‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 17 sur 84 · CHAP. I. — JEPHTÉ · texte numérisé non relu

CHAP. I. — JEPHTÉ

deuil de ses frères, immolés à une ambition barbare. Cependant le souvenir de Gédéon, son père, toujours vivant en Israël, consacrait en quelque sorte, aux yeux de la nation, le sang du héros. Un Juge fut donc choisi dans sa famille. « Thola, fils de Phua , et frère utérin de Gédéon, fut investi de cette magistrature populaire. Il était de la tribu d'Issachar , et habitait la ville de Samir , à dix milles de la mer Méditerranée, à l'extrémité du rameau occidental de la montagne d'Ephraïm. Thola gouverna le peuple d'Israël pendant vingttrois ans, et il mourut. On lui donna la sépulture à Samir. Son successeur, Jaïr, de Galaad, dans la demi-tribu de Manassé, sur 1-a rive orientale du Jourdain, exerça la judicalure en Israël pendant vingtdeux ans. Une nombreuse famille l'entourait. Trente fils, brillants de splendeur et de jeunesse, montés sur les ânes élégants de la Judée, formaient son cortège. Jaïr leur confia le gouvernement de trente cités dans le pays de Galaad. Leur souvenir s'est perpétué dans CCS villes, qui ont conservé jusqu'à ce jour le nom de Havoth- Jaïr (Oppida Jaïr), A sa mort, il reçut la sépulture dans la ville de Camon, à l'est de la ville de Galaad , sm^ un afiÛuent du Jaboc •. » Cinquante ans de paix et de fidélité, sous la direction patriarcale de ces deux Juges, sont ainsi résumés dans le récit biblique. Heureuses les époques dont l'histoire offre ce caractère de simphcité calme et tranquille ! Un chef jugeant les peuples avec une autorité paternelle, une mémoire révérée, une tombe entourée des bénédictions populaires, telles sont les traces laissées dans les annales de la nation sainte par Thola et Jaïr.

§ X. Jcphté (1243).

60. Partiellement troublée par le sanglant, mais court épisode Servitad*

& ' i d'Israël

5'Abimelech, la félicité d'Israël s'éiait développée parallèlement à sousie*

AmmonitM

ga fidélité au culte de Jéhovah, depuis la magistrature de Gédéon. Près d'un siècle s'était écoulé dans les douceurs de la paix; cependant la prospérité a des séductions dangereuses pour les nations comme pour les individus. Elle amollit les carPiCtères, ®t, ijar un

> Judk.f cap. X, 1-5.

ISG HISTOIRE DE l'Église. — iv'' époque. — ère des juges (1380-1080).

Êingulier contraste, elle endurcit en même temps les cœurs. L'humanité dégénérée est si faible, qu'elle ne peut supporter dignement le poids du bonheur. « Les fils d'Israël, pervertis durant ce îo;ig intervalle de repos, ajoutèrent des crimes nouveaux à ceux de leurs pères; ils se livrèrent aux plus honteux désordres en présence du Seigneur. Les autels de Baal et d'Astaroth furent relevés de toutes parts; les tribus coururent se prosterner devant les idoles de Syrie et de Sidon, de Moab, d'Ammon et des Philistins. Le culte de Jéhovah fut abandonné et n'eut plus d'adorateurs. Le Seigneur irrité livra ce peuple ingrat au pouvoir des Philistins et des Ammonites. Tout le pays situé au-delà du Jourdain, à l'est de ce fleuve, la terre fertile de Galaad gémit sous une servitude de dix-huit ans. Non contents de cette domination tyrannique, les ûh d'Ammon passèrent le fleuve, dévastèrent les tribus de Juda, d'Ephruïm et de Benjamin. A l'occident, les Philistins opprimaient les tribus riveraines de Siméon et de Dan; Israël pleurait sa liberté perdue. Réuni à Silo, le peuple repentant vint implorer la miséricorde de Jéhovah : Nous avons péché contre vous, s'écriaient-ils. Nous vous avons abandonné, vous, notre Seigneur et notre Dieu, et nous avons adoré l'impure idole de Baal ! — Le Seigneur leur fit cette réponse par la voix du grand prêtre : Ne vous souvenait-il plus qu'aux jours anciens, l'Egyptien, l'Amorrhéen, les fils d'Ammon, les Philistins, les tribus de Sidon, d'Amalec et de Ghantian vous ont tour à tour opprimés? Vous recourûtes alors à ma protection puissante, et je vous ai délivrés. Vous le saviez, et cependant vous m'avez abandonné pour servir des dieux étrangers! Je n'étendrai plus la main pour vous rendre la liberté. Allez implorer le secours des dieux que vous vous êtes choisis; qu'ils se chargent de vou3 rotéger à l'heure de la détresse! — Redoublant de prières et de armes, les lils d'Israël dirent au Seigneur : Nous avons péché I Punissez-nous vous-même dans la mesure de notre iniquité, mais daignez nous accorder la délivrance. — Se séparant alors, iis renversèrent les autels des faux dieux, brisèrent leurs images et rétabliront le culte unique de Jéhovah dans toute l'étendue de la Terre promise. Touché de leur soumission, le Seigneur eut pitié de leur

