CH.4P. II. — LA FAMINE, LA GUERHE ET LA PESTE
aux pieds de ces croix funèbres qui portaient le corps ensanglanté de ses fils. Elle chassait les oiseaux de proie qui venaient disputer à sa douleur ces restes chéris, et en écartait les animaux carnassiers. Depuis l'époque de la moisson des orges , où ses fils avaient été crucifiés, la malheureuse mère resta fixée à ce poste de douleur. Cependant la pluie tant désirée arriva quelques semaines après : l'abondance reparut dans les campagnes, et sou retour effaça dans les esprits les cruelles animosités d'une époque si désastreuse. David profita de ces dispositions plus favorables pour donner un éclatant témoignage de sa sympathie pour les victimes. Il fit procéder à une translation solennelle des restes de Saiil et de Jonathas. De Jabès-Galaad où ils étaient déposés, on les amena dans le sépulcre de la famille de Gis, à Gabaa. Les corps des malheureux enfants de Respha y reçurent en même temps la sépulture *. *'
57. La prospérité renaissante dans le royaume d'Israël fut bientôt troublée par l'agression des Philistins. Longtemps contenus par la puissante main de David, ils avaient été domptés, mais n'étaient pas soumis. Les divisions intestines et les calamités auxquelles le peuple de Dieu venait d'être en proie dans ces dernières années, leur parurent sans doute une occasion favorable pour secouer un Joug détesté. « Dav'id se mit à la tête de ises guerriers pour les combattre, mais il n'avait plus la vigueur de sa jeunesse. Dans une rencontre, un Philistin d'une taille gigantesque, armé d'une lance dont le fer seul pesait trois cents onces, s'attacha à la poursuite du roi. 11 allait l'atteindre et le frapper d'un coup mortel, lorsqu'Abisaï se jeta, l'épée à la main, sur le guerrier ennemi^ et l'étendit mort aux pieds de David. Toute l'armée avait été témoin du danger couru par le roi. Ne vous exposez plus aux hasards des combats, lui dirent ses fidèles guerriers; vous êtes la gloire et le flambeau d'Israël, si nous avions le malheur de vous perdre, nous aurions tout perdu ! — David céda à ces touchantes prières , et laissa à ses généraux le soin de terminer la guerre. Vaincus à Gob
Guerres contre les Philistins.
Âdieo de David t son armés.
* H Reg., cap. xii, 1-14.
4 1 G msTOir.E d£ l'éûlke. — iv* époque. — ère de la royauté.
et à Geth, d.iiis trois sanglants combats, les Philistins renoncèrent enfin à la lutte, et acceptèrent une paix que leur mauvaise foi avait geule interrompue '. Vainqueur de ses ennemis, le vieux roi retrouva les inspirations de ses premières années pour exprimer au Seigneur sa reconnaissance. H rappela dans un cantique d'actions de grâces tous les périls de sa vie , et tous les bienfaits dont Dieu l'avait comblé ^. « Qiielque temps après, quand l'armée triomphante vint déposer à ses pieds les trophées de la victoire, il voulut parler une dernière fois à ses guerriers. Voici, s'écria-t-il, l'adieu que vous adresse votre vieux roi David, le fils d'Isaï, cet homme que TEspril du Seigneur a visité, et dont les lèvres ont tant de fois redit les louanges du Dieu d'Israël. C'est Jéhovah qui a élevé mon trône, c'est la crainte du Seigneur qui l'a affermi sous ma main. Comme Ica rayons de l'aurore éclatent au matin dans un ciel sans nuages, comme la douce rosée ranime la tige desséchée des fleurs, ainsi est douce et puissante la protection du Seigneur. Qu'était la maison d'Isaï pour que le Seigneur daignât renouveler en sa faveur le pacte éternel des jours anciens? C'est la miséricorde de Dieu qui a tout fait; seule elle m'a protégé", rien ne prospère sans elle. Craignez donc le Seigneur et observez ses lois. Le fer à la main, on abat les épines dans les champs et on les livre aux flammes jusqu'à ce qu'elles soient réduites en cendre. C'est ainsi que Dieu traitera tous les violateurs de sa loi ^l » Tel fut en quelque sorte le testament par lequel David voulut clore sa carrière militaire. La crainte de Dieu, le respect de ses lois, la confiance en ses miséricordes et la terreur de ses châtiments, voilà les pensées qui résu' ment toute la vie du grand roi , et qu'il exprime lui-même avei cette hauteur de paroles et d'images qui n'appartiennent qu'à lui. Mais si la sublimité de son langage est inimitable , les idées ellesmêmes reproduisent parfaitement celles de la tradition juive tout enlière. Les patriarches mourants avaient ainsi parlé à leurs fils; Moïse, Josué, Samuel avaient fait entendre les mêmes recomman-
* II Reg., cap. xxi, 15 ad ultim. — «Il Reg., cap. Xiu integr. ; Psalm. xvf Integ. — * H Reg.. «ap "Vtiii, 1-7.
