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CHAP. I. — LE PREMIER ROI D'ISRAEL

surplombaient dans le vide. Celle qui regardait Gabaa s'appelait la Pointe de Bosès; l'autre, du côté de Machmas, portait le nom de Pointe de Séné. Ces difficultés n'arrêtèrent pas un instant la bouillante ardeur de Jonatbas. Convenons d'avance, dit-il à son écuyer, des mesures que nous aurons à suivre, si le Seigneur, notre Dieu, daigne bénir nos efforts ; car il ne lui est pas plus difficile de triom. pher par la main de deux hommes que par les forces d'une multilade. — Ordonnez, répondit l'écuyer. Je vous suivrai partout où vous irez, et j'exécuterai fidèlement votre volonté. — Lors donc que nous approcherons de ces incirconcis, reprit Jonathas, au moment où leurs sentinelles avancées nous auront aperçus, si elles nous crient : Attendez. Nous allons vous combattre ! nous nous arrêterons en effet, et nous les attendrons de pied ferme. Si, au contraire, elles nous crient : Montez donc jusqu'à nous! nous continuerons notre ascension . et nous marcherons sur elles : ce sera le signe que le Seigneur les aura livrées entre nos mains *. » Le plan du jeune prince était parfaitement sage. Si les sentinelles des Philistins descendaient à leur rencontre, elles le feraient après avoir donné l'alarme à tout le camp ennemi, qui ne tarderait pas à accabler les deux téméraires. Si au contraire les sentinelles, méprisant cette attaque isolée, prenaient le parti de les attendre, il serait possible de tuer les premières gardes et de jeter l'effroi parmi la troupe ennemie, qui verrait dans les deux Israélites isolés l'avant-garde de toute l'armée de Satil. L'événement justifia cette prévision. « Dès que les sentinelles des Philistins eurent aperçu les deux assaillauls : Voici des Hébreux qui sortent des rochers où ils se tenaient en embuscade, s'écrièrent-elles. Et s'adressant à Jonathas et à son écuyer : Montez jusqu'à nous, si vous le pouvez, leur dirent- «lles avec ironie. Nous vous réservons bon accueil! —-En entendant ces paroles, Jonathas dit. à son écuyer : Avançons sans crainte. Le Seigneur les a livrés en notre pouvoir. — S'aidant alors des mains et des pieds, et rampant sur le flanc des rochers, ils poursuivirent leui' escalade. Les premières éentinelles tombèrent soui

* I Reg., cap. xiv, 1-10.

Défaite des

Philistins.

Vœu téméraire de Saiil.

le? coups de Jonathas; récuyer qui le suivait fit subir aux autre un tvr.itement semblable, et bientôt vingt cadavres philistins furent couchés à leurs pieds dans un espace de terrain moitié moins grand que celui qu'une paire de bœufs pourrait labourer en un jour*. »

1-2. Ce combat livré pour ainsi dire entre ciel et terre , à la vue des deux armées, dans une région inaccessible, « attira en un instant l'attention générale, et fixa les regards des guerriers restés au camp ou répandus dans la plaine. Le poste des Philistins, sur la hauteur d'Ephraïm, croyait à un prodige; ceux des ennemis qui avaient déjà pénétré dans la vallée, et y avaient commencé leure dépravations, furent saisis d'une terreur panique. Ils crurent à la présence d'une armée israéUte qui avait franchi la montagne et allait piller leur camp. Cependant les sentinelles des Hébreux à Gabaa, à la vue du mouvement extraordinaire qui se produisait lutour d'elles, et de la retraite précipitée des ennemis, prévinrent Saiil. Cherchez parmi les rangs, dit le roi, et voyez qui d'entre nous est sorti du camp. — En quelques minutes, on s'aperçut de l'absence de Jonathas et de son écuyer. Eux seuls avaient quitté le camp. » Malgré l'impatience bien naturelle de Saiil, qui eût voulu se précipiter à la poursuite des Philistins pour soutenir Taltaque de Jonathas, il prit cependant le temps de consulter la volonté du Seigneur, a Interrogez l'oracle divin de l'Arche d'alliance, dit-il à Achias. — Et pendant que le Grand Prêtre étendait les mains, dans sa prière, le tumulte et les cris redoublaient avec une nouvelle intensité. C'est assez, dit Saûl au Pontife. Le Seigneur nous manifeste assez clairement sa volonté. — Poussant donc le cri de guerre, qui fut répété par les clameurs unanimes de son armée, il s'élança, suivi de tous ses guerriers, à la poursuite des fuyards. Les Philistins épouvantés se dispersèrent dans une déroute effroyable; les derniers rangs perçaient de leurs armes les- soldats qui les précédaient pour s'ouvrir un passage sur le corps de leurs frères. Cependant les Israélites qui avaient précédemment déserté les dra-

