‹ Histoire de l'église depuis la creationChapitre 9 sur 84 · CHAP. I. — SYNCHRONISME · texte numérisé non relu

CHAP. I. — SYNCHRONISME

1 teurs, et particulièrement Volney, retardent Jusqu'au \v siècle, » vers lOoO ou 1020, les règnes de Chéops et de Chépliren, sous » lesquels les plus grandes pyramides furent bâties oujichevées. » Après Ninyas, les annales assyriennes rentrent dans leur précé- » dente obscurité. 11 n'existe encore chez les Perses que des tradi- » tions fabuleuses et confuses; leur Zoroastre, dont ils s'étudient à » vieillir l'époque, ne nous apparaîtra que bien plus tard. La dy- » nastie Tchéou se continue chez les Chinois, et le règne de Wou- » Vang aboutit à l'an 1000 avant Jésus-Christ. Ce n'est guère, il le » faut avouer, qu'à ce x« siècle, que l'histoire proprement dite » commence à s'échapper des nuages de la fable et des hypothèses » de l'érudition *. »

2. Ainsi nous pouvons, à l'aide de la classification du plus auto- ^.JjjJJ*"»^ risé des historiens modernes, nous convaincre de l'origine relative- dansiec '

' ^ s accoui]P*

men!: récente des ( ifierents peuples, et constater une fois de plus l'^migr tioa

■'■'■' du peupla

la réaliié de la chronologie des Livres saints et l'authenticité de la bébren. date qu'ils assignent à la population humaine sur le globe. A un autre point de vue, ce tableau éclaire d'un jour merveilleux les faits de l'histoire sainte. A Tépoque où des colonies aventureuses parcouraient tout le littoral de la Méditerranée, on n'a pas le droit de s'étonner que la colonie hébraïque, sortie d'Egypte comme Cécrops ou Danaiis, vienne fonder un empire sur les rivages de la Phénicie, de même que les premiers fondent l'empire grec sur les côtes de l'Hellade. L'histoire particuUère des Hébreux revêt le caractère général de cette période d'histoire universelle. Josué est contemporain de Danaiis; Othoniel et Cadmus refoulent l'un les Chananéens dans les murs de Sidon, l'autre les indigènes dans l'intérieur de la péninsule hellénique; Aod, Débora, Gédéon, triomphent de la réaction chananéenne en Judée, pendant que la Grèce lutte contre les Héraclides. Partout le même mouvement de colonisations nouvelles, de déplacements et d'établissements de races; partout la même tendance à substituer aux peuplades désagrégées et éparses des nations unies et puissantes. On n'avait sans

* DaunoM, Cours d'études historiques, Chronologie positive ^ tom. YI, pag. 11-10* II. 7

98 mSTOIRE DE L'ÉGUSE. — IV" EPOQUE. — ÈRE DES JtGES (1580-1080).

doute pas réfléchi à tout cela quand on prétendait que l'établissement des Hébreux sur le sol de Chanaan était un fait monstrueux et inouï dans l'histoire du monde; qu'il constituait la plus flagranie violation du droit dont les annales de l'humanité aient gardé le souvenir: tant est grande la puissance d'aveuglement qui domine, à leur insu même, les esprits d'ailleurs les plus sages, toutes \ef fois qu'ils se mettent en révolte contre la parole révélée, dont Ie& conséquences morales effraient sourdement les profonds replis des conscirnces! Mais enfin la vérité triomphe et dissipe tous les nuages. Elle nous apporte une vue plus nette et plus précise de ces époques primitives, où le besoin de mouvement se combinait dans les races avec celui d'une patrie; où l'émigration secondait la conquête; où une défaite était le germe d'une colonie nouvelle <St quelquefois le baptême d'un peuple puissant qui portait ailleurs ses drapeaux et ses dieux vaincus. La prise de Troie, au temps de Jephlé ou de Samson, jeta sur les rivages du Latium la race héroïque qui devait ressusciter pour la gloire dans la grande nation é'omaine, de même que les Chananéens de Josué devaient ressusciter dans l'âme d'Aunibal.

iiractire de ^' ^^^is, à côté de CCS traits généraux qui lui sont communs avec *^*!ingoi.**** 1^^ autres histoires, le peuple juif présente un caractère qui lui est propre et qui ne se retrouve dans aucune auiie nation. Quand les autres peuples se livrent à l'ardeur jeune et ambitieuse de leur nature primitive, lui se fixe profondément sur le sol; quand les autres s'établissent peu à peu, selon les hasards de la conquête et le progrès de leur lente multiphcation, lui semble ne s'occuper que de l'avenir et ne tenir aucun compte des dillicultés ou même des impossibilités du présent. La terre chananéenne est, dès l'abord, trop vaste pour qu'il suffise à l'occuper tout entière; il n'en partage pas moins ce pays dans toute sa totalité, ftiisant le lot définitif des tri' bus, et enveloppant dans cette délimitation première et souveraine même les portions du territoire restées au pouvoir de l'ennemi. On a pu remarquer cette singularité dans Tliisloire de Josué. Quelle est donc celte assurance surhumaine qui se fait une patrie pour l'avenir d'un sol enco*^ hostile dans le présent? Sur- quelle garaa-

