AVES6AUD
monde un souverain pontife , elle a du moins offert au Saint>Siége un homme qid aurait été digne de le remplir, et qui en fut le conseiller et Tâme pendant trois pontificat^. Revenons à notre Église.
j L'école de la cathédrale n'était pas seule à posséder des maîtres habiles et des disciples remplis d'ardeur pour la science. Les élèves que Léthalde forma dans les cloîtres de la Couture, pouvaient rivaliser avec ceux des écoles les plus brillantes de ce siècle, comme on le verra bientôt par l'exemple du moine Avesgaud, Ce que nous avons rapporté de Fabbaye de Saint-Calais ne permet pas de douter que les lettres et les arts n'aient été cultivés avec succès dans cet antique et illustre monastère : la poésie, la musique et même la sculpture y faisaient l'occupation de quelques esprits distingués , ainsi que l'attestent des monuments encore subsistants (i). Comme d'ailleurs on vit presque dans le -même temps l'un des moines de cette abbaye s'asr seoir sur l'im des premiers sièges de l'Angleterre, il est permis de croire que des études plus sérieuses n'y étaient pas négligées.
Les sciences purement profanes , en particulier celle du droit, n'étaient pas repoussées de nos écoles; et l'on vient de voir les traces profondes que la législation romaine avait laissées dans notre province. On a de plus conservé le souvenir d'un légiste nommé Raoul qui habitait la ville du Mans, et y enseignait avec éclat vers Fan 1020 (2).
Toutefois les troubles continuels d'unq province que deux puissances presque égales s'obstinaient à se disputer, les envahissements des Angevins et des Percherons à difiBérentes reprises, ont fait disparaître le plus grand nombre des monuments qui constataient l'état des études dans notre diocèse. Quelques provinces voisines furent plus heureuses sous ce rapport : le diocèse de Chartres et celui
(l) Pièces justificatives, n* viii.
{%) Géraud , Métiers de la ville de Paris, p. 118. - Guérard , Carlulaire de Saint-Père de Chartres, 1. 1, p. lxix.
d^AngersfoamisseDt la praire d'une activité inteUectoelle tfès-femaïqiiaMedaiis une partie de leur clergé, mais surtout parmi les cénobites (I).
Si l'on ajoute foi à un document qui parait suspect , an moins dans la f<»me sous laquelle il estrappmiéparHirrt dans ses Antiqmiiés d'Anjou , Foulques Nerra , qui poss^ dait^conune on Ta tu, un droit de suzeraineté sur le Maine, fonda de concert arec HiMeburge, s<hi épouse^ ven Tan 1030, treize bourses en faveur des éccdiers pauvres de l'Anjou et du Maine. Chaque boursio* recevait annudlement quarante boisseaux de blé , un boisseau de fèves ^ mesure de Paris, et dix-neuf sous six deniers (^. On ne dit pas dans qudle école était £aiite cette fondation; il est probable que c'était dans les écoles d'Angers (3). En dTet , quoique de nombreuses raisons donnent à penser que le récitdUiret ne saurait être vrai dans tous ses détails, il est très-probable qu'il repose sur des faits réels altérés par le temps. Des historiens modernes ont rapporté à l'année 1031 la fondation du collège de la Porte-de-Fer, dit autrement le collège de Saiut-Maurice à Angers. Si cette date est certaine, il faut avouer qu'il n'y a pas dans toute la France de collège dont la fondation remonte à une époque aussi ancienne. Quoi qu'il en soit, dès le commencement du XI* siècle , Bernard, disciple du célèbre Fulbert de Chartres , qui a laissé quelques écrits , enseignait publiquement à Angers, où l'évêque de cette ville l'avait appelé (4).
(1) Histoire littéraire de la France^ t. VU, p. 13, 14-18 et passim.
(2) Au pouvoir actuel de Targent cette somme équivaut à 549 fr. 08. — Hiret , Antiquités d* Anjou, — Cauvin , Recherches sur les établie»' sements de charité du diocèse du Mans, p. 106. — Idem, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 237.
(3) Si cette fondation se fit à Paris , comme certains traits semblent rindiquer , il y avait alors trois écoles dans cette ville , celle de Tégliie cathédrale , celle de Tabbaye de Saint-Germain-des-Prés , et celle de Tabbaye de Sainte-Geneviève.
(4) I). Rivet, If istoire littéraire de la France , t. Vil, p. 57.
GERVAiS. 137
ÉPISCOPAT DE GBBVAIS (1035-1056).
Naissance de Tévêque Geryais , son portrait. — Ritalité entre Tévêque Genraiset le comte Herbert Baccon. — Guerre entreprise par Germais contre Geoffroy Martel. — Gervais fait restituer des biens à la cathédrale. — L'abbaye de Saint- Vincent ; fondation de prieurés dépendant de Saint-Vincent et de la Trinité de Vendôme. — Prieuré de Viiledieu; saint Eutrope. — L'abbaye de Saint-Georges-des-Bois. — Collégiale de Saint-Martin de Troo. — Prieurés de Lavardin , Cobémon , Notre-Dame d'Àvesnières , Saint-Martin de Laval , Notre- Dame de Priz, Anvers-le-Hamon. — Multiplication des établissements religieux dans le Bas-Maine. — Prieuré de Rouessé. ^ PèieriiMge de Notre-Dame à Pont-Aubray.
Aussitôt après la mort de l'évêque Avesgaud , les compagnons de son pèlerinage s'empressèrent d'en apporter la triste nouvelle au Mans. Le prélat déiunt avait un neveu nommé Gervais , destiné par sa famille à occuper le siège de saint Julien , selon un abus trop universel à cette épo»que (1). Gervais était dans la maturité de l'âge, étant né le ^ février 1007, au château de Gohémon, paroisse de Vouvray-sup-Loir. Il avait pour père Haimon (2), seigneur de Château-du-Loir , et pom* mère Hildeburge, fille d'Yves l«',
(1) L^histoire de Tévêque Gervais est rapportée d*une manière succincte dans les Gestes des Évéques du Mans, de Gervasio Cinomanensi epiicopo, D. Mabillon , Vetera analecta , t. III , p. 304. — D. Bouquet , t. XI, p. 135. Un grand nombre de chartes émanées de cet évêque ou de ses contemporains ajoutent beaucoup de traits à sa vie. La plupart des cbroniqueurs de son temps fournissent des détails sur ce personnage. Nous avons été grandement aidé par les historiens de la ville de Reims, sortont par D. Marlot, le Gallia christiana^i. IX, et la Patrologie, édii. Migne, t. GXLIII, col. 1397; mais principalement par VHistoire littéraire de la France^ t. VII , p. 572 et suivantes. Les savants auteurs de cette histoire citent à plusieurs reprises des mémoires manuscrits, quMls ont malheureusement négligé d'indiquer plus clairement.
(2) Haimon, Aimon, Hamelin, Amelin. — Ce personnage portait plu-, sieurs noms, comme beaucoup de ses contemporains. Cfr. Nouveau traité de Diplomatique, t. IV, p. 565.
