avait déjà fait pré-

cnAr. Yii. — l'origénisme et les trois chapitres. 503

parer pour lui-même, afin que la mort ne séparât point ceux dont les âmes avaient toujours été unies en Dieu *. »

28. Benoît ne survécut que quarante jours à sa bienheureuse Mort de

saint Benoit.

sœur. « Il annonça aux religieux, dit Grégoire le Grand, l'heure oîi il devait les quitter. Six jours auparavant, il fit ouvrir le tombeau où reposait Scholastica, Une fièvre violente le saisit, et il souffrait d'une chaleur fatigante par tout le corps. Le sixième jour de la maladie, il se fit porter par ses disciples dans l'oratoire. Là debout, soutenu sur leurs bras, il reçut le corps et le sang du Seigneur. Puis, étendant les mains et murmurant les prières de l'oraison, il exhala son dernier souffle (21 mars 547) -. » — « Mourir debout ! dit M. de Montalembert, c'était bien la forte et victorieuse mort qui convenait à ce grand soldat de Dieu. On l'enterra à côté de sa sœur, dans un tombeau creusé sur le site même de l'autel d'Apollon qu'il avait renversé ^. » Nous dirons plus tard comment ses précieuses reliques furent transférées dans les Gaules à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, où elles reposent encore maintenant sous la garde d'une nouvelle colonie bénédictine. Le jour où l'âme du patriarche s'envolait aux cieux, Maurus était à Fons-Rogi (Fontrouge) près d'Auxerre , poursuivant avec ses compagnons son voyage vers la ville des Cénomans. Il vit une multitude d'étoiles, formant comme un sillon de lumière qui s'étendait vers l'Orient, depuis le mont Cassin jusqu'au ciel, et il entendit une voix qui disait : a Par ce chemin le bienheureux Benoît vient de monter à Dieu ! »

§ 11^. L'Origénisme et les trois Chapitres.

29. L'Occident allait en effet devenir l'unique foyer de la lumière Réveil de et de la foi évangéliques. Le flambeau de l'Orient perdait chaque eTodènT.^ jour ses rayons, et c'est chose remarquable que l'absence des saints

dans l'Église grecque qui en avait tant produit jusque-là, pendant qu'une véritable efflorescence de sainteté éclatait dans l'Église

* S. Greg. Magn., Dialog., lib. II, cap. xxxili, xxxiv; Pair, lai., tom. LXVl, col. 194. — * Dialog., cap. xxxvn. — ^ Moines d'Occident, tom. Il, pag. 40, 41.

504 PONTIFICAT DE YIGILIUS (537-555).

latine. Le pape Vigilius était arrivé à Gonstantinople la veille de Noël de l'année 547. Les hypocrites démonstrations qui signalèrent son accueil n'fe devaient pas durer longtemps. L'impératrice Théodora, eutychéenne dévouée, comptait exploiter la présence du pape au profit de sa secte favorite. Justinien, avec sa manie de rédiger des constitutions dogmatiques, espérait trouver dans le souverain pontife un secrétaire docile pour contresigner ses ordonnances en matière de foi. Son premier essai en ce genre remontait à l'an 543. A cette époque, l'origénisme, si vivement combattu autrefois par saint Jérôme et saint Épiphane, agitait de nouveau les esprits. Le llepî àpxwv, œuvre équivoque, dont la rédaction primitive remontant à l'illustre docteur d'Alexandrie avait subi les interpolations frauduleuses des gnostiques et des manichéens, était redevenu un thème fécond en controverses. Les monastères de la Thébaïde et de Nitrie, ceux de la Syrie et de la Palestine en avaient fait leur manuel théologique. On vit alors, sous le nom de Protoctistes (ti^wt-o y.Tîatç, création antécédente) et d'hochristes (ïaoç XpiaTw, pareil au Christ), surgir des sectes qui recrutaient leurs adhérents parmi les moines. Les Protoctistes, ainsi que leur nom l'indique, tenaient pour la préexistence des âmes. Les Isocliristes, fondés sur quelques passages du iiepl àpxwv qui nous sont aujourd'hui inconnus, prétendaient que les apôtres, les saints dont la vertu avait obtenu soit de leur vivant soit après leur mort les honneurs d'un culte public, ne pouvant au jour de la résurrection recevoir un surcroît de récompense ni de gloire, seraient alors rendus égaux à Jésus-Christ. Cette thèse chimérique était combattue à outrance par les Protoclisles. Selon ces derniers le plus grand privilège qu'une âme puisse atteindre est de revenir, par l'expiation et la pénitence, au rang de sa préexistence originelle et de son éclat primordial. En Orient, où une erreur sur la dale précise du premier jour de carême soulevait des émeutes ', la discussion bien autrement grave des doctrines du rupl

* « Eu 54C, le quatorzième jour de la lune de mars tombait le dimanche, l«r avril. Seloa l'usage de l'Église uaiverselle, la lele de Pùquc devait être différée au dimanche suivant, S avril, et Justinien l'annonça ainsi par un

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