CHAP. I. — OTHONIEL
vait plus qu'à profiter de ses avantages; il tombait comme la foudre sur la tribu, la ville ou la région désaimëe; il traînait en captivité les vaincus et soumettait à sa tyrannie le pays dévasté.
24. Les Sophetim, dont le nom se retrouve identiquement con- i,iniioanire serve dans l'idiome punique ', sous la désignation de Suffcles, sont ''r'3mme*'Î9 appelés par Josèphe, tantôt KpiTa/, juges; tantôt H-yâ/xovîî, chefs; ji. Munk, tantôt 'r-noa-rpitTiiyot, subimperatores,\ie\i[enants de Dieu. La tradition ton m'égaie
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juive tout entière revit dans cette dernière expression , qui n a point d'analogues dans l'antiquité profane. Elle peint merveilleusement le pouvoir exceptionnel du Juge, tout à la fois absolu comme une dictature, et délégué comme une lieutenance; militaire comme un commandement d'armée , soumis comme l'organe 6e Dieu; accepté par le peuple comme une force, dirigé par Jéhovali comme un instrument. C'est le Seigneur qui suscite le Juge; c'est le Seigneur que le Juge représente. Moïse avait promis, au nom de Jéliovah, qu'il y aurait ainsi des hommes suscités par l'Esprit de Dieu pour diriger le peuple Israélite. On ne comprend donc pas ce que veut dire M. Muiik, quand il écrit : « Nous ne savons M rien de positif sur les fonctions des Juges et sur leurs droits, qui » n'étaient probablement pas basés sur une sanction légale ^. » M. Munk, qui reproche à Josué de ne s'être pas désigné un successeur avant de mourir, avait moins qu'un autre le droit d'articuler contre les Sophetim une plainte en usurpation de pouvoir. Rien n'était plus légal que l'autorité des Juges, suscitée par Jéhovah, exercée en son nom et inscrite d'avance au livre de la loi. Moins défiants qae les Juifs modernes, les anciens Hébreux parlaient autrement des Juges leurs libérateurs, a Chacun d'eux, disent-ils, n conserva la sainteté du cœur et marcha dans les voies de Dieu. i> Leur mémoire est en bénédiction, et un souffle d'immortahté » passe sur leurs tombeaux. Leur nom se transmet de génération B en génération, jusqu'aux jours de l'éternité; il revit pour leurs
1 Su/jfetes summus erat Pœnismagistratus, Liv. Decad. III ; lib, VIII. — * S. Munk, Palestine pag. 230.
l'Sl UISTOIRE DE L EGLISE. — IV'' ÉPOQUE. — Èî'.Ii: DES JUGES (1580- ÎOSO).
» dcsci^iiclunls: c'est la gloire des héros et des saints'. » Ainsi s'exprime raiiteur du livre de rEcclésiastique, en parlant des Saji/iciim; on nous permettra de préférer ce jugement à celui de l'exégèse contemporaine.
' niei 23. « Donc les enfants d'Israël, mêlés aux races étrangèix's des
:• breui Chananéens qui habitaient la Terre promise, commencèrent à ; an'-Ra- prcudie dcs épouses parmi elles, et à unir leurs familles par des
de Syrie. aUiauces. Bientôt ils servirent les taux dieux; ils se livrèrent aux désordres et aux crimes sous les yeux de Jéhovah, et, oubliant le Seigneur, ils adorèrent Baal et Astaroth. Le courroux de Jéhovah s'enflamma contre ces indignes Israéhtes; il les livra au pouvoir de Chusan-Rasathaïm , roi de la Syrie des deux fleuves ', et ils gémirent pendant huit ans sous sa tyrannie. Rappelés par le malheur au sentiment de leur devoir, les fils d'Israël élevèrent alors une voix suppliante vers Jéhovah; il entendit leurs gémissements et leur suscita un libérateur : ce fut Othoniel, fils de Cénez et neveu de Caleb. L'Esprit du Seigneur se reposa sur lui, et il fut Juge en Israël. A la tête d'une vaillante armée, il livra bataille au tyran; Jéhovah fit tomber entre ses mains le roi de Syrie , Chusan-Rasathaïm. Après cette victoire, quarante années de paix et de prospérité s'écoulèrent pour le peuple hébreu, jusqu'à la mort d'Othoniel 3. » Le Chusan-Rasathaïm, dont parle ici l'Ecriture, était sans doute un de ces chefs de tribu comme il s'en trouvait alors dans chaque ville un peu considérable, qui avait réuni sous ses drapeaux une nombreuse armée. Il s'était successivement avancé au nordouest de l'Euphrate, sur la limite du désert Arabique, et avait poussé ses courses aventureuses jusqu'à la région septentrionale de la Palestine, ravageant le territoire, emmenant les vaincus en captivité, et imposant le tribut aux contrées envahies. Le choix d'Othoniel, guerrier de Juda, au sud de la Terre promise, pour re-
» Ecclesiasiic, cap. XLVi, 13-16. — » En hébreu, Aram-Naharaiim , littéralement : Syria duorum fluviorum. C'est la Mésopotamie. Josèphe a donc outrepassé la portée du texte biblique en traduisant par : 'Amfiuy ^ciaixioti {Antiq. Jud.f lib. V, cap. ii). —■ • Ju(/<c.,cap. ni, 5-11.