438 HISTOIRE DE l'ÉGLISE I)U MANS.
seigneur de Belléme, et sœur de Févêque Avesgaud. Sa bisaïeule paternelle , qui se nommait Roranse, avait eu pour dot la terre d'Argentré, près de Laval, et elle y faisait son séjoup habituel 9 comme on le verra par la suite. Gervais avait trois frères, Bouchard, Robert et Ursio. Bouchard fut aïeul de Mathilde, qui épousa Hélie, comte du Maine. De leur mariage sortit Eremburge, femme de Foulques le Jeune, roi de Jérusalem et comte du Maine et de rÂnjou. Robert épousa Elisabeth , qui lui donna au moins un fils nommé Gervais comme son oncle , et dont nous aurons bientôt à parler. L^évèque Gervais eut encore ime sœur nommé Rotrude, qui devint la seconde femme de Guy II, baron de Laval, et donna le jour à Guy, Gervais, Hildelingue, Hildeburge et Agnès, que Ton verra bientôt prieure de Notre-Dame d'Avesnières (1).
Gervais avait i^eçu de la nature les quaUtés les plus brillantes et les plus soUdes, et il les avait heureusement développées par une culture assidue dans Técole de l'église cathédrale , sous la conduite des maîtres habiles dont nous avons parlé, et la haute direction de son oncle Avesgaud. Il parut dès sa jeunesse doué d'un esprit subtil, élevé et capable des plus grands desseins ; orné de savoir, d'éloquence, de goût pom* les beaux-arts, il cultiva même quelquefois la poésie. Lorsqu'il fut élevé aux dignités ecclésiastiques, et il y a apparence que son oncle lui en
(i) Cette généalogie est dressée sur des écrits laissés par Têvêque Gervais et le premier de ses neveui du même nom. Il ne faut donc pas s*en rapporter à une autre généalogie décrite par D. Mabillon, Annales 0. S. B.^ lib. LVIl, num. 2, et reproduite par D. Bouquet, t. X, p. 359, et t. XI, p. 1 35, 136, 443. Suivant ces auteurs, Gervais aurait eu pour père le vénérable Bouchard le Vieux, comte de Paris, Corbeil, Mclun et Vendôme, et mort en odeur de sainteté sous le froc monastique dans Tabbaye de Saint-Maur-deS'Fossés, Tan 1012. Bouchard le Jeune, vicomte de Melon, et Renaud, évêque de Paris, auraient été ses frères, et il aurait eu pour sœur Grécie, Elisabeth ou Adèle : car on donne ces trois noms à cette princesse, femme de Foulques Nerra, comte d'Anjou. D. Rivet, loc. cit. — VArt de vérifier les dates, — De Pétigny, Histoire du Vendomois. —CarttUarium Beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis, u9 258, 393, 391.
6ERYAIS. 139
ouvrit rentrée de bonne heure , on vit briller en lui le zèle, la vigilance, et la vigueur qui conviennent à un évêque. Du reste, de mœurs irréprochables, issu d'une famille puissante , destiné à jouir d'une fortune très-considérable, et sachant en user avec une magnificence bien entendue; telles sont les qualités qui brillaient dans l'évêque Gervais de Château-du-Loir (i). Elles auraient fait de notre évéque le prélat le plus accompli de son siècle , s'il n'avait conservé, sous son habit clérical , toute la rudesse des mœurs paternelles. Gomme la plupart des barons de son temps , il aimait avec passion les exercices de la chasse et revêtait volontiers la cuirasse et le casque. Ces goûts peu convenables au caractère ecclésiastique dont Gervais était revêtu, n'étaient pas regardés, au xi« siècle, comme incompatibles avec les dignités les plus élevées du sanctuaire. Notre évêque rencontra dans sa carrière des ennemis C[ui Tattaquèrent avec violence, qui le déchirèrent de leurs calomnies, et le donnèrent pour le type du tyran revêtu des insignes de l'épiscopat; mais jamais ils ne lui reprochèrent comme un crime d'avoir déposé par moments la mitre et la crosse pour se revêtir de l'armure du soldat. Au reste, dans leurs invectives les plus amères, les adversaires de Gervais reconnurent les lumières dont il était doué, et les grandes quaUtés de son caractère (2).
(jervais ayant été élu par le clergé et le peuple, aussitôt après cpi'on eut connu la mort de l'évêque Avesgaud, fut sacré à Tom*s , par l'archevêque Arnoul , allié à sa famille, le 18 décembre de la même année i035^ quarante-deux
(1) On nomme ordinairement notre évêque Gervais de Ghâteau-du- Loir, parce que le château de Gohémon est très-voisin de Château-du- Loir, que son père était seigneur de Tun et de l'autre, et quUl les posséda lui-même à son tour. Cependant Claude Robert le nomme Gervais Barbet ou de la Roche-Guyon; Du Boulay le nomme aussi Gervais Barbet. Hi^toria Univers itatis Parisiensis, t. I, p. 424.
(2) D. Mabillon, Acta Sanctorum 0, S. B., t. IX, p. 572. — Idem, Vetera analecta, t. I, p. 256. — D. Bouquet, t. XI, p. 443, et passim.
140 HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MANS.
jours seulement après le trépas de son prédécesseur. U accepta^ dit-on , cette redoutable charge avec un sensible plaisir^ qu'il ne chercha pas même à dissimuler (4) ; mais il ne tarda pas à éprouver combien de peines y étaient attachées.
Presque en même temps que Tévêque Gervais recevait le gouvernement spirituel du diocèse du Mans^ Hugues II, fils d'Herbert Éveille-Chien , jeune prince que notre prélat avait tenu sur les fonts du baptême , succédait à son père dans le comté du Maine. Hugues U n'était encore qu'un enfant , incapable de tenir lui-même les rênes du gouyernement de la province; Herbert , surnommé Baccon , son grand-oncle paternel, exerçait l'autorité à sa place (2). Herbert ne vit pas sans un cruel déplaisir l'élévation du nouveau prélat : les anciennes rivalités menaçaient dès lors de se réveiller; d'ailleurs Gervais était plus riche et plus puissant que le tuteur du jeune comte ; et il jouissait, dit-on, d'un ascendant plus grand que lui sm' l'esprit de la population. Les partisans de l'évêque ont accusé Herbert Baccon d'avoir voulu dépouiller son neveu au profit de son ambition personnelle ; ils ont même prétendu cpi'il avait porté (les vues sacrilèges sur le trésor de l'Église (3) : mais ces accusations semblent dénuées de fondement et contredites par la conduite entière du comte Herbert , dont la vie et les mœurs étaient sans tache. D'ailleurs, s'il avait formé les vœux criminels qu'on lui attribue, comment n'essayat-ilpas de les réaliser pendant le temps qu'il tenait Gervais éloigné du diocèse , et que lui-même était maître absolu dans le Mans? Mais Herbert succomba dans sa lutte contre Gervais; et il a dû, comme tout chef d'un parti vaincu, subir les calomnies des vainqueurs. Telle est la justice de tous les temps ! Il est d'ailleurs certain que le comte Herbert
(i) ... Sedem Avesgaudi avunculi sui gaudenter suscepit. Veteratma» lectOf t. IIÏ, p 304.
(2) D. Bouquet, t. XI, p. 631, 632.
