CDAP. VU. — II* CONCILE DE CONSTANTINOPLE, Y" ŒCUMÉNIQUE
gneur de gloire et Vun de la Trinité; qu'il soit anathèrae. XL Si quelqu'un refuse d'anathématiser Arius, Maccdonius, Apollinaire, Nestorius, Eutychès, Origène, enfin tous les hérétiques déjà condamnés par la sainte Église catholique et apostolique; qu'il soit anathème. XII. Si quelqu'un prend la défense de l'impie Théodore de Mopsueste et de ses écrits blasphématoires et sacrilèges; qu'il soit anathème. XIII. Si quelqu'un prend la défense des ouvrages impies composés par Théodoret contre la foi véritable, contre le saint et œcuménique concile d'Éphèse et contre le bienheureux Cyrille ; qu'il soit anathème. XIV. Si quelqu'un prend la défense de la lettre d'Ibas à l'hérétique persan Maris, lettre dans laquelle on nie que Dieu le Verbe se soit incarné dans le sein de Marie, et où l'on soutient que la glorieuse Vierge donna seulement naissance à un homme auquel le Verbe s'unit plus tard; qu'il soit anathème. » Ces quatorze canons furent souscrits par tous les pères au nombre de cent soixante-cinq *.
51. Dans les exemplaires parvenus jusqu'à nous, les actes du con- condamcile de Constantinople se terminent à cette huitième conférence, "rigénisme." Cependant, V Histoire ecclésiastique d'Evagrius écrite vers 580, c'est-à-dire une trentaine d'années seulement après la tenue du concile, nous apprend que l'origénisme, condamné sommairement par le xi® canon, fut l'objet d'un examen plus approfondi dans une réunion subséquente. Voici les paroles d'Evagrius : « Après la promulgation des quatorze décrets de foi, les pères reçurent un libellus (mémoire) signé par les moines Eulogius, Conon, Gyriaque et Pancratius, lesquels dénonçaient les erreurs d'Origène et les excès de ses partisans. L'empereurjoignitàcette protestation un exemplaire de l'édit qu'il avait rendu précédemment à ce sujet ^, voulant que le concile prononçât en dernier ressort. Les pères prirent donc connaissance de tous ces documents, et purent bientôt se convaincre qu'Origône avait altéré la foi des apôtres pour mêler à ses dogmes l'ivraie des gentils et des manichéens. Ils firent entendre des acclamations d'horreur contre Origène et ses adhérents. Puis
» Labbe, Concil., tom. V, col. 561-586. — * Cf. n» 30 de ce Chapitre.
554 PONTIFICAT DE VIGILIUS (537-555).
ils envoyèrent à Justinien leur décision dans une lettre où ils disaient, entre autres choses : Nous abhorrons et réprouvons la doctrine impie d'Origène. Elle est étrangère et inconnue à l'Église de Jésus-Christ. Nous avons anathématisé son auteur, nous l'avons rejeté loin du bercail de Jésus-Christ comme un voleur et un larron. — A cette lettre, ils ajoutaient la censure synodale d'un certain nombre de propositions soutenues par les sectateurs d'Origène '. » Tel est le témoignage d'Evagrius. Il convient de le rapprocher d'une découverte faite vers 1650 par deux savants, Lambecius et Baluze, lesquels rencontrèrent dans des manuscrits grecs, sous le nom de Décrets du concile de Constantinople, quinze canons contre l'origénisme. Ces canons reproduisent en substance les cinq anathématismes de Justinien, tels que nous les avons cités précédemment ^.
Excommn- 52. L'amour-propro de ce monarque devait être satisfait. Un
nication du ,,..,.
pape vigiiius concilc Venait d'anathématiser 1 origénisme et de sanctionner ainsi reur jnsti- la doctiinc officielle d'un édit impérial. Les trois Chapitres étaient également condamnés. D'un autre côté, Vigiiius pensait sur l'origénisme et les trois Chapitres exactement comme les pères de Constantinople. Seulement le pape avait refusé de présider le concile en l'absence des évoques occidentaux. C'était là uniquement le grief que Justinien pouvait avoir contre le pape. Mince grief en vérité! mais l'empereur byzantin ne le prenait point ainsi. Le 14 juillet 553, ceux des évêques qui n'avaient point encore quitté Constantinople purent lire, affichée sur tous les murs de la ville, la lettre suivante : « Au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, l'empereur César Flavius Justinien , alamannique , gothique , francique 3, etc., aux bienheureux patriarches, archevêques et évêques de nos diverses provinces, réunis dans cette impériale cité. — Le pape de l'antique Rome, Vigiiius, avait durant sept années à plusieurs reprises, de vive voix et par écrit, condamné les trois Cha-
1 Evagr. Scholast., Hist. eccl., lib. IV, cap. xxxvni; Pair, grœc, t. LXXXVl, pars 11», col. 2778.
* Cf. 11° 30 de ce chapitre. — ^ Voir le reste des titres dans une autre lettre de Justinien, citée n» 32 de ce chapitre.
