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CHAP. II. — LA CAPITALE D'ISRAEL

pas *. deux qui composaient avec eux le bataillon d'élite s'étaient de même distingués par des actes de bravoure ou par des preuves d'une force physique extraordinaire. « L'un, c'était Banaïas, fils de Joïada, avait attaqué un lion au bord d'une fontaine, et l'avait mis à mort. Sans autre arme qu'une baguette à la main, il avait défié au combat un Egyptien d'une taille gigantesque, dont la lance re»semblait au rouleau d'un tisserand; se précipitant sur son adversaire, il Mi avait arraché des mains cette arme formidable et lui en avait percé le liane. L'autre, c'était Abisaï, frère de Joab, avait tué de sa main trois cents Philistins en une seule rencontre ^. » A une époque où la guerre n'était qu'une série de duels particuliers et de luttes corps à corps, on comprend la supériorité que la vigueur corporelle donnait aux guerriers, et le soin avec lequel les auteurs du Livre sacré ont conservé le souvenir des exploits de ce genre.

20. « David consulta le Seigneur. Si i'altaque les Philistins, de- Double yif

° J 1 '^ toiresurlet

manda-t-il, les livierez-vous entre mes mains? — Va, répondit le Phiiistinsà

' ' ^ ^ Baal-Pha-

Seigneur, je les livrerai entre tes mains. — Le roi donna l'ordre razim. d'engager le combat, et l'ennemi, saisi de frayeur, fut bientôt en pleine déroute. Dans l'ardeur de la victoire, David s'écria : Jéhovah a dispersé devant moi les Philistins comme tes eaux dune inondation se dispersent et disparaissent dans les campagnes ! — C'est de là que vint à ce lieu le nom de Baal-Pharazim (Plaine de la dispersion). Les lentes de l'ennemi tombèrent au pouvoir des vainqueurs; on y trouva les idoles des Philistins, et David les fit livrer aux flammes 3. » Ce premier succès n'avait pas été définitif. Les Philistins, jaloux de venger la lioute de leur défaite, reparurent bientôt avec les bataillons qu'ils ava.ent pu rallier. « Une seconde fois David consulta le Seigneur. L'oracle divin lui répondit : N'attaque pas les ennemis de front, iouiue leur ligne de bataille ei reviens sur leur arrière-garde par le bois des Poiriers. Quand tu entendras sur la cime des arbres comme le bruit des pas d'un homme en marche,

1 II Reg., cap. xxni, H. — « I Paralip., cap. xi, 20-24; II Reg., cap. XXUI, 18-22. — « Il Reg., cap. v, 19-22; I Paralip., 9-12.

lu engageras le combat, Jéhovah te précédera et te livrera l'armée des Philistins. — David exécuta ponctuellement ces ordres; la victoire fut complète, et les Hébreux poursuivirent l'ennemi depuis Gabaa jusqu'à Gézer *. » — « Le simple récit, dit M. Poujoulat, s'é- B lève ici à la hauteur de l'épopée. Ce bruit divin , sur la cime des » poiriers, donné comme signal du combat, oftr^, un charme de » merveilleux que la muse grecque ou romaine ne connut ja- » mais *. »

TrA"''h'''d ^^* ^^'''^ quelle que soit la supériorité du texte biblique sur Cariathiarim toutcs Ics littératures du monde, ce caractère de haute poésie n'est

à la maison '■

•^ o^'^>^'^'|°'"- ici qu'un accessoire, sur lequel nous n'avons pas le temps d'insisliToridOiT" '*'"'• ^''' i'^^ilité des éx-iénemeuts dépasse infiniment en importance la forme dont ils sont revêtus. La double victoire remportée sur les Philistins dans des circonstances où la protection du Seigneur avait été si éclatante, fut suivie d'un acte solennel où le roi et le peuple témoignèrent à l'envi leur reconnaissance. « David réunit tous le? chefs de sou armée et tous les anciens du peuple. Si vous approu vez ma pensée, dit-il, et si Jéhovah daigne bénir ce projet, nous réunirons les tribus d'Israël, avec les prêtres et les lévites, pour aller tous ensemble chercher l'Arche du Seigneur à Cariathiarim , où elle est restée pendant le règne de Saùl. — La multitude répondit à ces paroles par des acclamations de joie. David fil donc annoncer la cérémonie de la translation dans toutes les cités et bourgades du royaume, et Israël se réunit pour cette grande fête depuis le fleuve égyptien de Sihor ^ jusqu'aux régions septentrionales d'Emath. Escorté de tout son peuple, le roi se ren« dit à Carialhiarim, dans la tribu de Juda. Jéhovah, le Dieu des armées, dont la majesté repose sur les ailes des chérubins, allait donc consacrer par sa présence la ville de Jérusalem *. » Au moment où

* \lReg.,ca\). v, 22ad ii':im. «Gezer, Gazer, Gadara ou Gazara, tous ces noms » iuduiueut la uièuii; ville. Elle était de la tribu d'Eidirajin sur la limite de 1) celle de Uenjauiiu, entre Belhoron et la uier. » (De Saulcy, Dict. des antiq, bihl., pag. 529). — * Poujoulat, liist. de Jérusalem, pag. 35. — ' Sihor (turbidus), liras du Nil le plus proche de la Palestine. Emalh est la ville syrienne d'Emèse, — * i Paralip., cap. xni, 1-6; il Reg., cap. vi, 1-3.

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l'Arche sainte, élevée par les pieuses mains des lévites, allait quitter la maison hospitalière d'Abinadab, David fit entendre le chant triomphal que Moïse avait si souvent répété au désert * : « Que Jéhovah se lève, et que ses ennemis soient confondus; qu'ils fuient à son approche; qu'ils disparaissent comme la fumée que le vent chasse dans les airs; que les pécheurs soient anéantis devant sa face comme la cire se fond aux rayons de la flanime ardente! Chantez à ce Dieu des cantiques d'allégresse, faites un chemin triomphal à la majesté de ce Roi des deux. Jéhovah est son nomi C'est lui d'out les orphelins sont les enfants, c^est lui qui protège la faiblesse et se fait l'appui de la veuve, c'est lui qui réunit toute la famihe sous le toit paternel; sa puissante main brise les fers des captifs, il fait pénétrer l'espérance dans les cœurs désolés, il rend la lumière du jour au proscrit qui habitait les antres souterrains. 0 Dieu! quand vous avez daigné marcher à la tête de votre peuple dans les solitudes du désert égyptien, la terre trembla sous vos pas, les cieux sillonnés par l'éclair ouvrirent leurs cataractes, en présence du Dieu du Sinaï, en présence du Dieu d'Israël. Aujourd'hui vous ferez tomber sur votre peuple la rosée de vos bénédictions; il était faible, vous l'avez fortifié. Votre héritage s'est affermi sur la terre de la promesse, il y prospérera sous votre aile; vous avez fait succéder l'abondance et la joie à sa pauvreté et à ses douleurs^! » Ainsi chantait le roi-prophèie, et des chœurs nombreux redisaient ses paroles « en les accompagnant du kinnor et de la lyre, aux sons retentissants des cymbales, des sistres et des tympanons. L'Arche s'avançait portée sur un char magnifique, dirigé par les deux fils d'Abinadab, Ahio et Oza. Quand le cortège fut arrivé près de l'aire de Nachon, les bœufs qui traînaient le char firent un violent efi'ort en arrière. Oza porta la main à l'Arche

* Le psaume Lxvn : Exurgat Deus et dissipentur inimici ejus et fuoi:.nt qui oderunt eum a facie ejus, reiiroduit exactement la formule que Moïse avait indiquée pour le départ de j'Arche, dans les campements du désert (Numer., cap. X, 35). Cette particularité significative, jointe au sens du psaume et à sa parfaite application à la translation de l'Arche, l'a fait appliquer par plusieurs commentateurs à ca fait historique. Le psaume lxvii porte pour inscriptiou ces seuls mots : Canticum ipsi David. — • Psalm. LXvn, 1-11.

