‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 58 sur 84 · JI. 2V · texte numérisé non relu

JI. 2V

CrfltrHàicticn 14. a Nul doute, continue M. Renan, qu'à l'origine le Cantique M. Koi:ari. » ne fût un livre profane, dans le sens ordinaire qu'on donne à ce » mot. Non-seulement aucune anière-^fcûsée mystique ne s'y laisse » entrevoir, mais la contexture et le plan du poème excluent absojj lument l'idée d'une allégorie. Le ton et les images des morceaux ^ passionnés sont ceux des chants d'amour des Arabes, oii jamais 0 l'ofi n'a prétendu trouver une trace de symbolisme religieux».» — « Et d'abord, si l'auteur avait eu réellement quekjue prétention » théologique, ce n'est pas la forme dramatique qu'il eût choisie; Ij B forme lyrique convient seule à ces sortes de débauches métaphy- » siqucs. A quelles invraiseinblances, d'ailleurs, ne s'expose-t-on » p;is en pinçant un grand développement de théologie transcen- » d.mle en Judée, au x* siècle avant Jésus-Christ ^1 » — « Aucun » peuple n'a été plus sobre que le peuple hébreu de symbolisme, » d'allégories, de spéculations sur la divinité. Traçant une ligne » de démarcation absolue entre Dieu et l'homme^ il a rendu impos- D siblo toute familiarité, tout sentiment tendre, toute réciprocité » entre le ciel et la terre ^. » M. Renan a écrit, en 1860, les paroles suivantes : « D'après la théorie du monde moral qui sert de base » au livre de Job (qu'on peut considérer comme l'idéal d'un poème » sémitique *), l'homme est dans des rapports perpétuels et directs » avec la Divinité; il la voit quelquefois; d'autres fois la Divinité D lui-parle par des songes et des visions; d'autres fois elle l'avertit "1 par les événements ordinaires de la vie, etc. ^. » Que M. Renan

tffpr- euille bien choisir entre ces deux appréciations si contradictoires,

cl faire connaître à ses lecteurs si la vérité définitive est dans la formule de 18G0, qui met les Hébieux a en rapports perpétuels et » directs avec la Divinité, » ou dans celle de 18ol, qui « trace chez » les Hébreux une ligne de démarcation absolue entre Dieu et !) l'homme I » Si « étroit » qu'on veuille supposer l'esprit d'un théologien, il serait difficile de lui faire acccpicr des contradictions si

• Renan., Canfùjue des Cantiques, pnj^. 115. — * l'iiiL, png. 119. —^Ibid., (i!!.'4. 120, 121. — * Celle pareulbèse est la preiniCie jiliraso de la Préface du / • /? de Jnf), par M. Ilenan.— * Reuau, Etude sur le poène de Jou, ijug. Lixvi» L.\\vxi. Paria, 1860, 2" édition.

palpables, et l'illustre académicien pourra étudier longtemps encore les soixante-quinze livres différents dont se compose In Bible catholique, avant d'y rien trouver de pareil. « L'allé.icone , dit * M. Ad. Franck, c'est le génie même de l'Orient, c'est par-dessus » tout celui de la Terre sainte. Qu'on joigne à ce trait de physio- » nomie un autre signe disfinctif de la race hébraïque, l'amour de » Dieu exalté au point d'absorber toute la vie , de laisser son em- » preinte sur la forme des vêtements et sur les portes des maisons, » de se mêler à toutes les images de la nature extérieure et d'ap- » peler un grand lleuve, une haute montagne, un vent violent, le ' B fleuve de Dieu, la montagne de Dieu, le vent de Dieu; d'arracher au » Psalmiste cet accent passionné. « Comme le cerf altéré soupire » après les courants d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Sei- I) gneur; » de faire écrire par le législateur en tète de son Code : « Tu aimeras Jéhovah, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton )) àme et de toutes tes forcés. » On comprendra alors que les pas- » sions profanes, que les transports de l'amour purement humain » n'ont jamais pu, même un seul instant, occuper sans partage-les » écrivains et les poètes de cette nation, et qu'elle est beaucoup » plus fondée qu'on ne pense, la tradition qui compte le Caniique » des Cantiques paimi les Livres saints *. »