CDAP. YII. — If CONCILE DE CONSTANTINOPLE, Y* ŒCUMENIQUE. 5oo
pitres. Il avait promis de présider le concile réuni à ce sujet; mais il a violé sa promesse. Pressé par nous-même, invité par votre religieux synode, il a refusé de paraître. Bien plus, prêchant aujourd'hui ce qu'il a si longtemps condamné, il soutient les doctrines impies de Nestorius et de Théodore de Mopsueste, il est devenu le champion des trois Chapitres. Par cette attitude sacrilège, il a rompu les liens qui l'attachaient à l'Église catholique et s'est retranché lui-même de votre communion. En conséquence, nous avons jugé qu'il fallait effacer son nom des sacrés diptyques, et ne pas souiller la célébration des divins mystères, en les associant à la mention d'un disciple de Nestorius et de Théodore de Mopsueste. Déjà nous vous l'avions dit de vive voix; aujourd'hui nous mandons à tous nos préfets de veiller à l'exécution de cet ordre et de vous le notifier en notre nom. Nous entendons toutefois conserver l'union avec le saint-siége apostolique, et nous sommes assuré que vous ferez de même. La perversion de Vigilius, pas plus que celle d'aucun autre évêque, ne saurait nuire à la paix des églises *. x> Ainsi parlait Justinien. Cet orgueilleux abus de pouvoir tenait de la démence; il y eut pourtant des évêques dont le servilisme n'en fut point révolté. Quelques-uns d'entre eux, dont l'histoire n'a pas conservé le nom, adhérèrent au rescrit impérial et envoyèrent par écrit une réponse conçue en ces termes : « La mesure ordonnée par le très-pieux empereur couronne glorieusement les efforts qu'il a faits jusqu'ici pour procurer la paix de l'Église. Conservons donc l'union avec le siège apostolique de l'ancienne Rome, et obéissons au décret impérial ^. » Que signifiait cette chimérique alliance avec le siège apostolique, quand on se séparait du pape, légitime possesseur du siège apostolique? Justinien, qui eut l'honneur d'imaginer cette distinction, et les évêques courtisans qui l'adoptèrent sans examen, ne
1 Baluz., Concil. Nov. Collect., col. 1545.
* M. l'abbé Rohrbacher est tombé dans uue erreur chronologique en supposant que la lettre de Justinien déposant le pape Vigilius avait été lue dans la septième conférence du concile de Constantiuople, le 26 mai 553. (Hist. univ. de l'Église catholique, tom. IX, pag. 220.) La lettre de Justinien est datée du 14 juillet 553, et par conséquent ne put être lue ni à la septième conférence le 26 mai, ni à la huitième et dernière le 2 juin.
536 PONTIFICAT DE VIGILIUS (o37-o5o).
nous ont pas expliqué leur théorie. II faut retenir cependant cette origine schismatique d'une proposition qui sera reprise plus tard et deviendra, sous la plume d'autres docteurs courtisans, l'indéfectibilité du siège de Pierre avec la faillibilité dogmatique du successeur de Pierre '.
Emprison- 53. Pour le moment, Justinien ne s'arrêta point à éclaircir ce de Vigiiius. problème. Il fit jeter en prison le successeur de Pierre. Durant
de Totiia plusieurs mois, la munificence impériale n'accorda pour toute î
6t de Tôïds
nourriture à l'auguste prisonnier qu'un peu de pain et d'eau, 7nodicum partis et aquœ^ c'est l'expression même du Liber Pontiflcalis. Les évêques, prêtres et diacres demeurés fidèles à Vigiiius, furent envoyés en exil et condamnés aux mines, ad incidenda metalla.