« I Rcg., cap. ïiv, 11-14.

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peaux de Saiil, et qui s'étaient cachés dans les rochers de la monlague; ceux même qui s'étaient mêlés à l'armée des Philistins par une trahison plus lâche encore, et qui partageaient avec eus les dépouilles des campagnes, revinrent se joindre aux soldats fidèles, et l'armée royale, qui le matin comptail à peine six cents hommes, se. trouva bientôt forte de plus de dix mille. On pai^vint ainsi, sur les traces de l'ennemi, jusqu'à Bethaven. Là batil, dans l'ardeur de la victoire, s'écria : Maudit soit le guerrier Israélite qui songera à manger d'ici à la nuit, jusqu'à l'heure où nous aurons tiré des Philistins une vengeance complète ! — Les soldats électrisés par le succès continuèrent donc à poursuivre l'ennemi, sans songer à la fatigue ni à la faim. On s'engagea dans une forêt audelà de Beihaven, où l'on rencontra, sur le flanc des arbres, des ruches d'abeilles, dont le miel abandonné ruisselait jusqu'à terre. L'armée passa devant elles sans étendre la main sur cet aliment inespéré. Elle respectait le serment du roi. Seul, Jonathas, qui n'avait point entendu les paroles de son père , étendit en passau'' une baguette qu'il tenait à la main, en plongea l'extrémité dam un rayon de miel, qu'il porta ensuite à ses lèvres. Un soldat l'ayant aperçu, lui dit : Saûl, votre père, a prononcé un serment terrible. Il a dit : Maudit soit le guerrier Israélite qui songera à manger avant la nuit ! — Mon père a fait un vœu indiscret , répondit le jeune prince. Ce peu de miel que je viens de manger m'a rendu des forces. Que serait-ce donc, si nos troupes avaient eu la permission de profiter, pour se nourrir, des vivres saisis sur l'ennemi? N'auraient-elles pas eu plus de vigueur pour exterminer les Philistins? — La journée s'acheva ainsi dans cette poursuite incessante; et le soir, l'armée d'Israël^ excédée de fatigue, arrivait triomphante à Aïalon, ayant chassé l'ennemi jusque-là '. »

13. (1 Les soldats épuisés firent halte; ils assommèrent les brebis, La. baita

^ aprts la vî»»

les bœufs et les génisses pris aux Phihstins, et, sans respect pour toïre. la loi de Moïse, quelques-uns se mirent à manger la chair des animaux mêlée avec le sang. Témoin de cette prévarication, Saiii

» I Reg., cap. xiv, 15-32.

