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tables honneurs de la royauté. L'élu de Masplia, qui s'était dérobé dans sa maison aux acclamations populaires , continuait à s'en montrer digne en les fuyant, et en refusant d'agiter les esprits et de troubler la paix publique au profit de son intérêt personnel. ' Heureux s'il eût conservé toujours la modération de ses premières années, et se fût montré plus tard aussi inaccessible aux séductions du pouvoir ! Quoi qu'il en soit, les événements ne tardèrent pas à justifier la sagesse de sa conduite actuelle, et à imposer silence à ses détracteurs.
2. Un mois s'était écoulé depuis l'assemblée de Masplia. La non- si^gedois velle de l'élection d'un roi chez les Hébreux avait eu le temps de ^ paAes franchir les frontières de la Palestine, et d'arriver à la connaissance des ennemis d'Israël. A l'orient du Jourdain , les Ammonites , jaloux d'efifacer le souvenir de leurs anciennes défaites sous Jephté, et instruits peut-être des divisions intestines suscitées par l'élection de Maspha, crurent le moment propice pour une invasion sur le territoire juif. « Naas, leur roi, vint mettre le siège autour de Jabès-Galaad, dans la demi-tribu orientale de Manassè. Surpris par cette brusque attaque, les habitants de Jabès, renonçant à se défendre, proposèrent de se rendre. Recevez notre soumission, direntils à Naas, nous consentons à vous payer tribut. — Leur oific ne fut point acceptée. Je ne traiterai pas avec vous, leur dit Naas. Je vous ferai à tous arraclier l'œil droit, et vous serez l'opprobre d'Israël, le monument de la vengeance d'Ammon^. » Pour comprendre, le motif du barbare traitement dont le tyran ammonite menace les guerriers de Jabès, il faut rapprocher le texte de l'Écriture du passage de l'historien Josèphe, qui l'éclaircit. « Depuis I) longtemps, dit ce dernier, Naas exerçait sa cruauté sur les ré- » gions situées au-delà du Jourdain. Non content d'exiger des » vaincus la soumission et le tribut annuel, pour leur ôter tout » moyen de révolte , il leur faisait crever l'œil droit. C'était les » rendre impropres au métier des armes, puisque les guerriers
' C'est là, si nous ne nous trompons, le sens qu'il faut donner à la pajok' «le l'Ecriture : Despexerunt eum, et non attulerunt ei munera : ille vero dissim»^ hbat se audire (I Reg,^ cap. x, 27). -• « I Reg., cap. Si, 1, 2.
258 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — lY* EPOQUE. — ÈRE DE LA KOYAUTÉ.
» avaient alors la coutume de se couvrir l'œil gauclie de leur bou- » clier dans les combats *. » Le calcul du roi ammonite s'explique pariaitement par celte circonstance. Il laissait aux malheureux captifs un œil, qui leur permettait de cultiver leurs champs et d'enrichir le vainqueur par leur travail; et il les mettait, en les privant de l'autre, dans l'impuissance de recouvrer jamais leur liberté. . j^^.bœnfs dn 3. « Lcs aiicicns de Jabès-GaLiad répondirent au roi ammonite :
4 'coupés en
.iorceaiii. Accordcz-nous sept jours de délai. Nous enverrons des messages
Appel aux
aruies. Tre- aux Israélites nos frères; et si nul d'entre eux ne vient à notre
Bière Tictoire
deSaûi. secours, nous subirons latireuse proposition que vous nous avez faite. — Les envoyés de Jobès se rendirent donc à Gabaa. En présence du peuple, ils racontèrent leur histoire; une douloureuse acclamation accueillit leur récit, et les larmes coulaient des yeux des assistants. En ce moment, Saiil revenait de la campagne, précédé de son attelage de bœufs. Que signifient ces gémissements? demanda-t-il. — On lui apprit l'horrible nouvelle. Saisi tout à coup de l'inspiration divine, il égorge les bœufs de son attelage, les coupe en morceaux, et envoie ce sanglant appel aux armes à toutes les tribus d'Israël. Les messagers qu'il chargea de cette ambassade avaient ordre de dire de sa part : Quiconque ne sortira pas immédiatement de sa demeure pour venir se ranger sous les drapeaux de Saiil et de Samuel, verra traiter ainsi les bœufs de ses troupeaux. — Le trophée royal ainsi promené à travers les cités d'Israël excita dans la nation un mouvement unanime. Elle se leva tout entière comme un seul homme. Saûl passa en revue tous les guerriers dans la plaine de Bésecb. Il s'en trouva trois cent mille, venus de toutes les tribus, et trente mille de la seule tribu de JuJa, A.Uez, dit le roi aux envoyés de Jabès, annoncez à vos compatriotes :jue demain, à midi, le salut leur arrivera avec nos étendards. — La joie fut grande dans la ville assiégée, quand cette heureuse nouvellft y parvint. Cependant, pour endormir les soupçons des Ammonites, l lîs habitans de Jabès envoyèrent une députation à leur roi. Demain, lui faisaient-ils dire, nous sortirons des murs de noti'e ville, etnou»
* Joseph., Aniiq. judaïc, lib. VI, cap. vi.
