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tromper celte exécrable arabition; cacbé dans l'ombre d'une retraite ignorée, il échappa à ces fureurs fratricides : c'était Joatham. Couvert du sang fraternel, Abimélech retourna à Sichem; tout le peuple de cette ville * vint ù sa rencontre ; il fut proclamé roi, sous un chêne à l'entrée de la cité ^. »
55. «En apprenant cette nouvelle, Joatham fit entendre une protestation solennelle contre l'usurpateur. Sorti de sa retraite, il eut le courage de venir , à quelques milles de Sichera, au sud de la ville égarée sur le sommet du mont Garizim, où Josué avait prononcé les paroles de l'alliance d'Israël avec Jéhovah. Là, en présence de la foule accourue pour l'entendre , il parlait ainsi : Ecoutez ma voix, habitants de Sicliem, et puisse votre docilité à ma parole disposer le Seigneur à exaucer lui-même vos prières et vos vœux ! Les arbres de la forêt se concertèrent un jour pour se choisir un roi. Ils dirent à l'olivier : Régnez sur nous. — Mais l'olivier répondit : Je produis une huile délicieuse, qu'on emploie pour les sacrifices, et qui nourrit les mortels ; je ne veux point priver le monde de mes bienfaits pour venir régner sur vous — A son refus, les arbres s'adressèrent au figuier : Venez, lui dirent-ils, et soyez notre roi. — Mais le fig-uier répondit : Je ne renoncerai point à la joie de donner en chaque saison des fruits rafraîchissants et parfumés, pour venir régner sur vous. — Les arbres songèrent alors au cep de vigne ; ils lui dirent : Venez et régnez sur nous. — Quoi! répondit-il, je cesserais de verser ma féconde liqueur qui ruisselle sur l'autel des dieux et réjouit le cœur des hommes pour aller régner sur vous ! — Enfin les arbres s'adressèrent à l'épine du buisson : Venez, lui dirent-ils, soyez notre roi. — Le buisson épineux répondit : Puisque vous me constituez votre roi, venez et reposez-vous à
Proteafati» de Joaihaia
Apologue du buisson
d'épiuot.
* Universa famllia urbis Mello (Jud., ix, 6). Mello paraît avoir été le surnom de Siclieui (de Saulcy, Dict. ant. bibl., pag. 474).
* Judic, cap. IX, 1-6. La barbarie d'Abiméiecb s'est perpétuée jusqu'au siècle dernier, comme une traditiou gouveruemoutale, au seiu de l'islamisme. Les sultans laissent souvent des enfants eu plus grand numbre encore que ceus de Gédéon. Celui d'entre eux qui leur succédait, avait soin de faire massacrer tous ses frères en arrivant au pouvoir. C'èi&ii \bk ioa. droit de joyevA avènement.
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l'ombre de mes rameaux. Si vous vous révoltez, l'épine trouvera contre vous des flammes vengeresses qui consumeront jusqu'aux cèdres du Liban. — Voilà votre histoire , habitants de Sichcm. Maintenant donc, si vous croyez avoir agi avec équité, si vous croyez votre conduite sans reproche, qu;ind vous avez choisi Abilûélech pour votre roi; s'il vous semble que vous avez traité dignement la mémoire et la race de Gédéon; que vous avez récompensé les services de ce héros, qui a combattu pour vous, qui s'est exposé à ta mort pour vous arracher au joug de Madian; si vous vous êtes acquittés envers lui du devoir de la reconnaissance, quand vous vous êtes armés contre sa famille, quand vous avez égorgé ses soixante-huit enfants, mes frères, et que vous avez tranché leur tête sur la pierre d'Ephra; quand vous avez choisi pour roi, Abimélech, le fils d'une servante, et que vous l'avez couronné à Si- "îhem, parce qu'il estvotrefrcre, allez, soyez fiers de votre ouvrage. Courez aux fêtes d'Abimélech, et que le cœur d'Abimélech trouve en vous son orgueil et sa joie. Mais si vous avez commis la plus monstrueuse des injustices, que la flamme de votre buisson d'épines vous dévore, qu'elle consume tous les puissants de Sichem et delà bourgade de Mello , et qu'elle anéantisse enfin Abimélech luimême *. »
Gaai relire S6. Sous ccttc formc éminemment orientale de l'apologue, Joa- *'1ndep*en-* tham Caractérisait à merveille la domination usurpée d'Abimélech. ■tUonaie. Gédéon avait refusé le trône d'Israël, de même que l'olivier refuse la royauté des forêts; ses fils, tombés sous les coups d'une main fratricide, auraient, de même que le figuier et la vigne de la parabole, décliné les honneurs du rang suprême. Alais l'épine du buisson, cet arbuste stérile et malfaisant, qui épuise la sève du champ nourricier et ne semble vivre que pour déchirer et nuire, qui s'arme de son aiguillon comme d'un instrument de contrainte ou de torture, l'épine, figure d'Abimélech, est avide de royauté. KUe veut le sceptre, comme un moyen de vengeance. Sortie de plus bas, elle prétend à une autorité d'autant plus formidable. Le buisson
> Judic, cap. IX, 8-20i