27 4 IlISTOIR* éE L'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — EUE DE LA ROYAUTÉ.

s'écria : Malheureux ! vous avez viole la loi du Seigneur ! Qu'on me roule ici ce quartier de rocher. — On amena donc devant lui une pierre énorme. Maintenant, reprit le roi, parcourez les rangs des soldats. Dites-leur que chacun d'eux se rende ici pour immoler sur cette pierre son bœuf ou son bélier, suivant les prescriptions mosaïques. Ainsi le sang sera séparé de la chair, et vous pourrez manger sans craindre d'offenser le Seigneur. — Les guerriers obéirent à cet ordre, et toute cette soirée on les vit immoler de? animaux dont ils faisaient couler le sang pour se nourrir de leur chair. Saûl, de son côté, éleva un autel au Seigneur '. » Dans cet empressenlent du roi à faire respecter la loi de Moïse, on peut apercevoir, d'une part, la valeur du système rationaliste, qui prétend que l'intluence de la législation mosaïque demeura nulle jusqu'au règne de Josias; de l'autre, l'effet qu'avait produit sur le cœur du monarque hébreu le récent avertissement du prophète Samuel. Toutefois, avec une volonté meilleure, Saiil ne retrouvait pas la sagesse des conseils qui avait inspiré ses premiers actes. Inconsidéré et téméraire, il se laissait entraîner par les circonstances et la fougue de son caractère. Le vœu de Bethaven, la précipitation avec laquelle il avait, le matin même, interrompu la consultation du grand prêtre Achias, et couru au combat sans attendre la réponse du Seigneur, en étaient autant de preuves. Il allait encore en donner de nouvelles, /onathas, 14. Euivré par la victoire, « il dit à ceux qui l'entouraient : Proà'moA^cs't fitons des ombres de la nuit, jetons-nous sur les restes de l'armée d*"ouement dcs Philistius, et taillons-les en pièces. Que demain matin l'aurore *"" *■ n'en trouve pas un seul debout. — Il ne songeait même pas à consulter .'.e Seigneur, le Grand Prêtre l'en fit souvenir. Soumettons ce projet, dit Achius, au jugement de Jéhovah. — Le Pontife interrogea donc le Seigneur, au nom du roi, en ces termes : Dois-je continuer pendant la nuit à poursuivre les Philistins? Jéiiovah daigncra-t-il bénir cette entreprise? — • Ainsi parla le Pontife, mais le Seigneur ne transmit aucune ré^ionse. Le silence de l'oracle divin

^kReg., cap. xiv 33-35,

CHAP, 1. — LE PREMIER ROI d'iSRAEL (IO8O-IO0I). 275

témoignait d'une prévarication cachée qui avait offensé le Seigneur Saûl dit aux chefs de l'armée : Faites une enquête, informez-vous et sachez quel est le crime qui attire sur nous la colère du Seigneur. Vive Jéhovah, le Sauveur d'Israël! Je jure, par son nom sacré, que quand le coupable serait Jonathas lui-même, il sera puni de mort. — Tout le peuple entendit avec effroi cette parole téméraire, mais nul ne se permit la moindre observation. Le roi reprit alors : Mettez-vous tous d'un côté, nous voici de l'autre, Jonatlias et moi. Que le sort décide ! — Le peuple se prêta encore à son désir. Seigneur, Dieu d'Israël, dit ensuite le roi, faites connaître en ce moment l'offense secrète que vous punissez par votre silence. Si la faute a été commise par Jonathas ou par moi, indiquez-le; si elle est le fait du peuple, désignez vous-même le coupable à la vengeance. — On jeta le sort; il tomba sur le groupe royal. Jetez le sort entre mon fils et moi, s'écria Saul. — Le sort tomba sur Jonathas. Qu'as-ta fait? demanda le malheureux père, avoue ton crime. — En passant dans la forêt de Bethaven, répondit Jonathas, j'ai effleuré de l'extrémité de ma baguette un rayon de miel, et l'ai portée ensuite à mes lèvres. Voilà ce que j'ai fait; si l'ignorance où j'étais de votre serment est un crime, je suis prêt à mourir pour l'expier. — Jonathas, s'écria le roi , que la malédiction du Seigneur m'accable, si je ne te fais subir aujourd'hui le dernier supplice ! — Jusque-là le peuple était resté silencieux, mais la nouvelle imprécation de Saiil arracha\un cri d'indignation de toutes les poitrines : Quoi, disaient les guerriers, Jonathas, le héros qui a sauvé Israël en ce jour, sera traîné au suppUce! Non, non! Ce serait un forfait épouvantable. Vive Jéhovah, le Seigneur! Nous ne souffrirons pas qu'un seul cheveu tombe de la tête de Jonathas, puisqu'il a été choisi par Dieu pour être notre libérateur I — Le peuple couvrit donc le jeune prince de sa protection, et ne permit pas que la sentence royale fût exécutée K » Un nouveau crime était ainsi épargné à Saûl.