(3) D. Mabillon, Vetera analecta^ t. III, p. 304. — D, Bouquet, t. XI, p. 135.
gëryais. i4l
▼oyait avec peine Tévèque Gervais prêt à s'emparer de l^autorité la plus al)solue sur Tesprit des habitants de la province et du jeune comte Hugues. Déjà les créatures et Je& partisans du prélat semaient des bruits propres à redoubler les alarmes du comte. Pour faire Téloge de leur chef et lui assurer de nouvelles sympathies, ils répandaient la nouvelle que Tévéque était plus riche et bien autrement brave que le comte Herbert (1) : trait de mœurs qui fait comprendre quelle idée les masses se formaient des chefs de la hiérarchie sacerdotale en ce temps-là.
La rivalité qui devait régner entre Tévêque et le comte Herbert Baccon^ pendant tout le temps que dura le gouvernement de celui-ci, se manifesta donc aussitôt. On ne nous a pas transmis le détail des circonstances qui la firent éclater ; mais il résulte du récit des annalistes que ce fut à propos de quelques-uns de ces droits si multipliés à l'é^voque féodale. Quoi qu'il en soit, pendant deux années Herbert Raccon interdit à Tévêque Gervais l'entrée de la ville épisœpale. Le prélat, avec l'activité d'esprit et les facultés brillantes que tous les contemporains lui reconnaissent, ne passa pas un temps aussi long dans l'oisiveté et dans l'attente d'un dénoûment à cette affabe. Il employa ses moyens pour faire reconnaître ses droits, et visita à cet effet les cours de plusieurs puissants suzerains du voisinage. 11 se rendit d'abord à la cour du roi de France Henri !•' ; mais les rivalités d'un grand nombre de hauts feudataires divisaient l'attention et les forces du monarque, déchiraient le royaume dans tous les sens, et ne permettaient pas au prince d'intervenir d'une manière assez efficace en faveur du prélat qui implorait son secours. Cependant, fidèle à la marche politique qui fut si avantageuse à sa race , le prince laissa espérer à Gervais une aide qu'il n'était guère en son pouvoir de lui donner. Pendant son séjour au palais du roi de France, notre évêque signa avec d'autres
(1) ... Eo qaod rébus ditior, vel melior illo diceretur a muUis... Vêlera anaiecla^ t. III, p. 304.
prélats et plusieurs barons un privilège pour les cha-^ noines de Sainte-Croix, c'est-à-diie de la cathédrale d'Orléans (1).
Cependant Tévèque exilé du-Mans s'aperçut combien les^ promesses du roi Henri lui offi*aient peu de garantie^ et û tourna ses regards d'im autre côté. Il trouva enfin dansGeoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, et comte do Vendôme^ un allié qui parut d'abord plus disposé à servir ses intérêts. Mais il lui en coûta bien cher pour s'assm*er le secours de ce puissant suzerain : révètjue du Mans se vit obligé d'offirir un acte de vasselage usit^ en ce temps^là, et qui donnait ime grande autorité à celui qui le recevait (i). D'un autre côté , Herbert Baccon avait pris les devants, il avait /ait solliciter Geofifroy Martel de se déclarer pour lui. Le comte de Vendôme, à qui les offres de Gervais semblaient peu sincères, s'était en efifet déjà allié secrètement à Herbert (2).
Notre prélat fut plus heureux dans d'autres démarches. Soit par un accommodement, soitpai' le secours de quelque puissant allié, il contraignit enfin le comte Herbert aie laisser en paix résider au ManSé Son intronisation se fit avec le plus magnifique appareil (3); et c'est vraisemblablement à cette époque que l'on doit rapporter l'établissement définitif de la pompe qui accompagnait la prise de possession des évoques du Mans, ainsi que nous la décrirons dans la suite. Les institutions féodales prenaient leurs formes définitives ; et les héritiers des puissants suzerains, en s'asseyant sur les chaires épiscopales , y portaient quelques-unes des coutumes qui tenaient au système alors en vigueur. Les anciens rites de TÉglisen'en étaient pas essentiellement modifiés, ils recevaient seulement dans leurs parties variables et extérieures des accessoires propres à frapper les peuples, et en harmonie avec les mœurs publiques.
(1) Gallia christiana, t. VIII, col. 1552.
(2) De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois^ p. 166.
(8) lUe vero in cathedra gloriosissime repositus... Vetera analecta, t. III, p. 304.
Vainqueur dans la lutte qu'il avait eue dès le début avec le comte Herbert Baccon, Tévêque Gervais songea à tirer vengeance du dédain avec lequel ses propositions avaient ^été accueillies par le comte de Vendôme. Il leva une armée^ se mit à sa tête et envahit le Bas-Vendomois , ancienne po^ession de TÉglise du Mans, que Sigefroy avait aliénée entre les mains de Bouchard Ratepilate, comme nous Favons rapporté. Loin de pouvoir prévenir les coups de son ennemi, Geoffroy Martel était alors à peine en état de les repousser : car il avait en même temps sur les bras un adversaire beaucoup plus redoutable en la personne de son propre père. Foulques Nerra n'avait pas vu sans jalousie faccroissement rapide des états de son j&ls. Celui-ci, après avoir défait en bataille rangée le duc d'Aquitaine Guillaume VI, l'avait fait prisonnier, et avait exercé Tautorité sur toutes ses provinces pendant le temps qu'il l'avait retenu en captivité. Il n'avait consenti à briser ses chaînes qu'à la condition de recevoir une rançon considél'able d'argent et la cession des comtés de Saintes et de Bordeaux. Enflé de sa puissance , il irritait son père par le dédain qu'il affectait pour lui. Le vieux Foulques, malgré les glaces de l'âge, ranima son courage et déclara la guerre à son fils en l'année 1038 (i). L^occasion de ces hostilités prouve bien que ces deux rivaux ne cherchaient qu'un prétexte pour s'attaquer. Foulques avait fondé l'abbaye de Saint- Nicolas d'Angers, et y avait placé des moines de Marmoutier , sous l'abbé Regnauld , habile architecte. Geoffroy Martel attira secrètement cet abbé à Vendôme , dans le désir d'employer sa science pour la construction de l'abbaye de la Sainte -Trinité. Il n'en fallut pas davantage pour faire éclater aussitôt les ressentiments de Foulques contre son fils, et allumer l'incendie d'une guerre acharnée. Ce fut peu de temps après, et pendant que les hostilités se poussaient avec la plus grande ardeur, que l'évêque du Mans attaqua le comte de Vendôme.
(l) D. Bouquet, t. XI, p. 137, 180.
\H HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.