* Fleury glisse fort légèrement, dans son Hist. eccL, 1. XXXIII, t. VII, p. 437, édit. in-i2, sur l'incident de l'excouimuuicatiou du pape Vigiiius par l'empereur Justinien. Il ne cite de la lettre impériale que la formule t « En nous séparant du pape Vigiiius, nous conservons toutefois l'unité avec le saint-siége apostolique. » Et il ajoute : « Cette distinction entre le saint-siége et la personne du pape est remarquable. » En effet, il est remarquable de voir pour la première fois apparaître en l'an 353, sous la plume d'un César byzantin qui se croyait le droit d'excommunier les papes, une proposition jusque-là inconnue dans l'Église, et qui devait, à onze siècles de distance, devenir le premier article du symbole gallican. La tradition unanime des docteurs et des pères avait dit avant Justinien, et continua depuis à dire : Ego beatitucUni tuœ, id est cathedrœ Pelri, communione consocior. Super illam petram œdificatam Ecdesiam scio. Quicumque extra hanc domum agnum comederit, profanus est. Si guis in Noe arca non fuerit, peribit régnante diluvio. Non novi Vitalem, Meletium respuo, ignoro Paulinum. Quicumque tecum non colligit, spargii : hoc est, qui Chrisii non est, anticfiristi est. (S. Hieron., Epist. xv, ad Damas, pap.; Patr. lat., tom. XXII, col. 353, 356.) Sacrosancta beati Pétri sedes per universum orbem papœ Zozimi sic ore loquitur. (S. Prosp. Aquitan., Contra Collatorem, cap. V; Patrol. lat,, tom. LI, col. 228.) Etsi enim diversa nonnunquam sint mérita prœsulum, jura tamen permanent sedium. (S. Léo Magn., Epist. cxix; Maximo Antioch., Pair. lat., tom. LIV, col. 1043.) Ubi Petrus, ibi Ecclesia : ubi Ecclesia, ibi nulla mors, scd vita œterna. (S. Ambros., In pialm. xl; Patr. lat., tom. XIV, col. 1082.) Defini77ius sanctam aposlolicam scdcm et romanum pontificem in universum orbem tenere primatum, et ipsum pontificem romanum successorem esse beati Pétri principis Apostolorum et verum Christi vicarium, totiusque Ecclesiœ caput, et omnium Christianorum patrem et doctorem existera, et ipsi in beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalem Ecdesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem Iraditam esse, quemadmodum etiam in gestis œcumenicorum conciliorum et in sacris canonibus continetur. {Concil. cecumenic. Florentinum, Labbc, t, XIII, col. 1167.)
CnAP. VII. — II*" CONCILE DE CONSTAKTINOPLE, V" 'ŒCUMÉNIQUE. 537
Telle était la douce liberté dont le César byzantin, usurpateur de l'autorité pontificale, faisait jouir l'Église. Au point de vue humain, tout paraissait perdu. La çituation rappelait celle qui précéda le dénoûment du concile d'Éphèse, avec la circonstance aggravante que cette fois ce n'était pas seulement Cyrille, légat du pape, mais le pape lui-même qui gémissait au fond d'un cachot. Cependant l'heure de la Providence allait sonner. Au printemps de l'année 532, Justinien, faisant trêve un instant à ses préoccupations théologiques, avait chargé son favori, l'eunuque Narsès, de reprendre l'œuvre commencée par Bélisaire et d'aller soumettre l'Italie. Hommes, argent, vivres, munitions, navires de guerre, tout fut prodigué à Narsès. Six mille Lombards choisis par leur roi Alboin dans l'éUte de ses guerriers, six mille cavaliers Hérules, cinq mille auxiliaires recrutés parmi les Huns et les transfuges persans, douze mille Thraces et Illyriens arrivèrent en Dalmatie, escortés sur l'Adriatique par une flotte de ravitaillement. Totila, occupé alors à soumettre les forteresses de l'Italie méridionale, eut à peine le temps de se porter au-devant de l'ennemi. Ravenne, Rimini, tombèrent sans coup férir au pouvoir de Narsès. Le nouveau général marchait sur Rome, lorsque Totila avec toutes ses forces l'arrêta au pied de l'Apennin, près de la petite bourgade de Taginas {Lentagio) déjà célèbre par la défaite de Brennus, et décorée à cette occasion du surnom de Busta-Gallorurn. Au premier choc, Totila reçut une blessure mortelle, et son armée fut taillée en pièces (novembre 332). La prédiction .de saint Benoît était réalisée. Cependant les Goths ne désespérèrent point encore de leur monarchie. Une poignée de soldats échappés au désastre de Busta-Gallorum se réfugièrent à Pavie ; ils offrirent la couronne à leur général, nommé Téïas, caractère héroïque dans une stature colossale. Téïas accepta. Au printemps de l'année 353, il réussit en dérobant sa marche à gagner la côte voisine de Naples, et s'établit dans les plaines de Nuceria. Narsès vint l'y attaquer. Téïas, dominant de sa taille gigantesque la foule des guerriers, combattait au premier rang. Le bouclier qu'il portait au bras gauche fut bientôt hérissé de flèches et de dards ; il en demanda un autre à son écuyer.