15. «Les Philistins abandonnèrent le territoire d'frn'aël, et se La cour <u

* I Reg., cap. xiv, 36-46.

Saai. Non- retirèrent dans leurs satrapies. Les armes de Saiil se tournèrent Aeaduroi. successivement contre les Moabites, les fils d'Ammon, et les Edomites, à l'orient de la Palestine, et les rois syriens de Soba, au nord. Chacune de ces expéditions fut bénie de Dieu et couronnée par la victoire. Ce fut l'époque la plus glorieuse du règne de Saûl. Sous son commandement, trois de ses fils, Jonatbas, Jessui et'Melcbisua illustrèrent leurs noms. Le chef des mihces royales était -Abner, fils de Ner, cousin de Saiil, dont la réputation militaire grandissait chaque jour. Le trône d'Israël s'était consolidé. Une cour brillante, présidée par la reine Achinoam, fille d'Achimaas, et par les deux filles de Saûl, Mérob et MicKol, contribuait à en rehausser l'éclat et le prestige. Une jeunesse vaillante et nombreuse se pressait aux côtés du roi victorieux, car Saiil avait soin Je s'attacher tous les hommes de valeur qui se distinguaient dans le métier des armes. Il entretenait ainsi l'esprit mihtaire de la nation, et tenait sous sa main des forces permanentes avec lesquelles il pouvait contenir les Philistins toujours prêts à renouveler leurs incursions et à venger lem* défaite *. » — L'impulsion vigoureuse donnée au mouvement militaire chez les Hébreux par la royauté louvelle, s'était communiquée à toutes les tribus^. «Celles de Ruben, de Cad et de Manassé, à l'abri du système tyraunique de désarmement pratiqué par les Philistins sur l'autre rive du Jourdain, comptaient alors quarante mille bons soldats, pourvus de lances et de boucliers et habiles au maniement de l'arc. Avec cette vaillante troupe, elles entreprirent une expédition en commun

' * I Reg., cap. xiv, 47 ad ultim. Ou ne trouve point dans x;e passage, les noms d'isboseth, de Mipiiiboselli et d'Armoni (Il Reg., cap, xxi, 8), fils de Saiil, sans doute trop jeuucs à cette époque pour prendre part aux expéditions militaires. Quaut à Jes.-ui, frère de Jonatbas, désigné ici, il est le même que les Paralipomènes appellent Abiuadab (I Parulip., cap. VMi, 33).

.* Le récit de l'expédition des tribus orientales est emprunté au livre des Paralipomènes, ainsi uumnié d'un mot grec qui signifie Omission. Les Paralipomènes renferment en ellet la narration d'un certain nombre d'événements ecnlemporaius de la royauté, qui n'avaient pas trouvé place dans les quatre livres bibliques, dits des Rois. Désormais nous ferons marcber parallèlement l'élude de ces deux sources liistoriques, en rangeant leur narration selon Tordre de la chronologie.