Cependant^ celui-ci ayant deux ennemis en tête dans le même temps ^ ne pouvait faire face ni à Fun ni à l'autre; s'étant cassé une cuisse, il était retenu sur yn lit de douleur dans son château de Yendême (4). De là il voyaiL ses provinces tombées successivement entre les mains àiêr ses ennemis, et ravagées par eux; il ne pouvait pas même se promettre de conserver sa liberté et redoutait de se voir chargé de fers par Gervais ou par Foulcpies Nom. Réduit à cette extrémité , Geoffroy Martel fut contraint d'abaisser son orgueil et de s'humilier devant ses adver^ saires. H se détermina à traiter avec Gervais; mais il éprouva alors de la part de l'un de ses vassaux , Nihard de Montoire, un trait de fourberie bien digne du caractère que la tradition encore vivante attribue à ce seigneur (S). Nihard se présenta devant son suzerain réduit à l'inactiofi et presque au désespoir : a Je sais, lui dit-il, que vous êtes forcé de céder une partie de votre seigneurie à vos ennemis; mais je vous suis trop fidèlement attaché pour que rien puisse me séparer de vous. Proposez donc à Tévêque Gervais de lui abandonner mon fief; je refuserai ensuite de lui prêter le serment d'allégeance; je me défendrai contre lui dans mon château, et je vous le réserverai pour des temps meilleurs, sans qu'on puisse vous accuser de mauvaise foi. » Geoffroy Martel loua beaucoup la fidélité de son vassal et promit de suivre son conseil. Mais, en sortant de Vendôme, le traître alla trouver l'évêque du Mans , et après lui avoir dit qu'il savait de source certaine que le comte Geoffroy avait l'intention de lui céder une partie du fief de Montoire : « Je pourrais m'y refuser ,
(1) ... Quando pacem fecit G. cornes cum Gervasio episcopo, post infaletudinem illam qua ex fractura coxae apud Vindocinium decubucrat , coactus est donare illi aliqua suorom bominum casamenta : ïubc est Salomonis de Lavarzino.,, D. Martène, Thésaurus novus anecdotorum^ t I, col. 159. — D. Bouquet, t. XI, p. 535.
(2) Cum ergo cuperet episcopus inter alla etiam de terra Nibardi donuni sibi fîeri, prœsciens idipsum Nihardus, accessit secreto ad comilem... D. Martène, ibidem.
GERYAIS. iAh
continua-t-il; mais si vous me promettez d'«youter à mes possessions quelques terrains dsûis là forêt de Gastines^ je passerai volontiers sous votre suzeraineté. » On accuse révoque Gervais d'avoir conseillé toutes ces démarches au ^Esudataire félon (1); ce qu'il y a de certain, c'est que le marché conclu entre eux fut tenu secret de part et d'autre. Geoffroy^ abusé par de perfides promesses y céda à Gervais le fief de Nihard, et fut très-étonné de se voir pris au mot par son infidèle vassal (2). Nous verrons dans la suite Tév^ue Gervais devenu à son tour la victime du perfide Nihard (3).
Par le traité conclu entre l'évoque du Mans et Geoffroy Martel y celui-ei reconnut le premier comme chef spirituel du diocèse du Mans^ et lui abandonna une partie des fiefe duBas-Vendomois. Le plus important de ces fiefs était celui qu^occupait alors Salomon de Lavardin. Des condi-^ tioas plus dures encore lui furent imposées par son père. Ce fut avec une sellé sur le dos qu'il implora à genoux le pardon de l'implacable Foulques Nerra : a Te voilà donc enfin vaincu^ » lui cria le comte d'Anjou, en lui mettant le pied sur la gorge. — « Oui , répondit Geoffroy Martel , vaincu par mon père, jamais par un autre (4). » Cette réponse, qui flattait l'orgueil de Foulques, amena une réconciliation définitive entre le père et le fils. Cette guerre se termina en 4039, après avoir duré près de deux ans (5).
(1) ..i Sed 6. (Gerrasius) versuto Nihardo ipse versutior, non ignarus momni faominis... D. Martène, Thésaurus novus anecdotorum ^ t. I, col. i&9.
(S) Esto, inquit, comes, si Nihardus assenserit, securus scilicet ex anteriore promissione sui fidelis... Ibidem.
(8) D. Martène, hc. cit.
(4) Willelmus Malmesburiensis, lib. III, p. 97. — D. Bouquet, t. XI, p. 170.
(6} VArt de vérifier les dates^ t. XIU, p. 486, diaprés Guillaume de Malmesbury, indique Tannée 1039 comme celle où fut conclue la paix entre Geofliroy Martel et son père d'une part, et avec révêquc du Mans d'une autre. M. de Pctigny la rapporte à Tan 1036, Bréquiguy à 1037 ; les chroniques de Saint-Florcnt de Saumur, de Saint-Maurice d'Angers (apud m. 10
146 HISTOIKE DE l'ÉGLISE DU MANS.
Dans cette campagne^ Gervais commandait lui-même ses milices^ et suivait^ sans scrupule^ les lois de la guerre alors en usage ^ s'emparant des biens des yassaux poiir punir un suzerain réduit à l'impuissance de se défendnL lui-même. Une noble dame du Yendomois, nommée HéT"^ sinde, présenta en 1038 , àGeof&oy Martel et à Agnès son épouse, une supplique pour implorer leur protection centime Tévêque du Mans, Gervais, qui lui avait enlevé son fief : «Je vous ai déjà porté ma plainte, dit^lle à Geoffroy; mais vous étiez alors occupé de la guerre de votre père , et vous n'avez pu me secourir (1). »
Il est évident que dans toutes ces hostilités l'évêque Get" vais se proposait de recouvrer les possessions de l'ËgUse que Sigefroy avait concédées à Bouchard Ratepilate. Les conventions simoniaques du traité Ta valent rendu nul ; 3 est vrai que les moyens employés par Gervais pour recouvrer ces héritages peuvent paraître assez peu en haraiome avec le caractère ecclésiastique; mais ils étaient dans les mœurs du temps. Après avoir terminé cette guerre , dont il avait rapporté de si brillants avantages^ notre évêque s'appliqua avec son ardeur ordinaire au bien i^nrituel et temporel de son Église. Cette année même 1039, Guy U de Laval, qui venait d'épouser en secondes noces Rotrude de Château-du-Loir, rendit au chapitre de l'église cathédrale tous les droits cfue ses ancêtres avaient surpris depuis longues années sur la terre d'Asnières; ancien domaine de Saint-Julien. Touché d'un vif repentir, il partit peu de temps après poiu* les Ueux saints, dans
D. Bouquet, t. XI), assignent la date de 1 036. Toutes ces autorités se concilient facilement; la guerre commencée en 1036 ou 1037, se termina, après plusieurs suspensions d*armes, en 1039. En effet, Té^êque Gervais ne fut élu qu'en 5035, au mois de décembre; il ne fut délivré de ses démêlés avec le comte Herbert Baccon, qu'en 1038. Ajoutons que la charte où se trouvent relatés tous ces faits, prouve évidemment que la paii avec Tévêque du Mans fut conclue postérieurement a celle avec Foulques Nerra.
(i) Pièces justificatives, n« xv.
