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CHAP. II. — LA CAPITALE D'ISUAEL

faisait entendre le chant de la paix : «Voilà, redisait-il sur le seceguam ï

0 inum, et

kinnor, comme il est doux à des frères de se trouver réunis dans ^jj^^li,** P un sentiment de concorde et d'amour! Comme l'huile de l'onction j!

sacerdotale versée à longs flots sur la chevelure et la barbe d'Aaron, répand ses parfums sur le vêtement du Grand Prêtre; ;omme la rosée descend au matin des sommets de l'Hermon et fertilise les collines de Sion, ainsi est douce l'union des fières! La bénédiction de Jéhovah l'accompagne, la vie dans les siècles en est la récompense M » C'était au Seigneur qu'il reportait toute la gloire de ses succès, tout l'éclat de sou triomphe : « C'est lui, chantait-il encore, c'est ce grand Dieu qui a été ma proteclîon, mon ancre de salut, le soutien do ma jeunesse. A sa voix la terre s'émeut, les montagnes tremblent snr leurs antiques fondements , elles tressaillent au souffle de sa fureur. 11 incline la voûte des cieux et il apparaît dans sa majesté, les nuages amoncelés forment son cher de victoire. 11 s'élève avec les chérubins, il vole sur l'aile des vents! C'est lui qui a donné la force à mon bras et formé mes doigts à la guerre. 0 Dieu ! vous avez Jaigr.é garder les pas du proscrit, vous les avez gardés sur les routes de Texil. Vous avez renversé les ennemis qui se dressaient contre moi ; leur haine impuissante n'a pu les sauver de la ruine. Aujourd'hui le peuple qui ne connaissait pas ma voix s'est soumis à mon empire; une parole de ma bouche sulflt à lui imposer l'obéissance. Vive Jéhovah , le Dieu de ma pensée, le Dieu de mon salut, lui qui amène toutes ces multitudes à mes pieds et qui me venge aujourd'hui de mes persécuteurs! Il' a multiplié les triomphes du roi qu'il a choisi, il a fait miséricorde en faveur de David, son christ; sa protection s'est reposée sur lui et sa race jusqu'à la fin des siècles ^. n

16. Les émotions de cette heureuse journée ne devaient pas être F.ipMiiion

•' -^ cu'.i!rela

stériles pour l'avenir du peuple de Dieu. David songeait à piofîler cit. viiede de l'enthousiasme national et de la réunion des guerriers d'Israël

» Ps'jlm. cxxxii iutegrum. — « Psalni. xvu, 3, 8, 10, 11, 33, 37, 41, 43, 47, 48 et 51. Ce psaume porle pour titre : In finem puero Domini Dorùf ,r/rn' io-utus esî Domino verba cantici hujus , in die quâ eripuit eum Dominus de manu omnium mimicorum ejus et de marux Saul.

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pour réaliser la plus crrande pensée de son règne. Jusque-là, souvent asservie, quelquefois triomphante, mais toujours attaquée, la nation juive n'avait point eu de capitale, ou plutôt sa capitale était un camp. Silo, Galgala, Mahanaïm, Hébron avaient vu tour à tour les soldats hébreux se grouper autour de l'Arche sainte, suivant les besoins de la guerre et les hasards de la stralégie. a La nation, dit » M. Poujoulat, avait besoin d'une capitale assise dans une forte » position : le siège du naissant royaume de David, exposé à de > continuelles agressions, devait être une de ces places où la na- » ture vient en aide au courage qui veut se défendre. Les plaines, » les bords des fleuves ou des mers conviennent aux peuples livrés » aux paisibles travaux du commerce; mais la nation juive qui » grandissait menaç<inte, qui s'était mise ouvertement en hostilité » avec tous les pays environnants, ne pouvait se maintenir que par » la guérie et la victoire; il lui fallait, pour emplacement de sa » métropole, une situation formidable comme celle qu'oliVait la » citadelle de Jébus sur les montagne's de Sion, d'Acra, de Moriah. » A l'orient, la profonde vallée appelée dans la suite vallée de Jo- » saphat, s'étendait entre la ville et le mont des Oliviers et rendait » la place imprenable; au midi, le ravin escarpé de Géhennon ou » Ben-Hinnon; au couchant, la pente roide du mont Sion, complé- » talent la défense de la position. C'est vers ce point que le roi dea » douze tribus avait tourné son regard; sa pensée rapide y avait » marqué le théâtre de la grandeur des Hébreux '. » C'était en vue de ses murailles si longtemps restées imprenables, que Josué avait arrêté le soleil ; c'était dans ses murs que le soleil de justice devait un jour faire éclater sa divine lumière, pour le salut du monde et la rédemption de l'humanité. Le sol de Jérusalem, jadis foulé par les pas de Melchisédech, témoin plus tard du sacrifice non-sanglant d'Isaac, devait être sanctifié par les pas de Jésus-Christ, le véritable Melchisédech, roi de justice; il devait être arrosé par le sang du véritable Isaac, dans ce douloureux sacrifice où un Uieu s'immolait au rachat des hommes; et toutes les générations devaient dès lor» vciilr à Jérusalem baiser les traces du Rédempteur.