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contre les Agaréens, tribus nomades du désert de Syrie ;, au nord des montagnes d'Hermon, dont les fréquentes incursions vcn.tiort porter la dévastation sur le territoire hébreu. Les penpladcs de riturée, de Napbis et de Nadab s'unirent aux Agaréens pour repousser les fils d'Israël. Ce fut en vain : Jéhovab, dont le nom sacré avait été invoqué par les Hébreux au commencement de cette guerre, récompensa leur foi par une victoire complète. Ils s'emparèrent de tous les troupeaux des tribus arabes ; cinquante mille cliumeaux, deux cent cinquante mille brebis, des ânes, au nombre de deux mille, tombèrent entre leurs mains. La soumission des Arabes fut la suite de cette brillante campagne, qui valut aux fils de Ruben, Gad et Manassé, cent mille tributaires dont la fidélité ne se démentit pas jusqu'aux jours de la captivité de Babylone K »

16. On ne peut méconnaître la favorable influence que l'établis- .F^avcrabi»

■^ •* inlluencea»

sèment de la royauté avait exercée iusque-là sur la destinée du la royauté

*' <» i g-jr ig peuple

peuple hébreu. L'unité de commandement, la création d'armées d'israti.iiôi*

* '-^ politique ds

permanentes, l'esprit militaire développé par les honneurs rendus Samuel aux guerriers au sein d'une cour brillante, la noble émulation qui se manifestait entre les tribus par des victoires remportées aux frontières contre les ennemis de la patrie, tels étaient les résultats de l'institution nouvelle. Samuel, qui suivait d'un œil plein de tendresse les progrès accomplis chaque jour, loin de les entraver par un sentiment de vulgaire jalousie, cherchait à les seconder de tout l'ascendant que lui donnaient son caractère de prophète et son expérience consommée. Au lieu de contrecarrer, par un prétendu système de vexations et de taquineries, l'autorité du roi qu'il avait sacré, « il déplorait amèrement, dit l'Ecriture, le sort de Saùl, que » le Seigneur avait frappé d'une sentence irrévocable en punition to de sa désobéissance, et ses larmes coulaient sur ce roi dont le » trône ne devait point être héréditaire ^. » Telles sont les paroles textuelles du Livre saint; ce qui n'empêche pas les exégètes modeines de hasarder l'aflirmation suivante : a Samuel n'avait pas

1 J Parallp., cap. v, 18-22. Que cette expédition soit contemporaiue du règne de Saùl, cela est constaté au verset 10 de ce chapitre, qui porte textuelle- Boent : In diebus auiem Saùl prœliati sunt contra Agarenos. — « I Reg., cap. xv, 35»

278 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — ly" ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

» perdu son influence; il s'était aperçu sans doute, que ni Saûl ni » ses fils, quelles que fussent d'ailleurs leurs qualités, Ji'étaient » propres à réaliser son idéal de la théocratie, et il se repentit du » choix qu'il avait fait. Il attendait une occasion pour rompre ouït vertement avec Saiil, et pour lui donner un rival appuyé de tout » le poids de son autorité prophétique et de l'influence politlcpie » qu'd avait conservée comme ancien juge '. » Comment Samuel avait-il aperçu que Jonathas, le héros et le sauveur d'Israël à Gabaa, fût indigne de régner? Comment se repentait- il d'avoir répandu l'huile de l'onction royale sur le front de Saûl, quand il passa les derniers jours de sa vie à pleurer le sort de de ce prince -? Comment peut-on attribuer à Samuel le choix de Saûl pour roi, quand on a lu le texte biblique? Non, Samuel n'avait point élu Saûl. Au moment où il rencontrait à Ramatha un jeune Benjamite à la recherche des ânesses de son père, le Prophète voyait pour la première fois cet inconnu. Jéhovah dit à son serviteur : « Voilà le roi » que j'ai choisi, » et Samuel consacra Saûl. Mais, dil-on, vous croyez donc à Jéhovah, à son intervention directe dans l'histoire du peuple hébreu? Vous admettez donc comme une réalité vivante, perpétuelle, incessante, ce nom de Jéhovah? — Oui, sans doute, nous l'avons déjà dit 3, et si vous ne l'admettez pas vous-même, de quel droit piétendez-vous écrire une histoire du peuple israélite? Brûlez la Bible, qu'un perpétuel silence ensevelisse le nom d'Israël; ou bien, si vous conservez la Bible, lisez-la telle qu'elle est, et ne substituez pas à son récit les vaines imaginations de vos théories rationalistes! .,