Tespoir d'y expiei* ses péchés (i). L'église de Saint-Aubin de Ifaule^ aujourd'hui dans la paroisse de Saint-Pierre-la- Pôté, avait été usurpée sur le clergé; Herbert, qui en était le détenteur, la restitua au saint confesseur Julien et aux saints martyrs Gervais et Protais, à la persuasion de Tévéque (â). Il amena Tun de ses vassaux nommé Herbran
(1) Gam priscorom pia necnon et sequenda monstrentur benefacta viromm, nostrorum videlicet antecessoram, qui Deum timentes ecclesias ipalos de raia facultatibas pro suarum animamm redemptiooe honorasse Yîdeatur, Nos biuus seculi divites appellati, qui sanctis nihil concessimus, sed etiam sua abstulimus ; iram Dei pro pcccato incurrimusyiiisi pénitentes in hac vita cmendare studuerimus. Quapropter ego Guido, de Dei miserioordia non diffidens, sed ipsius indulgentiam consequi desiderans, Hieroariimam peregre profecturus, omnes consnetudines qnas in terra sancti Jttliuii quam Asineriat nominant , iqjnste quidem quorumdam perverse cootilio miseram, pro mei' animi sainte, necnon domini Gerrasii episcopi et bcati Juliani canonicorum deprecatione, faventibus nostris flîiîsatqae fidetibus cunctis, amodo relinquo, ea yidelicet ratione quod BiHiis Tiddicet meorum succedentinm aliqnando earum quemlibet repetereaudeat. Si quis autem quandoque,noxio cupiditatlsardore inflammatua, biyusce uostre auctoritatis testamentom tioUre presumpserit, ab omni dectonun societate segregatus, cum ipso mortis principe inferni peoa perhenniter cogitur solvere. Quatenus vero hiyus nostre devotkmis icriptara permaneant inconvulsa, eorum qui adfuerunt subnotata sont noBiina : GerYasius episcopus, Raginaidus, Inguinus, Hisbertus, Hnbertns, Geroyus , Hyldebertus , Ebrardus , Nato, Raberius , Halbertiis« Louas, Yvo de Cripta , Fulcolinus , Tesseiinus , Gausbertns.
Adam hoc apud Gastrnm Lith, Hainrico rege, Gervasio Genomannonun poatifice, Herberto locum comitis obUnente, m idus novembris , dî» festi^tatis sancti Martini, luna zzi. Hujus etiam testamenti cartulam corrobora? it postea atque in perpetuum stabiiem et inconvulsam pennanere concessit hance suprascripti Guidonis filius, et uzor cyus Hersendis, filUqae eomm Guido scilicet atque Hugo , bis audientibus et videntibus quorum nomioa hi]\jus paginiB in memoriam subnotavimus : Yvo Frtncos, Lysiardns de Arqueneyo, Ynianus deMontefrotinerii, Fulcodfais Rttfus,GeflDridns de Roseto , Hugo Grispus, Araldus Losa, Hugo frater ejus, Ysembardus Ragottns, Rychardus filius Goscelini senescalidi, Vivianus de Fougerolis, Guarinusde Briscia, Hugo de Orenga, Odo de Boz , Guandinus de Valereio , Rosdelinus frater cjus , Fulcherius de Asinariis, Robertus filius Erchenulphi, Hugo vicarius, Rannulphus vicarios. — Livre Jaune ^ fol. 6, r., et fol. 7, v. — Livre Blanc ^ n® 48.
(3) Quicumquefidelium... EgoHerbertus ecclesiam in mea potestatc sitam, cui vocabulum est Mansay sancti Jlbini titulo consecratam, quam
à déposer sur Tautel de Saint-Julien , en présence de beaucoup de seigneurs, Pacte par lequel cet Herbran restituait l'église de Moncé et les droits qui y étaient attachés. L'évêque donna alors un canonicat au fils d'Herbran^ nommé Hélinand (1), et investit les chanoines de cette église (2). Ces exemples suflSsent pour faire comprendre l'ascendant que Gervais avait su prendre sur les esprits. Il donna lui-même des marques insignes de sa générosité par Ja fondation de plusieurs établissements de piété. Avec le concours de ses parents , il fonda à Château-du-Loir l'église de Saint-Guingalois (3) , et il y établit une collégiale de onze ou douze chanoines (4).
L'abbaye de Saint-Vincent eut une lai'ge part aux pieuses générosités de l'évêque Gervais (5). La fkmille de Ebellême portait assurément une affection particulière à ce monastère. On a vu plusieurs de ses membres relever Féglise abbatiale, les bâtiments claustraux, et lui donner des terres
pater mens Albericus aliquandiu ?i?ens injuste tenuerat, faventibus mets fratribus , l?one scilicct aiquc Roberto , necnon et Alberico , sororibos quoque , sancto Juliano, annuente Gcrvasio episcopo relinquo. Actum in die mei patris obitns, octabis sciltcet sancti Johennis evangeliste. — Biblioth. imper., fonds latin, n» 5211 B. — Livre Blanc , n» 182. — Cfr. Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 393.
(1) in nomine... Ego Gervasius Genoraanensis episcopus, notum fieri volo quod quidam mens homo , Herbrannus nomine , meo mecrumque consilio, reliquit ecclesie Beati Juliani ecclesiam de Monciaco, cum decimis et primtciis. Hoc etiam concessit uxor ejus Ricbeldis, annuente Helinando filio suo , quem propter hoc nostre matris Ecclesie canonicum feci. S. Girardus dccanus, Ebrardus cantor , Giroius de Luciaco, Frogerius de sancto KarilcfTo, et plurcs alii canonici; Guido Excoriavillanum, Hugo Espinardus , Engelbaldus de Legduno et frater ejus Albericus , Gilbertus de Beltno , Guido cornes... Ego Gervasius divina aucloritate maledico omnes qui eam donationem temerare femptaverint, fiant filii eorum orphani et uxores eorum vidue , et babeant partem cum diabolo et angelis ejus et pereant in eternum. Amen. — Bibliothèque luipér., fonds latin, no 5iil B. — Livre Blanc, iv> 179.
[%) D. Mabillon, Vetera ana/ecla, t. III, p. 305 *,
['6) Sanctus Guinyaloeius.
(4) D. Lùcd'Achery, Spicilegium ^ t. XI, p. 206.
(5} Pièces justificatives, u»» xvi et xviii.
6£UVAIS. 149
au temps de Tévèque Avesgaud. Ceiui-ci aurait sans doute achevé son œuvre de restauration et rendu au monastère de Saint-Vincent toute son ancienne importance, si les revers dont fut traversée sa carrière n'avaient arrêté la réalisation de beaucoup de ses desseins. Gervais reprit et continua Tœuvre de son oncle. Après avoir consulté les chanoines de l'église cathédrale et ses principaux vassaux , il acheva le rétablissement complet de Tabbaye (i) 11 n'y avait encore dans ce monastère qu'un petit nombre de moines pour y célébrer l'office divin ; le prélat y réunit une communauté florissante , et en confia la direction à un abbé nommé Frédéric, qui occupa le siège abbatial de 1040 à 1048. Ce prélat est loué pour le zèle avec lequel il établit et maintint l'observance régulière, et pour les biens qu^il acquit à son monastère (2). Après la mort de ce grand supérieur, Avesgaud , de la maison de Ghâteau-du-Loir et des princes de Bellême, proche parent de Gervais, fut appelé à occuper la dignité abbatiale. 11 trouva dans sa naissance même des facilités pour procurer l'avantage de son monastère , et il remplit entièrement les espérances qu'il avait fait concevoir. Sous sa conduite , l'abbaye de Saint-Yincent prit de nouveaux accroissements. Lui-même s'acquit une brillante réputation , et s'attira les respects et Tadmiration de tout le monde (3).
Jaloux de contribuer au rétablissement d'une maison qui répandait tant d'édification, l'évêque Gervais s'en déclara hautement le protecteur. 11 lui transmit plusieurs terres de son patrimoine; puis il arracha des mains d'Herbert de Milesse la vigerie de la paroisse de Sarcé ,
(1) Eo tempore quo Genoraancnsema pontifex regebam Ecclesiam , restaorarc laboravi ,- communi consilio canonicoram atque casatorum .nostrorum monaslerium... D. Martène, Ampliss. collect, t. ], col. 473.