864 HISTOIRE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

Entrée

triomplialc

de l'Arcl.e à

Jérusalem.

Les Psaumes

Dûmini fft terra, Cvn/ilcmïni Di-mmo.

DaTid danse

devant l'Arche. Reproches et ■nnitjf.n do Micbol.

sainte pour la soutenir; en ce moment même, il tomba mort aux pieds de l'Arche. Dieu le puni.ssait de sa témérité s;?cyilége. Le lieu témoin de ceîte mort instantanée a conservé jusqu'à ce jour le nom de Châtiment d*Oza *. » Ce terrible exemple, sanction divine de la loi formellement inscrite par Moïse au livre des Nombres ', rappelait an peuple dl??raël la souveraine majesté de Jéhovah et rinvio-" labilité de ses piéceptes. Cependant David, prosterné la face contre terre, adorait l'Eternel. Comment oserais -je maintenant, dit-il, introduire l'Arche du Seigneur dans ma maison! — Il fit suspendre la cérémonie, et l'Arche sainte fut déposée mn loin de là, dans la demeure d Obédédom, le Gélhéen, où elle resta trois mois '. »

22. L'émotion douloureuse causée par la mort d'Oza ne tarda pas à s'etfacer quand on apprit que « la bénédiction du Ssigneur s'était reposée en même temps que l'Arche sainte sur la demeure d Obédédom, et que Dieu comblait ce pieux Israélite des faveurs les plus signalées. David reprit le projet de la translation définitive. » Il assembla les deux pontifes, Sadoc et Abiatliar, et les prêtres les plus illusUos des familles léviliques deCaaUi,MérarietGersom. « La loi défend, leur dit-il, à tout Israélite, de toucher à l'Arche sainte s'il n'est point du nombre des lévites désignés par le Seigneur pour ce saint ministère. Vous donc, les princes de la tribu de Lévi, purifiez vos mains et vos cœurs et veiJlez à l'exacte observation des préceptes divins , pour que nous i)uissions transférer l'Arche dans la ville de Sion, sans voir se renouveler, en punition de notre négligence, les terribles jugements de Dieu contre nous.» Suivant ses ordres, les prêtres et les lévites accomplirent les purifications lég.iles. Les rangs furent assignés à tous les membres de la famille saceidotale pour le jour de la grande cérémonie, et David se rendit de Jérusalem à l'aire de Nachon, escorté des anciens d'Israël et des princes de son armée. Le transport de l'Arche eut lieu suivant toutes les prescriptions do Moïse. Des lévites la prirent sur leurs épaules et le cortège se mit en marche précédé de

«II Rerj., cap. VI, 3-7; I Parnlip., cap. xni,7-10. —*Numer., cap. IV, 4-15. — •11 Heg., cap. vi, 8-11; 1 Paralip., cap. un, 11 ad ultiui.

ciiAP. IL — LA CAPITALE d'israel (d032-10I2). 365

musiciens, divisés en sept chœurs qui chantaient alternativement les louanges du Dieu d'Israël. « Glorifiez le Seigneur, disaient-ils, iuA'oquez son nom ; publiez au sein des nations les prodiges de son amour. Chantez sa gloire, faites retentir de ses louanges le psaltenon et le kinnor; redites aux peuples ses merveilles. Son nom es( celui de la sainteté, que les justes tressaillent d'allégresse en présence de Jéhovah. Rappelez les prodiges opérés par sa puissance, les miracles des jours anciens, les sentences de sa justice. Le peuple d'Israël est son peuple, les fils de Jacob sont ses élus. Jéhovah est notre Dieu; c'est lui qui juge la terre! Que jamais le souvenir de son alhance ne sorte de votre mémoire, rappelez-vous le pacte solennel qu'il a conclu avec Abraham , les promesses faites à Isaac et renouvelées à Jacob. Je vous donnerai, leur disait-il, la terre de Chanaan pour héritage, lis étaient faibles alors, leurs familles étaient peu nombreuses. Souvent ils changeaient de demeure, habitant parmi des nations étrangères et passant d'un peuple à un autre. Jamais pourtant le Seigneur ne laissa insulter leur faiblesse; pour eux il renversa des rois. Ne touchez point à mes élus, ne maltraitez pas les Prophètes ! Tous les dieux étrangers ne sont que des idoles vaines, c'est Jéhovah qui a créé les cieux. Accourez, familles des nations, reconnaissez sa gloire et son empire. Que la terre s' ébranle autour du Dieu qui en a posé les fondements. Que les cieux applaudissent à nos transports, dites aux nations : Le règne de Jéhovah a commencé. Que la grande voix de l'Océan fasse entendre son tonnerre; que les vastes campagnes retentissent du nom sacré; que les échos des forêts le répètent sous leurs voûtes sombres. Jéhovah est venu juger la terre. Cbantez sa bonté infinie et ses miséricordes éternelles. Dites dans vos concerts : 0 Dieu, notre sauveur, continuez à nous défendre. Comme le pasteur rassemble ses troupeaux sous sa main, ainsi, ô mon Dieu, gardez-nous à l'ombre de vos ailes, protégez-nous contre nos ennemis. Béni soit Jéhovah, le Dieu d'Israël, jusqu'aux rivagea Je l'éternité! — Et tout le peuple répondait à ces chants par des acclamations unanimes. Amen! amen! disait-il, gloire à Jéhovah •! A des intervalle»

* Psalm. uv. Ce psaume est expressément désigné au cliap. XVI de^ I Para-

366 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAIJTI.

réglés, le cortège s'arrêtait, et les prêtres immolaient des victime» au Seigneur. David avait quitté ses ornements royaux; vêtu d'un simple éplîod de lin, il dansait devant l'Eternel. Ce fut ainsi qu'au bruit des instruments, au son des trompettes et parmi les splendeurs de cette pompe triomphale, l'Arche parvint jusqu'à la cité sainte. En ce moment David dut s'écrier : « Princes, ouvrez les barrières! Portes éternelles, ouvrez-vous, laissez entrer le Roi de gloire I Et quel est-il ce souverain tiiompiiant? C'est Jt'hovab, la puissant et le fort, c'est Jéhovah, le Dieu des batailles! Abaissez les barrières, ô princes! Portes éternelles, ouvrez-vous! Le Roi de gloire est Jéhovah, le Dieu des vertus M » Toute la population de Jérusalem était dans l'allégresse. Au milieu des bénédictions de la multitude l'Arche sainte fut déposée sous un pavillon magnifique, que David avait préparé pour la recevoir, et le roi offrit en ce heu des holocaustes et des victimes pacifiques. Il bénit ensuite le peuple au nom de Jéhovah , et celte heureuse journée se termina par un festin solennel que le roi avait voulu offrir à la multitude. « Le soir, rentrant dans son palais, après les émotions de cette grande fête, David se préparait à recevoir les hommages de sa famille. Cependant Michel avait assisté, d'une fenêtre, au défilé du cortège, et l'attitude du roi dansant devant l'Arche lui avait déplu. Vraiment, dit-elle, en apercevant David, le roi d'Israël a donné aujourd'hui un glorieux spectacle à son peuple! Les servantes de ses esclaves l'ont vu, dépouillé de tous ses ornements, jouer le rôle d'un histrion ! — David lança à la fille de Saiil un regard indigné : En présence de Jéiiovah, dit-il, devant le Dieu qui a précipité du trône votre père et toute sa maison, et qui m'a élu pour régner sur Israël, je danserai de nouveau, je m'humilierai plus encore s'il est possible, que je ne l'ai fait aujourdhui, et plus je multiplierai ces marques d'abaissement, plus je serai grand aux yeux des servantes dont vous me parlez ! — Dieu récompensa la piété de David, et punit l'orgueil de M-ichol par une perpétuelle stérilité*. »

lipumèues, 1 et 8, comme ayant été chanté en cette circf|jstance. — * Psa/m. xxni. On croit généralement que ce psaume, qui ne porf? pas de titre ïijinificatif, fut composé pour celte solennité. — * Il lieg., cap. vi, 12 ad ultini( I Paralip., cap. xv et xvi fere integr.

