C-'UP. I[. — LA FAMINE, LA GUERRE ET LA PESTE
t'est lui seul que je cherche. Livrez-le entre nos mains, et nous nous retirerons en paix. — S'il en est ainsi , reprit la femme , dans çuelques instants la tête de Séba vous sera jetée par-dessus la muraille. — Elle dit, et s'éloignant des remparts, elle rentra dans la 'nlle, rassembla le peuple, lui fit comprendre ses véritables intérêts ît le détermina à cesser une résistance qui pouvait devenir si fatale. Sa voix fut écoutée, ou se précipita sur Séba, il fut mis à mort, et sa tête, lancée par-dessus les remparts, vint tomber aux pieds de Joab, Les trompettes de victoire retentirent dans tout le camp, la révolte était étouffée dans le sang de son auteur, et Joab reparut aux yeux de David, acclamé par les soldats qui lui attribuaient tout l'honneur du succès. Il était impossible de songer à punir un criminel couvert de gloire, qui venait de raffermir la couronne chancelante sur la tête de son souverain. Joab retrouva donc ce grade de généralissime que, pour la seconde fois, il venait d'acheter au prix du sang innocent, et David dut se résigner à subir encore le joug des enfants de Sarvia ^ »
§ \I. La famine, la guerre et la peste {1009-f 003).
56. Les douleurs succédaient aux douleurs pour compléter l'ex- La famine pialion du roi pénitent. Les iniquités du règne de Saûl, demeurées |op"}?j^'^^ iusque-là impunies, se joignaient aux fautes du règne présent pour fih de SaiiL attirer la vengeance du Seigneur. « Pendant trois années d'une sécheresse extraordinaire, les campagnes furent frappées de stérîitté. La famine et toutes ses horreurs désolaient le peuple d'Israël. David, consterné, consulta l'oracle du Seigneur; Jéhovah répondit : Israël expie la cruauté de Saûl envers les Gabaonites, à laquelle tout le peuple s'est associé, et qui n'a pas encore été réparée ^. «-
» II Reg., cap. XS, 13 ad ultim.
« Nous avons indiqué au chapitre précédent cette circonstance du règne ds Saiil. Le texte sacré ne nous en a pas conservé le détail, et le passage que nous traduisons, en fait seul mention; il est donc impossible de savoir au iuste la nature des cruautés dont les Gabaonites avaient été victimes. Ce peuple, on se le rappelle, avait été admis par Josué au droit de cité parmi les douze tribus (pag. 52-55 de ce volume). ïout porte à croire que Saûl, au
5ue puis-je faire pour réparer les injures que vous avez subies? demanda le roi aux Gabaonites. — Ceux-ci répondirent : Ce n'est ai votre or ni votre argent que nous demandons; nous ne rendons point non plus les fils d'Israël responsables de nos malbeurs : c'est Saûl, cet homme de sang, qui nous a décimés et qui a fait peser sur notre race le joug infamant qu'elle a si longtemps supporté. Qu'on nous livre la famille de ce tyran, et qu'elle soit pour jamais anéantie du territoire d'Israël ' ! » Cette injuste et barbare * prétention révolta David; mais l'exaspération du peuple était à son comble ; les fils de Saûl étaient dévoués à la vengeance publique, et la multitude t ujours féroce quand elle a faim, voulait des victimes. « Qu'on nous donne les fils de ShuI! criaient mille voix altérées de sang; nous les crucifierons à Gaban, dans la patrie du tyran! — Il restait, outre Mipbiboseth, cinq fil^ du malheureux roi. Deux étaient les enfants de Respha, les cinq autres étaient nés d'une seiTante de Michol, et cette princesse les avait adoptés pour se consoler de sa stérihté. Le roi employa toute son autorité pour sauver du moins les jours de Mipliiboseth, mais la multitude s'empara des princes ses frères, et vint les crucifier à G;ibaa. Respha, la mère infortunée, avait accompagné en pleurant ses deux fils jusqu'au Heu du supplice. Les croix restèrent chargées de leurs victimes, comme pour mieux assouvir, par cet atroce spectacle, la fureur d'un peuple égaré. La loi de Moïse avait formellement interdit une telle aggravation de peine ^. Mais quand les passions populaires sont déchaînées, les lois disparaissent dans la tourmente. Respha étendit une natte sur la pierre nue, et demeura
mépris des droits les plus sacres, après avoir égorgé les guerriers de cette tribu, avait soumis le reste au plus dur esclavage.
' H Rey., cap. xxi, 1-3.
* C'est ainsi que Cornélius à Lapide la qualifie avec raison. Les Gabaonites excédèrent ici tou'es les bornes de la modération et de la justice. Le« enfants de Saùl ne pouvaient, en aucun cas, êlre responsables des iniquités de leur père. .Mais, dans un moment où le peuple, exaspéré parla souUiauce, était en proie aux horreurs de la faim, toute résistance était inutile, et David ne réussit qu'à grande peine à arracher Alipbiboseth à la veugeanc* populaire (Corn, a Lapid., In lihr. H Reg. Cornm., cap. xxi, 5).
9 Dtuteron., cuii). XXI, 23. V'^'': tom. 1 de cci^ Histotrc Laii. 648.