ClIAP. II. — LA FAMINE, LA GUERRE ET LA PESTE (1000-1003). 417
dations. Quelle unité merveilleuse! Quel imposant concert que celui de toutes ces grandes voix dirigeant Israël dans la même ronte à travers les ûges, et le conduisant au-devant du Désiré des nations! Chose plus remarquable encore! Ces guides iJlusties qui ûiontraicnt le chemin el illuminaient de leur propliélique regard les sillons de l'avenir, étaient eux-mêmes soumis aux faiblesses et aux imperfections de la nature humaine. Ils donnèrent plus d'une fois l'exemple des fautes qu'ils étaient chargés de prévenir, et uialgré ces défaillances, on plutôt en raison même de ces défaillances^ leur parole conservait toute son autorité, parce que le chûtiment apparaissait toujours à côté de chaque erreur comme une sanction diviiie.
58. L'histoire de David devait encore en fournir une preuve. Dénombre-
, , , ment du
Comme suzerain du peuple d'Israël, le Seigneur s'était réserve à peuple. ïa»
1 1 1 • 1 ' r - 1 - ' • trois fléaui.
lui seul le droit d cii tane le dénombrement ' ; et pour mieux accuser sa juridiction souveraine, il avait formellement ordonné qu'à l'époque où aurait lieu le recensement, « chacun des fils de Jacob oij'rirait au sanctuaire un demi-sicle d'argent , comme le prix du rachat de son âme-. » On se souvient des principes que nous avons exposés plus haut, sur la souveraineté absolue et In domaine réel^ dont Jéhovah était investi eu Israël. Ce droit inaliénable gar.îUtissait le peuple contre toute espèce de tyrannie subalterne, en le faisant relever de Dieu seul. Si jamais la sanction de ce droit fut nécessaire, c'était à l'époque où une royauté puissante venait d'être étabhe au milieu d'Israël. 11 fallait prémunir le souverain contre la pensée que l'autorité royale put jamais devenir un absolutisme semblable à celui des autres monarchies de l'Orient, où le prince ne relevait que de ses caprices. 11 fallait apprendre au peuple luimême qu'au dessus de la majesté visible du prince, il devait son licmmagc tout entier à la majesté invisible de Jéhovah. David, cédant peut-être à un sentiment de vanité personnrlle "*, oublia ce que cette loi avait de rigoureux. Sans avoir consulté le Seigneur,
» Exod., cap. XXX, 11-14 ; Numer., cap. i, 1, 2. — » Exorf., cap. xxx, ii, — s TuiD. 1 de cette Histoire, pag. ClO-613. — * ^•^'- - — '^^'"''"l de S. Grégolf» Iti Grand [Mora^ium lib. XXV, cap. xv),
418 iiisTOiûE DE l'Église. — iV époque. — lue de la hoyautÉ»
c il dit à Joab : Fais le recensement général d'Israël et de Juda, parcours toutes les tribus, depuis Dan jusqu'à Bersabée , compte les habitants pour que j'en sacbe le nombre*. » — Joab n'était certes pas d'un caractère scrupuleux, il ne l'avait que trop prouvé ! Cependant un tel ordre, en présence des défenses expresses de la loi mosaïque, parut l'etTrayer. c< Que Jéhovah le Seigneur, dit-il," daigne augmenter au centuple le nombre des sujets