CHAP. II. — JDDICATTJRE DE SAMUEL
La consternation fut générale à Maspha à la nouvelle de cette in« vasion. Les Israélites disaient au Prophète : Ne cessez point d'intercéder pour nous près du Seigneur. Suppliez-le de nous arracher à la fureur des Philistins. — Samuel prit un agneau, l'offrit en holocauste, et pendant le sacrifice, il invoquait avec ferveur la clémence divine. En ce moment même, et pendant que le feu consumait la victime, les Philistins, poussant le cri de guerre, engageaient le combat. Mais Dieu combattait pour Israël; un orage éclata sur l'armée des Philistins, au bruit de la foudre se mêlaient les cris des mourants; l'effroi passa dans les rangs ennemis qui furent taillés en pièces. Israël poursuivit les fuyards depuis Maspha jusqu'à la plaine située au-dessous de Belhchar (la Tente du berger). En souvenir de cette grande victoire, il érigea sur le champ de bataille une pierre commémorative, qu'il nomma la Pierre du secours, en disant : Jéhovah nous a secourus aujourd'luii contre nos ennemis. — Ce monument est situé entre Maspha et la vallée de Sen. Les Philistins humihés en ce jour, n'essayèrent plus de franchir les limites du territoire hébreu, et respectèrent la puissance d'Israël pendant toute la vie du Prophète. Les villes dont ils s'étaient emparés sur le peuple de Dieu, depuis Geth jusqu'à Accaron, furent rendues avec tout leur territoire; c'est ainsi que Samuel délivra les Hébreux du joug des Philistins. La paix à l'intérieur fut le fruit de cette victoire, et les Amorrhéens, effrayés de la puissance d'Israël, ne cherchèrent plus à se soulever. Samuel employait tous les jours de sa vie à rendre la justice au peuple. Il parcourait chaque année les cités de Béthei, de Galgala et de Maspha, et établissait successivement son tribunal dans chacun de ces lieux. Puis il revenait à Ramatha, sa patrie, où il avait sa famille, et il s'y tenait sans cesse à la disposition du peuple *. »
20. Tel est le tableau de l'administration des Juges, dont Samuel L'administr». résumait en sa personne les traditions et faisait revivre les meilleurs et m. Renao. jours. Cette peinture de la Bible ne s'accorde guère avec l'appréciation de M. Renan sur l'ère des Sophetim. Voici comment le
* I Refj., cap. VII, 3 ad ultiiD.
fameux professeur formule son jugement sur cette époque. «Jusqu'à » la royauté, dit-il, Israël avait vécu dans une anarcliie patriarcale, » excluant tout gouvernement régulier, et uniquement tempérée par » la solidarité des membres de la famille, qui est l'état habituel des 9 tribus arabes*. » L'anarchie patriarcale est sans contredit une alliance de mots parfaitement neuve; mais ce jeu demots vaut-ïlla peine qu'on sacrifie l'idée h la forme au point de faire passer dans la. circulation intellectuelle un semblable paradoxe? Il n'y a point d'anarchie là où un pouvoir social est constitué, reconnu et obéi. Or le pouvoir de Jéhovah sur Israël était constitué durant cette période, qu'il convient à M. Renan d'appeler l'anarchie patriarcale; ce pouvoir, le plus fort, le plus absolu, le plus indépendant qu'on ait vu, était reconnu de toutes les classes de la société; il était obéi et respecté, que dis-je? il était adoré! Adoré par les fils, parles pères, par les épouses et les mères, par les prêtres et les guerriers, par le peuple et par les chefs du peuple. Ce pouvoir constituait un lien indissoluble entre les tribus diverses; et M. Renan ne l'a pas compris, quand il compare l'état d'Israël avant la royauté a à l'état habituel des tribus arabes. » Qu'il veuille bien nous montrer sous les tentes de l'Algérie douze tribus, séparées par un intervalle de mille ans, de leur origine commune, et restées pendnnt tout ce temps unies en faisceau, rattachées en une nationalité vivace et fondues en un seul peuple. Ni a l'anarchie patriarcale, » ni « l'état » habituel des tribus arabes » n'expriment donc la vérité, et si ces expressions peuvent satisf;ure l'école rationaliste , nous croyons qu'elles ne sauraient aucunement satisfaire la raison.
21. «Quand la vieillesse eut afifaibli la vigueur de Samuel, ce grand homme établit ses fils pour rendre la justice au peuple d'Israël. Joël, l'ainé, et Abia, son fière, furent donc investis delà judicature à Bersabé, conjointement avec le grand prophète. Mais ces jeunes gens ne marchaient point sur les traces de leur père. Ils se laissèrent corrompre par l'avarice, ils reçurent des présents et vendirent la justice. Les anciens d'Israël, affligés de ces désordres, vinrent
» Renan, Etudes (fhist. religieuse, iv« édit., pag. 95^