tie s'appuyait cette foi hardie à une destinée et à une mission providentielles ? Evidemment il y a là un signe divin; il y a, dans cette confiance aux prodiges de l'avenir , une conSrmation éclatante des prodiges du passé! Nous allons voir désormais la puissance d'Israël s'affermir sur le sol de Chanaan. L'époque des Juges est la plus intéressante au point de vue du développement des institutions mosaïques; elle a été, sous ce rapport, étrangement défigurée par le rationalisme moderne. Nos exégètes contemporains n'ont rien compris à cette période de l'histoire juive, où la royauté n'existe pas et où il y a cependant unité de commandement; où le Temple du vrai Dieu n'est pas encore construit, et où il y a cependant unité de culte; où le pouvoir des juges est intermittent, et où il y a cependant unité de pouvoir et de direction. Toutes les idées modernes sur les liens politiques des sociétés, l'organisation et la hiérarchie des États, sont ici bouleversées. La notion de Jéhovuh, seul souverain, suffit à la période de quatre cents ans que nous allons parcourir. Elle assure tous les progrès, résume tous les efforts et concentre toutes les énergies. Violée dans la pratique, elle trouve immédiatement sa sanction dans le châtiment; respectée elle attire sur le peuple toutes les bénédictions; seule elle est à la fois le nœud et la sauvegarde de la société juive.

§ II. Gouvernement des anciens (15SO'>1554)*

4. Pour donner une idée de l'exactitude apportée par la nouvelle Appréciation école historique de M. Pienan dans l'appréciation de la période des ^d ô f' éjioqSe* Juges, nous demandons la permission de reproduire ici les paroles r<?coJeratiosuivantes d'un de ses disciples : « Quand on parcourt, dit M. Michel » Nicolas, les livres de l'ancienne aUiance qui se rapportent aux » événements accomplis au milieu de la famille d'Israël, depuis » son établissement dans la terre de Chanaan jusqu'au règne de » Josias , on éprouve une singulière surprise. Pendant ces dix » siècles, la vie des Hébreux ne présente presque aucune trace de » la législation mosaïque. L'Etat est fondé sur d'autres principes » que ceux qu'avait posés Moïse ;'les rapports sociaux ne sont pas

nali&ts.

100 HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — 'H* ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1580-1080).

» tels qu'il les avait réglés; les idées religieuses qui dominent gé- » néralement sont précisément celles qu'il avait combattues. Le » culte seul a subi son influence, et encore uniquement dans ce » qu'on pourrait appeler son organisation matérielle. En un mot, n sauf en ce dernier point, Moïse et sa législatioji n'auraient jamais » existé, que l'histoire des Israélites se serait déroulée à peu près I) telle qu'elle est présentée dans les Livres saints, et si l'on n'avait > pour se renseigner sur l'homme éminent qui a posé les premières » assises du spiritualisme religieux, que les livres historiques de » l'Ancien Testament, il serait absolument impossible de se faire )) une idée de sa vie et de son œuvre. Ce fait est trop extraordinaire, « trop opposé à la manière dont on se représente d'ordinaire l'his- • toire des Hébreux, pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'établir » dans tout son jour. Commençons par ce qui regarde le culte. J'ai » dit que c'est ici, mais seulement ici, que l'on aperçoit une action » de la législation : je veux parler, on le comprend, de l'édification B du temple de Jérusalem, et du service lévitique qui y fut orga- » nisé d'après les prescriptions contenues dans l'Exode et dans le » Lévitique, Mais il s'écoula cinq siècles avant que les plans de » Moïse fussent réalisés. Pendant la longue période des Juges (de » 1554 avant Jésus-Christ jusqu'à 1080), le culte de Jéhovah n'a » point de centre fixe *; il n'est pas même bien certain qu'il ait

* Cette supposition de M. Michel Nicolas tst cotnpléletueut gratuite, ainsi que nous le verrous à chaque page du récit qui va suivre. Le centre fixe du cuite de Jéliovah fut toujours le Tabernacle. Le mouveuieut national qui fut déteriiiiutî en Israël par la perte de l'Arche d'alliance, lorsqu'elle tomb» aux mains des Philistins à la suite d'une sauglante défaite, le prouve sura* bondauiiueut. .Mais, pour prévenir une équivoque dout les exégètes moderne? nous semblent disposés à abuser étrangement, nous devons faire observer ici que la prescription légale de n'olTrir des sacrifices au Seigneur que devant l'Arche d'alliance ne devait être absolue qu'après la construction d'ua temple fixe, au centre de la Terre promise, complètement débarrassée des tribus chauanéennes. Moïse l'explique formellement dans tout le chapitre IIl"= du DeutéroHome. Cette remarque, qui parait avoir échappé aux rationalistes contemporains, a été faite d.puis longtemps par tous les Pères et tous les commentateurs. ^?j/e leinplum extructum sœpius extra Iccum TahemacuH hoc modo sucn ficalum fuit Dca connivente et pi-nnittenle, ut non extructo (emplo. Sic Gtdeon {Jud., cap. vi, 20-28), Manue {Judic, cap. xui, 19) , sic Samuel et Saùl

» existé quelque part, du moins d'une manière suivie, et il est posi-

» tif qu'il n'était pas celui de la masse de la nation. Après la mort

I) de Josué et des anciens qui avaient aidé Moïse dans le gouverne-

» ment des tribus d'Israël et dont quelques-uns survécurent à son

» successeur, l'unité ou le lien fédéral maintenu jusqu'alors se rom-

» pit; chaque tribu reprit son indépendance primitive, se gouverna

» d'après des coutumes Uaditionnelles, et la famille d'Israël pré-

» senla un spectacle assez analogue à celui qu'on peut voir encore

» parmi les tribus nomades des déserts de l'Arabie et de la Lybie.