15. Les théories rationalistes de M. Renan, si regrettables qu'elles Traveatissa. puissent êU'e en elles-mêmes, et si peu fondées qu'elles soient en m! Renan raison, n'égalent pas cependant en témérité le travestissement que cautique «ia le moderne exégète fait subir au texte même du Cantique des Can- A^naènro-' tiques. Il s'est convaincu que ce chant sacré est une satire du gou- conîre-fenf vernement de Salomon, composée par quelque représentant du witiquc." « vieil esprit républicain du nord de la Palestine. » Avec cette donnée, aussi neuve que gratuite, il lui était impossible d'admettre ce livre comme l'œuvre de Salomon lui-même. La tradition depuis Esdras elles Septante, en passant par Josèphe et tous les docteurs hébreux et catholiques, jusqu'à nos jours , s'était généralement

* Art. (le JI. Ad. Franck, reproduit au tom. VIII de l'éditiou de Coruelius « Lapide, par M. L. Vivis, pag. i-viii.

452 inr.TOiRE de l'église, — V époque (1001-586).

nccordv'^e à reconnaître le fils de David comme l'auteur du cantique qui porte son nom. Mais la tradition, on le sait, n'est jamais un obstacle sérieax pour l'esprit inventif du docte critique. Si même on ëtait tenté de trouver étrange l'intervention des doctrines républicaines dans la composition d'un ouvrage aussi éloigné de tout parti pris de politique, l'étonnement se dissiperait vite en se portant sur des objets bien plus incroyables encore. M. Renan a évo- » que autour de l'époux et de la fiancée du Cantique tout un monde » de bourgeois de Jérusalem, de soldats, de bayadères; il nous » montre des divertissements, des a parte, des évanouissements, » des songes, enfin tout l'appareil de notre scène lyrique *. » Une ^eune Sulamite, violemment enlevée à ses troupeaux et <i la mai- "lon paternelle, déjoue par son innocence victorieuse, tO)is les efforts d'un cruel tyran et toute la puissance de Salomon. Voilà ce que M. Renan a vu dans le Cantique des Cantiques. R a épuisé toutes les ressources de son imagination pour le défigurer, ligne par ligne, et en composer laborieusement un drame qui manque d'action, d'encliainement, de vraisemblance et d'unité. Féconde en anaclironismes, remplie de « bourgeois de Jérusalem » et de « bayadères » que le peuple de Jérusalem ne connut jamais, que la loi de Moïse eût fait bannir du sein de la nation juive, si elles s'y fussent un instant introduites, cette scène dramatique repose sur un contresens de l'illustre critique, devant lequel fombre de Bossuet aurait le dioit de sourire. Laissons la parole à M. Franck, a Toute la B charpente si péniblement édifiée par M. Renan, dit-il, repose sur » une seule base : l'enlèvement de la jeune Sulamite par les soldats » de Salomon. Supprimez cet incident, il n'y a plus de pièce. Eh » bien! par un hasard vraiment malheureux, il n'en existe pas la B plus légère trace dans le Cantique des Cantiques; il n'y est jamais » fait allusion, même par un seul mot. 11 est vrai que l'élégante

* A. Francli, art. déjà cité, pag. 1. Quelque incroyable que puisse paraître l'idée de noua parler de bourgeois de Jérusalem sous le règue de Saloiuou, l'acte m de M. Heuau ne porte pas ïlfoins les iudicatious suivantes : Premier Bourgeois. — Deuxième Bourgeois (|lenan, Le Cantique des Cantiques, pag. 190, 191).

t. traduction de M. Renan fait dire à la Sulamite, en forme d'a- 0 parte : Imprudente! voilà que mon caprice in a jetée parmi leé )) chars d'une suite de prince. Mais on lit dans le texte tout autre » chose. Rendu littéralement, il signifje : « Je ne sais, mon âme » m'a faite comme les chars d'Aminadib *. » 11 n'est donc question » ni d'un caprice, ni d'un prince, ni de sa suite ^. » Une autre er^ reur non moins capitale tombe sur le dénouement même de 11 ■'ce imaginée par M. Renan. Le docte philologue, saus respect pour les règles les plus élémentaires de la grammaire hébraïque, confond les deux genres, et attribue à un berger de son invention une parole qui, dans le texte, est formellement placée dans la bouche de la Sulamite ^. Ceci pourrait n'être qu'une intidéiité volon- ' -ire du traducteur, 11 avait besoin de cette équivoque, sous peine renoncer à toute sa théorie d'interprétation. Mais quand on pro- LÙde ainsi, sied-il bien d'affecter une supériorité dédaigneuse et une ironique pitié pour des doctrines consacrées par une foi de trois mille ans? « Ce n'est jamais sans crainte, dit M. Renan, que « l'on porte la main sur ces textes sacrés qui ont fondé ou soutenu ù les espérances de l'éternité, ni que l'on rectifie, au nom de la )) science critique, ces contre-sens séculaires qui ont consolé l'im- ). manité, l'ont aidée à traverser tant d'arides déserts et lui ont fait « conquérir des vérités fort supérieures à celles de la philologie. Il