GnêNB 17. La prétendue « occasion que Samuel attendait pour rompre

^ï^aTec?* » ouvertement avec Saul, » fut au contraire la circonstance où le Prophète dut se trouver le plus heureux de lui apporter son concours, et où il prit toutes les précautions possibles pour prévenir la nouvelle faute dans laquelle se précipita lu même ce malheureux roi. En recevant une communication divine qu'il fut chargé de

« S. Rliink , Palestine, pag. 235. — * I Reg., cap. xv, 3a. — ' Tom. I de cette Histoire, pag. 610-113.

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transmettre à ce prince, il put croire que la rigueur de la première sentence s'adoucirait devant un éclatant exemple de fidélité. Mais, hélas! ses espérances ne tardèrent pas à s'évanouir. « Le Prophète vint trouver Saûl : Vous savez, lui dit-il, comment Jéhovah le Sei' gneur me donna jadis l'ordre de vous consacrer par l'onction royale, pour régner sur son peuple. Aujourd'hui il a de nouveau daigné me faire entendre sa voix : écoutez donc sa parole. Voici ce que dit le Dieu des armées : J'ai compté les crimes d'Amalec; j'ai conservé la mémoire de tous les maux qu'il a faits à Israël depuis le jour où, se plaçant sur son chemin à la sortie d'Egypte, il a voulu l'accabler. Maintenant donc, roi d'Israël, lève-toi, va frapper Amalec et anéantis sa puissance, n'épargne rien de cette nation maudite; que l'anathème lancé contre elle s'accomplisse en son entier. Ne réserve pas la moindre chose de ce qui aura porté son nom. C'est contre lui la guerre d'extermination, où la femme et l'enfant à la mamelle doivent disparaître , ainsi que les troupeaux de brebis et de bœufs, d'ânes et de chameaux. *. » Ainsi parla Samuel. Son appel aux armes était un appel à la victoire. Saûl et tous les Israélites savaient l'anathème légal porté contre Amalec dans les Livres de Moïse. Inscrit une première fois au xvii* chapitre de l'Exode *, il avait été renouvelé au Deutéronome par ces paroles solennelles : « Souvenez-vous de la conduite d'Amalec, alors que vous sortiez » de l'Egypte. Il fondit sur vous au désert; et, attaché à vos pas, » il massacrait sur la route ceux qui restaient en arrière, épuisés » par la fatigue et la faim. Il a insulté à la puissance de Jéhovah. » Lors donc que le Seigneur votre Dieu vous aura fait jouir du re- » pos dans la Terre promise, quand il aura soumis autour de vous » les nations ennemies, vous anéantirez le nom d'Amalec. Gardez- » vous d'oublier cet ordre divin ^. » Toutes ces recommandations

1 1 Reg., cap. xv, 1-3. — * Exod., cap. xvn, 14. Scribe hoc ob monumentum in libro, et trade uuribus Josue: delebo enim memoriam Amalec sub cœlo. Voirtom. I de cette Histoire, pag. 581. — ^ Deuteron., cap. xxv, 17-19. L'hostilité de» AQialécitess'étiiit perpétuée depuis leur première attaque et renouvelée sans interruption à toutes les époques de l'histoire juive {Numei\, cap. xiv, 45} Judic, cap. m , 16 ; Ibid., 6 et 33).

280 fflSToiRE DE l'Église. — iv époque. — ^^ère de la royauté.