PONTIFICAT DE VIGILIUS (o37-5oo).
Message de Narsès et
supplique du clergé romain ù l'empereur.
Vigilius en liberté.
Condamnation des trois Chapitres par
Vigilius.
mais à l'instant même il reçut en pleine poitrine un coup de lance qui le renversa mort. Avec lui tombait, pour ne plus se relever, la domination des Goths en Italie.
54. Le sénat, le clergé et le peuple de Rome accueillirent Narsès avec des transports d'enthousiasme. Ils saluaient dans sa victoire la restauration de l'empire d'Occident. Illusions éphémères, que les événements devaient bientôt dissiper, mais qui n'en étaient alors ni moins généreuses ni moins profondes. On suppha le généralissime de joindre à la dépêche qui devait informer Justinien de ce grand triomphe, une requête de tous les fidèles de Rome. « S'il vit encore, disaient-ils, rendez-nous notre saint pape Vigilius. S'il n'est plus et que nous ne puissions le revoir en ce monde, renvoyez-nous du moins les clercs qui l'ont accompagné à Constantinople ^ » En apprenant la conquête de l'Italie, Justinien éprouva une telle joie qu'il ordonna sur-le-champ de rappeler de l'exil les évêques et les clercs catholiques. Sa générosité pourtant n'alla point jusqu'à mettre Vigilius en liberté. Il espérait encore maintenir contre lui la sentence d'excommunication dont il l'avait frappé. Lorsque, des îles de la Proconnèse et des autres lieux de bannissement d'où il les rappelait, les clercs romains furent admis en présence de l'empereur, il leur dit : « Est-ce que vous voulez reprendre Vigilius, votre ancien pape? Cela ne me plaît guère. » Et leur montrant l'archidiacre Pelage qui avait lui-même fait partie des exilés : « J'aimerais mieux, ajouta-t-il, vous voir élire celui-ci. » Mais tous, unanimement, lui répondirent : « Que votre piété daigne se soumettre à l'ordre de Dieu. Rendez-nous Vigilius; il est pape. Quand le Seigneur l'aura rappelé de ce monde, nous n'oublierons point vos recommandations, car autant que vous, nous aimons l'archidiacre Pelage. » Justinien se laissa fléchir, et Vigilius fut tiré du cachot où il languissait depuis six mois.
55. Il en sortit sans conditions, et dans la plénitude de son autorité apostolique. Sept années d'injustes persécutions héroïquement soutenues avaient effacé, devant Dieu et devant les hommes, les fautes de son ambition et les excès de sa jeunesse. Ce fut dans ces circons-
' Liber Poniificalis, loc. cit.
CnAP. VII. — ir CONCILE DE CONSTANTINOPLE, Y° OECUMÉNIQUE. 559
tances que, le vir des calendes de mars, «en la vingt-septième année du règne de Justinien toujours auguste » (23 février 534), il publia l'encyclique suivante * : « Désormais, par la grâce de Dieu, il ne reste plus personne qui puisse douter que nous n'ayons toujours, avec la sainte Église catholique, maintenu et professé la foi du concile de Chalcédoine, celle du bienheureux Léon notre illustre prédécesseur, celle de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse. Il était nécessaire de mettre en lumière ce point fondamental, et de maintenir la controverse soulevée à propos des trois Chapitres dans les limites d'un respect absolu pour les décisions du concile de Chalcédoine. Or, maintenant la lumière est faite ; il est devenu évident pour tous que le saint et auguste concile de Chalcédoine, en recevant à sa communion les évêques Ibas et Théodoret de Cyr, n'a nullement approuvé les écrits composés par eux à l'époque où ils étaient engagés dans l'erreur nestorienne. Il est prouvé de même par les actes du concile que ni la personne, ni les ouvrages de l'hérétique Théodore de Mopsueste, n'ont obtenu la moindre apparence d'approbation ou d'éloge. En conséquence, nous anathématisons et condamnons la lettre connue sous le nom d'Ibas au persan Maris. Quiconque en-