^ Ce verset, si singulièrement traduit par M. RcnaUj est le lie du cnap. vi. Voici la traduction qu'en donne la Yulgate : Nescivi : anima mea coidurbavit tne propier quadrigas Aminadab. Le strict mot à mot latiii calqué sur l'Jiébreu donnerait : Nescio; anima mea lyie rsddidit tatiquam currus Amimidib. Tout cela est bien loin des imayinalious du savant philologue.

* A Franck, art. déjà cilé, pag. o. Yoyez aussi l'excellent travail de M. Crélier, intitulé Le Cantique des Cantiques vengé des interprétai ions de M. Renan (Archives de la théologie catholique, ]\iïWei, août, septembre lô6i).

2 Cantic. Caniic, cap. vin, 3 ; Renan, Cant. des Cant., pag. 207. « 11 sufrit, » dit M. Crélier, d'avoir ouvert une grammaire hébraïque pour savoir que les B suffixes dé la seconde personne, qui répondent à nos pronoms et à nos ad- )) jectifs possessifs de la même personne, difl^èreat, en hébr.u, suivant qu'ils » Fc rapportent à un substantif masculin ou féminin. Dius le verset que » M. Renan attribue au prétendu berger, les suffi.x:es prouvent qu'il sortréel- » lement des lèvres de la Sulamite. » (Crélier, Le Cantique des Cantiques vengé des interp)'ctaiio7u de M. Renan, § X, note dernière.)

> vaut mieux que l'humanité ait espéré le Messie que bien entendu » tel endroit d'Isaïe où elle a cru le voir annoncé ; il vaut mieux qu'elle » ail cru à la résurrection que bien lu et bien compris tel passage » du Livre de Job^ sur la foi duquel elle a allirmé sa délivrance fup ture. » Ainsi parle avec une pitié touchante l'exégèse moderne. Mais la foi de l'humanilé n'a que faire de ce dérisoire laissez-passer, et les contre-sens d'hier n'ont rien rectifié dans la séculaire interprétation du texte biblique.

§ III. Le Temple de Salomon (998-00 fl).

Momon 16. Au moment où le savant critique accuse le peuple d'Israël

Hiram, roi « de s'être laissé distraire de sa haute destinée et d'avoir oublié la ouvrierspoor » uiissiou religieuse qu'il était appelé à remplir, » ce peuple donfaçonncr les uait c( à SCS cspérauccs inOnies » la plus éclatante ailirmation. Il do Liban, les cousacrait par un monument qui fut la merveille de l'Orient, à la construction duquel l'Egypte, la Pliénicie, la Syrie contribuèrent dans des proportions immenses, et pour la décoration duquel Ophir envoya son or, Bihlos ses marbres précieux, le Liban ses cèdi'es, ('Arabie ses parfums. Jamais le nom de Jéhovah n'avait jusque-là retenti avec tant de solennité chez les peuples voisins de la Palestine. L'intlucnce de ces communications régulières et amies avec le peuple de Dieu est un des faits les mieux éli>blis de l'histoire; elle explique merveilleusement les traces de la lévélafion primitive conservées dans les sanctuaires de l'Egypte ou dans les religions du haut Oiicnt, et retrouvées depuis par les sages voyageurs de la Grèce. Dès la première année de son règne. Salomon avait transmis à Hiram, roi de Tyr, un message analogue à celui qu'il avait déjà, d'api es Eupolème, adressé au Pharaon do Momphis, son iutur beau-père. « Vous savez, disait-il au prince tyrien, que David, mon père, n'a pu réaliser le grand dessein qu'il avait cnnçu d'élever un temple ù Jéhovah, notre Dieu. Les guerres continuelles qu'il eut a soutenir contre les peuples voisins l'en ont empêché. Cependant le Seigneur lui a fait poser un pied victorieux sur la tôto de tous scr ennemis; aujourd'hui Jéhovah fait régner la paix sur

