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parcourant les montagnes de Galaad, elle pleurait sa virginité : F/elat Virginitatem swam. Mais à qui fera-t-on croire qu'une jeune fille qui va mourir dans deux mois, sous le couteau sacré, ait pu pleurer autre chose que sa mort prochaine? A qui fera-t-on croira qu'elle ait eu la force de parcourir les mouiugnes, témoins des jeux de son enfance, et de supporter à ses côtés les compagnes qui allaient deux mois plus tard assister à son supplice? Le cœur humain n'était pas autre au temps de Jephlé qu'il l'est de nos jours. Soixante-neuf ans à peine nous séparent d'une époque où l'on vit des jeunes fîUcs de toutes les conditions arrachées à leurs mères et traînées à l'échafaud, sur tous les points de la France. Que pleuraient ces innocentes victimes? Leur mort, la honte de leur patiie, la perte de leur famille. Et celles qui, hbres encore, attendaient chaque jour que la hideuse main des terroristes, précédant celle du bourreau, vînt se poser sur leur épaule, est-ce qu'elles parcouraient les montagnes qui les avaient vues naître, est-ce qu'elles allaient avec leurs compagnes pleurer leur virginité? Non, mais elles allaient parfois se jeter aux pieds d'infâmes tyrans, elles adressaient à ces monstres des prières qui auraient attendri les tigres euxmêmes, et leur demandaient la vie et celle de leurs parents. Enfin, quand le décret de mort était accompli pour elles, est-ce qu'il se résumait ainsi : « Elle a subi son sort, et ne fut jamais maiiée? » Disons-le donc, la rédaction du texte biblique est incompréhensible, s'il s'agit pour la fille de Jephté d'une immolation sanglante. Mais au contiaire, si on l'entend du sacrifice de la virginité fait au Seigneur, et de la consécration de la jeune fille au service du Tabernacle, le récit prend une couleur toute naturelle et s'explique à merveille. La virginité, élevée par le christianisme à un si haut degré d'honneur, était une exception en Israël. La perpétuité de la race, la conservation de la famille, la stabilité du nom dominaient comme un intérêt suprême et comme une obligation sacrée toute l'organisulion sociale. On conçoit donc et le désespoir de Jephté et les regrets de sa fille unique, subitement enlevée à toutes ses légitimes espérances. 3° A toutes les impossibilités qu'entraînerait l'interprétation que nous combattons, il nous semble
cnAP. I. — JEPiiTÉ (1243). 19o
qu'il en faut ajouter une dernière d'un ordre plus élevé encore. C'est celle qui résulte de la défense formelle de la loi mosaïque. M. Munk, on pouvait s'y attendre, affirme que la fille dt Jeplité fut brûlée comme un holocauste sur l'autel du Seigneur, et il a soin d'ajouter avec une conscience indignée : « Tant les doctrines B de Moïse étaient alors peu connues et ses lois peu observées * I » Nous avons suffisamment prouvé que Jephté connaissait à fond les livres de Moïse, puisqu'il les citait si fréquemment. Mais en bupposant même qu'il les eût complètement ignorés, la thèse de M. Munk n'en serait pas plus admissible. Jephté, après sa victoire et la délivrance du peuple hébreu, n'était plus, on en conviendra, un inconnu pour la nation d'Israël. Son vœu prononcé en présence de toute l'armée était de notoriété pubhque, et le dénouement si douloureux pour son cœur de père qui venait le frapper au seuil de sa demeure, avait dû émouvoir et les soldats qu'il avait conduits à la victoire, et la nation qui le reconnaissait pour juge, et les prêtres qui voyaient en lui l'élu de Dieu. Or, dans l'hypothèse d'une immolation sanglante de sa fille , un intervalle de quarante jours s'écoule entre le retour triomphal et le funèbre sacrifice. Durant ces |uarante jours, ni Jephté, qui y avait le plus grand intérêt; ni la Hère, qui allait perdre une enfant bien-aimde; ni la famille du héros, qui allait voir une tache de sang s'étendre sur sa gloire; ni les soldats qui aimaient leur chef, ni la nation si fière de sa liberté reconquise, ni les prêtres, interprètes de la loi de Jéhovah, personne enfin n'élève la voix pour lire en présence d'un père, d'une mère, illusti'es et désolés, le texte sauveur : « Vous n'imiterer B point les abominations chananéennes. Jéhovah les a en horreur. B Ces peuples offraient leurs fils et leurs filles en sacrifice, et les » brûlaient sur l'autel de leurs dieux. » Quoi ! Jephté qui citait dep passages de la Genèse et des Nombres aurait, en cette circonstance, oublié ces paroles du Deutéronome! La loi de Moïse était oubUée, dites-vous. — C'est une erreur, puisque l'écrivain sacré vient de flous avertir, une page plus haut, que le culte de JéLovah avait
• Palestine, pag. 24û,
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été rétabli dans tuule l'étendue de la Terre promise, immédiatement avant la victoire de Jephté. Mais rétablir le culte de Jéhovah, c'élai't remettre en vigueur toute la loi mosaïque, c'était par conséquent offrir à la méditation du peuple tout entier le texte de la loi. L'immolation de la fille de Jephté ne fut donc pas un sacrifice sanglant; elle ne devait pas, elle ne pouvait pas l'être.