» Dans cet étal de choses, les générations qui, selon l'expression

» de l'Ecriture, n'avaient pas connu l'Eternel, ni les hauts faits

» qu'il avait accomplis en faveur d'Israël, adoptèrent les divinités

» et les cultes des Chananéens. Les héros que Dieu suscita parfois

» pour rendre l'indépendance à la maison de Jacob ne suivirent

» pas mieux que la foule les commandements de Moïse, et, sans

» tomber dans le polythéisme chananéen, ils rendirent au Dieu de

» leurs pères un culte qui était un mélange d'idolâtrie et de quel-

» ques pratiques lévitiques. Gédéon bâtit, il est vrai, à Ophra, un

» autel à Jéhovah, mais bientôt après il établit au même lieu un

» culte idolâtrique. Les épliods et les idoles d'Elohim ne furent pas

» rares à cette époque. Les lévites eux-mêmes prêtèrent leur mi-

» nistère à des cérémonies proscrites par la loi. Et, ce qu'il y a de

» plus étrange, c'est que l'on ignorait complètement que l'on vio-

» lait les ordonnances de Moïse; on croyait au contraire rendre

» hommage à Dieu par des pratiques entachées d'idolâtrie '. »

5. Voilà le résumé que la nouvelle école fait de l'époque des L'étude da

Juges. Nous l'avons intégralement cité. On y remarque le procédé BlfieesUa

habituel de notre siècle ; la narration des faits y est complètement ^onie ^0??^

négligée; on y supplée par un dogmatisme absolu, qui constitue tèaeMtlonV.

liite.

extra eum locum sacrificasse leguniur ; imo et Salomon quo tempore De^j gratu$ extitit {Reg , III, cap. iv). Ubi et ratio illa affertur, quàd necrfum l'^icirciun: essct Deo templum (Bonficr., in lihr. Jud. Comment., cap. n, 1). Combien l'exégèse moderne s'épargnerait de méprises, si elle daignait accorder au texte sacré une étude moins superficielle?

* Michel Nicolas Etudes critiques sur la Bible. Paris, Michel Lévy. 1862, pag. 323-226.

4 02 HISTOIRE DE l'ÉGLISE . — I\^ ÉPOQUE. — ERE DES JUGES (1580-1080),

Le grandprêtre à la tête de l'adtiinistration

juÎTe, les

anciens goii-

Ternant le

^DLile avec

lai.

probablement, dans la pensée doses auteurs, ce que l'on est convenu de nommer la philosophie de l'histoire, et on se laisse persuader que cette façon large et commode d'établir sur le vide une théorie d'incrédulité remplace avantageusement l'exactitude et la précision des âges précédents. Mais toutes ces assertions, arbitrairement groupées, ne sauraient pourtant faire oublier qu'il y a un monument authentique à consulter. L'habileté avec laquelle on voudrait le dissimuler ne réussit qu'à en faire désirer une étude et une connaissance approfondie. Traduisons donc le Livre des Juges, c'est le meilleur moyen de répondre à toutes les assertions graïuiies qu'on vient de lire, et de les voir réfutées l'une après l'autre par les faits. Pour les sciences d'observation comme pour l'élude de l'histoire, la loi est la même, en voici la formule : (f II faut désormais s'élever des » faits bien constatés aux déductions, au lieu de procéder de théo- » ries préconçues aux assertions. Pour marcher un peu moins » rapidement, la science n'en sera que mieux assise, en même » temps qu'elle fournira une base sérieuse et solide aux plus graves » considérations » de la philosophie *.

6. « A la mort de Josué, lisons-nous au premier verset du Livre des Juges, les fils d'Israël consultèrent le Seigneur. Qui recommencera la guerre contre les Chananéens? demandaient-ils. Quelle sera la tribu qui donnera des combats? — Le Seigneur fit entendre cette réponse : Juda marchera à la tête des tribus. C'est à elle que j'ai remis le soin de compléter la conquête ^. » Le Seigneur consulté, et manifestant sa décision souveraine, c'est bien là, si nous ne nous trompons, toute l'organisation mosaïque, fondée sur la royauté

* Nous empruntons cette formule, qui est celle de la vérité et du bon sena^ un savant dont les consciencieux travaux ont rediessé bien des erreurf accréditées, dans le domaine des sciences physiques, par la méthode que nous pourrions appeler du parti pris (Mémoire sur le Non-CosmoiioUtisme des races humaines, par M. Boudin, médecin en chef de l'hôpital militaire de Vincennes, pag. 361, Paris, 1862).

. yiib. Judic, cap. i, 1, 2. L'hébreu plus précis que la Vulgate, porte pour le premier verset le sens rigoureux de : Quis asccndet nohis ad Chananœum in principio ad yugnandum cum eo? (Jacob, Bonfrer., in librum Judic. Comrientar., cap. I, l).

nnique et réelle de Jéhovali. «La consultation dont il s'agit, disent » les commentateurs, est celle qui se faisait par rintermédiau>e du » grand prêtre, au moyen de l'oracle divin d'Urim et Thuramim, ,, dans la forme amplement décrite au chapitre xxviii de 1 Exode ».» Elle implique donc l'existence et la mise en action de tout le système du culte réglé par Moïse et concentré dans le Tabernacle. Le grand prêtre Phinées^, fils et successeur d'Eléazar, est l'organe de Jéhovah près du peuple, il reçoit et transmet les ordres du Seigneur, comme l'avaient fait Eléazar, son père, et Aaron, son aïeuL Ainsi, « il est positif, malgré l'assertion de M. Michel Nicolas, que „ le culte de Jéhovah a un centre fixe, le Tabernacle, et que ce „ culte est celui de la masse de la nation, » puisque les fils d'Israël viennent en assemblée générale y consulter le Seigneur. Post mortem Mue consuluerunt filii Israël Dominum \ Ils se souvenaient de la parole de Moïse mourant : « Jéhovah marchera à votre tête, il a sera lui-même votre chef \ » Phinées, le vengeur de la loi violée dans les plaines de Séthim \ le vainqueur des Madianiles «, l'éloquent interprèle de la fidélité nationale au culte du Très-Haut, dans sa récente ambassade aux tribus de Ruben,Gad et Manasse^ tel est l'anneau glorieux qui rattache au passé la nation juive par la chaîne immorteUe du souverain pontificat. Nous concevons qu'une hiérarchie sociale ayant à sa tête un souverain pontife ne soit pas du goût d^s exégètes modernes. Qu'ils se consolent pourtant, cela ne s'est vu dans l'antiquité que chez un seul peuple, le peuple de Dieu, et cela n'apparaît dans l'iiistoire moderne qu^air sein d'une seule institution, d'origine également divine, lEghse ca tholiquc, dont le peuple hébreu était la figure. L'exégèse moderiK