du roi mon maitre I Mais que prétendez-vous faire, en ordonnant une pareille mesure? — David insista pour être obéi. Joab s'adjoignit donc les principaux officiers de l'armée, et se mit à l'œuvre. Le dénombrement dura près de dix mois. Il constata l'existence de plus de quinze cent mille hommes en état de porter les armes. Joab, qui ne se prêtait qu'avec peine à cette opération, n'y avait compris ni la tribu de Lévi, ni celle de Benjamin, et avait négligé de tenir compte des jeunes gens au-dessous de vingt ans. David avait eu le temps de réfléchir sur l'ordre téméraire qu'il avait donné. Il comprenait maintenant la gravité de sa faute : J'ai péché, dit-il, mais, Seigneur, pardonnez, jo vous prie, à mon imprudente témérité*. »
«•Ange 59, Sa piière ne lut point exaucée, et Jéhovali, pour donner à la
extermina» *
lemr. sauction de sa loi un caractère plus solennel, voukit que le coupable fût mis en demeure de choisir lui-même son châtiment, a Un matin, le prophète Gad se présenta devant le roi : Voici, lui dit-il, le message dont le Seigneur m'a chargé pour vous : L'option t'est laissée entre trois fléaux que je. tiens en réserve pour la punition de ton orgueil : une famine de sept ans, une guerre civile où tu seras pendant trois ans proscrit, ou une peste de trois jours. Tellei sont les paroles du Seigneur. Maintenant, ô roi ! ciioisissez, pour que je fasse connaître votre réponse au Maître qui m'envoie. — Hélas, s'écria David, à quelle extrémité me vois-je réduit! Mais enfin, s'il me faut choisir, j'aime mieux être frappé par la main du Seigneur toujours miséricordieuse, que par celle des hommes. — A partir de cette matinée, et jusqu'à ce que le terme des trois jours fût expiré, le Seigneur déchaîna le fléau de la peste sur le territoire d'Israël.
« II neg., cap. xxiv, 1, 2. — » II Rr/^., cap. XXIV, 3-iO,
CllAP. II. — USURPATION D'ADONIAS (1002). 419
Soixante-dix mille hommes, depuis Dan jusqu'à Bersabée, en furent victimes. L'ange du Seigneur étendait déjà la main sur la ville de Jérusalem pour la frapper, mais Dieu se laissa toucher de compassion par les larmes de son peuple : il arrêta la main vengeresse. Quand cette terrible vision apparut aux yeux de David, l'ange du Seigneur planait au-dessus de l'aire d'Areuna le Jébuséen, au sommet du mont Moriah. Le roi, se prosternant, implorait la clémence de son Dieu. C'est moi seul qui ai péclié, je suis le seul coupable ! Epargnez les innocentes victimes; tournez sur moi, .sur ma famille, tous les coups de votre vengeance. — Le Seigneur se laissa fléchir, l'ange exterminateur remit l'épée dans le fourreau, et la peste cessa ses ravages. L'aire d'Areuna, achetée par David , vit s'élever un autel d'expiation où le roi immola des holocaustes et des hosties pacifiques *. »
§ VII. Usurpation d'Adonlas (1003).
60. a David avait atteint l'âge de la vieillesse et des infirmités, vieillesse d«
, , . . , David.
