CHAP. II. — HÉLI
de Bethsamès, en face d'une pierre disposée comme un autel. Les moissonneurs israélites s'approchèrent, offrirent en holocauste au Seigneur les deux vaches, et se servirent du bois du chariot comme d'un bûcher pour le sacrifice. Les Lévites déposèrent respectueusement l'Arche d'alliance et le coffret renfermant les offrandes, expiatoires sur la pierre de l'holocauste. En ce jour les habitants de Bethsamès vinrent en grand nombre immoler des victimes devant l'autel de Jéhovah. Les satrapes phihstins, qui avaient à distance observé ces démonstrations de joie, retournèrent h Accaron '. » Cependant la foule réunie autour de l'Arche oublia la défense expresse de la loi mosaïque. « Aaron et ses fils entreront » seuls dans le sanctuaire, avait dit le Seigneur. Ceux qui, par une » curiosité téméraire, plongeront un regard indiscret sur le Saint » des saints avant qu'il ne soit recouvert de ses voiles, seront frap- )) pés de mort ^. » Les Bethsamites ne tinrent aucun compte de cette parole solennelle, et soixante-dix d'entre eux, victimes de leur curiosité sacrilège, tombèrent frappés de mort ^. «Dans son désespoir, le peuple épouvanté par ce châtiment divin, s'écria : Quel homme pourra subsister devant la majesté teiTible de Jéhovah? Qui osera donner asile à l'Arche du Seigneur? — Des meS' sages furent adressés par les Bethsamites aux habitants de Cariathiarim, non loin de Jérusalem, dans la tribu de Juda : Les Philistins nous ont rendu l'Arche sainte, disaient-ils, venez la prendre , pour la ramener au milieu de vous *. — A cette nouvelle , les hommes de Cariathiarim accoururent; ils ramenèrent l'Arche sainte, la déposèrent dans la maison d'Abinadab, au sommet de leur ville, et consacrèrent son fils Eléazar au Seigneur, en lui donnant la mis^ sion de garder ce pieux trésor. Depuis le jour où l'Arche reçut ainsi l'hospitalité à Cariathiarim , et pendant les vingt années qui s'écoulèrent depuis, Israël vécut en paix, conservant sa fidélité envers Jéhovah ^. »
17. Ces dernières paroles répondent d'avance à l'objection que
• Bethsamè».
* 1 Reg., cap. vi, H-16. — * Numer., cap. iv, 19, 20. — ' Voyez pour ce chiffre la dissertation de M. Glaire, Livres saints vengés, tom. Il, pag. 75-78. — * 1 Reg., cap. vi. 20, 21. — » I Reg., cap. vu, 1-3.
DisenssioB èk
l'incident de
le châtiment des Betlisamites a soulevée de la part du rationalisme. Nous ne résistons pas au plaisir de citer ici, malgré leur puérilité surannée, les paroles de Voltaire : «Le Seigneur, dit-il, B fit périr cinquante mille soixante et dix hommes de sou peuple, » uniquement parce qu'ils avaient regardé son Arche qu'ils ne de- M vaient pas regarder. Tant les lois, les mœurs de ce temps, l'éco- » nomie judaïque diffèrent de tout ce que nous connaissons! La » rigueur exercée, dit le judicieux dom Calmet, contre ce grand » nombre d'hommes, ne paraîtra excessive qu'à ceux qui n'ont pas » compris jusqu'à quel point Dieu voulait être craint et respecté > parmi son peuple, et qui ne jugent des vues et des desseins de p Dieu qu'en suivant les faibles lumières de la raison. » 0 grand homme! les cinquante mille victimes que vous ajoutez si libéralement d'un trait de plume aux textes syriaque et arabe de la Bible, vous resteront comme une invention gratuite. La petite ville de Betlisamès, qui pouvait compter à peine deux raille âmes, se serait fort cnorgueilhe des cinquante mille que vous lui attribuez avec tant de générosité, comme s'il s'agissait d'une immense capitale. Il y eut donc soixante-dix hommes seulement qui furent atteints à Bethsamès de l'épidémie qui sévissait à deux milles de là, dans la cité d'Accaron. Ce chiffre suffisait complètement aux besoins de votre polémique. Quoi! soixante-dix Israélites meurent de la peste parce qu'ils ont contrevenu à la loi du Seigneur! N'est-ce pas assez révoltant? Qu'un souverain mortel éteigne une insurrection dans le sang d'une province tout entière, rien de plus légitime, rien de plus juste, rien de plus accessible o aux faibles lumières de la rai- » son. » Mais s'il s'agit de la souveraineté de Dieu, de la majesté de sa loi, de l'inviolabilité de son gouvernement, ne voit-on pas que la punition devient une épouvantable tyrannie ! Quand il plaît à la puissjiuce divine de se constituer en royauté au milieu d'un peuple, il est bien évident que c'est à la condition de se laisser ineulter, outiager et fouler aux pieds par ce peuple! Philosophe, vous avez justifié tous les actes de rigueur d'une célèljre impératrice et d un roi fameux. Vous avez trouvé, au nom du principe d'autorité, des pages éloquentes pour glorifier la répression de»
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tentatives insurrectionnelles dans deux monarchies que vous aimiez, La monarchie théocratique de Jéhovah, pour n'avoir pas en vos sj'mpatlîies, n'en était pas moins obligée de recourir à la sano» Jion des pénalités pour faire respecter ses lois. Entre les mains de Dieu, la peste, les fléaux meurtriers servaient de gendarmes et de bourreaux contre les coupables. Celte puissance vous efïraie. Elle effraya aussi le peuple juif; elle en fit, malgré la dureté native de Bon caractère, le serviteur docile de la loi. Elle le courba tout entier et pour toute la suite des siècles, sous une législation que tous les philosophes du monde ne réussiraient pas à imposer pendant vingt ans à la moindre tribu des sauvages de l'Océanie. « Tant il » est vrai que si les lois et l'économie judaïque diûeraient de ce » que nous connaissons, » les moyens de faire respecter ces lois et de consolider l'économie de cet édifice, ne pouvaient différer de ce que nous connaissons! La récompense et le châtiment étaient chez les Juifs comme ils le seront jusqu'à la fin du monde, la seule sanction des lois et des mœurs.
