‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 30 sur 84 · CHAP. II. — JUDICATURE DE SAMUEL (H · texte numérisé non relu

CHAP. II. — JUDICATURE DE SAMUEL (H

— Saûl obéit; il franchit avec son compagnon la montagne d'Ephraïm, traversa le pays de Salisa *, et n'ayant rien trouvé, parcourut le territoire de Salim ^ et de Jémini^, Les voyageurs parvinrent alors dans la contrée de Supb "*. Là Saûl dit à son servi* teur : Retournons maintenant à notre demeure. Mon père doit commencer à s'inquiéter de notre longue absence, et cette pensée lui serait plus pénible que la perte des ûnesses. — Il y a dans cette ville, répondit le serviteur, un bomme de Dieu fort célèbre. Toutes ses paroles se vérifient au pied de la lettre. Allons le consulter. Peut-être nous éclairera-t-il sur le sujet de notre voyage. — Mais, reprit Saiil, si nous allons trouver l'bomrae de Dieu, que pourronsnous lui offrir? La provision de pain est épuisée dans nos sacs; nous n'avons point pris d'argent avec nous, et il nous sera impossible de faire la moindre offrande à l'homme de Dieu après que nous l'aurons consulté. — Le serviteur répondit : J'ai, par hasard, un quart de sicle d'argent sur moi. Nous l'offrirons au Voyant. (C'est ainsi qu'on parlait alors. Quand on voulait consulter le Seigneur, on disait : Venez; allons trouver le Voyant. Ce nom répondait à celui de Prophète, usité aujourd'hui ^.) — Très-bien, dit Saûl au serviteur. Allons trouver le Voyant. — Ils se dirigèrent donc vers la ville de Ramatha, patrie de l'homme de Dieu. En montant la colline sur laquelle cette cité est bâtie, ils rencontrèrent deux petites filles qui allaient puiser de l'eau à la source voisine. Le Voyant est-il en ce moment à Ramatha? demandèrent -ils. — Oui, répondirent les jeunes filles. Il y entre en ce moment par une autre route. Il se rend aujourd'hui à la ville pour y assister à un sacrifice solennel oflert par le peuple. Vous le rejoindrez à l'entrée de Ramatha, avant qu'il ne soit rendu au lieu du sacrifice. C'est lui qui doit bénir l'hostie. Le peuple l'attend po présider le festin,

* Au norfi d'Ephraïm {de Saulcy, Dict. des antiq. bibl., pag. 786). — ' C'est la même localité que Suai, à quelque distance de Galgal.i, sur la rive occideutale du Jourdain (dom Calmet). — * Territoire de la tribu de Benjamin. — * Ce nom fut donné postérieurement à Ramatha, patrie de Samuel (D. Calmet). — * Cette parenthèse fut ajoutée plus tard au texte primitif pour ex» pliquer la signification de Voyant, tombée en désuétude.

qui ne commencera qu'à son arrivée. — Les deux voyageurs hâtèrent le pas. Entrés à Ramatha, ils rencontrèrent le Prophète qui traversait la ville pour se rendre au lieu du sacrifice. Or, la veille Samuel avait eu une vision du Seigneur. Demain, à pareille heure, lui dit Jéhovah, je ferai trouver sur ton chemin un jeune Benjamite. C'est lui que tu consacreras par l'onction sainte, pour être le roi d'Israël. Il délivrera mon peuple du joug des Philistins, et les gémissements des opprimés cesseront de retentir à mes oreilles. «— Quand le prophète aperçut Saûl, le Seigneur lui dit : Voilà le Benjamite dont je t'ai parlé; c'est lui qui doit régner sur mon peuple * ! »