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nous livrerons à votre discrétion. — Ce lendemain, attendu de part et d'autre avec tant d'impatience, arriva enfin. Saiil avait passé une partie de la nuit à faire franchir à ses troupes la distance gui le séparait de Jabès. Dès l'aube, son armée, divisée en trois corps, fit irruption par trois côtés à la fois sur le camp ennemi. Les Am^ monites, surpris à l'improviste, ne songèrent pas même à se défen< dre. Les enfants d'Israël en firent un horrible carnage. A midi, comme l'avait annoncé Saiil, l'armée assiégeante était anéantie, et quelques fuyards isolés parvenaient seuls à éviter la mort. Dans son enihousiasme, le peuple reconnaissant entourait le prophète, Samuel, qui avait voulu consacrer par sa présence ce début du jeune roi. Où sont, disaient les guerriers, les malveillants qui répétaient sans cesse : Est-ce que Saiil est fait pour régner sur nous? Qu'on les livre entre nos mains, et qu'ils expient leurs blasphèmes par les derniers supplices! — En ce moment Saiil éleva la voix, et, dominant toutes ces clameurs : Non, dit-il, nul ne sera mis à mort pour ma cause, en ce jour où le Seigneur a daigné apporter le salut à son peuple. — Samuel dit alors : Prenons tous le chemin ^e Galgala; nous inaugurerons, dans une assemblée solennelle, le pouvoir du nouveau roi. — La proposition fut acceptée avec une joie indicible. Tout le peuple, réuni dans cette plaine en présence du Tabernacle, acclama la royauté de Saûl et immola des hosties pacifiques au Seigneur*. »
4. L'intervention de Samuel en cette circonstance ne nous paraît inaugur?r»«*
<..oi TTtrr. T • r • du rèffne de
guère justitier le mot de M. llenan sur la conduite équivoque du Saui.àia».
r. 1 ^ II • . 1 / -1 semblée da
Prophète , et nous cherchons vainement en tout ceci le prétendu Gaigaïa. a système de taquineries contre la royauté ^» naissante, qui blesse politique la susceptibilité chatouilleuse du savant membre de l'Institut. Mais nous sommes trop habitués à le trouver en désaccord avec la Bible, qu'il a la prétention d'expliquer, pour témoigner la moindre surprise de cette nouvelle déconvenue. Il serait donc inutile d'insister davantage et de faire observer (me les paroles de Samuel, qu'on
* 1 Reg., cap. xi, 3 ad ultim. — * E. Renan, Etudes d'hist. religieuse, pag. 16, passage inlégralemeût cité par nous au chapitre précédent, n* 23.