CDAP. I. — JEPHTÉ (1243). 187

misère. Cependant, les fils d'Ammon, pour venger leurs dieux de l'outrage d'Israël, se réunirent à Galaad en poussant des cris da vengeance, et une armée formidable couvrit bientôt la plaine de ses nombreux pavillons. Le peuple hébreu accourut en armes à Maspha. Les chefs d'Israël convinrent alors de déférer le commandement à celui qui , le premier, engagerait les hostilités avec l'ennemi ^ n

61. « Or, il v avait en ce temps un vaillant guerrier, de la tribu .Jephtéest

' J •■■ o ' investi de u

de Manassé ^, sur la rive orientale du Jourdain : c'était Jephté, fils judicature. de Galaad. Son père l'avait eu d'une femme de condition vile, et les autres enfants de Galaad l'avaient ignominieusement chassé du toit paternel. Jamais, lui avaient-ils dit, le iils d'une indigne étrangère n'entrera avec nous dans l'héritage de la famille! — Jephté s'éloigna du sol qui l'avait vu naître; il se retira dans la région montagneuse de la terre de Tob, sur la frontière orientale de la tribu de Gad. Profitant de la position de ce pays, situé sur les confins du territoire ammonite, il réunit sous ses ordres une troupe d'Israélites fugitifs qui cherchaient à se venger de l'invasion par le

* Judic, cap. X, 6 ad ultim. La plupart des traducteurs ont cru devoir ajouter, à ces paroles de la Bible, uue explication qui nous semble iuadmissible. « Aucun des chefs, disent-ils, n'eut le courage d'entreprendre la guerre. » C'est M. de Sacy qui parle ainsi. « On ne trouva personne, dit M. Munk, ca- 11 pable de se charger d'une mission aussi dangereuse. » Un peu plus de réflexion aurait fait, selon nous, comprendre la complète inexactitude d'une pareille hypothèse. Il y eut réellement quelqu'un qui eut le « courage d'en- » treprendre la guerre, » on « trouva une personne capable de se chnrgor de » cette mission. » Ce fut Jephté, dont l'écrivain sacré nous raconte l'histoire au chapitre qui suit immédiatement et sans aucune transition. Jephté remplit les conditions déterminées d'avance par les chefs réunis à Maspha, conditions qui furent vraisemblablement inspirées par l'Esprit du Seigneur, et dictées par l'oracle de Silo; et c'est ainsi que le pouvoir suprême lui fut décerné. M. Muuk et les rationalistes modernes préféreraient ne voir dans l'élévation de Jephté qu'un acte de souveraineté populaire : et Dieu sait ce qu'un tel sujet est capable de leur dicter de considérations philosop-hicodémocratiques. Mais pour nous, qui traduisons la Bible purement et simplement, nous ne saurions y trouver autre chose que ce qui y est l'éellement; rien de plus, rien de moins. Nous l'avons déjà dit, la Bible ne s'occupe utilement des théories politiques à l'usage du xix^ siècle de l'ère chrétienne,

• Voir Bûufrer., Commeniar. in lib. Judic, cap. xi, 1.