T(xa.

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23. Le véritable souverain d'Israël avait donc pris possession de David conçoit

le projet

sa capitale; David, le roi élu, n'était que son lieutenant. Toutes ces d'éieverun

, . lempleàJé-

idées théocratiques se révèlent avec une ampleur et un éclat ni- rusaiem.La

. . Seigneur ne

comparable dans les récils qu'on vient de lire. La translation de permet pas

„.,,, T . . . 111 l'accomplissa»

l'Arche sainte fait de Jérusalem le centre désormais immuaiKe du ment de o« peuple hébreu, et il nous semble que cette organisation toute mosaïque n'attend pas, pour se manifester, l'avènement du roi Josias. « Des jours de paix et de félicité publique succédèrent aux pompes de la grande fête nationale. David, assis sur son trône clans le magnifique palais élevé par les ouvriers d'Hiram, dit au prophète Nathan : Vous le voyez, j'habite une somptueuse demeure ; les cèdres du Liban et l'or d'Ophir l'ont embellie, et cependant l'Arche du Seigneur est encore déposée sous une simple tente M — Le Prophète comprit le sens de l'exclamation royale ; il répondit à David : Réalisez donc le projet que vous avez conçu. La bénédiction de Jéhovah vous accompagne ! — Mais la nuit suivante la voix de Dieu se fil entendre au Prophète : Va trouver mon serviteur David; voici les paroles que tu lui transmettras en mon nom : Est-ce toi que j'ai choisi pour me construire un temple? Depuis le jour où j'ai tiré le peuple d'Israël de la terre d Egypte, l'Arche de mon alliance n'a eu d'autre abri que les tabernacles et les tentes. Dans tous les campements que j'ai parcourus à la tête des fils d'Israël , ai-je donné un ordre contraire? Quand j'ai choisi parmi les tribus celle à qui je voulais donner la prééminence, lui ai-je jamais dit : Construisez-moi un temple en bois de cèdre? Pour toi, je t'ai enlevé aux pâturages où tu conduisais les troupeaux de ton père, pour te donner le sceptre d'Israël. J'ai veillé sur tes pas, j'ai renversé tous les ennemis qui se dressaient sur ton chemin, je t'ai fait un nom illustre parmi tous les grands noms de la terre. Ma protection ne

» Nous avons un monument à jamais immortel de ce pieux désir de David, dans le psaume cxxxi. « Je l'ai juré au Seigneur, dit le roi prophète,, j'en ai » fait le serment au Dieu de Jacob. Je ne franchirai pas le seuil de ma de- » meure, je n'irai point goûter les douceurs de ma couche royale, je n'acti corderai point le sommeil à mes paupières ni le repos à mes membrss fa- » ligués jusqu'à ce que j'aie fixé le lieu où reposera la majesté du Seigneur • le tabernacle du Dieu de Jacob. » (2-5.)

S68 msTOir.E pe l'église. — iv' époque. — ère de la. rotacté.

te manquera jam;iis. Je fortifierai la capitale que tu as choisie pour Israël, il l'habileru en sécurité, et j'écarterai les calanTÏtésdcut mon peuple a grémi au temps des Juges. Je te donnerai à toi-même un règne gloiicux et je réserve à ta maison de hautes destinées. Un fils naîtra de toi, que je te choisirai pour successeur. Quand les jours de ta vie seront écoulés, quand tu te seras endormi du sommeil de tes pores, j'élèverai au trône cet élu de ma droite, j'âtfcrmirai son règne. Ce sera lui qui me construira un temple digne de ma gloire, e.t en récompense je donnerai à son règne une immuable stabilité. Je serai son père, il sera mon fils. S'il lui arrive d'oublier ma loi et de transgresser mes préceptes, je le punirai, mais avec une miséricorde paternelle, et je ne le renverserai point comme j'ai renversé Saûl. Ainsi ta maison et ton trône demeureront inébranliibies sous ma protection. — Nathan transmit à David toutes les paroles de l'oracle divin. Dans sa reconnaissance, le roi se prosterna devant le Tabernacle : Qui suis-jedouc, ô mon Dieu, s'écriaitil, et quelle est la maison de mon père, pour m'avoir comblé jusqu'ici de tant de bienfaits! Aujourd'hui votre bonté daigne encore m'en accoider de nouveaux, et la promesse faite à Adam se perpétuera dans ma propre famille? Quelles expressions pourraient rendre toute ma reconnaissance ! Vous savez ce qu'elle est, vous qui lisez dans lame de votre serviteur. Maintenant donc, ô mon Dieu, accomplissez la parole de miséricorde que vous venez de prononcer, et que vos ordres soient accomplis*! » La promesse faite à Adam, que nous retrouvons sur 1< s lè^Tes de David comme le résumé des magnifiques destinées promises à sa race, est une expression dont nous avons déjà signalé toute la portée *. Elle nous apparaît comme le lien de toute l'histoire juive, comme le rayon de lumière échappé du trône de Dieu, pour guider l'humanité dans sa route à travers les siècles.

flMqnète 24. David comprit que son rôle de fondateur de la monarchie fa DkTid. ^

Israélite ne pouvait s'allier avec les grands travaux intérieurs qui

' H Reg., cap. >ii ; I Paralip., cap. xvn, fere integr. — • Tom. I de cette Hù' toire, pag. 192.

CHAP. n. — LA. CAPITALE d'israel (1032-1012). 369

demandent de longues années de prospérité et de paix. Dès lors la réalisation du plan mosaïque dans son entier devint le but de tous ses efforts ella.constante préoccupation de son règne. Les limites providentiellement assignées à l'empire juif n'avaient jamais été atteintes. De plus, les nations voisines toujours ennemies n'avaient pas encore été réduites à l'impuissance. Les intervalles de paix n'avaient guère été pour Israël que des trêves de courte durée, suivies bientôt d'agressions nouvelles. L'heure était venue de conquérir enfin une paix durable, et de donner au peuple de Dieu l'altitude d'une nation respectée et puissante. Les armes du conquérant se tournèrent d'abord contre les Philistins qu'il refoula sur le littoral de la Méditerranée, élargissant à l'ouest les frontières de Dan et de Siméon. Pour assurer de ce côté la tranquillité de ses Etats, il s'empara de la ville maritime de Geth et de la contrée environnante. C'était mettre les Philistins dans l'impuissance de renouveler les coalitions formidables qui avaient pendant si longtemps fait trembler Israël. Cette première expédition heureusement terminée, le roi victorieux dirigea ses efforts contre les Moabites, au-delà de la mer Morte, sur la limite orientale de la tribu de Piuben. Enclavés dans les montagnes d'Arabie, ces peuples nomades n'avaient cessé de désoler, par leurs incursions, le territoire des Rubénites; David mit fin à leur pillage. 11 anéantit une partie de leur armée et imposa un tribut à tout le pays. Deux victoires avaient suiii pour étendre la domination juive de la mer Intérieure aux montagnes des Nabathéens. Pendant que ces glorieux exploits retenaient le conquérant au midi de la Palestine, une invasion syrienne menaçait les frontières septentrionales. Adarézer, fils du roi de Soba, petite cité de la chaîne de l'AntiHban, avait rêvé la conquête d'un empire qui s'étendrait sur la Syrie tout entière et comprendrait tout le cours du Jom-dain. A cette nouvelle, David fond sur Adarézer, lui prend mille chariots, sept cents cavaliers et -vingt mille hommes de pied. Le vainqueur fait couper les jarrets à tous les chevaux des chars, réservant seulement pour son usage cent des plus beaux cotu-siers. Une nouvelle armée sortie de Damas voulut venger la délaite d' Adarézer; elle fut anéantie. Vingt mille

