CUAP. YII. — II" CONCILE DE CONSTANTINOPLE Y" ŒCUMÉNIQUE
adressées jadis par saint Grégoire de Nazianzc à un évêque du nom de Théodore. On croyait faussement que ce Théodore, correspondant de l'illustre ami de saint Basile, était l'évêque de Mopsueste. Le concile demanda que ces lettres, au nombre de six, fussent lues intégralement. D'après leur contexte , il devint évident qu'elles n'avaient point été adressées à Théodore de Mopsueste, mais à un évêque de Tyane, homonj-me et contemporain. Les diptyques de l'église de Tyane établirent nettement la réalité du fait, et le saint synode rendit cette déclaration : « Il est constant, d'après le texte même et d'après la tradition locale, que les lettres de saint Grégoire de Nazianze étaient adressées à Théodore de Tyane, et non à l'évêque impie de Mopsueste. Il convient maintenant d'examiner la question de savoir s'il est permis d'anathématiser les hérétiques après leur mort. — L'archidiacre et primicier se leva : Nous avons, dit-il, réuni un certain nombre de documents propres à éclaircir la difficulté. Le saint synode veut-il les entendre *? » — Sur la réponse affirmative des pères, le notarius Photin lut ce passage de saint Cyrille : Recusandv.m igiiur eos gui ium malis culpis obnoxii sunt^ sive in vivis sunt, sive non : « Il faut donc répudier tous les fauteurs de l'hérésie, vivants ou non 2. d Cette phrase du grand docteur d'Alexandrie ne parut point assez décisive ; l'expression d'anathème ne s'y trouvait pas. Un évêque africain, Sextilius, prit la parole et dit : Puisqu'il est permis à chacun, en présence des saints Évangiles, de proposer, dans la mesure de ses facultés, tout ce qui peut servir à. résoudre la question, je crois devoir rappeler à votre saint synode qu'autrefois un concile de la province d'Afrique a décrété que les évêques qui auraient fait quelques dispositions testamentaires en faveur des hérétiques, pourraient être anathématisés après leur mort. J'ai entre les mains quelques citations des ouvrages du grand Augustin, de bienheureuse mémoire : elles établissent que l'Église aie pouvoir d'anathématiser les morts. Voici ces extraits. Si le saint synode le désire, Tun des notarii pourra en donner lecture. » — Le diacre Photin
» Id,, ibid., col. 479. - * Id.j ibid.
540 PONTIFICAT DE VIGILIUS (537-5o5).
lut donc d'abord une lettre de saint Augustin au comte Bonifacius. Le grand évêque d'Hippone, en parlant du schisme des donatistes et des calomnies dont la mémoire de Cécilien était l'objet, disait formellement : a Si, au lieu d'être innocent comme il le fut, on pouvait démontrer que Cécilien s'est vraiment rendu coupable des crimes qu'on lui reproche, bien qu'il soit mort depuis longtemps, nous n'hésiterions pas à prononcer contre lui l'anathème*. » Dans la conférence de Carthage contre les donatistes -, saint Augustin avait dit encore : « Nous défendons la mémoire de Cécilien et de ses collègues injustement accusés. Mais si vous pouviez nous démontrer qu'ils furent coupables, je serais le premier à leur jeter l'anathème ^. » Enfin, dans son ouvrage contre Cresconius, il disait formellement : « L'Église a le pouvoir de juger non-seulement les vivants, mais les morts : Judicium non tanlum de vivis sed de mortuis fieri potest ^. » — Benignus, évêque d'Héraclée, représentant du révérendissime Elias, évêque de Thessalonique, se leva et dit : « Quand le bienheureux Augustin, de sainte mémoire, tenait ce langage, il ne faisait que rappeler la tradition constante de l'Église. En effet, les hérésiarques Valentin, Marcion, Basilide, ne furent condamnés de leur vivant par aucun concile, et pourtant l'Église de Dieu les a frappés d'anathème après leur mort. Il en fut de même d'Eunomius et d'Apollinaire. C'est donc à très-juste titre que l'évêque d'Edesse, Rabbula, de sainte mémoire, prononça solennellement une sentence contre Théodore de Mopsueste déjà mort. Le fait résulte de la lettre même que l'évêque Ibas adressait à l'hérétique persan Maris. On peut encore apporter en preuve la conduite tenue jadis contre Eusèbe de Nicomédie et Théognis, dont les noms furent flétris par un anathème posthume. Enfin, un fait analogue s'est produit au sein de l'Église romaine elle-même. L'antipape Dioscore fut anathématisé après sa mort, tous les habi-
* Si vera essent quœ ab eis objecta suni Cœciliano, et nobis poisent aliquando monstrari, ipsum jam mortuum anathematizaremus. (Labbe, Concil., tom. V, col. 480.)
2 Cf. tom. XII de cette Histoire, pag. 230. — » Labbe, loc. cit. — * Labbe, tom. cit., col. 481.