188 HISTOIRE DE L'ÉGLISE, — lY* ÉPOQUE. — ERE DES JUGES (1380-1080).

pillage, et qui lui obéissaient comme à leur chef. Telle était la situation de Jeplilé au moment où les fils d'Ammon menaçaient l'armée d Israël. Les anciens de Galaad vinrent le trouver au pays de TiioL, et lui dirent : Venez, et soyez notre chef, dans la guerre contre les Ammonites. — Eh quoi! répondit Jephté, n'est-ce pas vous qui m'avez poursuivi de votre haine et m'avez chassé de la maison de mon père? Aujourd'hui, contraints par la nécessité, vous avez recours à moi! — C'est en efTet pour cela, reprirent les envoyés, que nous nous adressons à vous. Venez, partons ensemble, mettez-vous à notre tête pour combattre les fils d'Ammon, et soyez le chef de Galaad. — Jephté leur répondit: Si vous voulez sincèrement que j'entreprenne cette guerre, souvenez-vous qu'au jour où Jéhovah aura livré entre mes mains les fils d'Ammon, je continuerai à gouverner le peuple d'Israël. — Nous vous en faisons le serment, dirent-ils. Que Jéhovah qui nous entend, soit lui-même le témoin et le garant de notre parole. Nous accomplirons nos promesses. — Jephté se rendit donc avec eux à Maspha. Tout le peuple l'acclama comme son chef, et, à partir de ce jour, il donna ses ordres au nom du Seigneur. »

Ambassade 6:2. « Un mcssagc fut adressé par lui au roi ammonite. Les enitJd'Anomon, voyés d Isj'aël lui dirent de la part de Jephté : De quel droit èlesvous venu dévaster mon territoire? — Le peuple disraël, réponditil, lors de sa sortie d'Egypte a envahi les terres de mon empire, depuis les rivages de l'Arnon jusqu'au torrent de Jaboc et au lleuvo du Jourdain. Rendez-moi ces domaines injustement conquis et je ferai la paix avec vous. — Cette proposition fut rapportée à Jephté, qui renvoya les messagers avec des instructions nouvelles. Voici , dirent-ils au roi, la réponse de Jephté : Israël ne s'est point injustement emparé du territoire de Moab et de celui des fils d'Ammon. 'Quand ce peuple sortit d'Egypte, il traversa le désert jusqu'à la mer Rouge, et vint à Cadès. De là, il envoya des ambassadeurs au roi d'Edora : Laissez-nous, lui dirent-ils, la faculté de traverser voire territoire. Le roi d'Edom s'y refusa. Une demande semblable fut adressée au roi de Moab, qui la repoussa de même. Le peuple d'Israël ne chercha point à passer outre; mais longeant les fron-

CIIAP. I. — JEPHTÊ (1243).