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pousser une agression dont le nord de ce pays avait été la victime, prouve la solidarité qui continuait à unir entre elles les douze tribus du peuple de Dieu. L'armée du neveu de Caleb fut une armée nationale, composée de toutes les forces vives d'Israël, et la longue paix de quarante années qui suivit la victoire sous l'autorité du héros, atteste que la masse du peuple avait conservé , malgré les défaillances partielles, son traditionnel attachement à la loi mosaïque et au culte de Jéhovah.
§ rv. Episode de Rutli (i554>i510).
26. Durant cet intervalle de fidélité à Dieu et de tranquillité Dateappro»
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publique, écoulé sous la direction d'Othoniel, et résumé par l'écn- répisoda vain sacré en ces quelques paroles, plus éloquentes que l'histoire la mieux détaillée : Quievit terra quadraginta annis, et mortuus est Othoniel, la plupart des commentateurs placent le délicieux récit de l'épisode de Ruth. L'auteur de cette page des Livres saints, qui « allait au cœur ' » de Voltaire, ne l'a point signée. On croit cependant pouvoir l'attribuer à Samuel; l'on retrouve en effet, dans cette charmante peinture des moeurs de l'antique Israël, le caractère et l'inspiration du grand Prophète. Les seuls éléments chronologiques qui puissent rattacher ce récit à une date précise sont, d'une part, la mention de la grande famine qui obligea la famille adoptive de Ruth à s'expatrier pendant quelques années; de l'autre, l'introduction de Ruth la Moabite dans la lignée généalogique de David. A l'aide de ces deux éléments, l'histoire de Ruth semble devoir se placer dans les dernières années du gouvernement d'Othoniel. Tel
1 Voici les paroles de Voltaire : « Nous ne connaissons rien, ni dans Homère, ni dans Hérodote, qui aille au cœur comme cette réponse de Ruth à sa mère : » J'irai avec vous, et partout où vous resterez, je resterai; votre peuple sera » mou peuple, votre Dieu sera mon Dieu, je mourrai dans la terre où vous » mourrez. » Ce n'est pas un des moindres miracles de la Bible d'avoir, même une seule fois, trouvé le chemin du cœur de Voltaire! {La Bible enfin expliquée.)
•t Noémi
est du moins, le sentiment de l'abbc de Vence, auquel nous noua conformons *.
Vn „ 27. « Au jour où un Juge gouvernait Israël, il survint une famine
en Judée. Elimélecli sortit de Bethléem de Juda, sa patrie, pouT aller dans la région des Moabites ^, chercher les ressources qui manquaient à son pays. Il emmenait avec lui Noémi, sa femme, et leurs deux enfants, Mahalon et Chehon. Arrivés sur la terre de Moâb, ils s'y fixèrent; mais le chef de la famille, Ehmélech, vint à mourir, et Noémi demeura veuve dans cette contrée lointaine. Ses deux fils avaient grandi; ils épousèrent deux Moabites, Orplia et Ruth, et dix années s'écoulèrent sans nouvelles douleurs. Mais, à cette époque, Mahalon et ChéUon moururent eux-mêmes sur la terre étrangère, et Noémi se trouva deux fois veuve; elle avait perdu son époux et ses enfants. La Juive désolée se leva pour reprendre le chemin de sa patrie; elle avait appris que le Seigneur avait eu un regard de miséricorde pour son peuple, et avait rendu la fertilité à ses campagnes. Quittant donc la terre de son exil et de ses malheurs, eUe se mit en route pour retourner au pays de Juda. Les deux jeunes Moabites, ses belles-filles, l'avaient accompagnée jusque-là. Noémi, jugeant que l'heure de la séparation était arrivée, s'arrêta, et leur dit : Retournez maintenant à la maison de votre mère. Que le Seigneur soit miséricordieux pour vous, comme vous avez été bonnes pour mes chers enfants et pour moi! Qu'il vous fasse retrouver le bonheur dans la maison des nouveaux époux qu'il vous réserve! — Et elle les pressa dans ses bras. Les deux Moabites fondaient en larmes, elles s'écrièrent à la fois : Nous Irons avec vous habiter parmi votre peuple. — Mes chères filles, répondit-elle, retournez en votre pays. Pourquoi venir chercher l'exil en me suivant. Hélas! il ne me reste plus de fils que je puisse vous donner pour époux. Je suis vieille et sans espérances. Ne me pressez pas davantage, mes enfants, je vous en supplie. Votre af-
» Voir la Dihle de Vence, Préface sur le livre de Ruth; et Dissertation sur la généalogie de David, • A l'est (lu Jourdain, sur le versant occidental des montagnes arabiques.