va lire bientôt, semblent un cémenti préparé d'avance à l'adresse de cette imputa lion calomnieuse. Le Prophète saisit l'occasion de l'assemblée générale de Galgala, pour adresser au peuple un adieu solennel et proclamer une sorte de testament politique, a Vous voyez, dit-il aux enfants dlsraël, que je me suis complètement prêté à vos désirs. J'ai institué la royauté au milieu de vous. Maintenant donc vous avez un roi qui marche à votre tête et donne le signal des combats. Pour moi, je suis vieux et les cheveux ont blanchi sur ma tète; mes fils sont, comme vous, les sujets du nouveau roi. Or ma vie s'est écoulée au milieu de vous, mes actes dès ma première enfance vous sont connus. Je vous adjure donc en ce jour de déclarer librement, devant Jéhovah et le roi qu'il a sacré *, les griefs que vous pourriez avoir contre moi. Si j'ai pris injustement le bœuf ou l'âne de quelqu'un d'entre vous; si j'ai calomnié ou opprimé un innocent; si, dans un procès, j'ai accepté des présents de quelqu'Israélite : qu'il le dise, me voici prêt à entendre ma propre condamnation et à réparer le dommage! — Le peuple ému s'écria tout d'une voix : Non, jamais vous n'avez calomnié l'innocent! Jamais vous ne nous avez opprimés! Jamais vous n'avez vendu la justice! — Ainsi, reprit Samuel, Jéhovah le Seigneur, et le roi son christ, sont témoins que vous déclarez en ce jour mon innocence! — Oui, dit la foule, nous acceptons leur témoignage! — Le Prophète attendit que l'acclamation populaire dont il était l'objet, eût fait place au silence, et il ajouta : C'est Jéhovah qui a fait surgir du milieu de vous Moïse et Aaron. C'est lui qui a délivré vos aïeux de la servitude de l'Egypte ! Maintenant donc écoutez. Je vais vous redire les œuvres que sa miséricorde a accomplies en faveur de vos pères et de vous. Jacob, le patriarche avait élabli sa famille sur le sol égyptien. Plus tard vos pères, as lervis sous un joug odieux, élevèrent au pied du trône de Jéhovah leurs prières et leurs gémissements. Le Seigneur en fut touché; Moïse et Aaron rendirent, par son ordre, la liberté à vos pères et
> Coram Domino et coram chrisio ej'us (! Keg., cap. xn, 3). Le christ du Seigneur c'cït le roi qui a reçu l'oactiou P/ainte, c'est Saiil, le nouveau monarque d'Israël.
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les conduisirent en ce pays. Oublieux de tant de bienfaits, vop pôrc.H trahirent Jéhovali leur Dieu. La punition ne se fit pas atlcnùie; ils tombèrent sous la servitude de mille tyrans. Sisara, mailre des milices d'Hazor, les Philistins, les rois de Moab et d'Amraon les opprimèrent tour à tour. De nouveau ils s'adressèrent au Seigneur ; Nous avons péché, disaient-ils dans leur désespoir; nous avons abandonné Jéhovah, notre Dieu, pour courir aux autels de Baal et d'Astarolh. Daignez nous pardonner nos crimes, Dieu de clémence et de bonté! DéUvrez nous des mains de nos ennemis, et notre fidélité sera éternelle. — Ainsi ils priaient, et Jéhovali leur envoyait successivement Gédéon le Jérobaal, Badan, Jephté et moi-même, Samuel, son indigne serviteur. Il vous a ainsi délivrés des puissants ennemis qui bordent vos frontières, et vous avez habité en paix le sol de la Terre promise. Cependant le roi des Ammonites, Naas, vous menaçait d'une nouvelle invasion. Dans votre effroi vous me vîntes trouver : Donnez-nous, m'avez-vous dit, un roi qui marche à la tête de nos armées ! Le règne de Jéhovah ne vous sulEsait plus. Ce roi, vous l'avez aujourd'hui. Vos désirs sont accomphs, vos vœux sont satisfaits. Voici le roi que vous a donné le Seigneur! Maintenant donc, si vous avez la crainte de Dieu, et que vous le serviez fidèlement; si vous êtes dociles à sa voix, et que vous ne l'irritiez plus par vos prévarications, vous vivrez heureux sous son égide, vous et le roi qui vous gouverne. Que si, au contraire, vous méprisez sa loi, si vous outragez sa volonté sainte, la main de Jéhovah s'appesantira sur vous comme elle s'est appesantie sur la tête de vos pères. Doutez-vous de sa puissance? En