1 Jacob. Bonfrer., m librum Judic. Comment, cap. i, 1. '■ s PonUûeem fuisse Phineem, et Eleazaro successisse non duoium, juxta promismnem ipsi a Dec factam Nam. 25, et habet ibi supra Josue uWma ^^^^^'^ f^^'"' ginta, et non uno loco Josepkus, atque adeo et per eum Me Derm consultumEi vero Phine»m hune fuisse diserte habet Josephus, lib. V. Antiqmtatum (Boafref., in libr. Judic. Comment., cap. J, i). ^nl»7nP de

^ Judic., cap. I, i.-^Deuter., cap. xxxi, 3-6- -" hoirie l'volum^^^^^ cette HisLre%.s- 724, u» 45. - ^ Idem, ibid., n« 46. - ' Voir les dernière. pages du chapitre précédent : La conquête.

lOi HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — IV' ÉPOQUE. — ÈRE DES JDGES (1580-1080).

devrait bien reconnaître à Dieu le pouvoir de ne pas constituer les deux seules sociétés qu'il ait fondées sur la terre, dans les conditions %Tilgaires des autres établissements humains, ne fût-ce que pour mieux distinguer son œuvre de l'œuvre des hommes. Nous sommes donc ici en face d'un peuple qui ne ressemble en rien aux autres peuples. Les anciens préposés par Moïse, les juges établis à la porte de chaque ville, les lévites distribués dans chaque tribu, le Tabernacle comme lien de toute la nation, et la loi interprétée par le pontife suprême et observée par chaque conscience, voilà la seule fédération, le seul gouvernement de la Terre promise. C'est inouï dans les fastes du monde ; la raison ne rencontre d'analogie à cet état singulier nulle part, nous en convenons; mais c'est précisément parce que la raison humaine eût été impuissante à imaginer cela, que les rationalistes sont absolument impuissants à l'expliquer et à le comprendi'e. Les faits dérangent toutes leurs théories et renversent toutes leurs hypothèses. Car, il faut bien encore le remarque^ Josué ravi à l'amour et à l'admiration du peuple d'Israël, Josué, désigné par Moïse pour prendre, à la mort du grand i^rophète, la direction et le commandement suprême, Josué dont nous avons redit les dernières recommandations si pleines de tendresse et de sollicitude pour l'avenir, Josué ne se désigne point de successeur. Il n'indique au peuple désormais introduit dans la terre de la promesse qu'un seul maître, un seul guide, un seul souverain, Jéhovah. Testes vos estis quia ipsi elegen'tis vobis Dominum ut strviatis et '. Le peuple a répondu : « Nous ne servi- » rons que le Seigneur, nous n'obéirons qu'à sa loi *. » Et le peuple tient parole. Il ne réclame pas d'autre chef, d'autre guide; et, à la mort de Josué, il se contente de demander quelle sera la tribu qui marchera la première aux combats. Juda et Ephraïm avaient été désignés tous deux par Josué comme l'avant-garde militante de la nation. Il pouviiit y avoir rivalité et conflit dans cette double élection. Pour prévenir tous les dissentiments, les fils d'Israël ont recours au Seigneur, et la prééminence est de nouveau confirmée à

* Josue, cap. xxiv, 22. — * Idem, i(j J., 24.

Juda. Voilà le jîrsmier acte du peuple juif inscrit dans l'histoire des Juges.

7. « Or, Juûa dit à Siméon son frère : Viens partager avec moi Défaiteol ifa fortune de la guerre, pour repousser les Chananéens; de mon "deBéieo. cô^ \h combattrai avec toi pour achever la conquête de ton hérilage '. » On se souvient que la tribu de Siméon avait été établie à l'ouest de celle de Juda, entre cette dernière et les satrapies des Pùîlistins qui occupaient encore le littoral de la Méditerranée. Il y avait donc à l'occident un ennemi puissant qtii s'appuyait sur la cier où les flottes phéniciennes pouvaient le secourir et le ravitailler facilement, et au nord des peuplades encore insoumises dont l'existence mettait en péril le sort définitif de la conquête. Nous pensons que ce ne fut point un simple hasard qui détermina la tribu de Juda dans le choix qu'elle dut faire entre ces deux ennemis. Il nous semble qu'en portant d'abord ses armes au centre de la Palestine pour en chasser les tribus chananéennes , elle laissait sagement une issue ouverte sur les ports de la Méditerranée à l'émigration que ce mouvement offensif provoquerait. C'est toujours la continuation du système mis en pratique par Josué. Et en effet, la suite de l'histoire nous montrera que le pays des Philistins fut le dernier dont Israël ait fait la conquête, a Siioéon réunit donc ses armes à celles de Juda, son frère. Le Seigneur livra entre leurs mains les peuplades phérézéennes et chananéennes. Ils poussèrent leur course victorieuse jusqu'aux montagnes de Sichem, et arrivèrent en vue de la ville de Bézec ^. Une armée de dix mille hommes en défendait l'approche; elle fut taillée en pièces. L'Adonibézec (roi de Bézec) 3, voulut, malgré ce premier désastre, pro-

* Judic, cap. I, 3.