370 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

Syriens furent faits prisonniers de guerre. Damas subit le joug dn roi d'Israël, et toute la Syrie devint ti'ibutaire. Chargé des dépouilles de l'ennemi, David revint à Jérusalem; il apportait les armures d'or prises aux officiers d'Adarézer et les richesses enlevées aux cités de Bété et de Béroth. Ces trésors devaient servir plus tard à la décoration du Temple. Le roi d'Emath, menacé" par les orgueilleuses prétentions d Adarézer, en apprenant sa défaite envoya Joram, son fils, offrir à David ses félicitations et son hommage. Le prince étranger apportait au vainqueur des présents considérables, des vases d'or, d'argent et d'airain. David les consacra également au service du Tabernacle. LTdumée, au midi de la tribu de Juda, résistait encore. David vole h ces nouveaux ennemis. Dix-huit mille tombent sous ses coups au combat sanglant de la Vallée des Salines *, an sud de la mer Morte. Le roi place des garnisons juives dans les principales cités et réduit tout le pays à son obéissance *.

David admi- 23. Uuc paix gloricuse succéda à tant d'exploits. Toute l'atten- CN^^'Tisation tiou du Conquérant se reporta sur l'organisation intérieure de son royaume, et le tableau que la Bible nous en a tracé pourra modifier les idées de M. Renan sur le génie du prétendu condottiere juif, ou plutôt, car nous rougissons pour notre siècle d'avoir à insister sur un pareil abus de langage, en lisant le texte du Livre sacré, on pourra se convaincre que mille ans avant Jésus-Christ, cent cinquante ans après la prise de Troie, à l'époque où, sous les rois du Latium, Albe la Longue envoyait encore ses trowpeaux de buffles et de brebis brouter l'herbe des pâturages sur les sept collines où devait s'élever Rome; au temps où Athènes, république ignorée du reste du monde, inaugurait le gouvernement de ses archontes; en ce temps où les empires de lEurope actuelle n'étaient que des marécages, des forêts inhabitées ou d'incultes déserts, il y avait déjà un royaume administré avec la précision, Tensembie et la r^

* Le pdaume Lix fut composé à celle occasion. Il porte pour titre : In tituli iitscriptionem ipsi David in doctrinam cum succeiulit Mcsopotumiam Syriœ et Sohal et convertit Joab, et percussit Idumœam in valle Salinarum dnodecim millio, — * 11 Hc'j., cap. viu, 1-4 ; i Paralip., cap. XYiii, 1-11.

tfifVftaire.

ciiAP. II. — LA CAPITALE d'israel (1032-1012). 371

gulorité qui distinguent nos gouvernements modernes. Ce royaume était celui du peuple de Dieu, c'était le royaume de David. Le chefd'œuvre administratif de ce grand roi fut sans contredit l'organisation militaire qu'il parvint à créer au milieu du peuple d'I?raël. Les armées permanentes, inaugurées par Saiil, étaient tout à la fois un progrès et un danger. Trop nombreuses, elles dépeuplaient les campagnes, primaient de bras l'agriculture, rendaient impossible la vie pastorale et tarissaient ainsi les deux véritables sources de la fortune publique. Trop restreintes, elles étaient insulfisantes à repousser une agression. Leur entretien ne produisait pas en sécurité ce qu'il coûtait en dépense, et, en cas d'invasion, il fallait toujours recourir à un appel national pour défendre le territoire. Tel était le danger de celte institution, ce qui n'empêchait pas qu'elle ne fût un progrès réel sur la complète absence d'armée régulière qui avait été si préjudiciable au temps des Juges. Mais faire dispafaitre le péril du nouvel état de choses et conciher à la fois des intérêts si opposés, n'était point une entreprise facile. A l'heure où nous écrivons ces hgnes, le problème subsiste encore au sein de nos sociétés modernes, et nul homme dEtat ne l'a jusqu'ici résolu. Voici quelle fut la solution de David. Le nombre de vingt-quatre mille hommes fut assigné coinme le chiffre de l'armée active, répondant aux besoins du royaume en temps ordinaire. Mais ce chitire était évidemment insuflfisant en temps de guerre; il fallait trouver une combinaison qui permît, à un moment donné, de réunir sous les drapeaux le nombre de soldats nécessaire, et de les avoir toujours sutlisamment exercés. Cette combinaison, qui s'appellerait dans notre style moderne un système de mobilisation des armées, David parvint à l'appliquer. Tous les hommes en état de porter les armes furent répartis en douze séries de vingt-quatre mille chacune, ayant son commandant particulier. Chaque série de vingt-quatre mille hommes ne passait qu'un mois de l'année sous les drapeaux; elle était renvoyée ensuite dans les cnaipagnes, et la série qui la suivait venait reprendre sa place jusqu'à ce que le cercle des douze mois fût terminé *. Ainsi, on obtenait en réaJilô

» I Paralip., cap. xxvn, 1-15.

une armée de deux cent quatre-vingt-huit mille hommes parfaitement disciplinés, qu'on pouvait réunir en quelques jours, sans recourir à l'appel de la nation entière ; on évitait l'inconvénient des armées oisives pendant les jours de paix, sans compromettre la sécurité pour les temps de guerre; on s'épargnait les dépenses excessives d'entretien et d'approvisionnements de toutes sortes, qu'eût exigées le maintien de deux cent quatre-vingt-huit mille hommes sous les armes, tout en conservant l'avantage de les avoir toujours sous la main. L'agriculture et les travaux de la vie pastorale conservaient leurs bras. Les soldats sans cesse mêlés à la nation ne faisaient qu'un avec elle, s'inspiraient de ses sentiments et ne formaient pas une force isolée et comme étrangère, dont l'influence a si souvent ailleurs ébranlé les empires et renversé les trônes. Enfin, la profession des armes n'était pas un métier pour le soldat, pas plus que la guerre n'est un état normal pour une nation. Dès lors disparaissaient ces ambitions infinies et rivales que la paix ne permet point de satisfaire et qui appellent aveuglément les combats pour y trouver une occasion d'avancement ou de gloire. Cependant, dans cette armée ainsi mobilisée, David avait eu soin de réserver quelques corps qui étaient fixes. Telles étaient les garnisons placées dans les villes conquises ou aux forteresses des frontières. De plus, il avait près de sa personne six cents guerriers d'élite qui formaient en quelque sorte sa garde royale *, et les légions des Cerethi et des Phelethi, de mille hommes chacune, sous le commandement de Banaïas -. Joab avait la direction supérieure de l'armée , les douze commandants de série étaient euxmêmes sous ses ordres. A leur tour, ils commandaient aux chiliarques, et ceux-ci aux autres officiers des grades inférieurs, (els que les cenleniers, dont le nom se retrouve si souvent dans lEvangile, et les décurions ^. Sauf les titres qui ont changé, la hiérarchie militaire établie par David difi'érait peu au tond de celle de nos jours. Fiatoee» 26. L'administration des finances, moins éclatante que la hiérar-

chie militaire, mais d'une importance capitale, puisqu'elle alimente

« FI Reg., cap. xv, 18. — » Il Reg., cap. viu^ 18 ; Ibid., Cap. XV, 18. — » I Paraliv-, cap. xxvu.