Hères du pays d'Eclom et de Moab, il en fit le tour et vînt camper à l'orient de Moab, sur la rive opposée de l'Arnon, respectant celte barrière, car l'Arnon était encore un fleuve moabite. Ce fut alors que des messagers furent adressés à Sehon. roi des Amorrhc'en;j, dans sa ville d'Hésébon : Laissez-nous, lui dirent-ils, passer librenent par votre territoire pour gagner la rive du Jourdain. — Sehon ne se contenta pas de repousser avec mépris la proposition pacifique qui lui était transmise; il rassembla une armée nom-. breuse et vint fondre sur le camp Israélite à Jasa. Mais Jéhovah combattait avec Israël. Le roi des Araorrhéens et toute son armée furent taillés en pièces ; son territoire tomba entre nos mains par le droit légitime de la guerre, et Israël s'empara de tout le pays, depuis les rives de l'Arnon jusqu'au torrent de Jaboc et au fleuve du Jourdain. Et maintenant que Jéhovah notre Dieu, combattant pour nous, dans la plus juste des guerres, a livré en notre pouvoir le royaume amorrhéen, vous prétendez nous en dépouiller! Est-ce que la terre de votre dieu Chamos ne lui appartient pas légitimement ? De quel droit revendiquez-vous donc les justes conquêtes de Jéhovah noire Dieu? Etes-vous plus puissant que Balac, fils de Séphor, roi des Moabites? Pendant trois cents ans qu'Israël a possédé en paix Hésébon et ses campagnes, Aroër et tout son territoire, ce prince a-t-il élevé une seule réclamation, nous a-t-il une seule fois déclaré la guerre ? Pourquoi donc venez-vous attaquer une possession légitime, après une jouissance trois fois séculaire?» 3.- Telle était à cette époque primitive la logique simple et droite qui présidait aux négociiitions internationales. Nous regrettons infiniment que M. Munk ait cru devoir laisser dans l'ombre ce fragment de diplomatie biblique. En l'étudiant avec plus de soin, il aurait peut-être hésité à tracer de Jephté un portrait aussi peu flatteur que celui-ci : « Ce chef brave, mais barbare, dit-il, s'était » établi dans la contrée de Tob, où, entouré de vagabonds, il se » liv>'ait au brigandage. Jusque-là il avait vécu au milieu 'd'une » bande de brigands; nourri de superstitions païennes, il ne conf> naissait de Jéhovah que le nom. » Ainsi Jephté, sous la plume d'un Juif moderne, se transforme en quelque atroce figure de Tes^-

CalomniM de l'école rationaliste au sujet de Jepbté.

190 msTOiRE DE l'Église. — it* époque, ^^ère des juges (1o80-!080).

talunga ou de Cartouche : on le voit détrousser les passants inoffensifs sur un grand chemin, et mêler, dans quelque caverne de ses montagnes, le sang de victimes innocentes aux orgies du culte infâme d'Astaroth. Et cela s'appelle de l'histoire impaitiale! A vrai dire, nous préférerions mille fois qu'un sentiment dhonneur patriotique eût entraîné ici vers une indulgence même excessive le savant écrivain. La main d'un fils a le droit de couvrir la mémoire fle son père, et ce sera toujours un rôle ignominieux de se faire le Cham de l'histoire. Mais le nom de Jephté n'avait pas besoin d'indulgence; la justice la plus rigoureuse suffisait pour l'absoudre de ces griefs imaginaires. Au moment où Jephté s'établissait à main armée sur les montagnes de la terre de Tob, aux confins des pays de Moab et d'Ammon , ces tribus ennemies étaient maîtresses de touc le midi de la Palestine. II y avait donc là autre chose que le brigandage vulgaire et déshonorant dont parle M. Munk; ù moins que l'école historique moderne ne voie plus qu'un brigand dans l'héroïque Pelage, le fugilif des monts Cantabres, devenu plus tard le vainqueur des Maures et le roi chrétien de la catholique Espagne. C'était sur les envahisseurs de sa patrie que tombaient les coups de Jephté. Un simple coup d'œil jeté sur une carte de la Palestine, suffisait à M. Munk pour le convaincre du noble courage qu'il fallait à un Israélite pour aller s'établir, à main armée, sur les montagnes de ïob, au centre même de la domination étrangère, et il se fut bien gardé de traduire les paroles expresses de la Bible : Jephté, vir fortissimus atgue jnajnator^, par celles-ci: « Chef » barbare, vivant au milieu d'une bande de brigands. » Le xi' chapi!re du livre des Juges est le seul document authentique qui nous fasse connaître Jephté. Nous ne supposons pas en ellVi que M. Munk au voulu garder par devers lui, sans les faire connaître au monde gavant, d'autres titres originaux qui remonteraient à l'époque de la guerre de Troie. Quand la Bible fiiit un éloge, de quel droit l'interprélerait-on dans le sens de la plus grossière injure? Comment surtout oser dire que Jephlé, a au miUeu de ses brigands, uouitî