voulez-vous une preuve éclatante et palpable? C'est aujourd'hui la moisson du froment. Le ciel est pur et sans nuages. Eh bien! je vais prier le Seigneur, et dans un instant le tonnerre va gronder sur vos tèles. Un orage va éclater sur vous. — Le Prophète adressa en effet une prière à Jéhovah , et la foudre fit retentir ses formidables éclats au milieu d'une pluie torrentielle. Saisie d'effroi, la multitude supplia le Prophète d'intercéder pour elle. Priez Dieu pour nous, s'écrièrent les enfants d'Israël. Qu'il ne nous accable point sous les coups de sa vengeance. Qu'il nous pardonne notre vœu téméraire et
l'imprudence avec laquelle nous avons demandé un roi. — Ne craignez point, répondit Samuel, Dieu vous a pardonné une faute produite par l'entraînement général. Mais ne vous écartez point à l'avenir de ses commandements et servez-le de tout votre cœur. Ne cornez plus aux fêtes et aux plaisirs idolâtriques. Les fausses divinités ne sauraient vous protéger et vous dcfondre, tandis que Jéhovah ne vous abandonnera jamais. Sa gloire et sa uiajesté .sainte seront votre bouclier; il a juré de vous adopter pour ses enfants. Quant à moi, je ne cesserai jamais d'intercéder pour vous et de vuus enseigner le chemin de la justice et de la vérité. Donc, craignez le Seigneur, servez-le dans la sincérité de vos âmes. Vous avez vu les grandes choses qu'il a accomphes en votre faveur : si vous persévérez dans votre fidélité, il vous sera propice ; mais si vous veniez jamais à retomber dans vos prévarications, vous succomberiez dans une ruine commune, vous et le roi qu'il vous a donné '. »
Appréciation 5- M. Munk apprécie avec plus de justice que M. Renan le rôle poiitique^de de Samuel, dans ces grands événements. « En résignant sa judicarévénenîint^ » ture, dit-il, le Prophète ne renonça nullement à toute iulliience deGaî'cala » pohliquc, il SB proposa au contraire de surveiller le nouveau roi *'" ' "' ' » et de lui retirer sa protection, dès qu'il cesserait d'être un fidèle » vassal de Jéhovah et de sa loi. Dans l'idée de Samuel, la royauté » ne devait être qu'une judicature permanente et héréditaire, etles D institutions devaient rester ce qu'elles avaient été jusqu'alors... » Nous le verrons exercer encore longtemps une véritable tutelle » sur son élu; son rùle politique n'est pas achevé, et nous le ver- » rons accomplir quelques actes importants qui mettront encore » plus en relief les traits caractéristiques de ce grand homme 2. » Tel est en eûct, nous l'avons déjà dit, le véritable sens du récit biblique, et « le système de taquineries » de Samuel contre la royauté, 4ue M. Renan aura eu l'honneur de découvrir, en ce six* siècle, te?'.ef9l à la charge de sa conscience. Mais M. Munk, si explicite rjàQé 1 éloge qu'il fait de Samuel, et élevant si haut la profondeur
* I Reg., cap. xn, 1 ad ultim. — * S. Munk, Palestine, pag. 251, 252.
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de vaes et la droiture de conduite du Prophète, se trouve moins à l'aise en face de l'événement miraculeux qui signala l'assemblée générale d'Israël à Galgala. Nous convenons volontiers que rien n'est moins naturel que de montrer à tout un peuple le ciel pur el sans nuages sur sa tête, et de lui dire : a Je vais prier Jéhovah, et v la foudre éclatera à l'instani, mêlant ses éclats terribles à une 9 pluie d'orage. » Faire une prédiction aussi hardie, et l'accomplir sur-le-champ, c'est là ce que nous appellerons toujours le surnaturel. Mais le texte biblique est formel. Sa narration, que noui avons reproduite-, ne laisse place h aucune équivoque. De quel droit M. Munk a-t-il donc pu prétendre supprimer le merveilleux de ce récit, et le convertir en un fait tout naturel, dont le seul caractère saillant était de se produire à une saison inaccoutumée? Voici la version du savant Israélite : « Un phénomène cxtraordi- » naire, dit-il, rendit la scène de Galgala encore plus imposante : un violent orage éclata sur l'assemblée, quoiqu'on fût à l'époqu » de la moisson du froment; le