* Bézec, dans la tribu de Manassé, à environ dix milles de Sichem ou Naplouse, dans une vallée arrosée par un affluent du Jourdain (Voir M. de Sauîcy, Dict. des antiq. hébr., pag. 159; et Reland, Pa/estina ex rnonumentis veteribus illustrata, Trajecti Batavorum, 1714, pag. 487 et 603). *

8 Adonibézecj de même qu'Abimélech, est un titre et non pas un nom l'homme. Nous avons déjà eu l'occasion de faire des remarques analogul^ sUr le nom égyptien des PbaraoDs. Sonat hœc vox hebrdice : Dominus BezeC, Fuit, ut videturj, commune nomen omnium regulorum istius civitalis, quem ad

bézec.

106 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. — TV* ÉrOQL'E. — ÈRE DES JUGES (1580-1080).

longer la résistance. La ville fut emportée d'assaut, les Chananéens et les Phérézéens qui la défendaient furent taillés en pièces, et le roi prit la fuite. Poursuivi par les soldats victorieux, il tomba bientôt en leur pouvoir. On lui coupa les pouces des mains et le gros orteil des pieds *. En subissant ce supplice, qui n'était, comme on va le voir, que la peine du talion justement appliquée par les vainqueurs, TAdouibëzec disait : Soixante-dix rois, mes prisonniers fie guerre, furent ainsi mutilés par mes ordres ; ils ramassaient sous ma table les restes échappés à mes festins. Ce que je leur ai fait souffiir. Dieu me le rend en ce jour. — Le roi captif fut ramené à la suite de l'armée, comme un trophée de victoire. 11 arriva ainsi jusque sous les murs de Jérusalem, où il mourut -. » Légitimité du 8. La cruauté de l'Adonibczec, retournée contre lui-même, au

supplice iDfli- . j o • > i i i

géài'Adoni- jour dcs vengeanccs du Seigneur, n est pas sans exemple dans riiistoire des peuples profanes. Les Athéniens faisaient couper les pouces à tous les matelots de l'ile d'Egine, dont ils pouvaient s'emparer, pour les mettre dans l'impuissance de déployer contre la république leur supériorité maritime. Cette barbarie par prévision est attestée par Valère-Maxime ^, Cicéron * et Elien ^. On sait d'ailleurs que l'amputation du pouce était, chez les Romains eux-mêmes, un moyen employé par de lâches soldats, pour se soustraire aux dangers et aux fatigues du service militaire. Ammicn Marcellin, en parlant du courage et de l'instinct belliqueux des Gaulois, s'exprime ainsi : u 11 est inouï chez eux qu'un jeune homme se soit » jamais coupé les pouces des mains, comme ou le fait si souvent en

modum nos cùm urhis alicujus vel pagi dominum dicimus, relicto nomine propri» (Boufrer., in lihr. Judic. Comment., cap. i, k, 5). Ce rapprochemeut, exact d» tous iiuiuts, ne manque pas d'iutérêt.

» La plupart des hébraisauta modernes ont abandonné la traduction de Ja Vulgate : ('œsis summUaiibus manuum uc pedum, et s'accordent à donner au mot liéhn-u hehonoth, le sens précis de pollicibiis. Telle est du moins l'opiniun de l'aiïiiiiii, Forsler, Kircber, de Lyra, Valable, C;ij6lan, etc. Cornélius à Lapiflo, Boufrerius, lians leur Commentaire, ont adopté ce sens, que nous croyons ainsi être suffisamment autorisé à suivre nous-même.

« Judic, cap. I, 3-7. — » Vuler. Maxim., cap. de Crudelitaie, lib. VI, cap. m. — * Cicero, de Officiis, lib. 111, cap. ii. — » iElianus, Variœ historiœ, lib. lll, cap. IX.

Juda.

» Italie, pour échapper à la loi martiale.^ » Soixante-dix chefs de tribus avaient été ainsi réduits à l'impuissance par l'ordre de TAdonibézec. 11 se rencontrera peut-être des philanthropes, qui, sans pitié pour ce nombre de victimes, assez respectable cependant, verseront des larmes hypocrites sur le sort du tyran chananéen, et jetteront intrépidement l'anathème sur la cruauté des Hébreux, Ces mêmes hommes trouveront la conduite des Athéniens vis-à-vis des matelots éginètes, empreinte d'une politique habile et modérée. 11 y a un aveuglement moral aussi rebelle aux elTorts humains que la cécité physique elle-même; le doigt de Dieu et la grâce de Jésus- Christ seuls peuvent ouvrir les yeux de Taveugle-né.

9. Après la glorieuse victoire de Bézec, « les fils de Juda revinrent pnsede Jém. dans la direction du sud, camper sous les murs de Jérusalem. Ils gue'niersd» en firent le siège, s'en rendirent maîtres, passèrent les Jébuséens au fil de l'épéc, et livrèrent la ville aux flammes ^. » — « Cependant ni les fils de Juda ni les fils de Benjamin ne purent encore réussir à s'emparer de la citadelle de Jébus, bâtie sur la montagne de Sion, à une certaine distance de la ville inférieure, et les indigènes continuèrent à l'habiter 3. » Une première fois, Jérusalem avait été comprise dans la conquête générale du pays , après la victoire de Gabaon et la mort d'Adonisédec. JMais, ainsi que nous l'avons dit alors, le grand capitaine hébreu, obligé de conserver sous sa main wne force militaire imposante, pour suffire à ses expéditions an- Buelles, ne laissait point de garnisons dans les cités vaincues. C'eût été s'affaibfir en face d'un ennemi , que des coaUtions sans cesse renaissantes multipliaient contre lui sur tous les points du territoire. Israël était toujours un camp; son rendez-vous général et sa résidence habituelle étaient dans les plaines de Galgala. Le besoin

* Aminian. Marcellin., lib. XV, art. 12 (Voir Bonfrer., in libr. Judic. Cornvmxt., cap. I, 6). — 2 Lib. Judic, cap. i, 8.