* Jud'jc., cap. XI, Il

CHAP. I. — JEPnTÉ (12i3).

f> de superstitions païennes, ne connaissait de Jéhovah que le » nom? » Mais écoutez donc le langage de Jeplilé. Voilà qu'au sein de ses montagnes, dans le repaire où vous supposez q-^'U vit dans l'ignorance et le crime, des députés de Galaad viennent trouver a ce chef barbare, » et lui proposent le commandement suprême. Ce « brigand, nourri de superstitions païennes, » leur répond par les expressions mêmes d'Isaac à l'Abimélech de Gérara ». Singulier paganisme, qui emprunte son langage à la Genèse! Jeplité consent à suivre les envoyés d'Israël à Maspha. Son arrivée soulève d'unanimes acclamations d'enthousiasme et de joie de la part du peuple juif. Or, riiistorien sacré ^àent de nous prévenir que toutes les traces d'idolâtrie avaient été effacées du sol de la Terre promise. D serait vraiment bien étrange que la nation qui venait de rendre à Jéhovah ce témoignage de fidélité, se fût en quelques jours contredite elle-même au point de saluer ainsi un chef « nourri de su- » perstitions païennes. » Ce n'est pas tout : Jephté, à peine sorti de sa caverne de voleurs, se montre à nous comme le diplomate le plus instruit de l'histoire nationale écrite par Moïse. Il avait fallu qu'il méditût profondément le livre des Nombres, pour en i^produire l'esprit et les termes eux-mêmes, ^ avec tant de précision, dans ses relations diplomatiques avec le chef de la tribu d'Ammon. 11 s'était donc nourri d'autre chose que « de superstitions païennes » dans sa retraite de Tob. Il avait donc lu et relu les livres de Moïse, selon que la loi du Sinaï le prescrivait; et, comme ces livres n'étaient pas séparés en catégories distinctes, s'il en possédait aussi parfaitement la partie historique, il devait en connaître également la partie morale, et par conséquent il connaissait « de Jéhovah » autre chose « que le nom. »

64. « Le roi ammonite rejeta toutes les explications pacifiques DéjUed„«* çie Jephté lui avait fait transmettre, et la guerre fut déclarée. Jœutémé.^ lEsprit du Seigneur se reposa sur le chef hébreu. Parcourant le de Jephté. territoire de Galaad et de Manassé, il rassembla une armée nor .^

i Gemé., cap. sxvi. 27; Judic, cap. ix, 7. - « mmer., cap. xxi, 24 ; Judk., cap. XI, i3i Numer., cap. xx, ik-.Judic, cap. xi, 17; Kumer., cap. xxi, Uf Judic, cao. w 18 : Numer.. cao. xxii. 2 ; Judic. . cao. xi. 25.

breuse, à la tête de laquelle il s'avança contre les fils d'Ammon. Brûlant du désir de venger sa patrie, il fil à Jéliovali ce vœu solennel : Si Dieu m'accorde la victoire, je promets de lui offrir en holocauste le premier objet qui sortira de ma demeure, quand je ren-trcrai triomphant. — La bataille s'engagea des deux côtés avec une égale ardeur Mais Jéhovah combattait pour Jophté. Les Ammonites complètement défaits prirent la fuite, et les guerriers d'Israël les poursuivirent depuis Aroër jusqu'à Mennith, les chassant de vingt cités, jusqu'aux vignobles d'Abel. Amraon humilié se courba sous la main d'Israël. Le héros victorieux reprit la route de sa demeure. Il arrivait à Maspha lorsque sa fille unique, soi tant de la tente paternelle, vint à sa rencontre, conduisant elle-même des chœurs de danse, et accompagnant du tympanon les hymnes de gloire. Jephté n'avait pas d'autre enfant. A cette vue, il décliira ses vêtements : Hélas! ma fille bien-aimée! s'écria-t-il. Quelle horribie déception ! Et il lui apprit le vœu qu'il avait fait au Seigneur. — Mon père, répondit la jeune Israélite, accomplissez la promesse que vous avez faite à Jéhovah. Il vous a donné la victoire, soyez lui fidèle comme il l'a été envers vous. Permeltez-moi seulement de retourner deux mois encore sur les montagnes qui m'ont vu naître, pour y pleurer ma virghiité avec mes compagnes. — Va! lui dit Jephté. — Et elle s'éloigna pendant deux mois. Avec les compagnes de sa jeunesse, elle revit les lieux témoins de sa naissance, et elle pleurait sa virginité. Les deux mois expirés, elle revint près de son père; il accomplit sa promesse, et la fille de Jephté ne fut jamais mariée. C'est de là que vint la coutume'pour les jeunes filles d'Israël, de consacrer chaque année, par un deuil (le quatre jours, la mémoire de la fille de Jephté. » U^éritésur Go. Telle est la traduction scrupuleusement exacte de ce passage