CHAP. II. — LA CAPITAIE t'iSBAEL (1032-1012). 373

tous les services d'un Etat, fut réglée avec non moins d'ordre et d'intelligence. Sous le titre de préposé au trésor du roi, Azmotli, fils d'Adiel, exerçait une véritable surintendance des finances. Les branches do revenu étaient de trois sortes : le tribut payé par les nations soumises, l'impôt prélevé sur le peuple, et enfin le produit des terres appartenant au roi, et formant ce qu'on appellerait de nos jours le domaine de la couronne. Pour la perception des tributs et de l'impôt qui se payaient tantôt en argent, tantôt en nature, des officiers à poste fixe étaient établis dans toutes les villes, bourgs et villages du royaume ; ces officiers étaient placés sous la direction immédiate de Jonathan. L'administration des terres se subdivisait en autant de services particuliers qu'elle comportait d'exploitations diverses. Ainsi, tout le domaine agricole était administré par Ezri , fils de Cbélub ; la partie vinicole , par Séraéïas de Romathi; l'intendance des celliers, par Zabdias; Balanan, de Géder, était préposé à la culture des oliviers et des figuiers; l'entrepôt des huiles était confié à Joas; les grands troupeaux de bœufs qui paissaient dans la fertile vallée de Saron *, étaient sous la garde de Sétraï; les autres pâturages étaient confiés aux soins de Saphat, fils d'Adli ; la directioil «les chameaux avait pour intendant l'Ismaélite Ubil; les ânes, qui étaient alors d'un usage général chez le peuple juif, où le cheval n'était encore qu'un animal de luxe, formaient une branche principale des richesses du roi, Jadias en avait le soin ; enfin , sous le titre de chef des pasteurs, l'Agaréen Jasiz avait la direction des troupeaux de brebis *. L'ensemble de cette administration et les titres de ses fonctionnaires rappellent une époque où les véritables richesses, celles du sol, n'avaient point encore fait place aux richesses artificielles et factices des nations

odernes.

27. Comme plus tard Charlemagne et saint Louis, David était le nmiaitum-

* « Saron est encore aujourd'hui une magnifique plaine qui occupe tout le » versant occidental des montagnes de Judée, depuis le pied du Carmel jus- » qu'à Jaffa. » (M. de Saulcy, Dict. des antiq. bibl., pag. 803.) Une autre vallée de ce nom, également fertile et propre aux pâturages, était située au-delà du Jourdain, sur les versants des mont^nes de Galaad.

• I Pamlip., cap. xivn, 25-31.

C€mUtbo.

374 HISTOmE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

«on de la premier justicier de son royaume. « Chaque jour il prononçait lui-

jnstice. . . , . , .

Psaume même des sentences et rendait des jugements a tout le peuple qui

UUerirordiam

'^^if/îf" assiégeait son tribunal *. » Sous son autorité, douze chefs ou princes, préposés à chacune des tribus, veillaient au maintien des lois, à la répression des crimes et à l'application de la justice *. Six mille lévites, répartis sur toute la surface du territoire, avaient aussi le titre de juges ^. De plus, chaque ville et chaque bourgade continuait à trouver, dans le conseil des anciens, un tribunal permanent, qui rendait aux portes de la cité ces jugements si célèbres en Orient. Au-dessus de toutes ces juridictions locales, le conseil du roi, « composé de Jonathan, oncle de David, homme prudent et versé dans l'étude de la loi; Jahiel, fils d'Achamoni, à la ï^agesse desquels David avait confié l'éducation des jeunes princes ses enfants, Achitophel et Chusaï d'Arach *, qui mérita le titre glorieux d'Ami du roi ^. » — « Les deux grands prêtres Sadoc et Abiathar siégeaient à ce conseil, ainsi que Joab, en sa qualité de généralissime de toutes les armées; Saraïas, chargé du soin des archives royales, en était le secrétaire ^. » Sous la sage impulsion d'un roi juste et équitable, autant que puissant et brave, on conçoit que la justice dut être rendue avec l'impartialité 1* plus consciencieuse. David nous a laissé un monument public de ses sentiments à cet égard, et la confiance avec laquelle il s'exprime devant ses sujet» est la meilleure preuve qu'il n'appréhendait de leur part aucune contradiction, a J'ai vécu, dit-il, au milieu de mon palais, dans la droiture du cœur. L'injustice était un objet d horreur à mes yeux, la prévarication était poursuivie de tonte ma haine; jamais je n'ai fait place autour de moi aux cœurs pervers et artificieux, qui déchirent le prochain dans l'ombre; les liomines superbes et ambitieux ne oe sont jamais assis à ma table. Mes regards allaient chercher partout les caractères justes et f'^làles pour les associer à mes

» Il Reg., cap. viii, 15. « i Paralip., cap. xxvii, 16-22. — * I Parnlip., cap. xxni, 4. — * Arach, patrie de Chusaï, était situé'- daus la cbaiae du Libaa. S. Jérôme assure que cette ville est la raôiue qui prit plus lard le aom d'Édesse (Ue Sauicy, Did. des antiq. bibl., pag. 7y). — > i Paralip. , cap. xxvii^ '62-'Si. —«il Heij., cap. viii, 10 ad ultiiu.

CHAP. II. — LA CAPITALE D'iSRAEL (1032-1012). 375

.ravaux. Celui dont la voie avait toujours été droite et pure, celuilà était mon ministre. Arrière ces esprits orgueilleux et durs, qui méditent l'injustice et respirent la vengeance ! Chaque malin mes justes sentences flétrissaient les prévaricateurs, et je bannissais de la cité de Jéhovab les artisans diniquité *. »

28. Le culte du Seigneur, le service du Tabernacle, l'organisa- C«il*fc lion de la hiérarchie sacerdotale en Israël, avaient été les premiers l'objet des préoccupations du pieux roi. Les règlements de Moïse servirent de base à ce travail, mair ils avaient besoin d'être mis en harmonie avec le nouvel état de choses qui s'inaugurait à Jérusalem. Jusque-là le Tabernacle du Seigneur avait partagé la destinée du peuple de Dieu; il avait été errant sur la terre, suivant les armées dans les diverses expéditions, et changeant de demeure à mesure que les besoins politiques ou militaires de la nation l'avaient exigé. « Aujourd'hui, disait David, Jéhovab a donné le repos à son peuple, et Jérusalem est devenue sa capitale pour toute la suite des âges. Les lévites n'auront donc plus à transporter le Tabernacle dans de lointains voyages, et à conserver l'organisation qui avait réglé l'ordre de cette translation et de celle de tous les vases sacrés et des instruments nécessaires aux sacrifices et au ministère des autels *. » 11 fallait pourvoir aux besoins nouveaux qui résultaient d'une situation nouvelle. Après un recensement général de toute la tribu sacerdotale, qui accusa un chiffre de trente-huit mille lévites au-dessus de trente ans, David les répartit en trois classes ; ceux qui devaient rendre la justice et interpréter la loi dans les dilïérentes parties du royaume : ils étaient, comme nous l'avons déjà dit, au nombre de six mille; ceux qui, résidant dans les villes assignées à leur tribu , recevaient les offrandes faites au Tabernacle, les dîmes et les prémices imposées par la loi pour la subsistance des familles sacerdotales et lévitiques, l'entretien des autels et l'approvisionnement des sacrifices; enfin ceux que le service du ministère sacré devait fixer près du Tabernacle, pour y remplir alternativement Ifeurs fonctions. Ces dei'niers furent répartis e|l

^ Psolm. c, 3 ad ultim. Ce psaume porte pour inscription : Psalmus ipsi Dai vid. — '^ 1 Faralip., cap. xxni, 25, 26.