toutes mes frontières, nulle rébellion ne s'élève à l'intérieur, nulle agression hostile au dehors. J'ai donc résolu de construire cet édifice sacré, et d'obéir à la parole que Jéhovah fit entendre à David, mon père, quand il lui dit : Le fils que je te donnerai pour succès* seur et que je ferai asseoir sur ton trône, aura la gloire de dédier un temple à mon nom. Veuillez donc donner des ordres à vos serviteurs pour qu'il? abattent, sur la montagne du Liban, et préparent les bois de cèdre, de citronnier et de pin qui me sont nécessaires *. Je leur paierai la rémunération qui vous paraîtra le plus convenable et que vous fixerez vous-même; de plus, je mettrai des ouvriers choisis parmi mes sujets sous leurs ordres, car vous savez que l'habileté des Sidoniens à travailler le bois est sans égale. Choisissez aussi pour moi un artiste , que je puisse mettre à la tète des ouvriers déjà réunis par David, mon père, à Jérusalem, qui surveille la fonte et la ciselure des ornements d'or, d'argent, d'airain ou de fer, et qui puisse diriger la fabrication des richef tentures de pourpre, d'écarlate et d'hyacinthe. — Hiram répondit ii Salomon : Béni soit Jéhovah le Dieu d'Israël, qui a donné au roi David un fils rempli de sagesse, de prudence et de piété! J'ai reçu votre message, et je ferai tout ce que vous désirez. Mes serviteurs couperont sur le Liban tous les bois qui vous sont nécessaires; je. les embarquerai sur mes vaisseaux et les ferai transporter par mef à Joppé. Ils y seront déposés et vous les ferez prendre là par vos serviteurs pour les conduire à Jérusalem. Vous nous tour/airez en retour du blé. de l'orge, de l'huile et du vin selon que vous en faites l'offre. Je vous envoie Hiram-Abi, l'homme le plus habile de

» Ainsi que le fait observer dom Caimet, Salomon ne demande à Hiram qu# des ouvriers pour abattre et préparer les bois du Liban, mais il n'offre au< cune létributiou pour la valeur même de ces matériaux, parce qu'à cett« époque les moûtagues du Liban faisaient partie du royaume d'Israël; Salomon y bâtit même plusieurs forteresses, pour assurer le maintien de cette conquête faite par David sur Adarézer, roi Syrien de Soba. Les cèdres Croissaient sur le versaot occidental du Liban, en face la Méditerranée, au-dessus de Biblos. Les flottes tyrieunes avaient ainsi à proximité comme un ar- BCiial de construction inépuisable, et c'est ce qui explique la supériorité des Phéniciens comme navigateurs sur tous les autres peuples \îe l'antiquité.

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mes Etati=, pour les ouvrages à'ov, d'argent, d'airain, de fer, de l)ois et de marbre. Tyrien par son père, il descend par sa mère de la tiibu israélite de Dan. Nul ne sait mieux que lui l'art du dessin et df Id sculpture, son génie lui suggère les inventions les plus merveilleuses; il excelle dans la fabrication des tentures de pourpre, d'écarlato, de bysse et d'hyacinthe. Il pourra diriger vos ouvriers et ceux qu'avait réunis David, votre père et mon seigneur *. » 17.. « Sulomon fît donc choisir parmi les enfants d'Israël trente mille ouvriers robustes et intelligents, qu'il divisa en trois séries de dix mille hommes chacune. Pendant un mois une de ces séries allait travailler sur les montagnes du Liban, avec les Sidoniens, dans la direction d'Adoniram. » Le mois écoulé, elle était relevée parla série suivante; de cette façon, les campagnes d'Israël n'étaient pas dépeuplées, et le système que David avait appliqué à l'organisation militaire fut adopté avec succès pour la grande entreprise de Salomon. « Parmi les étrangers qui s'étaient fixés en Palestine pour y trouver du travail et du pain, et qui, sous le nom de prosélytes, formaient, d'après le dernier recensement fait par David, une population de cent cinquante- trois mille six cents hommes, Salomon en trouva quatre-vingt mille qui consentirent à se rendre aux carrières de Biblos et des diverses montagnes de Judée, pour y extraire les blocs de pierre et de marbre nécessaires à la conslraction. F^nfin les soixante-dix mille autres furent employés au transport des matériaux depuis Joppé et les ditiérentes carrières en exploitation jusqu'à Jérusalem. » Ce fut une véritable merveille que l'organisation de pareils convois, à cette époque où \s ânps et les chameaux étaient encore les seules bêtes de somme