' Pouioulat, Histoire de Jérusalem, pag. 28»

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17. Tel fut le but de l'expédition que David proposa à la noble Joab arrîTt

ardeur de ses guerriers; ils s'élancèrent sur les pas de leur jeune sur les rem»

roi. « David n'avait alors que trente-sept ans *. En approchruit de Jébjs. Prisa ,.,,,.,, , 1 T • I 1 • ïT •l^ T •! deJérusalem

la Citadelle, il la montra du doigt a ses guerriers : voila, ait-il, cette forteresse de Jébus qui brave depuis tant de siècles tous les efforts du peuple d'Israël! — Cependant les Jébuséens, fiers de leur situation presque inexpugnable, envoyèrent à David ce message insultant : Tu ne pénétreras point dans la citadelle; et nous ne placerons sur nos remparts que des aveugles et des boiteux. Ils suffiront h nous défendre! — Les Jébuséens ne comptnienl pas sui les prodiges d'audace et de valeur que l'enthousiasme des Hébreux pouvait acromplir. David fit proclamer dans tout le cnnip cet ordre solennel : Le premier de mes soldats qui aura escaladé les remparts de Jébus et renversé ces misérables que l'ennemi y a postés par dérision, sera créé prince du peuple et chef de l'armée 2. » — Suivant la remarque d'un commentateur, David, en proposant une telle récompense, pouvait songer à créer un rival à Joab, et diminuer ainsi cette inlluence odieuse. Mais son espoir, s'il le conçut réellement, fut singulièrement trompé. Parmi les milliers de soldats qui s'élancèrent h l'assaut, Joab arriva le premier sur le rempart, renversa la première hgne que l'ennemi avait apostée dans son insolente témérité, massacra les guerriers jébuséens et livra Jérusalem à David ^. C'est ainsi que, par un glorieux exploit, il cherchait à eflacer la honte du meurtre d'Abner. En souvenir des aveugles et des boiteux de Jébus, la tradition juive interdit plus tard aux aveugles et aux boiteux l'entrée du temple de Jérusalem *. C'était du reste appliquer par extension une loi formelle exprimée par Moïse au Lévitique ^. « David fixa sa demeure dans la citadelle conquise, et lui donna le nom de Cité de David. Il y commença de vastes édifices et augmenta son enceinte en y renfermant la vallée de Mello ^. » — Joab, dont la réccnle victoire

1 II Reg., cap. v, 4 et 5. — * II Reg., cap. v, 6-8; I Paralip., cap. xi, 4-6. — • 11 Reg., cap. V, 7; I Paralip., 6. — * H Reg., cap. v, 8. — ^ Qui habuerit 7nacu/ani , non offeret panes Deosuo, nec accedet ad mlnisterium ejiu',si ccecus fuerit, si claudus (Levit.j cap. xxi, 18). — ^ Il Reg., cap. v,9. « Mello, dit AI. Aq Saulcy,