Epuisé par tant de fatigues, ses membres semblaient avoir perdu Conjuration
'- '- G ' r d'Adonias,
leur clialcur naturelle. Retiré dans son palais, il recevait les soms Abiathat et de ses serviteurs fidèles. Moins touchée du titre éclatant d'épouse royale que du dévouement qu'il imposerait à sa tendresse, une jeune et belle Sunamite, nommée Abisag, se consacra plus particulièrement à soulager, par ses soins respectueux, les douleurs de l'auguste vieillard, et le roi avait pour elle l'affeclion d'un père ^. » La succession royale avait été réglée par l'ordre du Seigneur en faveur de Salomon, ainsi l'ien ne pouvait faire prévoir que les dernières années du règne de David dussent encore être éprouvées par de nouveaux malheurs. La révolte d'Absalom, si fatale à son auteur, était un exemple capable d'arrêter les princes ambitieux, et de prévenir toutes les tentatives de ce genre. Cependant Adonias, fils aîné de David, ne sut pas résister aux séductions de sou cœur. « Lui aussi il s'était dit : Je régnerai. Il s'entoura d'un luxe royal, et prit à son service cinquante cavahers. David n'eut pas le courage
» II Reg., cap. xxiv, iO ad iiUiui. — -lU Rcg., cap. U 1-4.
Joab.
420 histoim: de l'église. — iv* époque. — ix\E de la royauté.
d'arrêter le jeune prince sur cette pente fatale. Beau comme Absalom, insinuant comme lui, Adonias avait eu l'adresse d'entraîner dans son parti Joab et Abiathar. Quand tout fui prêt pour l'exécution de SCS coupables desseins, il convoqua les princes ses frères, avec les principaux officiers, à un sacrifice solennel, sur la Picrrede-Zo'neletli, près de la fontaine de Rogcl. Il devait, après la céré-* monie, et dans le festin qui la suivrait, déclarer son usurpation et se faire couronner par ses partisans *. » Hatiinn 61. Mais le prophète Nathan avait éclairé ces perliJes menées,
iéjouo les .
e«mii'!s et se préparait à les déjouer. «David ignorait encore tout ce qui se ' ^ passait. Bcthsabée, la mère de Salomon, fut chargée par Nathan de l'en instruire. Elle pénétra dans l'appartement du roi, et se prosterna devant l'auguste vieillard. Que demandez-vous? lui dit-il. — Le roi mon maîtrç ne m'a-t-il pas juré par le nom du Dieu vivant, répondit Belhsabée, que mon Cis Salomon régnerait après lui, et lui succéderait sur le trône d'Israël? Cependant voici qu'à votre insu Adonias se fait proclamer roi. Il a convoqué pour un sacrifice solennel tous les princes vos fils, à l'exception de Salomon. Il a séduit Abiatbar le grand prêtre et Joab le chef de votre milice. Tout Israël a maintenant les yeux fixes sur vous, pour que le roi mon mailre veuille faire connaître d'une manière irrévocable sa décision souveraine. — Bethsabée parlait encore quand les serviteurs du roi vinrent lui dire : Voici Nathan le prophète. — La reine se retira, et Nathan, après s'être prosterné pour saluer le roi, lui dit : Le roi mon maître a-t-il donné l'ordre de proclamer la royauté i' Adonias et de le faire asseoir sur son trône? Ce piince est descendu aujourd'hui à la Pierre-de-Zoheleth, et, après un sacrifice solennel, au milieu des joies du festin, les princes vos fils, Abiathar le grand prêtre, Joab et les principaux officiers, l'ont couronné aux cris de : Vive le roi Adonias! Le pontife Sadoc, Çalomon votre fils, Banaïas, fils de Joïada, n'ont pris ainsi que moi aucune part à ce qui vient de se passer. Si le roi mon maître a donné des ordres eu ce sens, pourquoi n'a-t-il pas daigné m'inforraer de ses dessein»?;
*lll /le/y., cap. I, 3-10.
