‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 73 sur 84 · CHAP. III · texte numérisé non relu

CHAP. III

Cependant je laisserai vivre la maison de Jiida; je la sauverai, non par la puissance de l'arc ou du glaive, non par la victoire dans les combats ni par le nombre des cavaliers , mais par ma volonté plus forte que tous les bataillons. Donne à ton second fils le nom de Lo Ammi (Peuple répudié), parce que vous n'êtes plus mon peuple et je cesse d'être votre Dieu. Cependant un temps viendra où la génération d'Israël sera nombreuse comme les grains de sable sur le rivage des mers, et pendant qu'on dira à cette race : Vous n'êtes plus le peuple de Jébovah, une autre voix se fera entendre qui dira à la nation agrandie et régénérée : Vous êtes les fils du Dieu vivant. En ce temps-là, les enfants de Juda et ceux d'Israël se réuniront pour ne plus former qu'un peuple; comme un arbre immense élance d'une seule tige les rameaux qui couronnent sa tête , ainsi s'élèvera cette nation nouvelle, car le jour du Fils de Dieu sera grand * ! »

69. On conçoit l'efifet que dut produire sur Samarie cette pro- p^çr^^^'" phétie en action et pour ainsi dire vivante, où les calamités futures au peuple se personnifiaient dans les enfants d'Osée. Un nom chez les Israélites, ainsi que nous avons eu souvent l'occasion de le faire remarquer, était toujours significatif : il rappelait un détail historique, un souvenir de famille, une circonstance particuHère. Les noms des enfants d'Osée étaient donc une menace permanente, un perpétuel avertissement dont la parole du Prophète, terrible comme le glaive de Jéhovah, renouvelait sans cesse le commentaire. « Fils d'Israël, disait-il à la multitude, écoutez la parole de Jéhovah! Son jugement va passer sur les fronts coupables. La vérité , la miséricorde, la crainte de Dieu ont disparu de la terre. L'injustice, le mensonge, la violence, les rapines et l'adultère débordent comme les eaux d'une inondation; le sang a appelé le sang. C'est pourquoi cette terre sera désolée, et tous ses habitants pleureront leur impuissance. Tu tomberas, peuple infidèle, tes prophètes tombe-

» Osée, cap. i iategr. Le dernier verset traduit dans la Vulgate ; Quia magnut dies Jezrahel, signifie littéralemeat d'après l'hébreu : Quia magnus dies s&mims Dei.

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ront avec toi. Ta mère, la tige d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, a voulu implorer sur toi ma clémence; j'ai fait taire dans la nuit de ma vengeance la voix de ses supplications. Mon peuple a tué sur ses lèvres la voix de la prière, parce qu'il a perdu la science. Mais puisque tu as repoussé cette science sacrée de ma doctrine, je te répudierai et tu cesseras d'être ma nation sacerdotale : tu as oublié la loi de ton Dieu, moi j'oublierai le nom de tes fils. A mesure que j'ai accru leur nombre, ils ont multiplié leurs crimes; je changerai \euT manteau de gloire en un vêtement d'ignominie. Ils ont mangé les victimes de l'idolâtrie, et ils n'ont plus offert que des hosties îacriléges pour eflfacer leurs iniquités. Le peuple deviendra comme le prêtre un objet d'abomination à mes jeux; je visiterai les voies de l'infidélité dans lesquelles ils marchent, et leurs criminels des» seins retomberont sur leurs têtes ; ils ont dévoré le pain du crime sans se rassasier; ils ont prostitué leurs cœurs sans assouvir leurs passions. Le vin de l'idolâtrie l'a enivré et lui a fait perdre le sens. On a vu mon peuple interroger une idole de bois, et demander des oracles à un rameau coupé à l'arbre de la forêt. Il a sacrifié sur tous les sommets de sss montagnes, brûlé l'encens sur les collines, sous le chêne, le platane et le térébinthe des vallées. Leur ombrage a été profané. C'est ainsi qu'ils ont renouvelé les abominations des cultes d'Astarté et de Baal, et l'ignominie est devenue la loi des filles et des épouses en Israël *. »

ProDhéiie 70. Les menaces du Prophète atteignaient le roi sur son trône^, «nxprêfres, Ics grands daus leurs palais, les prêtres infidèles dans leurs ternit an^of' pies. « Ecoutez ma voix, prêtres, disait Osée, prêtez l'oreille, princes d'Israël , maison royale, entendez. C'est sur vous que va passer le jugement de Jéhovah, parce que vous êtes devenus pour le peuple ce qu'est sur le Thabor le filet tendu par l'oiseleur. Vous avez détourné les hosties d'expiation pour les autels des faux dieux, mais j'ai vu vos crimes. Je connais Ephraïm, et Israël n'a pu se soustraire à mes regards; Israël s'est plongé dans le crime, Ephraïm a partagé la honte de son infidélité. Leurs pensées ne se

• Osée, cap. iv, 1-14.