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avait grandi l'inflaence, et qui ne pouvait être récompensé par un gradf*%;u'il possédait déjà avant de le conquérir si glorieusement, a fut chargé des constructions à élever dans les autres parties de la ville *. » — Le roi de Tyr, Hiram, dont le nom sera désormais inséparable de ceux de David et de Salomon, et dont les services ne cesseront d'être ceux d'un fidèle allié, en apprenant les succès du nouveau roi, lui avait fait offrir son amitié. « Il lui envoya des bois de cèdre et des ouvriers habiles, sachant travailler le bois et la pierre. David les employa à construire sur le mont Sion un superbe palais, qu'il voulait rendre digne de sa gloire et de la grandeur du peuple hébreu. Ainsi, dans les laborieux loisirs de la paix» se consolidait la royauté que l'élection du Seigneur avait étabhe sur la nation d'Israël *. »

Les succès 18. Mais la prise de Jébus avait eu trop de retentissement pour Teiiient les quc Ics peupladcs ennemies du nom juif pussent facilement laisser haine des ' le héros jouir en paix de son triomphe. Les Philistins, depuis la Psaume mort de Saiil, n'avaient pas cherché à renouveler leurs attaques.

Çtuire f remue- ,..., . , . i-i«.

nmtgentet. La division du Toyaumc servait assez leurs sentiments hostiles, et ils espéraient qu'en se prolongeant, elle entraînerait la ruine d'un peuple détesté, sans qu'il leur en coûtât un seul homme. L'élévation de David et la reconnaissance de son pouvoir par la nation tout entière faisaient évanouir toutes leurs espérances. Ils pensèrent donc qu'il ne fallait point laisser au nouveau roi le temps de s'établir dans sa conquête, et qu'il importait de renverser sou autorité avant qu'elle ne fût encore enracinée. Ces bruits de guerre parvinrent aux oreilles de David. «Pourquoi, disait le roi-prophète, les nations ont-elles frémi, pourquoi les i euples ont-ils médité de vains complots? Les rois de la terre se lèvent en annes; les princes se sont ligués contre Jéhovah et contre son christ; brisons lerurs chaînes, ont-ils dit, secouons le joug qu'ils veulent imposer à nos tê'us. Celui qui règne dans les cieux confondra leurs pen-

» était une vall(5e profonde entre le mont Sion et le mont Moriah. » {Did. det anii'i. bihl., pag. 47o.) — • I Paralip., cap. XI, 8. — > II Reg., cap. v, 11, 12 j I l'uialip., cap. XIV, 1,2.

CHAP. ÏI. — LA CAPITALE D'iSRAEL (1032-1012).

Bées : il leur fer:i entendre la voix de sa colère et brisera leurs impuissants efforts. C'est lui qui a constitué ma royauté sur la montagne sainte de Sion, c'est lui qui fortifie ma voix pour proclamer Bes éternels desseins. Tu es mon fils, m'a-t-il dit, je t'ai engendré aujourd'hui! Adresse-moi ta prière, et je te donnerai les nations pour héritage, et l'univers entier sera ton empire. Tu régiras les peuples ennemis avec une verge de fer; tu les briseras comme un vase d'argile. Maintenant donc, rois de la terre, ayez l'intelligence; apprenez enfin les lois de la justice, vous qui jugez les mortels! Servez l'Eternel avec crainte, et mêlez à vos transports de joie une salutaire terreur. Embrassez la loi du Christ *, de peur que Jéhovuh ne fasse éclater sur vous sa vengeance. Au,jour de la colère, bienheureux ceux qui auront choisi le Seigneur pour protecteur et pour appui ^\ » L'inspiration du Prophète entraînait sa pensée et sa parole bien au-delà des réalités contemporaines; sous le nom du fils d'Isaï, il chantait les victoixes du Fils de Bleu; en prédisant la défaite des Philistins, il prophétisait celle des ennemis de Jésus-Chiist et de son Eglise ^.

19. « Cependant les Philistins avaient réuni une armée formidable, et s'étant précipités comme un torrent dans la vallée de Raphaïm, ils s'emparèrent de Bethléem*. David n'avait point voulu exposer sa nouvelle capitale aux hasards d'un siège. La laissant donc à la garde de soldats fidèles, et comptant d'ailleurs sur la position de la citadelle qui la mettait à l'abri d'un coup de main, il vint ranger ses troupes en face de celles des Phihstins, sur le rocher d'Odollani ^. Un trait d'héroïsme accompli en ce temps pai trois de ses guerriers, peut donner une idée du dévouenient de l'armée à son jeune roi. On était à l'époque de la moisson ®. Un jour David, brûlé par les rayons d'un soleil ardent, et n'ayant pas

Attain» deo Philistins.