ciiAP. II. — USURPATION e'adonias (1002), 42i
— ' Qu'on rappelle Bethsabée, répondit David. — Quand elle fut près de lui, le vieux roi s'écria : Vive Jéhovah, le Dieu qui m'a tecouni dans tous les périls de ma vie! Par son nom sacré je vous ai juré que Salomon, votre fils, régnerait après moi et me succéderait sur le trône d'Israël; mais aujourd'hui je veux de mon vivant réaliser ma promesse. — Betlisabce se prosterna pour remercier le vieillard de cette faveur : Que Dieu conserve à jamais, dit-elle, les jours du roi David, mon maître ' ! »
62. Retrouvant dans cette circonstance l'énergie des jours pas- s,., re -î ses, le roi fit appeler le grand prêtre Sadoc et Banaïas; il vonîait >'-"'»i
de S-i!oiiitE,
les adjoindre à Nathan pour l'exécution des ordres qu'il avait à rsamnc leur donner. « Prenez avec vous, leur dit-il, tous les serviîeurs qui ^'•^Jino"»*» me sont restés fidèles; faites monter Salomon, mon fils, sur la mule roj^ale, et conduisez-le solennellement à la fontaine de Gihon 2. Lu, Sadoc le grand prêtre et le prophète Nathan répandront sur sa tête l'huile sainte de l'onction, et le sacreront roi d'Israël. Vous ferez sonner des trompettes et le proclamerez, devant tout le peuple, aux cris de : Vive le roi Salomon ! Le cortège royal reprendra ensuite la route du palais, je ferai asseoir mon fils sur le trône, il régnera avec moi, et je l'investirai de mon autorité sur le peuple d'Israël et de Juda. — Ainsi il sera fait, dit Banaïas; les ordres du roi mon maitre seront fidèlement exécutés. Puisse Jéhovah le Seigneur bénir le règne de Salomon comme il a béni le règne de David 1 Que le trône de ce prince soit plus glorieux encore , s'il est possible, que celui de son père! — Le son des trompettes retentit bientôt dans toute la ville de Jérusalem pour annoncer au peuple le couronnement du nouveau roi. Salomon sortit du palais escorté des troupes royales, et monté sur la mule de David, son père. Le pontife Sadoc, portant le vase de l'onction sainte, le prophète Nathan et Banaïas le précédaient. Une foule immense suivait le cortège en faisant éclater des transports de joie. Arrivés à la fontaine
un Reg.,CAç. i, 11-31.
* M. de Saulcy croit que la fontaine de Gihon, dont il est parlé ici, est 1a citerne qu'on voit encore aujourd'hui en sortant de Jérusnlem à une certaiu* de mètres de la porte de Damas (de Saulcy, Aniiq. bibl.j, »a«. 371-374).
A22 HISTOIRE 1/E LÉiJUSE. — IV® ÉrOQUE. — ÈRE D£ LA ROYAUTÉ
de Gihon, le Pontife versa l'huile sainte sur le front du jeune prince; les trompettes retentirent et les cris mille fois répétés de . Vive le roi Salomon! s'élançaient de tous les rangs du peuple. Lo cortège reprit, au milieu des chants d'allégresse, le chemin du palais *. B Quand Salomon, sous les yeux de son vieux père qui n'avait plus lu force de se lever, s'assit sur le trône de David, dans l'appareil de la puissance royale, le chœur des musiciens fit entendre un clKint solennel dont l'inspiration prophétique saluait d'avance une autre royauté plus grande que celle de Salomon. «Le Seigneur a dit à mon seigneur : Asseyez -vous à ma droite, jusqu'à ce que j'incline devant vous la tête de vos ennemis pour vous servir de marchepied. Jéhovali étendra le sceptre de votre puissance bien au-delà des murailles de Sion. Régnez aujoui-d'hui jir vos ennemis confondus! Votre origine et la source de votre pouvoir descendent des splendeurs des saints; votre naissance a devancé celle de l'aurore. Jéhovah l'a juré, il sera fidèle à son serment : Vous êtes le ponlife-rci, selon l'ordre de Melchisédcch. Le Seigneur est à votre droite; au jour de sa colère il renversera les rois ennemis, il jugera en souverain les nations; sa main sèmera la ruine, il écrasera dans la poussière les têtes rebelles; il boira sur la route l'onde amère du torrent, et relèveaa bientôt un front couronné de gloire ^. »
