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146 niSTOlRE DE l'église. — lY* ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1380-1080).
-ar Aod. être poursuîvî. II traversa le chaDip des Idoles à Galgala, où il avait laissé ses compagnons, et se rendit à Seïlafli, sur les montagnes d'Ephraïm. Là, aux sons de la trompette guerrière, il donna le signal des combats. Les fils d'Israël accoururent en armes, et se mettant à leur tête : Suivez-moi, leur dit-il; Jéliovah a livré les Moabites, nos ennemis, entre nos mains. — Ils descendirent dans la plaine de Jéricho et coururent occuper tous les gués du Jourdain, qui pouvaient offrir une issue aux fils de î\Ioab. Dix mille ennemis, ainsi enfermés par eux, tombèrent sous leurs coups. C'était l'élite des guerriers de Moab. Aucun n'échappa à leur vengeance. La tyrannie des Moabites fut éteinte dans leur sang, sous la main d'Israël, et la terre de Judée respira en paix pendant quatre-vingts, ans. Au sud-ouest de la Palestine, un autre héros, Samgar, fils d'Anath, combattit alors les Philistins. Son arme lui fut fournie par l'instrument même avec lequel il cultivait le sol que lui disputaient; les ennemis du peuple de Dieu. U en tua six cents avec un soc de charrue, et fut un des glorieux défenseurs d'Israël '. »
YI. Débora et Barac (141G-1396).
pisaro.iicQ- 34. Jusqu'ici l'histoire juive ne nous a encore montré la femme chaDanéeQ° quo daus SCS TÔles modcstes de fille, d'épouse et de mère. i:on in- TiméÎM" flucnce n'avait point dépassé le cercle de la famille; nous allons
lébreax.
voir surgir, au sein du peuple de Dieu, des prophétesses et des héroïnes dont le cœur vaillant se dévouera au salut de la patrie. De toutes les nations de l'antiquité, Israël est le peuple qui a fourni en plus grand nombre ces femmes au caractère viril, dont la mâle énergie contraste plus glorieusement avec la faiblesse et la timidité naturelles à leur sexe. A nos yeux, c'est la meilleiu-e preuve que l'institution mosaïque avait profondément pénétré dans l'inlérieur d.^s familles juives, et allait féconder tous les nobles sentiments dans le cœur des épouses et des mères. « Anrès la mort d'Aod, les tribus du
* Judic^ cap. III, 27 ad ultiiu.
CHAP. I. •— DÉBÔRA ET BARAC (1416-1396). 147
nord de la Palestine infidèles à Jéhovah attirèrent de nouveau sur le peuple d'Israël la colère céleste. Le Seigneur les livra aux mains de Jabin, roi chananéen d'Asor, successeur et peut-être le petit-fils du prince de ce nom vaincu autrefois par Josué. La puissance de Jabin était formidable. Son armée, commandée par un chef habile nommé Sisara, campait en permanence dans les plaines d'IIaroseth- Goïm; elle était formée d'une multitude de guerriers de toutes les peuplades chananéennes , et ne comptait pas moins de neuf cents chars armés de faux, machines de guerre les plus redoutables à cette époque. Le joug du tyran chananéen pesa vingt ans sur NephtaH et les tribus circonvoisines. Les prières et les larmes des malheureux Israélites ne cessaient cependant de s'élever vers le trône du Seigneur'. »
35. «Or, il y avait en ce temps sur la montagne d'Ephraim, une Déboraia
t roDliétcsflflu
prophétesse qui rendait la justice au peuple. C'était Débora, l'épouse de Lapidoth. Assise à l'ombre d'un palmier, que la reconnaissance publique avait appelé le Palmier de Débora, entre Rama et Béthel, à quelques milles au nord de Jérusalem, elle écoutait les plaintes des opprimés, rendait ses jugements, et de toutes parts les fils dlsraël venaient recevoir de sa bouche les sentences de la justice. La captivité sous laquelle gémissait le nord de sa patrie remplissait d'amertume le cœur de la prophétesse. Le Seigneur lui inspira des pensées de déhvrance. Elle adressa un message secret à Barac, fils d'Abinoem, dans la ville de Cédés, au centre de la tribu opprimée de Nephtali. Il vint trouver la prophétesse. Voici l'ordre de Jéhovah, Dieu d'Israël, lui dit Débora. Va te mettre à la tète des guerriers hébreux. Tu les rassembleras dans les défilés du mont Thabor, au sud de la tribu de Zabulon. Dix miUe hommes de cette tribu et de celle de Nephtali se rangeront sous tes étendards. Sisara, avec toute l'aimée de Jabin, s'avancera pour te combattre jusqu'au torrent de Cison , au pied de la montagne. Je le livrerai entre tes mains, avec toute cette multitude de guerriers qui raccompagnent, et ses chars armés de faux seront le prix de ta vic-
i Judic., cap, IV, 14.