étaient présentes 4 l'esprit de Saûl. Le Seigneur les confirmait par la bouche du Prophète, et maintenant que l'heure de la vengeance avait sonné, que les ennemis du peuple hébreu repoussés de toutes parts respectaient les frontières juives, il ne restait plus qu'à accomplir fidèlement la mission nationale donnée par Moïse et renouvelée par Samuel. Mais Sali), malgré tant d'avertissements, devait vérifier en sa personne l'étonnante prophétie de Balaam , qui s'écriait à cinq siècles de distance : « Le premier roi d'Israël sera » rejeté à cause d'Agag et la couronne tombera de sa tête ' ! d Défaite 18. L'impunité d'Amalec prolongée davantage eût été un démenti

d'Apag, '■ i V, o

roi dos flaerrant à la véracité de la loi mosaïque, à toute l'institution iuive Nouviiie et à la mission divine du peuple élu. Nous savons bien que nous Saiji. rencontrerons ici les attendrissements posthumes des rationalistes qui ne manquent pas de prendre en main la défense de ces malheureux Amalécites, voués à un implacable analhème. L'argument n'est pas nouveau. Toutes les races que la justice de Jéhovah proscrit en punition de leurs crimes, sont invariablement des races innocentes pour l'incrédulité moderne; elles sont présentées par elle comme cruellement égorgées par un pouvoir intlexible et barbare. Voilà ce qu'ils disent : et nous, nous répondons que les races soumises à cette malédiction étaient, comme nous l'avons vu pour les Chananéens, des races chargées d'opprobres et de crimes. La Providence, sans se départir à leur égard des règles de mansuétude et de longue patience qui sont le trait caractéristique du gouvernement de Dieu sur le monde, leur permettait, pendant une série de siècles, de développer toutes leurs brutales énergies et toutes leurs passions sanguinaires, jusqu'au jour oij les crimes accumulés dans le passé se changeaient en un poids qui écrasait la tête des générations présentes et amenait l'épée victorieuse des vengeurs. Ce point de vne p:ut sembler étrange aux ennemis du surnaturel dans l'histoire ; U n'en est pas moins la rigoureuse expression de la vérité; et, quoi que fassent les rationalistes, ils échoueront toujours dans leur tentative désespérée de bannir la Providence du gouver-

* Numer., cap. xxiv, 7. Voir tom. I de cette Histoire, pag. 721.

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nemenl des afFaires humaines. Saûl ne partageait nullement les sympathiques aspirations de nos exégètes en faveur des Amalécites. A peine eut-il reçu l'ordre divin, communiqué par le Prophète, a il s'empressa de convoquer sous ses étendards la masse de tous les guerriers d'Israël. Ceux-ci accoururent à son appel, et le rof les passant en revue, en fît le dénombrement par tête, comme ul, berger compte ses agneaux. Il s'en trouva deux cent mille. Lî^ tribu de Juda, la plus exposée par sa situation géographique aux incm'sions d'Amalec, avait fourni à elle seule dix mille guerriers, A la tête de cette puissante armée, Saûl franchit la frontière méridionaJe de la Palestine, se dirigeant contre la capitale des Amalécites. Chemin faisant il avait envoyé ce message aux Cinéens, descendants d'Hobab, établis dans la contrée voisine * : Retirez-vous de l'alliance que vous avez contractée avec les Amalécites, de peur que je ne sois obligé de vous envelopper dans la proscription dont ils vont être frappés. Je me souviens qu'autrefois votre aïeul a été bon et secourable pour les fils d'Israël, alors qu'ils sortaient d'Egypte et traversaient les sentiers de la solitude. — La tribu Cinéenne n'hésita pas un instant à se séparer de la cause d'Amalec, et se montra fidèle aux traditions du passé. Saiil investit donc la capitale des Amalécites, réussit à s'en rendre maître et poursuivit les ennemis, en les taillant en pièces, jusqu'à la contrée de Sur, à la limite septentrionale de l'Egypte. Agag, leur roi, fut fait prisonnier ; Saûl, de concert avec le peuple, lui laissa la vie. Il épargna de même la meilleure partie des troupeaux de brebis et de bœufs, et conserva les étoffes précieuses, les armures et les objets d'art les plus riches. Tout le reste du butin, qui représentait une moindre vaeur, fut anéanti^. »