8 Lib. Judic, cap. i, 21. Voir Reland, Palestina illustrata, pag. 840-843. « Il a ne reste rieu, dit M. de Saulcy, de la Jébus primitive, si ce n'est un esca- » lier taillé dans le roc, au couchant du mont Sion, et qui, très-probablement, » remonte au temps de la cité jébuséenne. Je suis convaincu que, parmi les » tombeaux de la nécropole de Jérusalem, il y en a beaucoup qu'il faut rap- » porter à l'époque jébuséenne {Bict. des antiq. bibliq., pag. 3G6].»

108 HISTOIRE DE l'Église. —lY* époque, — ère des juges (1580-1080).

de s'approvisionner sur un sol fertile, dont la possession n'était plu? contestée; la nécessité de se recruter api-ès des combats toujours glorieux, mais très-meurtriers; et par conséquent robllgalion de ramener l'armée victorieuse sous les tentes de la famille où de jeunes guerriers, grandis pendant l'absence, remplissaient les vides causés parla guerre, cet ensemble de circonstances justifie pleinement la conduite de Josué, et explique, d'un autre côté, comment les Chananéens pouvaient facilement reprendre possession des lieux d'où ils avaient été expulsés une première fois. C'est ains que les villes d'Hcbron et de Dabir, conquises d'abord par Josué, durent l'être de nouveau par Caleb *, lors du partage définitif. Il en avait été de même pour Jérusalem, dont les fils de Juda s'emparèrent alors 2. Ce nouvel exploit « leur permit d'achever dans le midi la conquête partielle des vallées ou des collines encore occupées parles Chananéens 3, jusqu'à la frontière du désert, et à la cité d'Arad , où les fils d'Hobab le Cinéen, allié de Moïse , quittant Jéricho, la ville des Palmes, étaient venus s'établir*. » Ainsi se réalisa la promesse du grand Prophète à leur aïeul, quand, pour l'engager à accompagner le peuple d'Israël au désert, il lui avait dit : « Alors que le Seigneur nous aura mis en possession des biens qu'il nous réserve, tu choisiras tout ce qui te conviendra le mieux dans notre territoire^. » Les fils d'Hobab préférèrent sans doute se rapprocher du pays de leur origine, en venant fixer leur séjour sur la frontière de la péninsule arabique non loin des campagnes habitées par Jétliro. Du reste, une autre partie de lu tribu cinéenne se détacha du rameau principal, sous la conduite d'Haber, et fixa ses tentes au milieu du territoire de Nephtah, dans la vallée de Sennim, près de la ville de Cédés ^.

Eipédition 10. « Jéhovah combattait avec la vaillante tribu de Juda, et lï SiméoDcon- victoirc accompaguait ses armes. Le temps était venu daccomplii la promesse faite à Siméon, et de l'aider à prendre possession de son héritage. Les deux tribus, toujours fraterneilement unies,

> Lib. Judic, cap. I, 10-15. — * Voir Bonfrer., Comment, et Heland, loc. citât. — 8 Lib. Jwiic, cap. I, 9.— * Idem, ibid., 16. — * Numer., cap. x, 29-3Î. Vwr !«' vol. de celle Histoire, fag. 685. — 'Judic, cap. iv, 11.

in llorina.

reprirent au sud- ouest de la Palestine l'excursion triomphante qu'elles venaient de ternainer au septentrion. En parlant de Cariath- Arbé, où Caleb avait assuré sa domination, pour se diriger en ligne droite vers la Méditerranée, on rencontrait d'abord sur le versant occidental des montagnes de Juda, la vallée de Séphaath, encore -occupée par les Ghana néens. C'était là que les Israélites, après quarante ans d'exil au désert, avaient livré leur premier combat, et remporté leur première victoire. Arad, roi de cette contrée, avait été défait, et tout le pays avait été voué à l'anathème*. Mais la sentence ne fut alors qu'imparfaitement exécutée. L'itinéraire de Moïse consistant, comme nous l'avons dit, à entrer dans le pays de Chanaan par la route dé l'est, le côté méridional fut abandonné et n'aurait même pas été attaqué à cette époque, sans l'imprudente agression d'Arad. Les forces combinées de Juda et de Siméon revenaient, après un demi-siècle, accomplir l'anathème. Tous les Chananéens de la vallée de Séphaath furent passés au fil de l'épée, et la ville centrale mérita une seconde fois le nom d'Horma (Anathème) qui lui avait été donné par Moïse ^. C'est ainsi que, chez ce peuple traditionnel, qu'on voudrait nous représenter comme ayant oubhé jusqu'au nom du grand prophète, les fils exécutaient, à cinquante ans de distance, le serment de leurs pères : aSi Jéhovah » livre cette tribu chananéenne entre nos mains, nous faisons vœu » d'en détruire toutes les cités 3. »

H. Ce dernier obstacle vaincu, Tarmée confédérée se trouvait en Expéditiond» face des Philistins, dont les satrapies longeaient la côte de la Me-, les PMiiatin». diterranée depuis Gaza au sud, jusqu'à Geth ou Accaron au nord, en passant par le point central d'Ascalon. Ces trois villes, baignées par la mer Intérieure, étaient l'entrepôt de toute la richesse du pays, a Josué et Siméon y firent une irruption soudaine ; mais ils ne purent s'y maintenir parce que les Philistins avec leurs chars armés de faux renversaient tous leurs bataillons. Us se contentèrent

» Nwner., xxi, 1-3. Voir le 1" vol. de cette Histoire, pag. 713. — « Judic, cap. I, 17. Voir Bonfrer., Comment, in hoc ioco. — » Numer., xxi, 2.