1 La plupart des historiens modernes, tels que Fleury, Rohrbacherj Henrion, font précéder cette encyclique d'une lettre que le pape aurait adressée, le 8 décembre 553, au patriarche de Constantinople saint Eutychius. Cette lettre se trouve en effet reproduite au tom. LXIX de la Patr. lat., col. 121-128, sous le titre : Epistola decretalis Vigilii papœ pro confirrnatione quintœ synodi œcumenicœ. M. Rohrbacher ne semble pas avoir eu de doutes sur l'authenticité de cette pièce. 11 fait cependant remarquer que, dans le manuscrit qui nous l'a conservée, « elle ne se trouve qu'en grec. » (Rohrb., Hist. univ. de l'Égliie catholique, tom. IX, pag. 227.) Après que Vigilius nous a dit luimême, en termes si exprès, qu'il ignorait complètement le grec, grœcœ linguœ sumus ignnri (cf. n» 48 de ce chapitre), cette observation aurait dû éveiller davantage les scrupules de l'historien. En effet, le savant P. Garnier, dans les Dissertations dont il accompagna son édition du Breviarium Liierati {Pair, lat., tom. LXVIII, col. 1094), a démontré que la prétendue lettre pontificale à saint Eutychius était l'œuvre subreptice de quelque faussaire grec. En conséquence, nous avons cru devoir la passer sous silence. Afin, du reste, qu'on ne suppose pas que cette lettre, tout apocryphe qu'elle nous paraisse, soit de nature à compromettre l'honneur du pape Vigilius, nous nous empressons d'ajouter que M. Rohrbacher, qui la reproduit intégralement, la regarde « comme un modèle de dignité, de modestie et de prudence. « (Rohrb,, Hist. univ. de l'Église catholique, tom. cit., pag. 223.)
560 PONTIFICAT DE VIGILIUS {537-55o).
treprendraît de la défendre, ou de soutenir qu'elle fat doctrinalement approuvée par le concile de Chalcédoine, serait enveloppé dans le même anathème et dans la même condamnation. Nous anathématisons et condamnons Théodore de Mopsueste, ainsi que les œuvres impies dont il est l'auteur. Nous anathématisons et condamnons les écrits composés par Théodoret de Cyr pour la défense de Nestorius et en hostilité avec saint Cyrille d'Alexandrie. C'est vainement que les fauteurs du nestorianisme prétendent appuyer leurs erreurs sur l'autorité d'un illustre évêque, admis depuis à la communion catholique et par le bienheureux Léon, notre prédécesseur de sainte mémoire, et par les pères de Chalcédoine. Il est constant en effet que Théodoret, au sein même du concile, rétracta, désavoua, condamna verbalement et par écrit les ouvrages en question. A cette condition seu- Ismentil fut admis par les pères. L'anathème que nous prononçons aujourd'hui n'est pas donc nouveau. Nous condamnons en Théodoret ce que le concile de Chalcédoine avait déjà condamné, et ce que Théodoret avait rétracté. Ainsi anathème aux trois Chapitres, anathème àleurs défenseurs! Nous recevons à la communion catholique ceux qui les condamnent; nous en retranchons ceux qui les approuvent. Nous déclarons nul et sans valeur tout ce qui aurait pu être publié sous notre nom et sous quelque nom que ce soit en leur faveur *. Anathème à ceux qui oseraient soutenir que ces t7'ois Chapitres ont été approuvés par le concile de Chalcédoine, et essaieraient sous ce prétexte de renouveler le désordre et le trouble dans l'Église catholique. Ils tomberaient sous la sentence de l'Apôtre ^ : Utinam et abscidaniur qui vos conturbant ^ ! »
* Quœcumque vero sive meo nomine, sive quorumlibet pro defensione memoraiorum trium Capitulorum prolata fuerint, vel ubicumque reperta, prœsentis nostri plenissimi constUuti auctoritate vacuamus. Ces paroles mal interprétées ont fourni l'occasion d'un nouveau grief contre Vigilius. « Ce pontife, disait-on^ reconnaît lui-même qu'il avait antérieurement soutenu l'orthodoxie des trois Chapitres, puisqu'il prend soin d'annuler les ouvrages publiés en son nom dans ce sens. » Le raisonnement serait juste si les paroles du pape s'appliquaient à quelque document authentique vraiment émané de lui, mais elles avaient trait aux pièces apocryphes que les hérétiques faisaient circuler dans tout l'Orient, en Italie et jusque dans les Gaules, sous le nom de Vigilius.
2 Galat.,\, 12. — » Vigil., Damn. triwncapitul.;Patr.lat., t. LXiX,col. 143-178.