Clémence 63. « Cependant les conjurés avaient entendu, à la fontçiine de
dt Salomon ^ , , , . , , ,,., i t i • •. t
envers Rogcl, Ics cuimeurs joyeuses de la multitude. Joab, qni avait distingué le son de la trompette guerrière, dit à Adonias : Que signifie cette agitation extraordinaire dans la ville? — Comme il disait ces mots, Junathas, fils d'Abialhar, arrivait en courant. Entre, brave Jonathas, lui cria Joab; tu nous apportes sans doute de bonnes nouvelles. — Non, répondit le jeune homme; le roi David vient de proclamer le règne de Salomon , il l'a fait sacrer par le grand prêtre Sadoc; le prophète Nathan, Banaïas, fils de Joïada, les légions desCérethi et des Phéléthi ont escorté Salomon jusqu'à la fontaine
* UI lieg., cap. i, 33-40. — ' Psalm. cix. Tous les coiuuientdteurs, d'accord
avec la tradiliou juive, peiiseu* '*"' "^^ftiinjc fi.-l coiupo.^i^ on colin oi.ua-,
•ion.
CriAP. II. — MORT DE DAVID (1001). 423
de Gilion, où Sadoc a répandu sur sa tête l'huile de l'onction royale. Tout le peuple s'est associé à celte solennité, et voilà l'objet des acclamations dont le bruit arrive jusqu'à vous. En ce moment, Salomon. assis sur le trône de son père, reçoit les hommages de la multitude. Qn.md il a été introduit dans l'appartement royal, les serviteurs de David disaient au vieux roi : Que Jéhovah couronne de gloire le nom de Salomon, et que la splendem* de son trône efTace celle de David! Le vieillard, étendu sur son lit, accueillait avec joie leurs félicitations et leurs vœux. Béni soit Jéhovah, le Dieu d'Israël! disait-il, il m'accorde en ce jour la joie de voir mon fils et mon successeur assis sur mon trône! — Consternés à cette nouvelle, les conjurés se dispersèrent, la salle du festin demeura vide, et Adonias tremblant courut se réfugier au parvis du Tabernacle, dont il tint l'autel étroitement embrassé. Il ne voulait point quitter cet asile; on vint en informer le roi Salomon, son frère. Adonias, lui dkent les prêtres, s'est réfugié près de l'autel du Tabernacle. Jamais, dit-il, on ne m'arrachera de ce lieu, avant que le roi Salomon ne m'ait juré de me faire grâce de la vie. — J'ai oublié le passé, répondit Salomon; si Adonias se conduit bien à l'avenir, on ne touchera point à un seul des cheveux de sa tète; mais s'il venait à retomber dans ses premiers égarements, rien ne pourra lui sauver la vie. — Des officiers allèrent porter cette royale promesse au coupable; Adonias vint se prosterner aux pieds du trône de son frère, qui accueillit avec bonté ses hommages, et lui dit : Retourne maintenant en pais dans ta demeure •. »
§ YIII. Mort de David (fiOOl).
64. A m. burc que les forces physiques l'abandonnaient, la pen- ^^J^'p^^îlj'" fiée de David semblait se renouveler avec la \iaueur et la jeunesse ^ Psaume
-' " Drit'JU'UClw:
de l'aigri -. Ce tut sur son lit de souffrance qu'il composa, pour celé- tuumregi4*. brer l'avènement de Salomon, cette admirable prière : « 0 Dieu, donnez la Sfij^esse au roi, et imprimez les senliments de la justice
Mil FiCg., ca[i. i, 41 ad ultim. — * Renovabitur ut aquilœ juvenius tua (Psalm. cil, o).