(î) Compendium historiœ abbatiœ sancti Vtncentii, Ms. — Cet abbé Frédéric, omis sur plusieurs listes des prélats qui ont gouverné Saint- Vincent, est nommé dans le Nécrologe du chapitre de la cathédrale.
(3) Insignis et prœclarus abbas, dit un manuscrit de Tabbayc de Vendôme, en parlant d'Avesgaud.
150 HISTOIRE VE L'ÉaiISE DU MANS.
qui avait fait partie de Tancien domaine de Tabbaye , et il la lui restitua. Il donna aussi le droit de chasse aux religieux dans le bois nommé de Saint-Vincent. On sait que ce droit était très-avantageux aux moines , parce qu'il leur offrait le moyen de multiplier les manuscrits de leurs bibliothèques. Après la mort de Tévôque Gervais , son neveu , qui portait le même nom, ratifia ses donations (1).
Les moines de Saint-Vincent rétablirent aussitôt à Saroé le prieuré déjà ancien qu'ils y avaient sous le vocable de saint Martin , patron de la paroisse (2). L'évéque Gervais acheta encore l'église de Saint-Comeille-de-Bagnole (3) , et la rendit aux religieux de Saint-Vincent, auxquels elle avait appartenu autrefois (4). Il donna pour cela à Herbert, frère du prêtre Falcuin , la somme de cent sous (5), et une prébende dans l'église cathédrale à son fils Robert (6).
(1) Notum ficri volumus sancte ecclesie fidelibus tam presentibus qoam futuris, qaod postquam Gervasias archipresul excnssit Herberto de Miletia terram de Sarciaco, et reddidit eumsancto Vincentfo,,, Post mortem aatem ipsius domni Gerrasii confinnavit et corroboraTit omnino Gervasius ipsius nepos donum boc , id est vicariatam predicte terre de Sarciaco... et Venationem totius bosci sancti Fincentiiy quam abbas et monacbi sancti Vincentii ibi capi facient... Cartularium sancti Vinceniii^VL%, Bibliotb. du Mans. — D.Martènc, Ampliss. collect,, 1. 1, col. 473.
(2) Le prieuré de Saint-Martin de Sarcé, la cure et la seigneurie de la paroisse sont restés entre les mains de Tabbé de Saint-Vincent jusqu'à la fin du xviii* siècle. Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 481. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 2 et suiy. — Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 225, 495.
(3) Ou Bagnolais , aujourd'hui Saint-Corneille , près de Montfort-Ie- Botrou.
(4) Ampliss, collect.^ t. I,col. 197.
(5) En monnaie actuelle , 2820 fr.
(6) De ecclesie sancti Comelii de Banniolo concessione facta a Gervasio Genomanensi episcopo monasterio sancti Vincentii. D. Martène, Ampliss, collect., 1. 1, col. 438. — Herbert de La Guierche ( Wirchia)^ pour avoir approuvé cette donation, reçut des moines 30 sous de deniers, qui équivalent en monnaie actuelle à 840 fr. — D. Martène , Ampliss, collect,, t. I, col. 439.
GËAVAIS. iM
Gervais fonda encore en &veur de l'abbaye d^ Saint- Vincent le prieuré de Saint- Vincent-du-Lorouer , près du Giand-Lucé , sur les bords de la Veuve (1). En 1096 , les chanoînes de SainM}uilinic ou Saint-Zilinien ayant revendiqué la possession de ce prieuré, le procès Ait plaidé devant la cour de Tévéque du Mans , qui était alors HoëL CSette cour se composait de Geoffroy, doyen -, Hildebert et Geoffroy Mulot., archidiacres, et de tous les chanoines de rÉglise du Mans , en présence de Tévéque diocésain, d^ abbés de Saint-Galais, de Saintr-Aubin d'Angers et de Saînt-Maur-sur-Loire , et de quatre seigneurs laïques dont était Geol&oy de Vezot. Les religieux de Saint-Vincent lurent maintenus dans la possession de ce prieuré (S). P&rmi les principaux bienfaiteurs de cette maison , on compte le chevaUer Guillaume de L'Hommeau (3) , vers l'an 4200 , et Geoffroy Ribole , seigneur de Gourcillon , qui donna en 1219 toute la dime qu'il possédait dans la paroisse du Lorouer, et de plus quatre sous de cens sur le irillage de Foine (4). Ce priem^é, réduit à la fin en bénéfice fiLmple^ fut réuni à la charge de chambrier de l'abbaye (5).
Ces dons furent suivis d'un autre beaucoup plus consi* dérable encore. Gervais remit aux moines de Saint- Vincent 8es droits de synode^ visite etrelévation d'autels. 11 excepta seulement de cette remise générale de ses droits épiscopaux sur les éghses dépendantes de l'abbaye, ceux qui lui
(1) Lorouer, Lorocr , Lorroir : Laboratorium , sanctus Vincentius de Oratorio, — Le Lorouer, petit pays dans le doyenné de Chàteau-du- Loir , au sud de Lucé. Il se compose de deux paroisses arrosées par la Véave, Saint-Pierre et Saint-Vincent, qui étaient autrefois réunies. Voyei Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 359 et passîm.
(3) D. Martène, Ampliss. collect.t t. I, col. 562.
(8) De Ulmis. — Cfr. Cau\in , Géographie ancienne du diocèse du ManSf p. 530.
(4) In Tîco de Poina,
(5) Le revenu du prieuré de Saint- Vincent^lu-Lorouer était estimé 1640 livres. — Vesche , Dictionnaire de la Sarthe, t. V, p. 648. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 236, 554.
152 HISTOIRE DE l'É6LI9E BU MAMS.
revenaient pour la réconciliation des églises. Non content d'avoir assuré ces franchises à Tabbaye de Saint-Vincent, pendant la durée de son épiscopat^ notre prélat l'en fit jouir encore après même qu*il fut passé sur le siège archiépiscopal de Reims. A sa prière , Vulgrin , son successeur, confirma aux moines de Saint-Vincent les mêmes exemptions. Cet intérêt persévérant de Gervais pour Tabbaye de Saint- Vincent y prouve à quel degré il portait son affection pour cette sainte maison. Les chanoines de la cathédrale et beaucoup de seigneurs laïques témoignèrent également de leurs sympathies pour ce monastère ^ non-seulement en approuvant les dons faits par Gervais et Vulgrin , mais en y choisissant leur sépulture , et offrant à cette occasion des aumônes considérables. La fiscalité féodale avait établi des redevances au profit de Tévêque, jusque sur ces offrandes de la piété , mais Gervais exempta les cénobites de Saint- Vincent de cette sorte de tribut (i). Notre évêque encourageait de tout son pouvoir les dons que d'autres personnes faisaient à l'abbaye des saints martyrs (2).
Leur monastère était depuis longtemps le lieu ordinaire de la sépulture des évêques et des chanoines du Mans (3). Désireux de resserrer encore davantage les liens qui les unissaient à une communauté aussi vénérable , l'évoque Gervais et le chapitre assurèrent à Tabbaye la jouissance à perpétuité d'une prébende dans l'église cathédrale. Cette manière d'associer les monastères aux chapitres devint assez commune vers le xi« siècle; ainsi Cluny possédait des prébendes à Chaiires, à Orléans et en d'autres lieux encore; Saint-Serge d'Angers jouissait des mêmes droits dans Téglise cathédrale de Saint-Maurice , et l'abbaye de Saint- Calais possédait également une prébende au Mans (4).