FesUnde 23. « Cependant Saiil, qui ne connaissait pas l'homme de Dieu, è'approcha de lui : Indiquez-moi, je vous prie, lui dil-il, la maison du Voyant. — Je suis moi-même le Voyant, répondit Samuel. Viens avec moi au lieu du sacrifice; tu prendras part au festin, et demain matin je te congédierai, après avoir éclairci tous tes doutes. Cesse de l'inquiéter pour les ânesses de ton père, elles sont retrouvées. A qui donc la prospérité et l'abondance doivent-elles venir en Israël? N'est-ce pas à toi et à la maison de ton père? — Un tel accueil troubla le coeur du jeune homme; il répondit modestement : Je suis un fils de Jémini. Ma tribu est la moindre de toutes les tribus d'Israël, et ma famille la dernière de toute la tribu de Benjamin. Pourquoi donc me tenez-vous un tel langage? — Samuel, sans lui répondre, l'emmena avec son serviteur au lieu du sacrifice. Il les introduisit dans la salle préparée pour le festin, et les fit asseoir, à la place d'honneur, au milieu des convives, qui étaient au nombre de trente. Le Prophète dit alors au cuisinier : Apporte le morceau d'honneur que je t'ai commandé de tenir en réserve. — Le cuisinier apporta une épaule de mouton, et la plaça devant Saiil. Voici, dit alors le prophète au jeune homme, ce qui avait été réservé. Accepte-le et mange. Je l'ai fait préparer pour toi, dés hier, quand j'ai convoqué le peuple à ce festin. — Après le repas, Samuel et Saûl revinrent à la ville; le Prophète s'entretint avec le jeune

* I Beg., cap. ix, 1-18.

CHAP. II. — JL'DICATURE DE SAMUEL (1112-1080). 247

homme sur la terrasse de la maison. Saiil y passa la nu>* Mir une natte. Le lendemain, à son réveil, au moment où le jour commençait à paraître, Samuel appela le Benjamite : Lève-toi, ^li dit-ile. queje prenne congé de toi. — Saiil se leva, et le Prophète l'accome. pagna jusqu'à la sortie de la ville. En ce moment Samuel dit au jeune homme : Ordonne à ton serviteur de nous laisser seuls et de marcher en avant de nous. Pour toi , arrête-toi ici, jusqu'à ce que je t'aie fait connaître la volonté du Seigneur*. »

26. a Le prophète prit alors une ampoule remplie de l'huile L'onc^ sainte et la versa sur la tète de Saiil. Embrassant ensuite le jeune homme : V^oilà, lui dit-il, l'onction royale par laquelle le Seigneur vous consacre aujourd'hui prince d'Israël. Vous déhvrerez son peuple du joug des ennemis qui l'environnent, et le rendrez triomphant. » Cette communication inattendue avait probablement suscité de la part du Benjamite des signes d'incrédulité, car Samuel ajouta : « La preuve que le Seigneur vous a aujourd'hui élu roi d'Israël ne se fera pas attendre. En me quittant, vous rencontrerez , à l'heure de midi, près du sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin, deux hommes qui vous diront : Les ânesses que vous alliez rechercher sont retrouvées. Maintenant votre père est inquiet de votre longue absence et il se demande, dans son angoisse : Qu'est-il advenu à mon fils? En poursuivant votre route, vous arriverez au chêne de Thabor. Là vous lencontrerez trois hommes se rendant à Béthel, pour y offrir un sacrifice au Seigneur. L'un conduira trois chevreaux , le second portera trois pains cuits sous la cendre, et le troisième une outre de vin. lis vous salueront, et vous offriront spontanément deux pains cuits sous la cendre, que vous accepterez de leur main. Enfin, arrivé sur la hauteur qui domine la ville de Gabaon, en face du poste occupé par les Philistins, à l'entrée même de la cité, vous rencontrerez une troupe de prophètes, descendant de la montagne au son du psaltérion, du tympanon, de la tlùle et de la guitare, et chantant les louanges tu Seigneur. L'Esprit de Dieu descendra alors sur vous, vous pro

^ {Reg., cap. ix, 18 ad ultira.