37G fflSTOIRE DE l'ÉGUSÉ. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE L\ ROYAUTÉ.

quatre ordres : les sacrificateurs, tous les prêtres descendants d'Aaron; les chœurs, formés de quatre mille musiciens, sous la direction d'Asjiplî, Idithun et Héman, qui, matin et soir, réunis devant îe Tabernacle, chantaient les louanges du Seigneur et les psaumes inspirés de David, en accompagnant leurs voix des sons mélodieux du kinnor, du psaltérion et des cymbales; la garde d'honneur, composée de quatre mille lévites sous les ordre de Sélémias, Zacharie, Obédédom, Sephim et Hosa; enfin les gardiens du trésor et des vases sacrés sous l'intendance de Jahiel, descendant de Gerson. Au-dessus de cette magnifique hiérarchie, les deux grands prêtres Sadoc et Abiathar, chefs des deux familles d'Eléazar et d'Ithamar, les fils d'Aaron, se partageaient d'amiée en année les fonctions pontificales*. Ainsi Jéhovah régnait en souverain dans Jérusalem, sa capitale, et le roi d'Israël n'était, suivant l'esprit de l'institution mosaïque, que son premier lieutenant. DfiTidac- 29. Glorieusement assis sur le trône où la main de Dieu l'avait •on palais élcvé après tant d'épreuves et de vicissitudes, Da\id se souvenait \u ûe ' des jours de sa jeunesse," et de l'amitié de Jonathas maintenant ravi à sa tendresse. «Resle-t-il encore, disait-il, quelque rejeton de la famille de Saûl, pour que je puisse reporter sur lui lafi'ection que j'avais pour Jonathas? — Un ancien intendant de la maison de Saiil, nommé Siba, lui apprit que Mipbiboseth, fils de Jonathas, vivait encore. Oii est-il? demanda le roi. — Il a trouvé un asile à Lodabar*, dans la maison de Machir, fils d'Ammiel, répondit 'e vieux serviteur. —David s'empressa de mander près de lui le jeunw prince. Mipliiboseth, en abordant le roi, se prosterna jusqu'à terre, à la façon orientale, et dans cette attitude il dit : Votre serviteur est à vos pieds. — Ne craignez rien, reprit David, je vous ai mandé pour vous témoigner tout l'attachement que je portais à Jonathas, votre père. Je vous mettrai en possession de tous les domaines qui ont apparteim au roi Saûl, votre aïeul, et tous les jours de votre vie vous vous asseoirez à ma table. — Touché jusqu'aux larmes d'un accueil bi bienveillant, Miphiboseth s'écria : Eh I qui sui/s-je,

* I Paralip.f cap. xx]U-xxvl. — * Ville de la tribu de Gad.

isnathat.

(mAP. II. — LA CAPITALE d'israel (1032-1012). 377

pour que vous daigniez combler de vos faveurs un infortuné comme moi ! — S'adressant alors au fidèle Siba : Tu seras, lui dit-il, l'intendant des domaines que je rends à ton maître, et tu prendras soin de sa maison (Le prince avait alors quinze fils et vingt serviteurs).— 0 roi, mon seigneur, dit Siba, votre serviteur sera trop heureux d'accomplir les ordres que vous lui donnerez. — Depuis ce jour, la famille de Miphiboseth habita constamment Jérusalem, et ce prince lui-même, infirme à la suite de l'accident dont nous avons déjà parlé, prenait place chaque jour à la table du roi*. » Tel était ce David, que l'exégèse moderne affecte de représenter « comme cruel et vindicatif jusqu'à l'atrocité. » Nous préférons à ce portrait si outrageant la vérité biblique; et c'est avec bonheur que nous redirons la parole du psaume : Mémento^ Domine, David, et otnnîs mansuetudinis ejus ^ / 30. « La reconnaissance était une vertu qui semblait innée dans Les amba»

sadeurs de

ce cœur vraiment royal. A l'époque où, proscrit dans la caverne DaTid d'Odollam, David avait prié le roi de Moab de donner l'hospitalité Défaites des

Ammonite*

à sa famille, il avait eu l'occasion de recevoir des témoignages eidesSyriew

coaiiiéfc

d'intérêt et de bienveillance de la part de Naas, roi des Ammonites 3. a Or Naao venait de mourir. Je serai miséricordieux pour Haraon, fils de Naas, dit alors David, tomme son père l'a été envers moi, — Et il adressa au jeune roi des Ammonites une députation chargée de lui exprimer ses regrets pour la mort de son père, et de l'assurer de sa bienveillance. Les ambassadeurs s'acquittèrent de leur mission ; mais les chefs des Ammonites dirent à leur jeune maître : Croyez-vous que ce soit par respect pour la mémoire du roi votre père que David a envoyé ces députés? Non, non! ils viennent reconnaître le pays, étudier la situation et les forces de votre capitale, et préparer une invasion. — Le jeune roi se laissa persuader par ces conseils, et obéissant à d'injustes soupçons, il fit saisir les envoyés de David; on leur coupa la moitié de la barbe, on les dépouilla jusqu'à la ceinture, et ils furent reconduits en cet

» Il Reg., cap. ix fere integr. — * Psalm, cxzxï, 1. -r ? Sanctius, Jn II libr. fieg. Comment., cap. x, 2.

378 IIISTOmE DE l'église. — IV* ÉPOQUE, — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

état à la frontière juive. Dans les mœurs orientales, c'était le tiaiteraent le plus ignominieux qu'on pût leur intliger. Prévenu de ce sanglant affront, David fît dire à ses ambassadeurs, qui n'osaient plus reparaître devant iui : Demeurez à Jéricho jusqu'à ce que votre barbe soit repoussée. Vous vous rendrez alors près de moi. — Cependant les Ammonites, pour prévenir' la vengeance de David, avaient réuni, outi'e leur propre armée, vingt-quatre mille Syriens de Rohob et de Soba, auxquels se joignirent douze mille soldats du roi d'Istob, et raille du roi de Maacha. David, à cette nouvelle, donna l'ordre à Joab de se mettre à la tête de l'armée d'Israël et de marcher contre l'ennemi. La rencontre eut lieu sous les murs de Médaba. Les Ammonites étaient postés en avant de la ville ; les troupes sj-riennes formant un corps d'armée distinct avaient pris position dans la plaine, menaçant de prendre à revers l'armée juive. Dans cette situation, Joab divisa ses soldats en deux corps, prit le commandement de l'un, donna l'autre à Abisaï son frère : Je vais attaquer les Syriens dans la plaine, lui dit-il; s'ils ont l'avantage, tu viendras à mon secours. De ton côté, tu vas marcher sur Médaba et charger les Ammonites; je te secourrai, s'il en est besoin. Courage ! Combattons héroïquement pour Israël et pour la patrie. Jéhovah fera le reste! — L'attaque de Joab eut lieu la première. Elle fut si prompte et si vive, que les Syriens abandonnant le champ de bataille , s'enfuirent dans toutes les directions. Témoins de cette déroute, les Ammonites, sans attendre le choc d'Abisaï, prirent eux-mêmes la fuite et coururent se renfermer dans les murs de Médaba. Ce premier succès ne termina pas la guerre. Le roi de Soba, Adarézer, jaloux de venger sa précédente défaite, essaya une diversion en faveur des Ammonites, et mit sur pied une armée formidable dont il donna la conduite à Sobach, son lieutenant. Appelés des rives de l'Euphrate, les soldats d'Adarézer étaient si nombreux , qu'il semblait que toute la Syrie se fût levée en armes. Pour repousser cette formidable invasion, David rassembla toute son armée, franchit le Jourdain, et vint engager la bataille à Héla. Le choc fut terrible, mais la victoire fut décisive. Les Syriens laissèrent sur le champ de bataille sept cents chars, quarante

CHAP. II. — FAUTE DE DAVID (lOU). 379

mille cavaliers, tant morts que prisonniers de guerre. Sobacli luimême avait péri dans le combat. Cette sanglante défaite détacha tous les rois syriens de l'alliance d'Adarézer. Ils se soumirent aux conditions de paix que leur imposa David, et renoncèrent dès lors à secourir les Ammonites *.

