‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 31 sur 84 · CHAP. II. — JUDICATURE DE SAMUEL · texte numérisé non relu

CHAP. II. — JUDICATURE DE SAMUEL

le roi ! s'écria le peuple, dans une acclamation unanime. — Quand cette explosion de l'allégresse publique fut calmée, le Prophète promulgua solennellement devant le peuple la loi du royaume ' , écrite de sa main, et la déposa dans le Tabernacle, en présence da Seigneur. L'assemblée fut ensuite congédiée, et les fils d'Israël reprirent le chemin de leur demeure. Saiil lui-même revint en sa maison, à Gaigala. La partie de l'armée qui lui avait juré fidélité l'y suivit. Mais d'autres guerriers, véritables fds de Bélial, lui refusèrent l'obéissance. — Est-ce là, disaient-ils avec mépris, l'homme qui pourra nous sauver! — Us insultaient sa royauté naissante, et se gardèrent bien de lui apporter leurs présents comme le reste du peuple. Cependant Saûl dissimulait son ressentiment, et feignait d'ignorer

leurs injures ^. »

29. Tel est le récit de l'inauguration de la royauté en Israël. Le te.prmdp« gouvernement des Juges est fini, un nouvel ordre social commence. Les origines du pouvoir souverain sont intéressantes à étudier dans toutes les histoires : elles mettent pour ainsi dire à nu les fondements du droit pubUc, et révèlent les profondeurs où se cachent les racines des sociétés humaines. A aucune époque peut-être cette étude ne fut poussée plus loin que de nos jours. A force d'analyser les principes sur lesquels reposent les Etats, on est arrivé presque à les anéantir. En dissertant sur la propriété, d'aveugles théoriciens l'ont confondue avec le vol; en recherchant les bases de l'autorité, on a renversé toutes les autorités, on a fait passer à ce fatal creuset de la discussion, le droit et la notion de la famille, et peu s'en est fallu que la famille elle-même ne disparût dans la dissolution générale. Qu'il nous soit permis de dire ici toute notre pensée sur ces graves questions. Le procédé nouveau est absurde. Toutes les sciences humaines sont fondées et édifiées sur des principes premiers, au-delà desquels notre intelligence ne saurait plus rien trouver. La nature de ces principes, leur essence est d'être indiscutables, parce qu'ils n'ont d'autre démonstration possible que

1 Legcm regnL \ Reg., cap. X, 25. Voyez sur le droit royal chez les Hébreux, >V. Schicliardi, Jus regium Hebrceorum, Lipsiae, 1674, in-4». — « 1 Reg., cap. x, n ad uUiui.

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leur propre évidence. Dites à un enfant : La ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Il accueillera ce principe sans 3iscussion, parce que la vérité qu'il exprime est d'évLlence malé- 'ielle. Mais dites à un aveugle-né : Le soleil éclaiie; l'aveugle pourra discuter toute sa vie cette vérité évidente pour tout autre que pour lui. Or, la science sociale a comme toutes les autres des principes premiers, sur lesquels elle repose. Ces principes sont la famille, l'autorité, la propriété. Livrer ces principes à la discussion, c'est éterniser la querelle de l'aveugle-né contre la lumière. D'autant plus que les principes de l'ardre moral, n'étant pas d'évidence matérielle et palpjble, une foule d'intelligences aveugles se trouveront disposées à ne pas les admettre. Voilà pourquoi le comble de l'absurde , pour une société qui veut vivre , est de livrer en proie aux multitudes la dissection et l'analyse de ces trois principes. Ce qui ressort pour nous de l'étude historique des origines de l'humanité, c'est : 1° La propriété s'élablissant sur la terre par la loi du travail, s'individualisant par la sueur de l'homme, et se transmettant du père à l'enfant par l'héritage '. 2° La famille, constituée avec ses deux pouvoirs hiérarchiques dès la création de l'homme et de la femme ^•, corroborée, après la chute, par la sentence divine portée contre Eve ^; complétée enfin, dès la première naissance, par la loi de respect imposée aux enfants et si solennellement expiimée par le précepte du Décalogue : /honora patrem tuum et malrcin tuam ^. 3° L'autorité, enracinée sur notre terre dès les jours de sa formation, quand « TEsprit de Dieu était porté sur » les eaux ^\ » déléguée de Dieu à l'homme sur le monde visible, à la création d'Adam 6; exercée directement comme suzeraineté par Dieu lui-même, dans l'Eden '; constituée dans *e père de famille jusqu'au déluge; revêtant la forme patriarcale sous les tentes des races primilives; personnifiée dans un chef sous Moïse, dans un capitaine sous Josué, dans un sénat sou» le gouvernement des Anciens, dans un magistrat sous les Juges, dans un roi enfin après

1 Tom. 1 de cette Histoire , png. 204, 205. — « Ibid., pag. 160. —^Ibid., j,ag. 20?. — * Exod.y ':ap. xx, 12. — ^ Gènes., cap. i-, 2. — « Toui. I de cette liisioire, pag. 133-135. — ' Ibid., pag. 177-214.