•424 HISTOIRE DE L'£gLISE. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE LA ROYAUTÉ.
au cœur de son fils, pour juger votre peuple selon les règles de l'équité et pour défendre les pauvres contre l'oppression. Que la paix règne sur nos niontagnes, et que les collines d'Israël jouissent de l'abondance et de la pais. Le pauvre trouvera en lui un protecteur fi !èle; les paroles de la calomnie retomberont en humiliations sur la lèle de leurs auteurs. Ses justes arrêts rendront la joie à l'innocence; ainsi la douce pluie rafraîchit la toison du troupeni: altéré, ainsi la i-osée distille sur la tej-re son humidité féconde. Son ovcnement est l'aurore de la justice, l'abondance et la paix régnerout avec lui d'un règne immortel. Il étendra sa domination aux rives des deux mers, depuis le Ueuve de l'Egypte jusqu'aux extrémités du monde. Les noirs habitants de l'Ethiopie viendront baiser la trace de ses pas; les rois de Tharsis, les ilcs reculées enverront h ses pieds leurs trésors; les rois d'Arabie et de Saba lui apporteront leurs richesses; tous les priiKies de la terre se prosterneront devant lui, toutes les nations se courberont sous son empire. Il délivrera le pauvre de l'oppression des puissants : l'indigence et la faiiilesse trouveront en lui un défenseur et un père, et la reconnaissance formera autour de son nom un concert glorieux. Il vivra, l'or de l'Arabie sera entre ses mains; on l'adorera toujours, on le bénira sans fin. Assis sur une base inébranlable, sou trône atteindra la cime des monts. Celui qui naîtra de lui s'élèvera au-dessus des cèdres du Liban, et sa race immortelle fleurira dans la cité de Sion comm'.' au printemps les fleurs nouvelles. Que son nom soil béni dans les âges! Il a été nommé avant le soleil. En ce nom serual bénies toutes les liibus de la terre, toutes les nations exalteront sa gloire. Béni soit Jéhovah, le Dieu d I-iaël, qui seul a accompli ces merveilles! Qu'éternellement soit béni le nom de sa majesté adorable! Un jour elle couvrira toute la torre. Qu'il vienne! qu'il vienne enfin ce jour désiré * ! » La voix défaillante de David s'éteignit au milieu de ce transport prophétique qui lui faisait apercevoir dans le lointain des âges lavéncmcnt du véritable Salomon,
1 Psalm. LX>:i. Ce psaume porte pour inscription : Vsnimus in Snlomonem . La é'Tnier versol, plus siguificiilif encore, nous donne li'une manière cerlain* la (laie de m coiupositiou : Defecerwt laudes David fil ii Jesse.
CïïAP. II. — MORT DE DAVID (1001). 425
cTont le règne n'am^ait point de fin. Plongé dans coite contemplation, «le viens roi retomba dans le silence et n'iiclicva point ce cantique '. »
65. Cependant l'assemblée générale des tribus d'Israël avait été Assemblée
\ ° générale de»
convoquée pour l'inauguration du règne de Salomon. Quand les tribus.
^ •■ '- '-' ^ Adieux de
princes et le peuple furent léunis autour du nouveau roi, « David D^vidàso»
peuple.