tonnerre grondait, accompagné » d'une forte pluie. Le peuple fut saisi de terreur, croyant entendre » la voix du Ciel qui désapprouvait l'établissement de la royauté, » mais Samuel rassura l'assemblée *. » Quel lecteur soupçonnerait, à ces paroles de l'historien moderne , un miracle quelconque dans le fait raconté. Et pourtant Samuel prévient positivement le peuple qu'un prodige va s'opérer à ses yeux, absolument comme Moïse avait prévenu le Pharaon avant chacune des plaies dont l'Egypte fut ^ccessivement frappée par la verge du Prophète, ou bien de même qu'il prévenait, trois jours à l'avance, la multitude réunie au pied du Sinaï, de la promulgation de la loi divine, parmi les bruits de la foudre et la lueur des éclairs. L'assemblée de Galgala ne fut donc point le jouet d'une illusion superstitieuse, « en croyant » entendre la voix du Ciel dans les éclats de la foudre. » Elle l'entendait réellement, et si M. Munk se fût trouvé au nombre des assistants, il eût entendu, jugé et cru comme eux. Les contemporains de Samuel avaient probablement déjà vu des orages; celui qui sv»
'S. Munk, Palestine, pag. 251,
produisait sous leurs yQux, en admettant même qu'il fût insolite en cette saison, ne l'était pas plus que ceux qui éclatent chez nous, pendant nos Livers, au mois de janvier ou de février. Tout exceptionnels qu'ils puissent être à cette époque, y a-t-il un seul habitant de nos campagnes qui les prenne pour des miracles? Mais croit-on que le bon sens soit le partage des hommes de lios jours, et (ju'il ait été refusé à ceux des temps anciens? Non, les Israélites au temps de Saiil étaient, sous ce rapport, au moins nos égaux. Comment alors auraient-ils laissé écrire , dans im de leurs livres canoniques, dans un récit qu'ils lisaient et méditaient chaque jour, un prétendu miracle qu'ils savaient n'avoir été qu'un fait très-naturel et très-simple? Cela n'est pas, cela ne peut pas être. Oreanisatioa Q, La victoire coutro les Ammonites, et l'asçemblée générale de
militaire de . i • i ^ i
larojanté. Galgala dont elle fut suivie, avaient consolide le trône de Saiil et investi sa royauté naissante de la force immense qu'on nomme le prestige. Désormais le nouveau monarque pouvait songer sérieusement à délivrer Israël de toutes les oppressions du dehors; il était assuré du concours et des sympathies de la nation entière. Les Philistins avaient, en dépit des victoires réitérées de Samson et de Samuel, conservé des positions militaires, sous le nom de stations *, dans les principales villes de la Palestine. Ils en avaient une sur les hauteurs de Gabaa, en face même de la patrie de Saiil, La présence de ces étrangers était une insulte et un danger pour le peuple de Dieu. L'administration intermittente des Juges, suffisante pour organiser, à l'approche d'une grande bataille, les forces mihtaires de la nation, n'avait pu s'entourer d'une armée permanente. La royauté, pouvoir essentiellement militaire, devait, sous ce rapport, otfrir une supériorité réelle. Saiil le comprit, et il résolut de tenir constamment sous sa main un corps de troupes avec lequel il lui serait possible de chasser successivement l'ennemi des pf ites qu'il occupait encore sur le territoire hébreu. Mais si l'intérêt bien compris de la royaut*^ et du peuple se prêtait à cette mesure, il s'opposait en même temps à ce que l'armée permanente
* 1 Reg., cap. X, 5; cap. xiii, 3.
CIIAP. I. — LB PREMIER ROI D'iSRAEL (1080-1051). 265
fûb trop considérable. D'une part, les campagnes privées de bras fussent restées sans culture, et la nation appauvrie aurait cbangé ses acclamations enthousiastes en cris de malédiction contre ^.a royauté. De l'autre, une armée trop nombreuse aurait bientôt, faute d'ennemis importants à combattre, perdu, dans le repos et i'inaction, l'esprit etia discipline militaires; elle fût devenue un élément de tyrannie et d'oppression qui pouvait accabler ou le peuple ou le roi, au gré des passions du moment. Il fallait donc à Saiil un noyau d'armée plutôt qu'une armée proprement dite.