110 niSTOIRE DE L*ÉGUSE. — ÏV* ÉPOQUE. — ÈRE DES JUGES (1380-1080;.

d'occuper les montagnes qui dominaient le pays, et où les chariots de guerre ne pouvaient les atteindre'. » #rt«de Luza ^-- Pendant que Juda montrait glorieusement à ses frères le che- ^^MUib-i^'"'^ min des combats, « la maison de Joseph, c'est-à-dire les deux tride'MMMsé!* bus d'Ephruim et de Manassé, suivait son exemple, et le Seigneui fut aussi avec elle dans ses entreprises. Au nord de la chaîne de montagnes sur laquelle Jérusalem est bâtie , les Chananéens vaincus s'étaient groupés dans l'antique cité de Luza , la Béthel de l'époque patriarcale. L'armée de Joseph vint les assiéger. Une nuit, les soldats juifs s'emparèrent d'un des habitants qui s'échappait par une issue secrète et sortait de la ville. Montre-nous, dirent lea Hébreux à leur prisonnier, la porte dérobée par laquelle tu viens de sortir. Si tu nous l'indiques, nous te rendrons la hberté et la vie. — Le captif y consentit. Les fils de Joseph pénétrèrent ainsi à Timproviste dans les murs de Béthel, dont les habitants furent passés au fil de l'épée; le prisonnier et toute sa famille furent épargnés et mis en liberté. Celait la conduite de Josué à Jéricho. Le Ghananéen ainsi échappé au sort de ses concitoyens, émigra dans la terre de Hetlim, et il y fonda avec sa famille une cilé qu'il voulut appeler du nom de sa patrie 2. » C'est la Luza de l'Arabie Pétrée, nu midi de la Palestine ^.

Lej snires 13. Les autres tribus en deçà du Jourdain ne paraissent pas avoir

tribus

laissent sub- imité l'ardcur belliqueuse de Juda, de Siméou et des fils de Joseph.

siiter I1.S

races chana- Peut-être la lassitude et le besoin de repos avaient-ils allaibli leurs

néennes sur . . , . , n c

le sol de la bias; peut-être aussi, moins nombreuses, n oserent^elles pas at-

Tern promise.

• Judic, cap. I, 18, 19. Voir Commcntar. Bonfrer. ia hoc loco. Il e.-t certain, ainsi que le texte sacré le dit positiveiiieut, que dans celle expédiliou, l'aruiée juive s'empara des trois villes maritimes des PhilLstius. Mais il est également certain, qu'elle ne put s'en assurer la possession d'une mauière durable. Nous verrous bieiilùl Samsou prisonnier à Gaza. C'est donc avec beaucoup de foudemcnt que le sivaut comiuentateur interprète les deux v;;rsets do l'Ecriture daus le sens que nous leur donnons nous-uiême ici.

» Judic, cap. 1, 22-20. — ^ Voir M. de Saulcy, Dict. des antiq. hébr., pag. 857, art. lleltim; Coruel. à Lap., édit. Vives, i^ ^Urlic. Comment, et Bonfrer., Commentar. ia id.

ClIAP. I. — GOUVERNEMENT DES ANCIENS (lo80-15S4). Hl

fronter le sort des batailles •. C'est ainsi que la demi-tribu de Mauassé laissa les Chananéens tranquilles possesseurs de Bethsan, au centre de son territoire, des villes importantes de Thanac, Dor, Jeblaam^ et Mageddo sur le littoral de la Méditerranée. Ephraïm, lui-même, vainqueur à Bétliel, ne tom'na point ses armes contre la cité voisine de Gazer, au nord du mont Ephron. Zabulon respecta de même les villes de Cétron et Naalol, au nord de Nazuretb; Aser laissa les Phéniciens maîtres des ports d'Acco ^, Achasib et Sidon. Confiné sur le versant occidental de ses montagnes, il n^osa même pas attaquer les cités d'Helba, d'ApIiec et de Robob, dans la vallée phénicienne. Nephtali laissa les Chananéens occuper Betbanath ei Bethsemes, à l'ouest du lac Séméchan. La petite tribu de Dan, qiai devait s'étendre au nord de Siméon jusqu'à Joppé , était bloquée sur les montagnes par les Amorrhc'ens, qui ne lui permettaient pas de descendre dans la plaine'*. Cette situation générale s'exphque par la nature même des choses, et par la volonté formellement exprimée du Seigneur, qui avait dit à Moïse : « Je ne chas- » serai point toutes les peuplades de la terre de Chanaan en une » seule année. Elles émigreront peu à peu devant vous, jusqu'à ce » que vous ayez eu le temps de vous multipher et de prendre pos- » session du sol ^. »

14. 11 est évident qu'une concentration générale de toute l'armée La3o«ii»-

tence det

d'Israël parcourant, comme au temps de Josué, le pays de Cha- races chana-

, . ne • 1 -1 néennes avec

naan, aurait eu prompte raison de ces résistances. Mais les tribus le peuple

juif sur le soi

se fussent établies sur un sol dévasté et désert, que leur popula- de la Terra

promise fut

lion n'était pas assez nombreuse pour occuper. Dieu ne l'avait point unfaitprovivoulu, et les raisons de cette détermination providentielle ne sont pas difficiles à comprendre. D'une part, au point de vue moral, la

* Le texte sacré semble se prêter à cette dernière hypothèse : Postquam autem conforlotus est Israël, fecit eos tributarws : comme si chaque tribu avait attendu qu'elle se fût multipliée pour attaquer l'ennemi.