31. La victoire contre les Syriens inspira au roi-propbète un ^^ch^nt^^^ cbant triomphal dans lequel il exprimait au Seigneur toute sa re- J;j;™e^ connaissance. « Il est connu de la Judée Jéhovah , notre Dieu ! d<.a oeus. disait-il, son nom est glorifié au milieu d'Israël. Le Tanernacle où il repose est l'asile de la paix; Sion est sa demeure. C'est delà qu'il se plaît à briser l'arc des puissants, le boucher et le glaive des guerriers. Les rayons de sa gloire illuminent les montagnes éternelles et jettent la consternation dans l'âme des impies. Ils ont dormi leur sommeil, et leurs mains cupides ont laissé échapper leurs trésors. Sous les coups de ta foudre, ô Dieu de Jacob, ils se sont endormis dans la mort, les fiers cavahers! Tu es le Dieu terrible : qui osera braver ton courroux? Du haut du ciel, tu as fait retentir l'arrêt de ta justice, et la terre épouvantée est restée silencieuse, au jour où le jugement de Jéhovah venait venger les humbles et les petits. Venez donc lui offrir vos vœux et vos hommages, apportez vos olfrandes aux autels de ce Dieu terrible, qui frappe les princes d'aveuglement et qui renverse les rois de la terre *! » Hélas! quand David épanchait ainsi son âme devant le Seigneur, au miheu des acclamations d'allégresse qui saluaient son retour à Jérusalem, il ne prévoyait pas qu'il serait bientôt lui-même ua solennel exemple de la fragilité humaine. L'esprit de vertige qui saisit parfois les cœurs les plus fermes et les plus vertueux, devait l'entraîner lui-même, et le livrer à Tempire d'une misérable passion.

§ m. Faute de David (lOll).

32. a L'année suivante, à l'époque où l'on pouvait reprendre les ^^^^^^'^^^ hostihtés contre les Ammonites, le roi envoya Joab, à la tête de théea.

1 11 Reg., cap. x integr. — « Psaim. LXXY fere integr. Ce psaume porte pour litre : Canticum ad Âssyrios.

380 lIISTOraE DE L'ÊGt-ras. — IT «POQDE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

son armée, pour achever Ta conquête de leur territoire. Toute la campagne fut employée à soumettre ces fiers ennemis ; Joab voulut la terminer par la prise de Rabbalh, leur capitale. Il en ouvrit donc le siège. Cependant David était resté à Jérusalem. Se promenant un jour sur la terrasse de son palais, il aperçut une jeune femme qui, se croyant à l'abri de tous les regards, se livrait aux délices du bain, li voulut savoir le nom de celte inconnue dont la beauté l'avait séduit. Les faiblesses des rois ne trouvent que trop de complaisants. On lui apprit qu'elle se nommait Bethsabée, et qu'elle était l'épouse d'Urie l'Héthéen, un des trente vaillants. Son mari avait suivi l'armée au siège de Rabbatb; et pendant qu'il exposait courageusement sa vie pour sou roi, David ne rougit pas d'attenter à l'honneur de ce fidèle sujet. Par un calcul honteux, il espéra dissimuler les suites de sa faute, et manda à Joab de lui dépêcher Urie, sous le prétexte d'avoir de sa bouche des renseignements sur l'armée et les progrès du siège. Urie revint donc à Jérusalem, et fut admis en présence du roi qui l'interrogea sur la situation des troupes et tout le détail des opérations. Après cette audience David lui dit : Va maintenant dans ta demeure, goûter quelque repos après tant de fatigues. — Le brave guerrier prit congé du roi, qui donna l'ordre qu'on lui portât des mets de sa table. Mais Urie ne rentra pas dans sa maison, et il passa la nuit avec les gardes du palais à la porte de la demeure royale. On en prévint David. Le lendemain il dit à Urie : Pourquoi donc, après un aussi long voyage, n'as-tu pas, akjuIu rentrer dans ta maison pour y prendre un repos dont tu avais tant besoin? — Quoi ! répondit Urie, l'Arche de Jéhovah et toute l'armée d'Israël habitent en ce moment sous les tentes, les serviteurs du roi mon maître couchent sur la terre nue, et je serais allé chercher sous mon toit les douceurs du repos et les joies du foyer domestique ! Par le salut du roi, et par sa vie qui nous est si chère, jamais je ne me perpiettrai une telli? lûclietél — Reste encore ici toute celte journée, reprit David, dcmiiin je te donnerai mes intructions et te renverrai à Joab. — Le soir Urie fut appelé à prendre place à la table royale. David avail ccinmandé un festin somptueux, il fit servir des vins

CHAP. II. — FAUTE DE DAVID (lOU). 38!

dont la force pouvait altérer Ta raison du brave guerrier. Mais, après cette soirée, toujours fidèle à la discipline militaire, Urie passa encore la nuit à la porte du palais, sans consentir à rentrer dans sa demeure *. »

33. Un si noble dévouement ne put réussir à émouvoir le roî. Tant la passion est aveugle ! tant une première faute peut entraîner de crimes! « Le lendemain, David écrivit à Joab cet ordre barbare : Charge Urie du poste le plus périlleux, et quand l'ennemi viendra l'assaillir, fais en sorte qu'il soit abandonné des siens et qu'il perde la vie dans cette rencontre. — Scellée de la main du roi, cette lettre fut remise à Urie qui s'empressa de rejoindre l'armée, chargé lui-même de son arrêt de mort. Joab trouva bientôt l'occasion de l'exécuter. Urie fut placé sur le point le plus exposé aux coups des Ammonites. Les assiégés, dans une vigoureuse sortie, fondirent sur l'armée d'Israël; un grand nombre de soldats périt dans cette rencontre, Urie fut au nombre des morts. Joab expédia aussitôt un courrier à David pour l'informer de cet échec. Tu rendras au roi, lui dit-il, un compte fidèle de ce qui s'est passé; s'il venait à témoigner alors son indignation contre nous et qu'il s'écriât : Mais pourquoi s'obstiner à un assaut contre des murailles que la brèche n'avait point encore ouvertes? Ne saviez-vous pas tout le danger d'une pareille attaque? Ne se souvient- on plus du sor> d'Abimélech, fils de Gédéon, qu^une pierre détachée par la main d'une femme écrasa sous les murs de Thébès? s'il te parle ainsi, tu te contenteras de répondre : Urie l'Héthéen a péri de même sous les murs de Rabbath. — Muni de ces inslruclions, le messager se présenta au roi. Les fils d'Ammon, dit-il, nous ont fait éprouver un échec; ils ont dirigé contre nous une vigoureuse sortie; nous avons résisté à leur choc^ et les avons ramenés jusqu'aux portes de leur ville, mais là leurs archers, du hau,t des remparts, nous ont accablés sous une grêle de flèches, le roi a perdu en cette rencontre un grand nombre de ses serviteurs. Uimc l'Héthéen est du nombre. — David ne manifesta aucune indignation : Voici, dit-

» II Reg., cap. xn, 1-6.