2i8 HISTOmE DE l'ÉGUSE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (Io80-I080)

phéfiserez avec eux, et vous vous trouverez vous-même chanaré en un autre homme. Quand toutes ces prédictions que je vous fais, en ce moment, seront accomplies, vous croirez alors à ma parole. Agissez dès lors sans aucune crainte, car le Seit^neur sera avec vous. Nous nous retrouverons ensuite à Galgala, où j'irai vous trouver. Vous y offrirez des victimes et des hosties pacifiques pendant sept jours, après lesquels j'arriverai moi-même. — Ainsi p^rla le Prophète; il se retourna ensuite pour revenir à Ramatha. En ce ndoment Dieu changea le cœur de Saiil. Les pensées du jeune homme prirent une direction nouvelle. Toutes les particularités que Samuel venait de lui révéler s'accomplirent dans cette journée. En approchant de Gabaa, il rencontra le cortège des prophètes; l'Esprit divin se reposa sur lui, et, se mêlant au groupe sacré, il chantait avec eux les louanges de Jéhovah. La foule qui le connaissait, étonnée de ce changement, disait : Qu'est-il donc arrivé au fils de Cis? Satil est-il donc aussi un prophète? ~- Et d'autres répondirent : Qu'y a-t-il à cela d'extraordinaire? De qui donc les autres prophètes sont-ils fils? — C'est de là qu'est venu le proverbe si souvent répété en Israël : Saûl est-il donc aussi un prophète ? — Le jeune homme rencontra ensuite un de ses oncles qui l'interrogea sur son voy.nge : Où es-tu allé? lui demanda-t-il. — Nous sommes allés chercher les ânesses de mon père , et ne les ayant pas trouvées, nous nous sommes adressés à Samuel. — Et que vous a-t-il dit? reprit l'oncle. — Il nous a avertis que les ûnesses avaient été retrouvées par mon père. — Telle fut la réponse de Saùl; il n'ajouta pas une parole sur l'onction royale qu'il avait reçue du Prophète ♦. »

WfinférMfe- 27. Un futuT souveraiu qui parcourt les campagnes, à la recher- Stmad. che d'un troupeau égaré ; qui est accompagné d'un serviteur pour toute escorte ; qui n'a pas une pièce de monnaie à oflVir au Voyant, ni un morceau de pain dans ses sacs! 11 y a là, dans le détail de toute celte scène biblique, une simplicité de mœurs, et comme un parfum de naïveté patriarcale qui contraste avec nos idées modernes

« I Reg., cap. X, 1-17.

CH^p. n. — JUDICATURE DE SAMUEL (1112-1080).

sur la royauté. L'élu du Seigneur, qui marche à une destinée inconnue, et que le hasard seul semble rapprecher de Samuel, ne se distingue des autres fils d'Israël que par la droiture de son cœur et l'élévation de sa taille. Ce dernier trait est resté longtemps parmi les peuples de l'antiquité, comme une sorte de prédestination naturelle. Le Cunctis altior ibat Anchises^, de l'Enéide; la taille héroïque de Turnus 2, qui dominait de la tête tous ses compagnons d'armes, ne sont pas seulement un sacrifice fait aux préjugés populaires. Aristote lui-même, au nom de la philosophie, avait dit: a La beauté humaine suppose une grande taille. On peut trouver » de l'élégance et di^ charme avec une petite taille; de la beauté, «jamais 3. » Ce détail que nous dédaignerions maintenant avait alors une véritable importance. Il semble que le roi devait être sacré par la nature elle-même. Quoi qu'il en soit, dans tout ce récit et dans l'accueil fait par le Prophète au jeune Benjamite, nous chercherions vainement une trace des préoccupations personnelles et ambitieuses de Samuel. Le saint vieillard se montre à nous comme l'instrument du Seigneur, l'organe de la volonté de Jéhovah. Dieu lui dit : Voilà mon élu; — Samuel s'incline devant le jeune pâtre et le fait asseoir au rang d'honneur, à la table du festin. — Dieu lai dit : Voilà le roi qu'il faut sacrer; — et Samuel répand l'onction royale sur ce front qu'il voyait pour la première fois. Que devient encore ici la théorie rationaliste du prophétisme hébreu? Quelle occasion pour Samuel, s'il eût été l'opposant ambitieux dont parle M. Renan, de dicter des conditions à ce roi futur, de lier son autorité par un compromis avantageux, de lui faire acheter d'avance le trône où il doit monter? L'histoire profane ne manque pas d'exemples de ce genre; et pour qui connaît les passions du cœur humain, de teUes intrigues n'ont rien qui étonne. Mais ici rien de semblable. Le Prophète, le Juge d'isiaël abdique sans conditions, sans murmures, sans calcul intéressé et sans précautions pour l'avenir. L'onction sainte consacre par sa main cette