se fit porter au milieii d'eux; il trouva la force de se lever, et d'une voix que la volonté rendait encore ferme, il parla ainsi : IMes frères, et vous, mon peuple, écoutez-moi. J'avais songé à élever un temple où j'aurais déposé l'Arebe du Testament de Jébovab, le tronc de sa Majesté sainte. J'ai tout préparé pour la construction de cet édifice, mais le Seigneur m'a dit : Ce n'est pas toi que j'ai cliois.' pour réaliser ce glorieux dessein; ton règne sera un règne de guerre, et tes mains auront trop de sang à verser. Jébovab a donc daigné cboisir lui-même, parmi les nombreux fils qu'il m'a donnés, celui qu'il réservait pour mon successeur. Il m'a dit : Salomon aura la gloire d'élever mon Temple et d'en dresser les parvis, je sciai pour lui un père plein de tendresse, et il aura pour moi la piété d'un fils. S'il continue à observer mes lois et à garder mes commandements, j'affermirai son tronc et lui donnerai une durée immortelle. Maintenant donc, peuple d'Israël, réuni en ce jour sous les yeux de Jébovab, n'oubliez jamais la dernière recommandation de votre vieux roi; gardez les commandements du Seigneur notre Dieu, et observez tous ses lois, afin de posséder en paix cette terre de la Promesse où il vous a établis, et de la transmettre en bériiage à vos descendants jusqu'à la fin des siècles. Et toi, Salomon, mon fils, respecte le Dieu de ton père, et sers-le dau< la sincérité d'un cœur généreux et pur, car le Seigneur soude les consciences et pénètre les plus profonds replis des cœurs. Si tu le cherebes dans la droiture de ton âme, tu le trouveras toujours disposé à te faire miséricorde; si tu avais jamais le malbeur de l'abandonner, il te rejetterait sans retour. Courage donc, et puisque Dieu ta choisi pour ce grand ouvrage, montre-loi digne de cet bonneur. s
' Fsaim. Lxxi, 20.
426 IlISTOIllE DE L'ÉGUSE. — lY* ÉPOQUE. — ÈRE D2 LA ROYAUTÉ.
David fit alors remettre à Saloinon les plans de l'édifice sacré, comprenant les portiques extérieurs, la distribution du temple et des bâtiments qui devaient y être adjoints, la forme du parvis et du sanctuaire, les salles réservées pour la garde du trésor et l'habitation des prêtres *. « Il fit exposer en présence de l'assemblée les nombreuses richesses depuis longtemps réservées pour cette pieuse destination; l'or, l'argent et ron}TC qui devaient servir à la fabrication des vases sacrés; l'airain, le fer, les bois de cèdre, les marbres de Sais qui devaient être employés à la construction du temple. Puis il reprit : Tels sont les préparatifs que j'ai pu faire; Salomon les mettra en œuvre. Mais si les enfants d'Israël veulent en ce jour contribuer par leurs offrandes à la splendeur de la maison de Dieu, que chacun suive l'impulsion de son cœur, et vienne apporter son présent à Jéliovah! — Cette proposition fut accueillie par des acclamations unanimes. Tous les princes vinrent se faire inscrire pour les sommes qu'ils voulaient consacrer ainsi au service du Seigneur. Le peuple suivit leur exemple; les ornernents précieux, les pierreries, les diamants étaient généreusement remis aux mains de Jahiel, fils de Gerson, chargé de les recevoir. En quelques instants, les offrandes promises ou réalisées se montèrent à cent mille talents d'or, dix mille adco^conim ^ du même métal, dis mille talents d'argent, dix-huit mille d'airain et cent mille de fer. L'empressement et le zèle de la multitude pour celte contribution spontanée rappelaient les jours de Moïse et de Bésciéel ^. Emu de ces pieux transports, David bénit encore une fois la nuillilude : Seigneur, Dieu d'Israël, s'écria-t-il, nos richesses sont m don de vos mains, et eu vous les oifrant, nous ne faisons que vous les reuji*e! Nous sommes des voyageurs et des étrangers sur cette terre, ainsi que le furent nos aïeux; nos jours s'écoulent comme
» I Pii'tih'p., cap. xxvin, 1-14.
* On n'est pas d'accord sur la valeur exacte de celte monnaie. Les uns veukiil y voir la drachme hébraïque, d'autres la monnaie ftersaue, nommé» DuiKjiie. Mais les Daiiqucs n'étaient point, en usa.^'c au temps de David. Nous avons uunc reproduit le nom hébreu sans prétendre à l'honneur de terminer la controverse. — ' Voyez tom. 1 de celle Histoire, pag. G24, 625.