* Relaud ne donne pas la situation de Jeblaam [Palestin. illustrât., pag. 862, art. Jibleam). M. de Saulcy croit pouvoir fixer sa position près de Mageddo [Dict. des antiq. bibliq., pag. 366).

3 Acco, depuis nommée Ptolemaïs, aujourd'hui S. Jean d'A^-s. — * Judic, cap. I, 27 ad ultim. — b Exod., *"'ju. 27-2û.

1Î2 IIISTOIAE DE l'église. — IV* ÉPOQUE. — ÈRE DE3 JUGES (I580-10o0).

présence des tribus ennemies laissait des instruments toujours prêts à punir le peuple d'Israël, toutes les fois qu'il enfreindrait le pacte d'alliance avec Jt'l.ovah. Tel sera en effet leur rôle , aux diverses époques de l'histoire juive. De l'autre, nul pays n'avait plus besoin que la Judée d'un travail constant et assidu pour rester fertile. Sa stérilité actuelle ', ainsi que le font observer tous les géographes 'et tous les voyageurs, tient au défaut de culture pendant les longs siècles de la domination musulmane. Autrefois, la Judée, dans toute son étendue, et jusqu'au sommet de ses montagnes, était couverte d'une végétation abondante. Les sommets boisés conservaient l'humidité du sol; les versants étaient recouverts d'une terre fertile qu'on reten;iit, ainsi qu'on le fait maintenant sur nos coteaux de Bourgogne, par des murailles en pierre sèche. Ce mode de culture est rappelé à chaque page de nos Livres saints. Supposez maintenant une guerre d'extermination, chassant d'un seul coup les premiers habitants, avant que d'autres mains ne fussent prêtes à recueihir leur laborieux héritage, et ce pays montagneux fût bientôt redevenu un désert aride. Les versants, dénudés par les orages et les pluies, n'eussent offert que des rochers stériles comme ceux qui frappent aujourd'hui l'œil du voyageur attristé. Toutes ces considérations de nature diverse, mais d'une importance capitale, ont sans doute échappé à M. Munk, lorsqu'il dit : « Les tribus » manquèrent de force ou d'énergie pour expulser ou exterminer » les Chananéens, comme l'avait ordonné Moïse. Josué avait pcut- » être fait une grande faute en ne se donnant pas de successeur; » le manque de chef et l'absence d'unité et d'ensemble dans les » opérations paralysèrent les forces des Hébreux 2. » Moïse n'avait point ordonné d'expulser ou d'exterminer les Chananéens d'un seul coup. Il avait positivement dit le contraire^. Josué ne fit ni une grande, ni une petite faute, en ne se désignant point de succes-

• Nous ne parlons que des parties montagneuses de la Palestine, qui sont Diaintenaut déumldeiJ, car tous les voyageurs s'accordent à vanter la fertilité niturelle des plaines et dc^ vallons de la Judée.

* M'ink, Palestine, 'mg. 227. — ^ Voir les paroles de l'Exode citées plus haut.

seur. Cette appréciation de M. Munk suppose toujours le faux principe que le gouvernement du peuple juif était dans les conditions de gouvernement communes aux autres peuples, et qu'il était laisse à la libre direction soit d'un chef, soit d'une oligarchie. Mais il n'en est rien; le peuple juif avait un roi permanent, un chef indéfectible, dont la monarchie ne connut jamais d'interrègne. Ce roi, ce chef était Jéhovah. Ceux que Jéhovah choisissait pour se? organes visibles et les représentants de son autorilé,il les désignai, lui-même. C'est ainsi qu'il avait appelé Moïse, et plus lard Josué aux fonctions publiques. Mais Josué ne pouvait léguer son pouvoir qu'autant que le Seigneur lui en eût donné l'ordre, et lui eût indiqué lui-même son successeur. Or, ie Seigneur ne lui donna point cet ordre; dans cette situation, si Josué se fût permis de délègue? son autorité à un homme qui n'avait pas été appelé de Dieu, ce fût alors qu'il eût commis une grande faute, » en ruinant par la base la constitution mosaïque, et en renversant la souveraineté de Jéhovah.

15. Mais la situation où le peuple juif se trouvait à l'égard des peuplades chananéennes, quoique parfaitement ri'gulière et légale, n'en constituait pas moins une difficulté pour le pi-ésent et un danger pour l'avenir. C'était l'épreuve survivant aux chaînes brisées de l'Egypte, aux fatigues du désert, aux luttes de la conquête. L'épreuve côtoie en effet toute l'histoire du peuple de Dieu, comme elle est parallèle à toute vie humaine. La Terre promise ne devait pas plus en être exonérée que le Paradis terrestre; TEgiise, dont la Terre promise était la figure, ne dut pas elle-même en être exempte. L'épreuve est le contrôle obligé du libre arbitre laissé à l'homme et la consécration de sa vertu. Le maintien des races indigènes sur le territoire conquis ne se traduisit d'abord pour les tribus juives que par Li nécessité de se restreindre dans des limites plus étroites, et de se tenir constamment sur leurs g;, ides en face d'un ennemi puissant. Mais à mesure que les Israélites se multiplièrent dans les loisirs de cette trêve et devinrent plus nombreux, les rôles furent intervertis. LesChananéens se trouvèrent en minorité, et ce fut à lem* tour de craindre. Malheureusement pour les

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