4'IsraéI.

retourneront plus vers le Dieu véritable, parce que l'esprit im- ^paoïide des cultes impurs les a envahies. Israël s'est fait un front ^5ui ne sait plus rougir; Ephraïm et Israël se précipiteront à l'envi dans le crime. Juda lui-même les imitera. Poussez le vri d'alarme à Gabaa; sonnez de la trompette à Rama; faites retentir les gémissements du deuil à Béthaven. Le jour de la vengeance et de la désolation est venu pour Ephraïm. Les princes de Juda ont agi comme ces insensés qui arrachent eux-mêmes la borne de leur héritage; je vais répandre sur eux ma colère comme l'eau d'un torrent. La lionne des solitudes dévore sa proie : ainsi je dévorerai Ephraïm; le lionceau se joue de l'agonie de sa victime : ainsi je dévorerai Juda. Moi aussi, moi, j'irai, je saisirai ma proie, je l'emporterai toute sanglante et nul ne me l'arrachera; je retournerai à ma demeure éternelle, et j'attendrai qu'épuisés de souffrances, vous invoquiez de nouveau ma miséricorde *. »

71. Le langage humain n'atteindra jamais une pareille snbhmité. Le style des prophètes dépasse toutes les conceptions de notre caduque intelligence. Mais, encore une fois, cette réflexion qui nous échappe involontairement est indigne de la majesté de la prophétie. Eh ! que ferait ici l'admiration d'un rhéteur? Ce qu'il importe de remarquer, c'est la foi vive du prophète aux institutions mosaïques; c'est la netteté avec laquelle il prédit les grands désastres dont Tiraminence se révèle à son regard ; c'est enfin l'cspé-. rance d'un Sauveur qu'il fait briller à l'horizon lointain, comme le terme définitif de tous les malheurs présents. « Au jour de leur tribulation, ajoute-t-il, ils se lèveront dès l'aurore, en disant : Venez, retournons à Jéhovah notre Dieu. C'est lui qui nous a fait captifs, c'est lui qui nous délivrera; c'est lui qui nous a blessés, c'est lui qui nous guérira. Après deux jours il nous rendra la vie, et le troisième il nous ressuscitera : nous serons vivants en &a présence. Nous aurons enfin la science véritable, et nous suivrons ses enseignements pour connaître Dieu. Son avènement a été préparé dès la naissance des siècles, et il viendra comme la rosée du soir qui

La résnr-

rection de

Jésus- Christ

prédite par

Osée.

» Osée, cap. v integr.

rafraîchit la terre desséchée *. » Quelle étrange parole que cet // nous ressuscitera le troisième jour I Saint Paul la rappellera plus tard aux Juits de Corinthe : « Je vous ai enseigné, leur dira-t-il, que le » Christ a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, se- » Ion les Ecritures *. » Quelle description du premier avènement du Messie, né au soir des siècles, dans la plénitude des temps, faisant son apparition dans le monde, non point avec le cortège de la foudre ni à la lueur des éclairs comme au Sinaï, non point avec les cavaliers de David ni la pompe roj-ale de Salomon, mais comme la rosée douce et pénétrante qui épanche le soir sa fécondité sur la terre !