148 HISTOIRE DE l'Église. — ir époque. — ère des juges (1380-1080).
toire. — Ainsi parla la prophétesse. Baiac lui répondit : Si vous venez avec moi, je tenterai l'entreprise; sinon, non. — Jirai donc, répondit Dëbora. Mais cache que tu perds ainsi l'honneur de la victoire. La main d'une femme aura la gloire de triompher de Sisara*. » Débora et 3G. « Ils partirent donc ensemble. Les fils de Zabulon et de Nenh-
parae lirrect i
**Si«!t* *^^' ^® réunirent à leur voix sur la montagne du Thabor. La famille dllaber le Cinéen, qui s'était détachée de ses frères, et était venue fixer SCS tentes dans la plaine de Scnnim, entre Cédés et le Thabor, s'allia secrètement avec les défenseurs d'Israël, et servit ainsi de sentinelle avancée pour surveiller les mouvements de l'ennemi. Sisara fut bientôt averti de l'entreprise de Barac, et de la concentration des forces israélites sur le Thabor. Sans perdre un moment, il quitta Harozeth-Goïm pour marcher contre les rebelles, à la tête de toutes les forces chananéennes. Les neuf cents chars armés de faux le suivirent sans obstacle à travers les plaines de Sennim. Ce fut avec cet imposant appareil qu'il vint camper sur la rive septentrionale du torrent de Cison, en face de la petite troupe de Barac. La prophétesse Débora dit alors au guerrier Nephtahte : Le moment est venu. Lève-toi. En ce jour le Seigneur a livré Sisara entre tes mains. Le Seigneur sera lui-même ton guide. — Barac s'élance avec ses dix mille combattants, et tombe à l'improviste des flancs escarpés du Thabor sur Tarmée de Sisara. La multitude épouvantée est mise en désordre, les Chananéens sont égorgés avant d'avoir pu se défendre ; les chars armés de faux, renversés de toutes parts, ajoutent encore à la confusion «t au tumulte ; Sisara qui était monté sur l'un d'eux se hâte de descendre , et fuit à pied devant l'épée des vainqueurs. Barac et ses soldats continuèrent à poursuivre l'ennemi dans celte déroute; toute l'armée chananéenne fut taillée en pièces, et le camp d'Harozeth-Goim , quitté la veille par Sisara , était occupé le soir par Barac triomphant'. »
ioi. épouw 37. « Dans sa fuite à travers la plaine, Sisara était parvenu près
suara. de la tente de Jaël, femme d'Haber le Cinéen. Le général vaincu
• Judic-t cap. IV, 4-10. — • Judic., cap. iv, 10-16.
GHAP. I. — - DÉBORÀ ET BARAG (1416-1396). 149
ignorait l'intelligence secrètement ménagée entre cette famille et l'armée d'Israël. Se fiant à l'ancienne alliance conclue entre Jabin, le roi u'Azor, et le Cinéen Haber, il crat trouver un ah^i sons la ^eute hospitalière. Jaël l'ayant aperçu, sortit à sa rencontre : Entrez, mon seigneur, lui dit-elle, entrez, ne craignez rien. — Si?ara franchit la porte de la tente; épuisé de fatigue, il se coucha à terre, et Jaël le couvrit de son manteau. Quelques insiants après, «'adressant à cette femme : Donnez-moi, je vous prie, un peu d'eau, car je meurs de soif. — Jaël ouvrit une outre pleine de lait, en remplit sa plus belle coupe *, la lui donna à boire, et le recouvi'it de son manteau. — Tenez-vous à l'entrée de la tente, lui dit encore Sisara. Si quelqu'un vient et vous demande s'il y a un étranger chez vous, répondez : Il n'y a personne. — Le sommeil gagna bientôt Sisara. Jaël détacha en silence un des grands clous de fer qui servaient à fixer la tente da^is le sol; elle prit un marteau, et s'avançant sans le moindre bruit, s'approcha du guerrier endormi et se pencha sur sa tète. Elle dressa la pointe du clou sur la tempe de Sisara, et l'enfonça d'un coup de marteau vigoureusement asséné. La pointe traversa tout le crâne, et vint se ficher en terre. U ne parut pas y avoir de réveil; la mort de Sisara semblait la continuation de son sommeil. En ce moment, Barac victorieux parcourait la plaine à la poursuite du général chananéen. Jnël courut au-devant de lui : Venez, dit-elle, je vous montrerai celui que vous cherchez! — Barac la suivit, entra sous la tente, et vit Sisara étendu sans vie, la tête clouée au sol. Dieu confondit en ce jour l'orgueil de Chanaan sous la main des fils d'Israël. Cette victoire leur rendit le courage. Us secouèrent tous le joug du roi d'Azor, et mirent fin à sa tyrannie *. »
38. Jamais victoire plus subite et plus inespérée n'avait éclaté çtiantito au sein d'Israël opprimé. La vengeance du Seigneur avait armé le "Débonu bras des épouses et des mères; l'horreur pour les Chananéens, le souvenir des grandes choses opérées par Jéhovah, les redoutables