le sacrifice ,

deiaiilie (je la Bible. Les volumes de controverse auxquels il a donne naiS"

ds Jephté.

IF

sauce formeraient une véritable bibliotlièque. Nous ne voulons point suivre la discussion dans un pareil dédale. Il y a, stolon nous, lai moyeu plus simple d'approcher de la vérité si laborieusement cherchée. Trois considérations sont, à nos yeux, péremptoires, et Drouvent que l'immolation de la fille de Jephté ne fut point comme

ciiAP. I. — JEPiiïÉ (1243). 103

celle d'Ipbigénie, en Aulide, une immolation sanglante. 1" Pour quiconque a étudié le style biblique, il est constant que l'eupbémisme y est inconnu, et que l'expression est [oujours l'image la plus vive et la moins dissimulée de la réalité. Nul ne sait mieux que nous cette loi d'une langue primitive qui ignorait les nuances et mettait le fait sous les yeux. Nous avons eu dans toute la suite du récit assez de difiicultés pour voiler, dans notre idiome vieilli, les reliefs trop saillants du langage oriental, et c'est avec la conscience des efforts qu'une telle réserve nous a coûtés, que nous déclarons que si la fille de Jephté avait été poignardée par son père et brûlée ensuite sur l'autel des holocaustes, la Bible l'aurait dit nettement, simplement, sans aucun détour. Le même écrivain qui avait dit de Gédéon : Surrexit^ et interfecit Zebee et Salmana *; qui avait dit d'Abimélech : Venit, et occidit fratres siws, septuaginta viros super lapidem unum 2, n'aurait pas hésité à dire de Jephté : Il se leva et il tua sa fille. Cette observation peut ne pas frapper autant l'esprit du lecteur qu'elle nous frappe nous-même. Moins famiharisé avec le style de la Bible, on ne sentirait pas aussi vivement la justesse de cette appréciation. Voici un argument plus positif. Nous mettons au défi de citer, dans toute la Bible , une seule exécution sanglante, un seul fait de la nature la plus révoltante ou la plus horrible, qui ne soit relaté avec toute sa crudité, sans aucune ombre de ménagement ^. La prétendue immolation de la fille de Jephté serait donc l'unique exception de ce genre qu'on trouverait dans le récit biblique. 2° La fille de Jephté, en apprenant le vœu de son père, demande deux mois pour pleurer sa virginité. Ce délai lui est accordé ; et pendant deux mois, répète le texte sacré,

1 Gédéon se leva et tua Zéhéé et Salmana [Judic, cap. viii, 21). — * 11 vint, et sur la même pierre cgoigea ses soixante-dix frères {Judic, cap. ix, 5).

* Qu'il nous soit permis Je dire ici que c'est précisément pour cette raison que l'Eglise catholique a toujours mis une prudence et une réserve vraiment maternelles dans les mesures prises par elle à propos de la lecture de la Bitle en langue vulgaire. Toutes les récriminations du Protestantisme à ce sujet ne changent rien à la nature des choses, et quiconque voudra réfléchir un instant, trouvera dans son propre cœur une éclatante justification de la conduite de l'Eglise.

Page 1