Le Messie 72. Le Messie est au fond de toute la prophétie hébraïque, le

■nnoncé par »... ,,.i , , ., ,

Osée. rayon de sa grâce divine éclaire les plus sombres tableaux des Voyants d'Israël, ces grands peintres de l'avenir, a Périsse donc Samarie! s'écrie Osée, qu'elle périsse puisqu'elle a mérité le courroux de Jéhovah. Que ses habitants soient moissonnés parle glaive ; qu'on écrase la tête de ses enfants sur la pierre, et que les entrailles maternelles déchirées se voient arracher leur fruit! Israël, peuple chéri, reviens à Jéhovah ton Dieu, car tu vas tomber sous le poids de ton iniquité. Emportez mes paroles dans vos cœurs; convertissez-vous enfin à Jéhovah, et dites-lui : Oubliez les crimes passés, recevez le gage de notre fidélité à venir; nous ofirirons sur vos autels le sacrifice de louanges. Assur ne nous sauvera pas; nous ne confierons point notre salut à nos coursiers rapides, nous ne dirons plus : Nos dieux sont les œuvres de nos mains! 11 n'y a qu'un Dieu, et c'est vous. Seigneur, vous qui comptez dans voire miséricorde les larmes de i'oiphelin! Parlez ainsi et voici la réponse de Jéhovah : Je guérirai leurs plaies saignantes, mon amour se retournera spontanément vers eux, et j'oublierai mes antiques vengeances. Israël me verra venir à lui comme la terre brûlante voit venir la rosée ; Israël germera comme un lis, et sa lige vigoureuse s'élancera comme la tige du cèdre. Ses rameaux éteudront partout leur ombre; comme l'olivier, roi des campagnes, aiusi

* Osée, cap. vi, 1-3. — * I Cor., cap. xv, 4.

Israël sera le roi des nations, et le parfum de ses vertus ressem-» blera à l'air embaumé du Liban. Les peuples viecuront s'asseoir à son ombrage, ils se nourriront de son froment, ils germeront comme la vigne féconde : le mémorial d'Israël sera comme le vin du LiLan. Epliraïm, arrière tes vaines idoles! C'est moi qui t'exaucerai, qui dirigerai ton essor comme on dirige la pousse vigoureuse ^u jeune arbuste : le fruit qui naîtra de ton sein sera un don de yia. main *. » Ainsi parlait Osée, dans l'extase de la vision prophétique. Qui donc lui montrait, dans la nuit des temps, l'aurore du règne de Jésus-Christ? Qui lui faisait voir le fruit de Bethléem, la petite ville d'Ephrata? Qui soulevait à ses yeux le voile de l'avenir et découvrait à son regard les peuples assis à l'ombre de l'Eglise immortelle, nourris de son froment divin, étanchant leur soif dans la coupe du céleste breuvage qui fait germer les lis de la virginité, et se transmettant son mémorial eucharistique plus doux au cœur que le vin du Liban ?

72. Les échos de Samarie retentissaient encore des accents Amos, c Osée, lorsque TEsprit divin se reposa sur un des pasteurs de TWcué"sa* Thécué, le berger Amos, et le transforma en prophète. C'était conh'eiavuie deux ans avant le tremblement de terre dont nous parlerons bien- ™

tôt. Il nous donne lui-même cette date. Le pasleur inspiré quitta les troupeaux et les pâturages et vint à Béthel, en face du veau d'or idolâlrique, pour faire éclater le tonnerre de sa parole. « Ecoutez, enfants d'Israël, disait-il, le message dont Jéhovah m'a chargé pour vous. Au rugissement du lion, quel cœur ne sentira pas l'effroi? Quand Jéhovah a révélé sa parole, qui ne prophétiserait? Qu'on proclame sur les places publiques d'Azot et dans les palais de TEgyple l'appel de Jéhovah. Dites à ces peuples : Rassemblezvous sur les montagnes de Samarie, soyez témoins de ses folies sans nombre, voyez comme on étouffe l'innocence dans les repaires où se cachent les oppresseurs! Ils n'ont pas su faire le bien, dit Jéhovah : ces avares de ^iniquité entassent les trésors de leurs crimes et de leurs rapines dans des demeura sojoptueuses. Voiià

* Osée, cap. xvi et ullim.