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aspire à dévorer le cèdre du Liban. Trois années d'un tel pouvo': suffirent à Abiraélech pour réaliser au pied de la lettre l'apologrc prophétique de Joatham. «Le Seigneur permit à l'esprit do discorde de s'établir entre l'usurpateur et les habitants de Sichem.L'autoritt d'Abimélech fut bientôt détestée. On lui reprochait le meurtre infâme de ses frères. Les chefs sichimites, qui avaient concouru à ce crime, furent enveloppés avec lui dans la haine commune. Un parti se forma contre Abimélech; quittant la ville, les mécontents s'éla- . blirent à main armée sur le sommet des montagnes voisines, dirigeant contre l'usurpateur tous leurs efforts réunis, et, en attendant l'heure de la vengeance, vivant de rapine et de pillage. Un étranger, Gaai. fils d'Ohed, à la tête des hommes de sa famille, vint jusqu'à Sicliem organiser la rébellion. Son arrivée fut le signal d'un soulèvement général. Les habitants se rangèrent sous ses drapeaux, sortirent avec lui dans la campagne, dévastant les vignobles et foulant aux pieds les grappes à demi-mûres. Celte foule grossie de tous les mécontents rentra à Sichera, en chassa l'usurpateur et vint en dansant entourer l'autel de Baal, aux cris mille fois répétés de : Mort à Abimélech! Gaal criait à ses compagnons : Quel esi donc cet Abimélech? et que sont les Sichimites pour lui obéir? Il est fils d'un héros! Mais il a établi pour gouverneur de Sichem le plus vil des esclaves. Et voilà que ce misérable Zébul prétend commander aux enfants d'Hémor, au noble peuple sichimite! Pourquoi supporter plus longtemps ce joug odieux? Qui me donnei-a de réunir sous ma main tous les braves pour aller exterminer Abimélech ! — Cependant on vint dire à l'usurpateur : Rassemblez toute votre armée et venez. — Zébul, le gouverneur de Sichem, ayant entendu les menaces de Gaal, avait secrètement envoyé ce message à Abimélech, en ajoutant : Voilà que le fils d'Obed est venu à Sichem et soulève le peuple contre vous. Réunissez votre armée, cernez la ville pendant la nuit, et demain, dès l'aube, fondez sur les rebelles. Gaal sortira à votre rencontre; traitez-le alorscomme illeméi-itc- Abimélech ne p-rdit pas de temps; il disposa durant la nuit ses troupes en embuscade, dans quatre positions ditférentes, autour de la ville. Le lendemain, au lever de l'aurore, Gaal s'était rendu à la '«^y
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porte de Siclicm, A cet instant, Abiniélech et ses soldats commençaient leur mouvement oiî'ensif contre la cité. A celte vae, Gaal dit à Zéi>ul : Quelle est cotte multitude sur la montagne? — C'est l'ombre des forêts qui te fiiit illusion, répondit Zébul, tu prends ses oscillations pour des têtes d'hommes! — Non, non, reprit Gaal. Voilà toute une armée qui descend de la hauteur. Voici une seconde troupe qui s'avance par la route du chêne. — Eh bien, dit alor Zébul, qu'as-tu fait de ton courage? Tu disais hier : Quel est ce Abimélech pour qu'il règne sur nous? Aujourd'hui tu as sous le yeux l'armée de celui que tu méprisais. V^a donc la combattre. — Gaal s'élança dans la plaine à la tête des siens pour engager la bataille. Le peuple de Sichem demeura spectateur de la lutte. Gaal vaincu fut repoussé jusque sous les murs de la ville, après avoir perdu ses meilleurs soldats. La victoire d'Abimélech ralfermit l'autorité de Zébul un instant ébranlée, et celui-ci ferma les portes de Sichem au fugitif. Mais, dès le lendemain, les Sichimiles, au désespoir de retomber sous un joug détesté, forcèrent le gouverneur à leur ouvrir les portes et coururent attaquer Abimé?ech, qui avait campé pendant cette nuit dans la plaine, près do Ruma. Ils furent entièrement défaits, et leur ville, prise par le vainqueur, fut rasée, On sema du sel sur ses débris fumants, et tous les habitants furent passés au fil de l'épée '. n Sie edeia ^'^ ' ^^^^^ ^^ prophétie de Joatham, la flamme s'(:lançait du buistonrdesi- gQj^ j^^jg g^g n'avait pas encore dévoré assez de victimes, a La
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Abiméiecb. ^q^. jg Sichem, dans une position inexpugnable, avait résisté aux etforts d'Abimélech. Les soldats qui la défendaient, à la vue du désastre de leur patrie, s'étaient prosternés devant l'autel de leur Dieu BaaP, implorant son assistance. Abimélech trouva pour les forcer dans leur retraite un horrible stratagème. Il se rendit avec son armée aans la forêt de Sclmon, au nord de Sichem. Là, saisissant une hache, il coupa une branche d'arbre et la chargea sur son épaule. S'adressaut à ses compagnons : Hâtez -vous, leur dit-il. Faites tous ce que vous m'avez vu faire. — Eu un instant les sol-
^Judic, cap. IX, 23-46.— • Voir Bonfrer.,Commen<ar.m/»'6./«rf.,cap. ix, 46,
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dats eurent abattu un monceau de bois qu'ils rapportèrent au pied de la lour tle Sichem. On y mit le feu; la forteresse fut envahie par les flammes, et les malheureux qui y étaient renfermés au nombre d'un minier de personnes, hommes et femmes, furent étouffés par la fumée ou consumés par l'incendie ». » Le buisson d'épines avait dévoré les cèdres du Liban, il ne restait plus à la flamme vengeresse qu'à se retourner contre le buisson lui-même. La dermère heure d'Abimélech était venue.