i Virgil., Œneid., lib. VIII. - » Idem, xbid., lib. VII. - « Ari.lot, Elhkor»^ lib. IV, «ap. ui.

2oC HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV^ ÉPOQUE. — ÈRE DES JDGES (1380-1080).

Atsemblée

générale

à Maspha.

Vive le roi I

tête royale, comme elle consacrait le front des Poutifes, afin d'apprendre au jeune souverain que son autorité sera inviolable dans le gouvernement temporel, comme celle du Grand Prêtre dans It gouvernement spirituel du peuple. Samuel accomplit toutes ces choses sans un retour sur lui-même, sans la moindre réserve, sans l'ombre d'une restriction. Et c'est là ce que M. Renan nomme. a un D rôle politique et empreint d'un caractère tout personnel! »

28. Cependant rien n'avait transpiré au deliors des importants événements accomplis à Ramatha. L'élu du Seigneur cachait, au sein de la famille, sa royauté ignorée, et le peuple ne soupçonnait pas encore l'existence du nouveau roi. « Samuel convoqua tous les fils d'Israël en assemblée générale à Maspha, devant le Tabernacle du Seigneur. Voici, dit-il au peuple réuni, les paroles que Jéhovah m'a chargé de vous tjansmettre : C'est moi qui ai tiré vos aïeux de la terre d'Egypte. Je vous ai arrachés au joug des Pharaons, et j'ai renversé les rois étrangers qui vous opprimaient. Aujourd'hui cependant vous êtes lassés de la royauté tutélaire de votre Dieu. Vous avez résolu de l'abandonner, lui qui a détourné de votre tête tant de calamités ei d'afflictions. Vous avez dit : Donnez-nous un roi. Vos désirs sont exaucés. Approchez-vous du Tabernacle , et prenez vos rangs par tribus et par familles. — Quand tout le peuple fut ainsi placé, Samuel fit approcher un représentant de chaque tribu, tira de l'urne le nom d'une d'entre elles, et le sort tomba sur la tribu de Benjamin. Le Prophète fit approcher les chefs de famille de la tribu de Benjamin, tira de l'une le nom d'une famille, le sort tomba sur la famille de Métri. Enfin Samuel fit inscrire le nom de tous les hommes de la famille de Métri, les plaça dans Turne cl tira l'un d'entre eux; le sort tomba sur le nom de Saiil, fils de Cis. On chercha Saiil de toutes parts. 11 était absent. L'oracle divin fut consulté au Tabernacle pour savoir si l'élu du Seigneur ne viendrait pas à l'assemblée. La réponse fut celle-ci : Il se tient caché dans sa demeure. — On court, on enlève le jeune homme, il paraît au milieu de l'assemblée, et dépasse de la tête le peuple qui l'entoure. Vous voyez l'élu du Seigneur! dit Samuel. Il n'en est aucun, parmi les fils d'Israël, qui puisse lui être comparé. — Vive

Page 1