' On se rappelle que les Cinéens, descendants du fils de J(5thro, s'étaient partagés, après la conquête de la Terre promise, en deux fractions. L'uue, se rapprochant du pays de sou origine, s'était flxée sur la frontière méridionale des Hébreux, entre les possessions amalécites et le territoire de la tribu de Juda. .{"'est celle dont il est question dans ce passage. L'autre était allée s'établit dans la vallée de Semniin près de Cédés, dans la tribu de Nephtali, ainsi que iijus l'avons vu dans l'hiitoire de Débora {Judic, cap. iv, 11). *

» 1 licg , cap. XV, 4-9.

r82 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — lY^ ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

Sentence de 19. Pendant que le camp israélite était témoin et complice de

réprobatli.n , . , o • /-.

portée par cette prcvancation, le Seigneur apparut à Samuel , qui, n'ayant

Dieu contre ,,,•■, r n.

Saui, et noii- pomt SUIVI l'armée, était demeure à Ramatha. « Je me repens, dit-

fiée par la . i . m » o i

bouche de il au Prophète, d avoir eleve Saul sur le trône. Il m'a abandonné et

Samuel.

liortd"A£a(f. a fouIé aux pieds mes préceptes. — Cette parole plongea Samuel dans la consternation; il passa la nuit à prier le Seigneur et à intercéder en faveur du roi. Le lendemain matin, comme le Prophète se disposait à se rendre près du prince triomphant et coupable, on vint lui annoncer que Saiil avait déjà repassé la froutièie de Juda, qu'il avait élevé au village de Carmel, près d'Hébron *, un monu- •^ment commémoratif de sa victoire, et se dirigeait maintenant vers Qalgala. Samuel se mit en route pour le joindre. Au moment où le Prophète arrivait au camp, le roi offrait au Seigneur en holocauste les prémices des dépouilles d'Amalec. En voyant approcher Samuel, il lui dit : Venez, le béni du Seigneur, j'ai accompli l'ordre de Jéhovah! — Que signifient donc, répondit Samuel, les mugissements des bœufs et le bêlement des brebis qui arrivent jusqu'à mon oreille? — Ce sont, reprit Saiil, les troupeaux d'Amalec que mes soldats ont amenés ici. Ils ont voulu conserver vivantes toutes les plus belles têtes, poiu- les offrir en holocauste au Seigneur. — Samuel dit alors : Permettez-moi de vous faire connaître ce que Jéhovah le Seigneur m'a révélé cette nuit à ce sujet. — Parlez, répondit Saiil. — Ne vous snuvient-il plus, reprit le Prophète, qu'au jour où vous n'étiez qu'un enfant, même à vos propres yeux, le Seigneur vous a constitué chef de toutes les tribus d'Israël? C'est lui qui vous a sacré roi. Depuis, il vous a dirigé comme par la main : il vous a dit naguères : Va punir les crimes des Amalécites. Tu les combattras sans trêve ni merci jusqu'à complète extermination. Voilà ce qu'il vous avait dit : pourquoi donc n'avez-vous pas écouté la voiv du Seigneur? Pourquoi vous êtcs-vous laissé tenter par l'appât d'uQ vil butin? Pourquoi vous êtes-vous souillé d'un crime sous les yeux

« Roland., Palœstina tllustrata, pag. 476-488, 501 . 11 ne faut pas confondre avec ce vill.i^'o de la tribu de Juda, la montagne du Carmel, qui séteud depuis tt'san'.' jii*«iu'iji la baie d'Acco ou Ptolcmaide, séparant la tribu occidentale de .Muiia^sé de celle d'Issachar.

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