« 111 lieg., cip. V, 1-9; H Paralip., cap. ii, 1-16. « Oa peut encore aujour- » d'iiui, dit Josf'pbc, voiries originaux de ces deux leltres uou-senlpuieut B daus nos archives, ujnis aussi dans celles des Tyrieus. Que si qu.'lqu'uu » veut s'en crlaircir, il n'a qu'à prier ceux qui eu ont la garde de les lui » moolrer, cl il trouvera que je les ai ra;'por(érs très fidèlemeut. Ce que j'ai • estiuié devoir dire pour faire connaître que je n'iij-ule jamais rien à la » vérité, et que le dcsir de nndre mou histoire pUis agréable ne m'y fait » point mêler des choses qui ne sont que vraisemLlahleâ. » (Josèphe, Antiq. Judtàc., cLap. ii, traduction d'Arnauld d'Andillv.)

dont on put disposer. Tout ëtait obstacle; l'escarpement des montagnes de Judée et surtout la situation de JéiMisalera sur un sommet environné de toutes parts de pics dénudés. « L'Evangile répète » plusieurs fois l'expression de paj-s montueux *, en parlant de la li Judée, dit un pèlerin moderne, et chacun se figure ces montagnes ) comme celles de son propre pays ou des contrées qu'il a parcou- : i :ies. Il n'y a cependant aucune ressemblance. C'est une réunion

■. e sommets qui semblent former plateau, quoique séparés par 1/ <1ôs abîmes. On dirait une seule montagne composée d'une mul- )) ûtude de montagnes. J\Ions coagulatus ^, dit TEcriture, montagnes

collées les unes aux autres. Après en avoir franchi deux séparées ). [iar un col abrupte et glissant, il faut escalader celle qui se pré- K tente encore. On sort d'un four embrasé pour entrer dans un H autre. N'ayant jamais devant les yeux qu'un sommet, il nous » £icmblait toujours qu'il était le dernier, et nous le gravissions » courageusement pour éprouver une déception nouvelle, jusqu'à » co qu'enfin deux cavaliers s'élaiîcent au galop pour contourner » \\a monticule qui borne l'horizon et bientôt ils s'écriiiit : Jéru' » salem! Jérusalem ^î » Telle était pourtant la route qu'avaient à suivre, depuis Joppé jusqu'à la Ville sainte, les convois de Salonion. On comprend des lors cette mise en mouveiucnt de tout une population d'ouvriers pour exécuter de pareils transports. «Chaque année, le roi d'Israël fournit à celui de Tyr viirgt mille cort de blé et autant d'orge, vingt mille baths "* de vin et autant d'huile pour l'approvisionnement des ouvriers sidonierrs. Salomon avait donné l'ordre que toutes les pierres et tous les bois fussent façonnés dans les carrières mêmes ou sur les montagnes du Liban. » C'était à la fois diminuer les frais de transport et éviter la nécessité d'étabhr à Jérusalem des ateliers à l'ampleur desquels il eût été impossible de suffire. '

18. Le texte sacré nous apprend que les blocs de pierre prépa- La scieno»

1 Montana Jicdœa, Luc, i, 39-60. — - Psalm. Lxxvii, 16. — ^ Forot, Lettres d'on i>c/erin de la Terre Samte. Paris, 1860, pag. 130, 131. — * « Le Bain, ?clon » Jcsi[,ilie, équivaut à uu métrcte altique, ou litres 38, 843. » (Muuk, Pales- Utic, pag. 292.)