(1) Notitiaiie syoodalibus, cxactionibus et aliis ecclcsiarum consuetiidinibus monasterio Cenomanensi sancti Vincentii a Gervasio et Yulgriao episcopis dimissis. — D. Martèno, Ampliss. collect., t. j, col. 436.
(2) Pièces justiiica(ives,n« xviii.
(3) Pro eo quod ibidem cpiscopalis et canonicalis babetur sepultura.
(4) D. Mabillon, Annales O. S. B., lib. LVIII, nuin. 22; lib. LIX,
GERYAIS. 153
Robert le Grammairien (1) donna à Tabbaye de Saint- Vincent une bibliothèque divisée en plusieurs parties , c'esirà-dire le corps complet des saintes Écritures (2); il donna aussi les écrits de Smaragde, probablement le Cornmentatre sur Donat (3) ; car le livre n'est pas désigné plus clairement; un Passionnai ou recueil des actes des martyrs, et plusieurs autres ouvrages d'un grand prix à cette époque (A).
L'abbé Avesgaud , pendant sa longue administration de dix-huit à dix-neuf ans , vit s'augmenter beaucoup la pirospérité de sa maison. Outre les dons et les restitutions dont on vient de parleryil recouvra encore TégUse de Coulongé (5) , ancienne propriété de son monastère ; puis il reçut les églises de Noyen , Doucelles et Nouans. Celle de Noyen, dédiée à saint Pierre, fut donnée par un chevalier nommé Odon, avec la moitié d'une chapelle dédiée à la sainte Vierge, et plusieurs droits et revenus assez
nom. 17; lib. LX, nuni. 64; lib. LXI, num. 44 et passim. — Ghoppio, Monasticon, édit. 1709, p. 172, 173. — La prébende que le monastère de Saint-Vincent possédait dans Téglise cathédrale, avait droit à une rente aunielle de 15 sous mansais, le jour de la Pentecôte (ce qui équivaudrait en monnaie actuelle à 420 fr. ). Le chapitre se déchargea de cette redevance, environ Tan 1223, et donna en échange une portion de dîme de ▼in, dans la paroisse de Nouans. Le Paige, t. II, p. 357.
(1) Plusieurs personnages qui fleurirent vers cette époque dans TÉglise du Mans, ont mérité la qualité de grammairien, qui signifie dans le langage de ce temps, un homme érudit et versé dans Tart de bien dire.
(2) ... Dédit... unam bibliothecam per partes divisam, Smaragdum, Passionale et alia non nuUa. — D. Mabillon, Annales 0. S. £., lib. LX, num. 65. — Cfr. D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VIÏ, p. 575.
(3) Cependant Tautcur des Mémoires pour servir à V Histoire de V abbaye de Saint- Vincent prétend qu'il s'agit du commentaire sur la Règle de saint Benoît.
(4) Sur la valeur des livres au moyen âge on peut consulter Leber, Essai sur V appréciation de la fortune privée au moyen âge , p. 177- 186, 2» édit. - D. Mabillon, Jnnales 0. S. D., lib. LXI, num. 6, et passim.
(5) Colonginnus.
considérables (i). La seconde fut transmise par Hervé de Doucelles; elle était dédiée à saint Martin (2). Pour la troir sième^ qui était aussi sous le vocable du saint évèqoe de Tours^ Gauthier de Montmirail et Richilde^ sa femme , la donnèrent et la vendirent en partie (3). On pense que la fondation des prieurés de Noyen et de Nouans remonte à cette époque 9 et il est probable que les religieux de Saint- Vincent fondèrent un établissement semblable à Doucdles; mais il avait disparu avant les autres (4).
Enfin vers le même temps Yves de Bellême y évêque de Séez , acheta de ses deniers l'église de Saint-Pierre de Gourgains^ et la remit à Tabbaye de Saint-Vincent (5). Roger de Montgommery et Mathilde sa femme confinnôrent en 1076 les dispositions de leur oncle (6). On Toît quel vif intérêt portait toute la famille de Bellème à augmenter la prospérité de Saint- Vincent.
Les moines de cette abbaye fondèrent encore dans le même temps le prieuré de Mézières-sous-Ballon. Cet étabUssement dut son origine aux libéralités de Robert de Sardonico; il fut aussi redevable d'une partie de sa dotation à Herbert de La Guiercbe, qui était déjà bienfaiteur de Tabbaye , et lui assura la possession de TégUse de ULévàsm
(1) ... Dono ccclesiam sancti Pétri de iVou/omo, cum decimis et sepultura...decimaiii molendinorum meorum... D. Martène, ilmp/{>f . collectif 1. 1, col. 419.
(2) Ego Herveus de I^oscella,.., ecclesiam de Docella,., donc atqœ concedo. Ibidem, t. 1 , col. 421.
(3) Gauterius de Monte Nirabiliei uxor ejus Richildis... partira dono, partira pretio contulerunt Deo et sancto Yincentio ecclesiara saRCti Martini de Noento. D. Martène, loc. cit., 1. 1 , col. 454.
(4) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 361. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 424.
(5) Annuit ecclesiam de Curia laboris cura terra altaris illius ecclesie quam émit sex libris nummorum cum orationibus suis. D. Martène, loc. cit., t. I , col. 420. — Voir les observations d'Odolant Desnos sur cette charte, Mémoires sur Alençon, t. I, p. 134.
(6) D, Martène, ioc, cit,, 1. 1, col. 493.
asRYAis. 155
dédiée à la sainte Vierge (i). Enfin Payen de Montdoubleau lui fit de riches aumônes^ comme la suite le fera voir (S).
L'abbaye de Saint-Vincent était redevable de tous ces bienfaits aux vertus et aux lumières de ses pieux habitants. Parmi tous ceux-là se distinguait à ce double titre Witcherus, que ses qualités éminentes firent élever à la dignité d'abbé dans un monastère dont on ne connaît pas le nom (3). Ce religieux doit occuper un rang distingué parmi les hommes illustres qu'a produits notre province. La piété des moines de Saint-Vincent leur fit contracter des liens de firatemité avec le monastère de Saint-Flaceau, dans la ville du Mans (4). Ces liens se resserrèrent toujours de plus en plus 9 et sous Tépiscopat d'Hoël les religieux de Saint-FIacaau furent soumis à ceux de Saint-Vincent (5).
Q fie fit encore à la même époque un grand nombre d'autres fondations monastiques dans le diocèse du Mans; témoignages incontestables de la sainteté des moines , des services qu'ils rendaient^ et de la foi qui animait nos populations. Quelques-tms de ces prieurés durent leur origine à la puissante abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme, (jeoffroy Martel, poursuivi par les remords de sa conscience > qui lui reprochait son mariage incestueux avec Agnès, veuve de Guillaume le Grand, comte de Poitiers, jeta vers Tan i036 les fondements de ce monastère , qui fut terminé en i040. La dédicace s'en fit à cette époque avec la plus grande solennité. Les populations entières des diocèses du Mans et de Chartres furent mises en mouvement par ime fête aussi splendide que pieuse. Ce fut pour Geoffroy Martel ime occasion favorable de se
(1) ... Concessit ctiam ecclesiam de Maceriis, quara Robertus de Sardonico ois dederat. D. Martène, loc, cit,f 1. 1, col. 440.