58. Au nord-est de Sichem, la petite ville de Thébès avait refusé ^ si^ge^^ de se soumettre à l'usurpateur. A la tête de son armée victorieuse, mejerrè^ Abimélech vint en faire le siège. Surpris par son arrivée soudame, main d'une les habitants de Thébès s'étaient réfugies dans une tour élevée au d-Abiméiech. milieu de l'enceinte de leur ville. « Abimélech s'avança jusqu'au pied de 1a forteresse , et après un premier et vigoureux assaut, se disposait à renouveler l'exploit de Sichem, et à mettre le feu aux portes de la forteresse. En ce moment une femme, au sommet de la tour, fit rouler par-dessus le parapet une grosse pierre, éclat détaché d'une meule de moulin. Dans sa chute la pierre vint frapper Abimélech à la tète. Blessé à mort, il eut encore la force d'appeler son ëcuyer : Prends ton épée, lui dit-il, et perce-moi le cœur. Qu'il ne soit pas dit qu' Abimélech ait reçu la mort de la main d'une femme I — L'écuyer obéit, et tua son maître. A cette nouvelle, tous les soldats d'Abimélech se débandèrent et retournèrent dans leurs demeures. Ce fut ainsi que Dieu punit la cruauté du fratricide, et accomplit sur les Sichimites la malédiction prononcée par Joatham, fils de Gédéon^, »
L'épisode d'Abimélech, ainsi qu'on a pu s'en convaincre en lisant les récits bibliques traduits par nous, se développa dans une sphère très-restreinte, et n'atteignit qu'une fraction peu considérable du peuple hébreu. Sichem et la petite bourgade de Mcllo reconnurent seuls le pouvoir de l'usurpateur. Seuls ils partagèrent son idolâtrie et se prosternèrent aux autels de Baal. L'autorité d'Abimélech était circonscrite dans un cercle si étroit que Joatham son frère fut venir mipunément la braver sur le mont Garizim, àdeuxmilles
» Judic, cap. IX, 46-49. — ^ Idem, ibid.» 50-57.
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seulement de Sichem. La pellto ville de Thébès, dans la plaine oriontiile, à douze milles de Sichem, n'avait pas accepté le joug de l'usurpateur. Il y eut donc là plutôt un essai de tyrannie domestique qu'une royauté reconnue en Israël. Le culte de Baal à Sichem nous apparaît comme le résultat de la faiblesse des Juifs qui avaient laissé subsister les races étrangères au sein des villes de la conquête. Quand, au milieu de la cité révoltée, Gaal s'écrie : « Qui D est donc Abimélech pour imposer aux fils d'Hémor le joug d'un » esclave comme Zébiil! » il est évident qu'il fait appel aux traditions chananéennes. On n'a pas oublié Hémor, le chef cliananéen le Salem ou Sichem, dont le fils, au temps de Jacob, avait brutaement enlevé Dina, la fille du Patriarche *. Les descendants d'Hénor, auxquels s'adressait Gaal, étaient donc idolâtres d'origine; leur dieu Baal était le dieu de leurs pères. Nous comprenons ainsi comment Abimélech, pour les besoins de sa cruelle politique, et pour fortifier son parti de l'adhésion de ces étrangers, se trouva naturellement porté à llalter leurs passions idolâlriques, et à adopter leur culte. En appliquant ces observations à l'ensemble du peuple juif, dans les conditions où il vivait alors au sein de la Terre promise, nous apprécions mieux le danger incessant qui résultait pour lui du contact avec les races chananéennes; et nous comprenons pourquoi les Juges et les Prophètes d'Israël ont si souvent l'occasion de redire : a Faites disparaître les dieux étrangers du » milieu de vous ^. »
§ IX. Thola et Jnïr (I306.I2G3).
59. Joatham, échappé à la sanglante exécution d'Abimélech , et réfugié depuis à Béra, petite ville de la tribu d'Ephraïm, au nord de Jérusalem ^, ne chercha point à profiter dans un but d'ambition personnelle, de la chute de l'usurpateur. Fidèle aux sentiments de modération exprimés dans son apologue, il conserva son obscurité et son isolement, portant sans doute pendant le reste de sa vie lo
* Tom. I de celle Histoire, pag. 435, 43G. — ' Au ferle deos alienos de meiit vesdi {Jos. caji. xxiv, 23). — ' Reland., Palœslina itluslrata, toiE. II, pag. 617, arlic. Béer; yuc/ic, cap.ix, 21.