382 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV* ÉrOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.

il, ce que tu répondras de ma part à Joab : Ne te laisse point aballrr» par ce revers, la fortune des armes est inconstante et diverse; le glaive moissonne ici aujourd'hui, et demain là, sans acception de personne. Relève le courage des guerriers, poursuis énergiquement le siège de Rabbath, et prends des mesuies vigoureuses pour la détruire. — Bethsabée ignorait le complot dontson mari venait d'être victime. Elle pleura sincèrement la mort d'Urie. Mais quand les jours de son deuil furent écoulés, le roi la fit amener dans son palais, l'éleva au rang de ses épouses, et en eut un fils dont il devait pleurer également la naissance et la mort *. » Le prophète 34. Cependant David pouvait se flatter d'avoir renversé tous les reprorbe à obslaclcs dcvaut Sa passion triompliante. Nul, excepté Joab, ne sadonbiecrime. Yjiit le secret de son ignominie. Que dis-je?ll était un autre témoin dont le puissant regard lit au fond des consciences, et perce à jour les ténébreux secrets dont les hommes voudraient se dissimuler la honte à eux-mêmes. David connaissait ce témoin et ce juge; il l'avait eu jusque-là pour protecteur et pour père! Tant qu'il avait marché «dans l'innocence de son cœur, » tant qu'il avait été fidèle à la voix de la piété et de la justice, il avait ignoré les lâches compromis et la ruse homicide dont il venait de souiller sa gloire. Da\'id coupable r ce point, David entraîné sur la pente du crime par une passion insensée, demeurera comme un exemple immortel de la faiblesse des hommes les plus grands et les plus saints. Nous allons bientôt le voir servir de modèle aux plus illustres pénitents. « Le Seigneur fit entendre sa voix au prophète Nathan, et lui donna l'ordre de se présenter devant le prince coupable. Nathan vint donc trouver David, et lui dit : Dans une des eilés de votre royaume vivaient deux hommes d'une condition fort diflérente. L'un était riche et puissant, son voisin était pauvre. Le premier avait d'immenses troupeaux de brebis et de bœufs, et nageait au sein de l'opulence; le second ne possédait sous son toit qu'une seule brebis, qu'il avait achetée toute jeune; il l'avait élevée avec ses propres enfants, elle mangeait du paiu de sa table, buvait dans sa

* H Reg., cap. m, 6 ad ultim.

CliAr. II. — FAL'TE DE DAVID (1011). . 383

coupe et s'endormait le soir sur la poitrine de son maître; enfin il la chérissait.comme un père aime sa fille. Un étranger vint un jour demander l'hospitalité dans la demeure de l'homme riche, celui-ci ne voulut point toucher à ses brebis et à ses bœufs pour /e festin du soir. Il donna l'ordre de prendre l'unique brebis du pauvre, la fit tuer par ses serviteurs et préparer pour le repas qu'il voulait donner à son hôte. — Dans l'indignation que cette conduite inspirait au roi, il s'écria : Vive Jéhovali! l'hom^me qui a agi ainsi mériterait la mort. Il rendra au centuple la brebis qu'il a enlevée sans respect et sans pitié pour l'indigence! — Quand David eut ainsi parlé, Nathan, fixant sur lui un regard sévère, ajouta : Vous êtes cet homme! — Puis il reprit : Voici ce que Jéhovah le Dieu d'Israël vous fait dire aujourd'hui par ma bouche : J'ai sacré ton front de l'onction royale, je t'ai protégé contre la vengeance de Saûl, je t'a fait asseoir sur le trône de celui qui fut ton maître , tu as joui de ses richesses, j'ai réuni sous ton sceptre la maison d'Israël et de Juda. Et comme si tant de bienfaits ne suffisaient point, j'étais prêt à en ajouter de plus grands encore. Pourquoi donc as-tu foulé aux pieds mes lois? Comment as-tu osé commettre le crime en ma présence? Tu as envoyé l'Héthéen Urie périr sous le glaive des Ammonites pour ravir Bethsabée, son épouse. En punition de ce forfait, le glaive ne cessera de se plonger dans le sein de tes enfants : c'est du milieu de ta famille que surgiront pour toi les plus affreuses calamités. Ton honneur sera publiquement outragé par ton propre fils. Tu avais dissimulé ta faute, mais la vengeance sera publique, elle éclatera à la lumière du soleil, et tout Israël en sera témoin ! — Réveillée par ces terribles accents , la conscience de David s'ouvrit enfin au repentir. J'ai péché! s'écria-t-il, j'ai outragé le Seigneur mon Dieu ! — Le Prophète reprit : Jéhovah voit votre douleur, vous ne subirez point la mort que votre faute eût méritée *. Cependant, parce que vous avez, par ce scancl^^ , donné aux ennemis de Jéhovah l'occasion de blasphémer sa loi sainte, l'enfant qui vous est né de cette union sacrilège ne vivra pas. —

» La loi de Moïse était lormelle [Deuteron., cap. iiii, 22).

Deut.

Après avoir ainsi exécuté les ordres du Seigneur. Nathan se retira,' laissant le roi c'i ses remords et à son repentir '. » Kr;" ^''- P^'os^'^rné aux pieds du Seigneur dans la solitude de son ira^ë'^e. P''^''^''' ^' ''"'-^^^^ "i^ torrent de larmes, David éleva le cliant de sa pénitence à la hauteur de son crime, ou plutôt, résumant en sa personne toutes les faiblesses et toutes le« misères de l'Iiumanité, il leur donna une voix qui n'a jamais été dépassée, et dont les âmes repL-n.antes emprunteront jusc^u'ù la fin du monde les pathétiques accents. «0 mon Dieu, disait-il, ayez pitié de moi dans votre infinie miséricorde, effacez mon iniquité sous les flots de ^ votre grâce. Purifiez mon âme souillée de crimes, purifiez-la de h fange du péché. Hélas! je connais ma faute, et le souvenir de mon crime est sans cesse présent à ma pensée. C'est vous, c'est vous seul que j'ai offensé; j'ai fait le mal sous vos yeux, j'ai provoqué la ri^oie.ir de vos jugements, et au jour de vos justices, votre arrêt vengeur sera pleinement justifié par mes infidélités. J'ai été conçu dans le crime, et la mère qui m'a donné le jour m'a enfanté dans l'iniquité. Mais vous, Seigneur, vous êtes le Dieu de Tinnocence et de la vérité ! Vous avez daigné éclairer mon âme des ravons de rotre sagesse et de votre doctrine. L'hysope de la pénitence la punfîera aujourd'hui; vous rendrez à ma conscience, lavée dans les larmes du repentir et les flots de votre grâce, la blancheur de la neige. Avec la parole du pardon, vous rendrez à mou cœur la consolation et la Joie, et mes ossements humiliés tressailleront d'allégre.-se. Détournez de mes crimes le regard de votre justice, et effacez toutes mes iniquités. 0 mon Dieu! créez en moi un cœur pur, et renouvelez au fond de mes entrailles l'esprit de droiture et de saintot.'.; rendez-moi la joie de votre Sauveur, rafiermissez mon ànuî .■branlée par votre Esprit de force. Mon exemple instruiia les pécheurs et rappellera les impies dans le sentier de votre loi. 0 Dieu, Dieu de mon salut! Délivrez-moi du fardeau sanglant qui m'accable, et ma langue, retrouvant ses premiers cantiques, exaltera votre justice et vos miséricordes. Vous ouvrirez mes lèvres'

* U Rp;/., cap. XII, 1-15. \

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