RéToite 66. Si cette doctrine avait besoin d'une confirmation, nous la
'liorrde'' trouverions dans le fait suivant : « Sur ces entrefaites, une sédition
Jephté. s'éleva contre Jephté de la part de la tribu d'Ephraïm. Les guerriers de cette tribu vinrent le trouver après sa victoire : Pourquoi, lui direntils, en allant combattre les fils d'Ammon, ne nous avez-vous point appelés sous vos étendards? Vous nous avez outragés par ce dédain, nous nous vengerons en incendiant vos tentes. — Vous savez, répondit Jephté, quelle guerre cruelle nous fa saïpnt les Ammonites. Je vous ai convoqués, mais vous n'êtes pas venus. Sans plus tarder, j'ai risqué ma vie, et livré bataille aux fils d'Ammon. Le Seigneur les a livrés entre nos mains. Y a-t-il de quoi mériter votre ha>ue et justifier votre agression? — Cette réponse n'apaisa point les mécontents. Ils coururent aux armes, en vociférant contre le héros les plus grossières injures. Galaad, ton père, disaient-ils, n'était qu'un transfuge de notre tribu ! Il a quitté Ephraïin pour aller solliciter Tadoption de Manassé, et Manassé lui-même l'avait repoussé! — Jephté répondit en grand capitaine à ces vils outrages. Sous ses ordres, l'armée Israélite défit les rebelles dans un sanglant combat. Tous les [ja-s;iges du Jourdain avaient été gaidés, en sorte que chaque fuyard qui se présentait pour franchir le fleuve, tombait dans les embuscndes préparées le long de la rive. A chacun d'eux on dcmaiulait : Es-tu Ephraïraite? — Le malheureux, pour échapper à la mort, l'épondait : Non, je ne le suis pas. — Mais les soldats de Jephté, insistant encore, Ini disaient : Prononce alors le mot de $ibboleth (La sifïlante schin, initiale de ce mot, otirait une ditljcullë paîticiilière de prononciation pour les Ephiaïmites , et tialiissait leui origine). Le fugitif essayait d'articuler le mot fatal; mais son accent le faisait inlailliblcment reconnaître, et il était aussitôt mis à moi t. QuaraïUft mille rebelles succombèrent en celte rencontre.
CHAP. I. — feAM:^iN (1191-1172). ^07
Après ce dernier exploit, Jephté gouverna pendant six ans le peuple d'Israël. Il mourut alors, et fut enseveli dans la ville de Galaad, sa patrie*.» La révolte d'Ephraïm offre cette circonstance pailiculière d'une animosité personnelle contre Jeplité. Les injures qu'c]^. adresse au héros le prouvent surabondamment. Or, si Jeplité eùî été en ce moment couvert du sang de sa fille, répandu par sa main, est-ce que les Epliraïmites, au lieu de remonter dans la généalogie du héros pour y trouver matière à leurs outrages, n'auraient pas eu une accusation plus prochaine et plus directe? Au lieu de rappeler à Jepbté l'indignité de son père, auraient-ils négligé l'occasion de l'appeler en face le bourreau de sa propre fille? Et cette atrocité récente , en soulevant l'indignation populaire, n'aurail-elle pas mieux servi la cause de la révolte, que des récriminations stériles contre la mémoire oubliée de Galaad?