7. Les premiers actes de Saûl furent inspirés par ces idées sages Succès â» et habiles, à la réalisation desquelles Samuel ne fut probablement Gabaa. Que» pas étranger. La Bible en effet s'exprime ainsi : « Saiil, au début armement». de son règne, semblait, par sa docilité, un enfant dévoué et respec- politique dai tueux sous la main de son père *. Pendant deux ans, il conserva cet esprit de modération et de douceur. Parmi les guerriers d'Israël, il se choisit un corps de troupes de trois mille hommes. Deux mille étaient placés sous son commandement immédiat, au camp de Machmas, et sur les hauteurs du mont Béthel. Les autres mille, sous les ordres de Jonathas, fils du roi , furent opposés à la garnison que les Philistins entretenaient à Gabaa. Tous les autres soldats qui avaient combattu sous les murs de Jabès, furent renvoy la dans leurs demeures *. » Le roi se réservait de les réunir, si jamais l'occasion des grandes batailles se présentait. Telle fut, pendant deux ans, la situation militaire du peuple hébreu. « A cette époque, Jonathas, à la tête des mille soldats qu'il commandait, éta4 parvenu à chasser les Philistins de Gabaa et à s'emparer de W forteresse qu'ils y occupaient depuis si longtemps '. » Ce succès, déjà fort important en lui-même, empruntait encore aux q^îons' tances une gravité énorme. Les Philistins étabhs à l'intérieur de 1^ Palestine avaient adopté, pour consolider leur domination, une
* Filius unius anni erat Sau^ cum regnare cœpisset (I Reg., cap. xin, 1). L'in* terprétatioa de ce verset a longuement exercé la sagacité des commentateurs. Nous ne prétendons point donner ici la solution des difficultés, ni prendre un parti dans la controverse , en adoptant cette interprétation de la Vulgate. — » • I Reg., cap. xni, 1, 2. — » I Reg., cap. xiii, 3. J
mosure aussi simple qu'efficace. Ils avaient peu à peu supprimé tous les ateliers de forgerons sur le territoire des Hébreux. Soit incapr^fitc des ouvriers israélites, soit préférence accordée à l'agricullure sur l'industrie, le moyen imaginé par les ennemis avait pVinoment réussi, a Sur toute la terre d'Israël, dit le texte sacré, on ne trouvait plus un seul homme sachant travailler le fer ; lafabrication des armes devenait ainsi impossible aux Hébreux. Les Israélites s'adressaient donc aux Philistins pour forger et faire aiguiser les socs de charrue, les boyaux, les haches et tous les instruments aratoires. A la reprise des hostilités, les ateliers philistins refusèrent naturellement leurs services au peuple d'Israël, et bientôt tous les instruments tranchants furent émoussés. Les Hébreux ne possédant d'ailleurs ni une épée ni une lance, se trouvèrent désarmés en face de l'ennemi ^ » Il ne leur restait de ressources que dans l'arc et la fronde; encore les flèches, sans dard ferré, dont ils pouvaient disposer, ne devaient pas être des armes fort redoutables. — On voit que les questions d'armement et d'arsenaux militaires, qui jouent un si grand rôle dans la politique des nations modernes, préoccupaient déjà les contemporains de Saûl, et l'on peut, en comparant la naïveté des voies et moyens employés à cette époque primitive, avec les ressources gigantesques dont nous disposons de nos jours, se faire une idée des progrès accomplis depuis lors, dans l'art de tuer les hommes, farinée des 8. La situation réciproque des Philistins et des Hébreux devait celle des lié- nécessairement aboutir à une guerre générale. Les premiers, irrit€Dce. tés de l'échec de Gabia, brûlaient du désir d'en tirer une vengeance que le désarmement forcé des Hébreux rendait facile. Les seconds redoutaient, il est vrai, la reprise des hostilités, puisqu'ils manquaient d'armes pour la soutenir. Mais le sentiment national, surexcité par l'institution de la royauté nouvelle, qui venait de se couvrir de gloire, triompha bientôt des premières hésitations. Saiil,
' I H^f/., cap. xni, 19-22. Nous ferons observer ici, que, malgré la géu(5ralité des expresoious du Livre saint, la silualiou ainsi décrite doit être uuteudue surtout des tribus méridionales plus directement soumises à la domiuatioa des Pbilisliud