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pourquoi celle terre sera dévastée, l'ennemi l'entourera comme une muraille; sa vigueur sera anéantie et ses palais seront la proie du soldat. Comme un berger à qui le lion a ravi sa brebis arrache avec peine à l'animal farouche un lambeau de sa victime ensanglantée, ainsi on recueillera les épaves de ces Samaritains qui dorment dans le lit de la mollesse et dans les voluptés de Damas. Ecoutez cette parole, redites-la dans toute la maison, c'est la parole de Jchovah : Le jour où je visiterai les prévarications d'Israël, ma vengeance foudroiera les idoles de Bétriel, ses autels seront renversés; je frapperai le Palais d'Été etie Palais d Hiver; les maisons d*ivoire seront emportées au souffle de la tempêle, et les édifices des cités dormiront dans la poussière *. Taureaux engraissés qui habitez la montagne de Samarie, qui écrasez l'iiidigence et broyez les pauvres, qui dites à vos maîtres : Apportez la coupe des festins, et nous boirons! Le Seigneur l'a juré par son nom saint : Le jour approche où l'ennemi vous enlèvera avec des crocs de fer, et déchirera votre chair mutilée. Vous vous efïoiceiez de passer par l'étroite fissure de vos murailles, et les montagnes d'Armon vous verront captifs. Allez donc à Béthel et plongez- vous dans la fange de l'idolàtiie; allez à Galgala et multipliez vc«s [)révaricalious; aile» porter à ces autels infâmes vos victimes et vo^ otfrandes; sacrifiei à vos dieux avec le pain de la corruption 2; glo ifiez-vous de vos oblations volontaires, proclamez votre ignominie! Fils d'Israël, vous l'avez voulu'! dit Jéhovah; j'ai envoyé à vos lités et à vos campagnes le tléau de la famine, et vous n'êtes point revenus à moil J'ai fermé les cicuK, la pluie a cessé d'arroser vos champs; deux, trois villes venaient boire à la même citerne idc eau insuffisante, et vous n'êtes pas revenus à moi. J'ai décliaiiie sur vos moissons les vents brûlants; des nuées d'insectes ont dévoré vos olives et vos figues, dévasté vos vignes et vos vergers, cl vous n'êtes point revenus â moi. La mortahté a sévi sur vous comme autrefois sur l'Egypte; voli-e jeunesse a été moissonnée par le glaive, vos cavaliers ont ete emmenés en servitude, vos bataillons décimés ont peuplé les

^Amos, cap. l, 1. — * Amos, cap. ni, 1-8 ad ullim.

champs de bataille de leurs cadavres sans sépulture, et vous n'êtes pas revenus à moi ! Je vous ai ruinés comme j'ai ruiné Sodome et Gomorrhe, vous ressemblez à un tison à demi-consumé qu'on r.rrache aux flammes, et vous n'êtes pas revenus à moi '. C'est pourquoi la sentence de mort est portée; la maison d'Israël va tomber et ne ressuscitera plus; la vierge d'Israël va êtr^ renversée, et nul no la relèvera; la cité qui voyait mille guerriers sortir de ses portes n'en comptera plus que cent, celle qui en avait cent sera réduite à dix *. J'ai vos fêtes en horreur, l'odeur de vos sacrifices est une abomination. Je ne veux plus agréer vos holocaustes ni vos ofFi andes, mon regard ne s'abaissera plus sur vos grasses victimes. Cessez le bruit tumultueux de vos concerts, je n'entendrai plus les chants de vos kinnor. Vous avez porté le tabernacle de votre Moloch, les images de vos idoles, l'étoile de vos dieux! Je vous ferai transporter vousmêmes au-delà de Damas, dans les campagnes de l'exil ^î Vous êtes réservés pour le jour des vengeances, le roi barbare approche ! Malheur à vous, opulents de Sion, orgueilleux princes de Samaiie, chefs des peuples, qui remplissez de votre faste les palais d'Israël. Vous dormez sur des lits d'ivoire, sur des coussins moelleux ; pour vous on choisit l'agneau le plus tendre et la génisse grasse parmi les troupeaux! Les accords àa psaltérion accompagnent votre voix dans les concerts. Ils se croient comme David le droit de toucher à un kinnor! Le vin circule à pleines coupes dans leurs festins; les par fums précieux inondent leur chevelure , et ils écrasent en passant le pauvre Joseph; c'est pourquoi ils ouvriront la marche de la transmigration, ils seront les premiers des captifs, et les chants de leurs fêtes deviendront les gémissements de l'exil *! »

.74. Un tel langage devait attirer sur le Prophète toute la haine Amasia«, des puissants. « Amasias, prêtre du veau d'or de Béthel, fit dire à ' làtrede Jéroboam II : Amos a levé contre vous l'étendatd de la révolte au 'dAmo». ■ milieu du peuple d'Israël. On ne saurait supporter plus longtemps l'insolence de ses discours. Il ose dire : La race de Jéroboam périra

* Amos, cap. iv, 1-12. — * Amos, cap. v, 2, 3. — 8 Amos, cap. v, 21-23, 2t); 27« — * Amos, cap. vi- '*

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