L'eau de la fontaine d< Eutbiéem.

* Le seus littéral de l'hébreu est celui-ci : Amplectimini filium. — * Psalm. n integr. Quoique ce psaume ne porte pas d'iuscriptiou, les commentateurs B'accordent à rapporter sa compcsiliou à cette époque de l'histoire de David.

— * Le psaume ]]« est cité six fois dans le Nouveau Testament: Ad. Apost., IV, 25; xm, 33; Heb»\, cap. i, 5 ; cap. V, 5 ; Apocal., cap. ii, 27 ; cap. xix, 15.

— * Il lieg., cap. v, 17, 18 ; I Paralip., cap. XI, 16. — ^ 1 Paralip., cap. XI, 16.

— « 11 Rcg., cap. xxiii, 13.

360 HISTOIT^E DE l'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROTAtTÉ.

d'eau ponr ot.inclier sa soif, songeait à la citerne de Bethléem qui lui rappela il sos souvenirs d'enfoncé et qui était alors au pouvoir des ennemie. ,« Ah! s'écria-t-il, qui me donnerait en ce moment un verre d'eau friiiche, puisée à la source de Bethléem! — Cette exclamation avait été entendue de ses compagnons. Trois d'entre eux, bravant tons les périls, se précipitèrent dans la direction du camp ennemi, réussirent à le traverser, pénétrèrent jusqu'à la fontaine de Bo'.lilécra, y puisèrent de l'eau et vinrent l'apporter au roi. Touché d'un tel acte de courage, David dit alors : A Dieu ne plaise que je boive jamais le sang de ces braves! L'eau qu'ils m'apportent a été achetée au péril de leur vie ! — Snns y porter les lèvres, il l'oltiit tout entière en libation au Seigneur •. Or, les trois braves qui \enaient d'exposer ainsi leur vie étaient Jesbaam, fils d'Achiunoiii; Eléazar, neveu du roi, et Semma, fils d'Agé*. Leur courage déjà éprouvé les avait mis au premier rang parmi les guerriers d'élite qu'on appelait les trente vaillants de David ^. Jesljaam avîiit un jour tué trois cents Philistins du fer de sa lance *; au temps de la défaite de Goliath; Eléazar était aux côtés de David, dans la plaine de Phesdomim, et avait soutenu lui seul le choc de l'armée ennemie ^; dans nne autre rencontre avec les Phihstins, Semma était demeuré seul, abandonné par les troupes d'Israël qui avaient pris la fuite. Entouré de toutes parts, il profila d'une circonstance du terrain; on était dans un champ de lentilles, l'ennemi ne pouvait avancer que difficilement, Semma parvint à tuer ses agresseurs Vvn après l'autre, et sortit sain et sauf de ce mauvais

• II /?'?5'.,c;ip. xxni, 14-17; IPa;'a//p., cap. XI, 17-19. « En arrivant à Bethléem, » dit M. tie Saiilcy, nous nous arrêtons dalionl ux puits de bavid. Us soni » au nombre de trois, et taillés dans le roc vif. Nou.-^ levons le i>lan des ri- » goles qui relieut les orifices entre eux, et nous trouvons do nombreux pe- » tits cubes «le iLosaïque qui nous démontrent que ces puits ont joui dans I) l'antiquit'^'J'uiie certaine réputation. Pourquoi ce nom de Bi..r-Daoud7 » Faul-il les cil. .sidérer comme les puits où trois braves soldats du saint roi u vinrent lui ( liercher de l'eau? Je suis pre^^que tenlé de le croire, quoique « ces puits soient situés à cinq ou six cents mètres de la I3eit-Lelim moderne. • (M. de Saulcy, Dict. dea ant. bibl., pag. 139.)

'. 11 Req., cap. xxin, 8-12; I Para/ip., cap. XI, 10-19. — ' II Rcg., cap. xxnr, 13. — * I Parutip., cap. XI, 11. — » II Heg., cap. xxui, 9, 10 ; I Paralip., 12-14.

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