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€ans perdre de temps, « envoya dans toutes les villes et bourgades juives des hérauts qui rassemblaient le peuple au son des trompettes. Hébreux, disaient-ils, écoutez la grande nouvelle. Votre ro vient de chasser les Philistins de la station de Gabaa, il attend les guerriers dans son camp, au milieu des plaines de Galgala! - Cet appel au combat fut entendu, et les soldats accouraient en foule sous les drapeaux de Saûl. Les Philistins, de leur côté, réunirent une armée formidable. Trente mille chariots de guerre, six raille cavaliers et une multitude innombrable, pareiUe au sable des mers, s'ébranlèrent et couvrirent les campagnes israéhtes. Les habitants épouvantés abandonnaient les villes et les bourgades à leur approche, pour se retirer dans les rochers, se blottir dans les cavernes, les anfractuosités des montagnes et jusque dans les citernes desséchées. L'ennemi, traversant ce désert qu'il faisait lui-même sur sa route ^dnt camper à Machmas, à l'est de Bethaven, séparé du camp hébreu par la montagne d'Ephraïm. Cependant une émigration de vieillards, de femmes et d'enfants Israélites, fuyant devant l'invasion, traversait le Jourdain et allait chercher un asile parmi les tribus orientales, sur le territoire de Galaad. La frayeur du peuple était à son comble ♦. »
9. Au milieu de la consternation générale, Saûl ne sut pas se caicm-i-^^ préserver lui-même d'un entraînement funeste. Miraculeusement -liste^contr. élevé au trône d'Israël, il avait vu se réaliser l'une après l'autre les prédictions que Samuel lui avait faites au jour du sacre, à Ramatha. Arraché à la charrue de son père, il avait senti son i cœur se transformer et son intelhgence s'agrandir, sous l'mspK ' ration soudaine de l'Esprit de Dieu. Le dernier des fils de Benja^ min avait entendu son nom sortir de l'urne de l'élection, et des transports unanimes saluer ce nom, naguère inconnu, des cris de Vive le roi! La gloire n'avait pas tardé à sanctionner de son auréole l'enthousiasme populaire. En deux ans, l'obscur habitant de Gabaa s'était changé en un puissant monarque, dont la victoire couronnait les drapeaux. Si jamais un rêve d'ambition avait tra-
i l Reg., cap. xiii, 3-7.
versé les pensées de son adolescence, il fant convenir que ce rêve était aujourd'hui dépassé. Malheureusement les positions élevées et soudaines ont des éblouisseraents qui ressemblent au vertige. L'élévation de Saûl était l'œuvre de Dieu, elle ne devait être durable qu'à la condition d'une entière fidélité à Dieu. Le nouveau roi l'oublia trop tôt. Samuel lui avait positivement enjoint, de la part de Jéhovah , d'attendre son arrivée à Galgala pendant sept jours, et de ne pas quitter ce campement avant qu'il ne fût venu offrir pour l'armée les holocaustes et les sacrifices de propitiation '. C'était la dernière recommandation que, dans son esprit prophétique, Samuel avait faite aux portes de Ramatha, à l'élu du Seigneur, après avoir répandu l'huile sainte sur sa tète. Il n'y avait pas, dans ce procédé, l'ombre de ce que M. Renan appelle « un t système de taquineries. » Comment Samuel eût-il pu prévoir, deux ans à l'avance, par les seules données de la prudence ordinaire aux politiques, l'invasion des Philistins, la situation respective des deux armées et le campement de Galgala? Evidemment ces détails ne pouvaient apparaître avec tant de précision, dans l'obscurité de l'avenir, à la pensée de Samuel, que par une inspiration réellement divine. C'était donc Dieu lui-même qui transmettait à son élu, par l'organe du Prophète, sa volonté souveraine et irrévocable, et qui lui dictait le programme de sa future royauté. Or Dieu avait le droit Je poser des conditions à Saûl, le premier roi disraël, comme il avait eu le droit d'en poser à Adam, le premier homme. Adam et Saul conservèrent néanmoins la liberté de la désobéissance, et malheureusement ils en usèrent tous deux.
J^%'^^, 10 « Après avoir attendu six jours, à Galgala, l'arrivée du Pro- ^éUede pbèle, Saûl voyait les rangs de son armée s'éclaircir. Les soldats ellVayés désertaient. Le matin du septième jour, le roi, sans plus tarder, donna cet ordre : Préparez l'holocauste, et amenez-moi les victimes de propitiation. — On s'empressa d'obéir; Saûl offrit l'holoci usie. La llamme brillait encore sur l'autel, quand on signala lar ivée du Prophète. Saûl quitta le sacrifice et s'avança à la rencontre de Samuel, pour le saluer. Qu'avez-vous fait? lui demanda