1 Judic, cap. V, 23. In phialâ principum obtulit butyrum. — * Judic, cap. nr, n ad ultim.
150 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOOrE. — ÈRE DES JUGES (1580-1080),
chariots de guerre renversés comme par enchantement sous les pas des vainqueurs, la main de Jaël posée sur la tète de Sisara, dont le nOin seul faisait trembler depuis vingt ans les Hébreux ïaptifs, tous ces faits accomplis en un jour avaient excité un enthousiasme indicible. Le cliant sublime improvisé par Débora, au miheu de l'armée ^•ictorieuse, résuma, sous leur forme la. plus poétique, les inspirations nationales, et fut bientôt redit par tous les échos de la Terre promise. « Débora et Burac, fils d'Abinoëm, chantèrent donc en ce jour le cantique du triomphe ; ils disaient : Héros d'Israël, qui avez noblement offert votre vie pour la cause de Dieu, bénissez Jéhovah * ! Rois des nations, chefs des peuplades ennemies, entendez le chant de victoire de Débora. C'est elle, l'humble femme, qui consacre aujourd'hui au Seigneur Dieu d'Israël les hymnes triomphales. Jéhovah, quand tu sortais des hauteurs de Séïr, quand ta puissance traversait les contréesd'Edom, la terre trembla sous tes pas, les foudres et les orages escortaient ta marche souveraine. Les rochers inaccessibles abaissaient leurs sommets devant toi, le Sinaï s'inclina devant le Seigneur Dieu d'Israël. Samgar, le vaillant fils d'Anath, ne laissa point d'héritiers de sa gloire. Aux jours de Jaël, les voyageurs avaient oublié les sentiers de Juda, les rares passants qui voulaient visiter sa solitude, se frayaient dans l'ombre des chemins détournés. La race des héros était éteinte, les vaillants se reposaient; enfin Débora se leva dans sa force, elle surgit, la mère d'Israël! Jéhovali convoque à ces batailles nouvelles des combattants jusque-là inaccoutumés. C'est lui, c'est lui seul qui a fait tomber les portes ennemies. Estce qu'un bouclier ou une lance brillait aux mains des quarante mille captifs d'Israël? 0 Israël, ma patrie, mon cœur aime tes héros! Qu'ils bi'uissent aujourd'hui Jéhovah, il a récompensé leui dévouement par la victoire ! Princes des tribus, Juges d'Israël, mou tez vos coursiers recouverts de pierreries et dor; voyageurs de la vallée, de la montagne ou de la colline, rassemblez-vous, venez
• Nous conservons ici la traduction de la Vulgate. Le sens littéral de l'hébreu est celui-ci : <• Israël a eu des capitaines puur contimander ses armée», le peuple s'est offert pour marcher au combat. Béuissez-le, Seigneur! ■
CHAP. I. — DÉBORA ET BARAG (i416-1396). ISl
faire entendre \hs chants de la reconnaissance aux lieux mêmes où se sont brisés les chariots de guerre, où la multitude chananéenne fut étouffée dans le désordre de sa défaite. C'est là qu'il faut chanter la justice de Jéhovah et sa protection miséricordieuse sur les héros d'Israël. C'est de là que son peuple s'élança jusqu'aux portes de la ville ennemie, et reconquit le sceptre de la domination. Exalte ton cœur, dilate ton courage, Débora; et toi, fils d'Abinoëm, étends la main sur les tyrans d'hier, captifs aujourd'hui. Le salut a visité les restes tremblants d'Israël, Jéhovah a conibattu avec les vaillants ! Autrefois, avec Ephraïm et Josué, il avait vaincu Amalec; avec Benjamin et Aod, il renouvela ses triomphes; avec les princes de Machir, il avait conquis Galaad. Aujourd'hui les héros de Zabulon, les chefe d'Issachar se sont unis à Débora, et ont suivi les drapeaux de Barac ; avec lui ils ont traversé comme un torrent fougueux les pentes escarpées et les précipices du Thabor. Ruben n'était pas avec eux. Il