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Ûiction me rend plus amers mes propres malheurs, et me fuit trop souvenir que la main du Seigneur s'est appesantie sur moi. — Les trois femmes restèrent longtemps ainsi, laissant couler leurs larmes. Enf?n Orplia consentit à se séparer de sa belle-mère ; elle l'embrassa une dernière fois et reprit le chemin de son village. Mais Rutli ne voulait point quitter la veuve Israélite. — Vois, lui dit Noémi, ta belle-sœur est allée retrouver sa famille et ses dieux; suis-la, et fais comme elle. — Non, répondit la Moabite. Ne vous opposez pas davantage à mes désirs. Ne me forcez point à me séparer de vous. Partout où vous irez, je veux vous suivre; j'habiterai aux lieux où vous fixerez votre demeure; votre peuple est mon peuple, votre Dieu est mon Dieu! La terre où vous mourrez recevra mon dernier soupir; je serai ensevelie avec vous, dans le même tombeau. Je le jure par le nom sacré de Jéhovah; la mort pourra seule me séparer de vous! — Noémi, en présence d'une résolution si ferme et si inébranlable, ne voulut pas insister davantage. Elles poursuivirent donc ensemble leur voyage, et arrivèrent à Bethléem. La nouvelle de leur retour fut bientôt connue, et les femmes bethléémites se pressaient pour revoir leur compatriote. Voilà, disaient-elles, Noémi (la belle)! — Ne me donnez plus ce nom, répondait la veuve affligée. Appelez-moi Mara (amertume), car le Tout-Puissant m'a abreuvée de tristesse. J'avais quitté ce pays le cœur rempli de joies , le Seigneur m'y ramène veuve et sans espérances. Cessez donc de me donner un nom que ne mérite plus celle que le Tout-Puissant a humiliée sous le poids des douleurs. — Noémi et Ruth, ainsi revenues de la terre étrangère, demeurèrent à Bethléem. Or l'époque de leur retour était celle de la moisson des orges ^ »
28. « Ruth la Moabite dit à sa belle-mère : Si vous me le per- LamsîsMB
des orsft^s
mettez, j'irai dans les champs recueillir les épis échappés aux dansiechaop mains des moissonneurs. Peut-être quelque père de famille, tou- RuthV ché de compassion, m'accordera-t-il la faveur de glaner ainsi dans s*^*'**'
* Ruth, eap. l, integr.
1;î8 histoire de l'église. — iv^ époque. — ère des juges (îoSOlOSO).
son lîcmaine. — Va, ma fille, répondit Noémi. — La jeune étrangèie'partit donc; elle se mit à la suite d'une troupe do moissonneurs, et commença à glaner. Or le champ dans lequel elle était entrée appartenait à un Bethléémite riche et puissant, nommé Booz, de la même famille qu'Elimélech. Mais la Moabite l'ignorait, n arriva que Booz se rendit lui-même à son champ pour voir ses moissonneurs. Que le Seigneur soit avec vous! dit-il à ses ouvriers. — Qu'il vous comble de ses bénédictions! lui répondirent-ils. — Et s'adressaut à Tintendant qui surveillait les travailleurs : Quelle est cette jeune fille? lui demanda-t-il. — C'est la Moabite venue récemment avec Noémi, de la frontière d'Arabie, dit celui-ci. Elle nous a priés de lui permettre de glaner derrière les moissonneurs. Depuis le matin elle est dans le champ, sans avoir pris un moment de repos et sans être retournée dans sa demeure. — Booz s'approcha de l'étrangère : Ecoutez, mon enfant, lui dit-il. N'allez point glaner dans un autre champ que le mien; joignez-vous aux jeunes filles qui travaillent pour moi, et suivez les moissonneurs. J'ai donné mes ordres ; vous ne rencontrerez ici que des égards et de la bienveillance. Si vous avez soif, allez boire dans les outres l'eau que je fais apporter pour mes moissonneurs. — Ruth, tombant à genoux, se prosterna devant l'homme de bien, et lui dit : D'où me vient ce bonheur d'avoir ainsi trouvé grâce à vos yeux? Comment ai-je mérité que vous daigniez traiter aussi favorablement une pauvre étrangère? — On m'a raconté, dit Booz, tout ce que vous avez fait pour votre belle-mère, depuis la mort de votre mari. Je sais que vous avez quitté pour eUe votre famille et votre patrie, et que vous êtes venue ainsi au miheu d'im peuple que vous ne connaissiez pas. Puisse le Seigneur vous rendre un jour tout le bien que vous avez fait. Que Jéhovah, le Dieu d'Israël, ce Dieu sous les ailes de qui vous êtes venue vous réfugier, vous fasse trouver une E/}/le récompense! — La Moabite, touchée de tant de bonté, répondit : J'ai vraiment trouvé grâce devant vous, mon seigneur. Vous m'avez consolée, et vos paroles ont ému le cœur de votre Bcrvanle, pauvre étrangère, indigne de xireudie place parm i les