§ II. Jndicatnre de Samuel (IIIS-IOSO).
18. Depuis la mort du grand prêtre Héh, et pendant les vingt caractèr» années qui s'écoulèrent après le retour de l'Arche à Cariathiarim, '^Samuel | Samuel n'apparaît point dans l'histoire juive. Ce silence et cette retraite du grand Prophète nous semblent une réponse suffisante lux accusations d'ambition personnelle et d'exaltation politique, si témérairement dirigées contre cette glorieuse mémoire. La succession du souverain pontificat parait avoir été recueillie par Achias, descendant de la lignée sacerdotale d'Aaron; tel est du moins l'avis des commentateurs les plus judicieux '. En sorte que Samuel ne devrait pas même ê!re compté parmi les grands prêtres d'Israël. Comme Moïse le grand prophète, il aurait été le gouverneur du peuple, mais il aurait laissé aux descendants d'Aaron le souverain pontificat. Quelle que soit l'opinion qu'on veuille adopter sur ce
* SïDClius. ;'n lib, I Pxcg. Comment., cap. ni.
point très-obscur, le doute même est encore une justification du caractère de Samuel et la preuve de son désintéressement. Où sont les ambitieux qui attendraient vingt ans pour s'emparer du pouvoir suprême, quand ils n'auraient qu'à étendre la main pour s'en saisir? Comme tous les prophètes du Testament ancien, Samuel, dans les événements auxquels il prit part, ne laisse jamais entrevoir un sentiment de personnalité. La parole de Jéhovab, en passant par ses lèvres, dirige sa conduite et élève son âme. S'il en est l'organe, il en est aussi le premier serviteur; il l'accomplit quand elle lui est amère avec la même fidélité que quand elle lui semble plus agréable. La parole de Jéhovab l'élève au pouvoir, cette même parole l'en fait descendre, et le grand homme se soumet à déchoir comme il s'était prêté à sa propre élévation. Tout cela, il faut bien l'avouer, ressemble fort peu au développement des passions humaines dont les autres histoires nous donnent le spectacle; et, quand on y réfléchit sérieusement, on s'étonne que des écrivains aient pu s'illusionner au poiht d'assimiler les prophètes juifs aux orateurs politiques de la tribune aux harangues. Défaite des 49 „ Samuel fit donc entendre aux fils d'Israël la parole de Jé-
PhilistiDs. ^
hovah. Si vous êtes résolus à servir votre Dieu dans toute la sincérité de vos cœurs, dit-il, bannissez du milieu de vous tous les restes impies des cultes de Baal et d'Astaroth. Purifiez vos consciences et n'adorez plus que votre Dieu. C'est ainsi qu'il vous délivrera du joug des Philistins. — Dociles à sa voix, les Israéhtes rejetèrent les impures superstitions de Baal et d'Astaroth pour se consacrer uniquement au service du Seigneur. Samuel leur adressa alors une seconde proclamation : Réunissez-vous, leur dit-il, en assemblée générale à Maspha. Là j'invoquerai sur vous la miséricorde du Seigneur. — Tout le peuple se réunit donc à Maspha. Un jeûne solennel fut prescrit pour le premier jour de l'assemblée; les Hébreux venaient répandre des libations sur l'autel du Tabernacle, et ils disaient : Nous avons péché contre le Seigneur! — Ce fut alors que pour la première fois Samuel rendit la justice au peuple. Cependant les satrapes philistins, alarmés de cette réunion nationale, se précipitent, à la tète de leurs guerriers, sur le territoire hébreu.