prétait l'oreille aux voix des dissensions intestines. Ruben! Ah! pourquoi rester au jour des combats à régler les différends des bergers parmi les troupeaux mugissants? Galaad se reposait dans la mollesse et l'abondance audelà du Jourdain. Dan s'était endormi au souffle du vent qui berce ses navires. Aser, tranquille sur ses rivages, ne quitta point ses ports. Zabulon et Nephtali affrontèrent seuls les dangers et la mort dans la plaine de Mérom. L'orgueilleux Chananéen était venu les provoquer jusque-là. Ses rois, ses chefs, ses guerriers s'étaient avancés jusqu'à Thanack, près des sources de Mageddo. Mais ils ne devaient pas remporter les dépouilles glorieuses, fruit de la victoire I Du haut du ciel Jéhovah combattait contre eux. Les étoiles du matin, ces bataillons des cieux, assistèrent à la défaite de Sisara. Le torrent du Cison, les cascades de Cadumim roulèrent des flots de sang et des montagnes de cadavres. Ame de Débora, foule aux pieds les tyrans d'Israël! La corne de leurs chevaux rapides se rompit dans leur fuite effrénée, et les fuyards étaient les plus braves guerriers de Chanaan! Maudit soit le sol de IMéron, dit l'ange du Seigneur. Maudits soient ses habitants, qui ne secoururent point l'armée du Seigneur, et refusèrent de tendre la main
152 HISTOIRE DE L'lGLISE. — IV» ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1580-1080.)
Débora
•t Jatl en
face du
tationalisme
inederne.
aux vaillants d'I-raëll Que parmi toutes les femmes, le nom de Jaël, l'dpouse d'Haber le Cinéeu, soit béni! Qu'il soit béni sous la tente! Au tyran qui lui demandait de l'eau, elle a présenté un lait savoureux, elle approcha de ses lèvres la boisson nourrissante dans la coupe d'honneur. Mais, la main gauche armée du clou meurtrier, soulevant de la droite le lourd marteau du forgeron, elle choisit sans trembler la place favorable sur la tète de Sisara; elle frappe, et le corps endormi frissonne à ses pieds, il meurt : le tyran farouche n'est plus qu'un misérable cadavre, étendu aux pieds d'une femme! En ce moment, la mère du général chananéen, à la fenêtre de son palais, parcourait du regard la plaine silencieuse. Pourquoi, disait-elle à ses femmes, le char de mon fils tarde-t-il tant à paraître? Pourquoi les agiles coursiers de son quadrige tardent-ils si longtemps? — La plus sage d'entre elles lui répondait : Sans doute en ce moment Sisara partage les dépouilles des vaincus. On choisit pour le général la plus belle des caplives, on met en réserve pour lui les étoiles d'or et les bijoux précieux qiiïl veut apporter à sa mère. — Ainsi elles disaient. Ah! puissent. Seigneur, tous tes ennemis, voir de même confondre leurs espérances! Qu'ils soient anéantis devant ta face , et que tes serviteurs , radieux de gloire et de prospérité, soient brillants comme le soleil quand il se lève paré de tous les feux de l'aurore ! — Tel fut le cantique de Débora, la prophétesse. Elle continua à diriger son peuple dans les voies de la justice et de la piété. Vingt ans de paix suivirent sa victoire *. »
39. Il nous en coûte de nous arracher à la sublime poésie qu'on vient de Ure, pour entendre, dans les régions inférieures de l'exégèse moderne, la monotone critique des rationalistes. Ce chant leur déplait. Ils sont bien diiliciles. Trois fragments informes des hymnes de Tyriée ont eu les honneurs de plus de vingt éditions et de cent commentaires. Les accents du poète athénien n'éveillent au sein de nos sociétés contemporaines que des échos entiiou- Biastes. Cependant ils prêchaient la guerre civile et eu exaltaient
' Judk,, cap. T iulegruui*