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l'élection de Saiil. Chose remarquable! De quelqne nom que l'autorité se soit appelée, elle n'a jamais un seul instant cessé de régir les hommes, depuis l'apparition des hommes sur la terre. L'autorité est donc un principe premier dans l'ordre social, aussi bien que la famille et la propriété.

30. Mais en qui réside cette autorité, dont l'existence s'impose Ledroiiihh à toutes les sociétés humaines? C'est là le point précis où commencent toutes les divergences d'opinions. L'autorité vient de Dieu, répond saint Paul. Et nous ne craignons pas d'affirmer que cette réponse, si elle était comprise, si elle entrait jamais dans le domaine des vérités admises et respectées par les peuples, serait la sauvegarde des nations. Les économistes modernes ont répudié cette réponse; ils la trouvent surannée. Pour eux, l'autorité réside dans le peuple. Quel bruit n'a-t-onpas fait autour de cet aphorisme politique ! Que de révolutions n'a-t-il pas inaugurées dans le monde ! Et pourtant, si on veut l'approfondir quelque peu, il se change en une banahté sans valeur. Tontes les formes de gouvernement, nous l'avons déjà dit, sont indifférentes en elles-mêmes, et leur diversité ne prouve qu'une chose, les divergences naturelles de climat, de constitution, de formation et de besoins sociaux. Les républiques, comme les monarchies; les états constitutionnels, aussi bien que les démocraties; les sociétés patriarcales et les royaumes absolus sont des formes diverses que revêt l'autorité ; mais l'autorité elle-même, sous une république démocratique ou sous un sultan, n'en est pas moins au-dessus du peuple. De quelque moule qu'elle soit sortie, l'autorité n'est pas moins, quand elle est constituée, souveraine et inviolable. Cela est si vrai, que les autorités les plus démocratiques sont précisément les plus tyranniques et les plus sanguinaires, parce que leur origine les expose à plus de contradictions. Elles cherchent à réparer par la violence ce qui leur manque en force réelle et en stabilité. Qu'on discute donc tant qu'on voudra sur les avantages ou les inconvénients des diverses formes sociales; c'est le fait de toutes les sociéle's vieiUies et malade r., qui se retournent sur leur lit de douleurs, et les aggravent à chaque mouvement. Mais on n'arrivera jamais à constituer

234 HISTOIRE DE l'église. ^- lY* ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1580-1080).

Caractère de

l'iDititution

ODonari-hique

en laraël.

une autorité réelle, lutelaire, efficace et stable, tant qu'on n'en reviendra pas au mot de saint Paul : Omnis potestas a Deo. On ne trouvera de repos pour les Etats, de prospérité pour les républiques, les monarchies ouïes empires, qu'à la condition de placer l'autorité de Dieu au faîte de l'édifice social, l'autorité du père de famille au foyer, l'autorité du président ou du monarque, représentant celle de Dieu même, à la tête de l'Etat. Quelles inepties n'a-t-on pas répétées au sujet d'une expression incomprise, celle du droit dinn! Et pourtant le droit divin de l'autorité est la seule garantie des républiques ou des monarchies, de toutes les formes imaginables de gouvernement. Présent, il assure l'obéissance du subordonné et la modération du pouvoir, le respect de la loi, rinviolabihté du droit étranger et national, la durée de l'ordre et le maintien de la paix; absent, il consacre la révolte du sujet et la tyrannie du pouvoir, le mépris des lois, la violation de tous les droits nationaux ou étrangers, linstabilité, les séditions en permanence et l'anarchie dans le sang.

31. Le changement opéré dans la forme du gouvernement des Hébreux par l'institution de la royauté en la peisonne de Satil, ne fut pas, comme le dit M. Renan, « une révolution. » Ce mot a pris, dans le langage moderne, une signification odieuse, et rappelle les désordres et les crimes qui accompai^nent, au sein de nos sociétés, les grandes commotions populaires. Rien de semblable ne se rencontre dans l'élection du premier roi d'Israël. La constitution du peuple de Dieu, sous la souveraineté directe, absolue, inviolable de Jéhovah, se prétait, avec une élasticité merveilleuse, à tous les changements de pouvoir. L'autorité du roi, comme celle du juge n'était réellement qu'une autorité ministérielle et déléguée. Jéh vah continuait à gouverner par le roi, comme il l'avait fait par 1 sophetim. Prévue d'avance, et régléepar laloi deMoïse,rinslituti monarchique n'était qu'une forme nouvelle introduite dans le co social; elle n'était point un changement radical. La loi divine éta au-dessus du monarque et conservait son absolue souveraineté. En criant : Vive le roi 1 la nation saluait l'élu du Seigneur; en acclamant le droit de seconde majesté, elle rendait hommage à la première.

QUATRIÈME ÉPOQUE

DE inOISE A SAIiOlfIOX (t99â-IOOI)«

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