§ XI. Abcsan, Ahialon et Abdon (i 239-1 tSO-lSaO).
67. « Après Jephté, Abesan de Bethléem fut Juge en Israël, vingt-cmq Trente fils et autant de filles formaient autour de lui une tamiiie etdefidéiu* dévouée. Ses gendres et ses belles-filles habitaient sa demeure, où régnaient l'union et la paix. Après avoir gouverné le peuple pendant sept ans, il mourut, et fut enseveli à Bétbléem.
» Ahialon, de la tribu de Zabulon, lui succéda. Il fut Juge en Israël pendant dix années ; il mourut alors et reçut la sépulture à Zabulon, sa patrie.
» Après lui, Abdon, fils d'IUel, fut investi du pouvoir de la judicature. Sa famille se composait de quarante fils et de trente petits» fils, qui l'escortaient comme une garde d'honneur. Pendant huiV ans il gouverna le peuple ; il mourut ensuite el fut enseveli à Pharaton, sa patrie, dans la terre d'Ephraïm 2. »
§ XII. Samson (1191-119 3).
68. « Le bras de Jephté, qui avait vaincu les Ammonites, dit m. Munk » M. Munk, n'avait pu atteindre leurs aUies à l'ouest du JourcUun,
1 Judic, cap. XII, 1-7. — « Jbid., cap. xii, 8 ad u'tiin.
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» Les Philistins avaient pris une attitude de plus en plus mena- » çante. Pendant quarante ans, nous les verrons dominer sur les » tribus du mi li (Juges, chap. xiii, 1); la fièrc tribu de Jndn, qui » autrefois avait fait la conquête de Gaza, d'Ascalon et d'Ekron, D était oljligée elle-même de payer un honteux tribut à ceux dont » jadis elle avait été la maîtresse {Ibid., chap. xv, 2). Use présenta » alors parmi les Hébreux un homme qui préluda à l'humiliation ». des Philistins par l'altitude courageuse qu'il prenait devant eux, 0 et par les nombreux tours qu'il leur jouait. Cet homme fut » Samson, où mieux Simsôn, l'Hercule des Hébreux. Dans le livre » des Juges, nous lisons deux fois que Simsôn yu^/ea Israël pendant D vingt ans (chap. xv, 20 et chap. xvi, 31); c'est-à-dire qu'il occupa » le rang de Scbophêt. Cependant dans tout ce qu'on raconte de » lui, nous ne le voyons exercer aucun acte qui témoigne de son » autorité; il ne se met point à la tête des Hébreux^pour les con- » duirc à la guerre, il ne dirige pas leurs aiiaires intérieures; sa )) conduite est sans gravité, et les gens de Juda ne le traitent pas » avec le respect dû à un chef de la république. Nous ne saurions » donc voir dans Simsôn un homme revêtu d'un caractère politique; 0 si on l'appelle Schophèt, ce n'est là qu'un titre honorifique, qui lui » fut donné à cause de la grande sensation que firent ses exploits » individuels et ses tours de force. La relation de ses aventures » est d'un intérêt médiocre pour l'histoire des Hébreux; le récit du » livre des Juges n'a pas même un caractère historique, et il res- I) semble plutôt à un conte populaire. Tout dans la vie de Simsôn, B depuis sa naissance jusqu'à sa mort, est enveloppé d'un voile )» merveilleux. Considérée comme historique, sa vie présenterait » des diilicultés insolubles; c'est un roman dont le héros est un » personnage liistoiique, un conte comme il y en a beaucoup chei D les peuples d'Orient. »
Voilà certes une façon dégagée de traiter les annales juives. On pourrait dem;inder à M. Munk de s'accorder avec lui-même et d'exphquer pourquoi, si le livre des Juges n'est n qu'un conte populaire, » il admet si imperturbablement, sur la foi de ce livre romanesque, l'immolation sanglante de la HUe de Jephté, les prétendues