■loderne re- j-^g pour les fondemeiils du temple étaient carrés et d'une dimen-

trouieù '-

Jérusalem ^[q^ énormc. qu'ils avaient été taillés et polis dans la carrière avec

ies débris 'le ^

lapparcu ^^iQ nerfectiou telle que pendant tout le temps de la construction,

•alciuoniea. '■ -^

on n'entendit pas un seul coup de marteau dans l'enceinte du temple K Que n'a pas dit le siècle de Voltaire à propos de ce dé« tail! Bon nombre de chrétiens de nos jours, fatigués d'entendre ces reproches tombés dans le domaine de la banalité publique, ont fini par croire eux-mêmes à l'exagération et demandent grâce pour une hyperbole facile à exphquer, disent-ils, par un sentiment fort légitime de vanité nationale. La négation absolue des uns et la défaillance des autres se trouvent aujourd'hui en présence d'un fait constaté par la science actuelle, qui justifie au pied de la lettre le récit bibhque. «Je savais depuis longtemps, dit M. de Saulcy, qu'il » existait à Tinlérieur de Jérusalem et sur un point de lenceinle » du haram qui a pris la place du temple de Salomon , un pan de » muraille que les Juifs ont, ,de tout temps, considéré comme un » débris du teioiple primitif. Je savais de plus, que le pied de ce » mur dont l'approche n'était pas interdite aux Juifs, était pour » eux une sorte de sanctuaire où ils venaient prier le vendredi » soir; que là on les voyait souvent se lamenter, pleurer et se ca- » cher la tête dans les enfoncements de la sainte muraille, afin d'y B faire couler les larmes qu'ils versent en pensant à la ruine de » Jérusalem et du temple. Ne comptant rencontrer que cet unique B débris des constructions salomoniennes, on conçoit que ma pre- » mière visite à l'enceinte du haram dut être pour le Heit-el-iSio- ./ rbarby (le mur occidental). C'est sous ce nom que la vénéi-ablf » muraille est connue à Jérusalem. En arrivant devant ce mur res- » pcctablc, je fus frappé d'admiration; sur une hauteur de plus de M douze mètres, la construction primitive est restée intacte; des » assises régulières de belles pierres parfaitement équarries, mais » en bossHge, c'esl-ù-dire offrant une bande hsse qui encadre les B joints, sont superposées jusqu'à deux ou trois mètres du faite da B la muraille 11 suffit d'un seul coup d'œil pour reconnaître que la

» 111 Reg., cap. v, 17,18; i.id., cap. vi, 7.

» tradition juive est indubitablement vraie. Un mur semblable n'a 9 été construit ni par des Grecs ni par des Romains ; c'est évidem- » ment Ici un échantillon de l'architecture hébraïque. Dans les as- » sises inférieures, les pierres sont assez régulièrement d'une lar- » geur double de leur hauteur; parfois, cependant, des blocs carrés » se trouvent juxtaposés entre les blocs à grande largeur. Les qua- » tre dernières assises sont formées de blocs carrés, sauf l'avant- » dernière qui est composée de blocs trois fois plus hauts que » larges. A mesure que les assises s'élèvent au-dessus du sol, les » dimensions diminuent. Enfin, chaque assise est en retraite de » chiq centimètres sur l'assise précédente, et ces retraites succes- » sives constituent, on le voit, un fait considérable pour la cons- » truction salomonienne. — Plus loin, et à environ trente mètres » de la porte Saint-Etienne, onze assises de blocs salomoniens sont » encore restées intactes. Quelques-uns de ces blocs ont une saillie » très-considérable en bossage, en dehors du plan dans lequel est » compris le oftdre de jointoiemenl. J'ai mesuré deux de ces blocs » qui n'ont pas moins de cinq mètres vingt-huit centimètres, et » sept mètres vingt-cinq centimètres de longueur sur un mètre de » hauteur. On peut juger par là l'énoimité de l'appareil salomo- » nien *. » Ajoutons à ces paroles du savant académicien, qu'on peut juger par le mode de joints employés pour ces assises la fidélité du récit biblique, et par les dimensions gigantesques des blocs superposés la science mécanique et le génie d'Adoniram.

19. Ces précieux débris de l'époque Salomonienne qui ont sur- Trayaa»

^ jr 1 -i préliminaires

vécu à tant de révolutions et de bouleversements pour apporter à pour le

» De Saulcy, Dict. des œitiq. bibl., pag. 807-810. M. Forot s'exprime ae même au sujet de ces gigantesques débris. « Nous avons admiré tout près de la » porte de S. P>lieuae, dit-il, des restes précieux de l'époque S»*.omonienne. » Ce sont d'immenses fragments de murs d'enceinte contre lesquels s'ap- » payaient les galeries du parvis intérieur du Temple, appelé Parvis des Gen- • (Ils. Celte enceinte se compose de blocs énormes dont quelques-uns ont » jissqu'à neuf mètres de longueur. Avec les pierres immenses qui servent de » bases au temple de Baalbeck et celles du temple de Karnak, ce sont les plus » grandes pierres que la main de l'homme ait remuées dans un édifice. » I*/ttvs d'un pèlerin de la Terre Sainte, pag. 150,

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