(2) D. Martène, loc. cit,, col. 535.— Cauvin, Géograpliie ancienne du diocèse du Mans, p. 223.
(3] D.MabiUon, Annales 0. S. B., lib. LI, num. 50 ; eijippendiXyX. TV, ii»i4.
(4) Pièces justificatives, nom.
(5) D. Martène, Ampliss. collect., t. T, col. 531.
i5Ô HISTOIRE DE, l'ÉGLISË DU MANS.
réconcilier avec ses anciens ennemis. Aussi parmi les prélats qui s'y rendirent, et que quelques historiens portent jusqu'au nombre de soixante-six (i), on distingue Tévêque du Mans , qui voulut sans doute par là donner au comte de Vendôme une preuve de la sincérité de sa réconciliation. L'abbé Ébrard de Saint-Galais^ Hugues^ abbé de Lonlay , et Hermentus, abbé de Notre-Dame de Tuffé , s'y rendirent également. On y voyait aussi l'élite de la chevalerie des provinces voisines et du Maine; Salomon de Lavardin^ Nihard de Montoire, Guillaume de Château-du-Loir, frère de l'évêque du Mans, Geoffroy de Pruillé, Ardouin des Roches-rÉvéque (2). Tous ces hauts personnages, appartenant au diocèse du Mans, signèrent la charte de fondation. Les prélats apposèrent aussi leurs noms au privilège par lequel Thierry , évêque de Chartres, exempta la nouvelle abbaye de la juridiction de l'ordinaire , et lui accoixia d'aur tresfaveui's(3).
Afin de peupler promptement son monastère d'un grand nombre de religieux, Geoffroy Martel invita de tous côtés les moines à y venir, et il les engagea par des bienfaits à se rendre à ses désirs. La plupart de ceux qui répondirent aux exhortations du comte de Vendôme étaient du diocèse du Mans, et surtout de l'abbaye de Saint-Richmirsur-le-Gondré. Dédiée primitivement aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, cette abbaye prit plus tard le nom de son fondateur, par suite de la vénération des peuples pour ce saint religieux, et des miracles opérés à son tombeau. L'observance régulière s'y était maintenue au milieu des
(1 } Simon, Histoire de f'endôme.
(2) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LVllI, num. 20, 21. Le texte de la charte de fondation se lit dans VAppendix au t. IV, n© 56, et dans Launoy, Inquisitio in privilegiis monasterii VindocinensiSf p. 1, 36, 71. — Gfr. Simon, Histoire de Vendôme, t. H, p. 15, 20; t. IH, p. 222- -- Bibliotheca maxima Patrum (edit. Lugd.), t. XXI, p. 86. — Labbe, Concilia, t. IX, p. 938, 939. — D. Bouquet, t. XI, p. 505, 635. ■— De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois , p. 176. — Salmon, Chroniques de Touraine, p. 188, 122.
(3) Goffridi abbatis Vindocinensis Opcra, p. 402. — Simon, loc. cit.
GERYÂIS. i57
innombrables vicissitudes de la société , depuis les premières années du YiTi*' siècle. Gharlemagne , en 802^ et Louis le Débonnaire, en 832, assurèrent à TÉglise du Mans la jouissance du tiers des revenus de ce monastère (i). En 4040, la plupart de ses religieux ayant été habiter Tabbaye de Vendôme, le monastère de Samt-Richmir-sur^le- Gondré demeura presque désert, et ne tarda pas à s'éteindre entièrement. Par suite de ce malheur , le souvenir du saint abbé, fondateur de cette pieuse retraite , disparut peu à peu de la mémoire des Manceaux. A la place de l'ancienne abbaye s'éleva ime très-petite paroisse nommée SatntrRimé (2). Dans les derniers temps , la cure appartenait à Tordre de Prémontré ; elle était à la présentation de l'abbé de Saint-Georges-des-Bois (3). C'était encore un souvenir de sa première origine.
En vertu du titre de sa fondation , l'abbaye de la Trinité posséda une partie notable de sa donation dans le diocèse du Mans (4). GeofBroy Martel , ayant fait une enquête de tous les défrichements opérés dans la forêt de Gastines, y trouva beaucoup de désordres. Ce vaste territoire, autrefois tout couvert de bois, et qui forme quinze paroisses actuelles, avait été livré par Renault I«% comte
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. 111, p. 248, 230, 264. - Balaie, Misceiianeay l. III, p. 28.
(2) Sanctus Richmirus, sanctus Rigomerus.
(8) La cure de Saint-Rimé était estimé 700 livres. — Cette paroisse a été réunie au diocèse de Blois, en 1801. — Son nom s'écrit présentement Saînt-RImay.
(4) In saltu Vastine ecclesiam quœ dicitur Heremiianwiy cum duobus mansis terre... In pago Cenomahico bsc sunt que concessimus: apud Villnm Dei ecclesiam sancte Marie cura integritate sua, cum terris cultis et incuUis, aquis et aquarura decursibus, siWis, pascuis, exitibus et reditibus et vicaria cura universis consuetudinibus. Silvam de Huisedo tolam ad extirpandum etcolendum quiète cum vicaria et omnium redituum suorum plenitudine. Medietatem ecclesie de Toreio, cum omnibus ad eam pertiuentibus. Apu 1 Hispanincum de terra mansos quatuor, cum toto tcrragio et dcciinis. Medietatem dcnariorum do pasnatico tôt lus forcstis Vastine, o\ totani terram cjusdem silve, profuluram vidclicet in luminaria ecclesie. Cliarta fundaiionis ahhatiœ sanctœ Trinitatis.
158 HISTOTRE DE l'ÉGLISE DU MA19S.
de Vendôme et évoque de Paris, aux mains des cultivateurs, fi avait encouragé les travaux par de larges concessions de terre; mais, malgré cette générosité , il se trouva un grand nombre de colons qui s'emparèrent de terrains plus ou moins considérables dans la forêt , les défrichèrent et les cultivèrent comme leur propriété. Par suit^ des mesures prises par Geoffroy Martel, toutes les terres pour lesquelles les détenteurs ne purent justifier une légitime possesâon furent attribuées à Tabbaye de la Trinité. Les colons ne se virent pas pour cela dépoidllés de leurs ciiamps^ mais ils furent soumis à Tautorité des religieux devenus leurs seigneurs, a Cette autorité, dit M. de Pétigny , était beaucoup plus douce et plus éclairée que celle des seir gneurs laïques. Les vassaux de la Trinité surtout trouvé* rent de grands avantages dans les privilèges de cette ahbaye. Participant à toutes ses immunités, ils étaient à Tabri des exactions qui pesaient sur le reste de la population rurale ; le gouvernement des abbés était en général sage et paternel ; la justice se rendait dans leurs cours avec équité et à peu de frais; toujours attentifs à protéger leurs sujets , ils les défendaient contre les vexations des hommes puissants et les brigandages des gens de guerre. Dans les temps de calamités, ils venaient au secours des cultivateurs, les nourrissaient dans les famines et les soignaient pendant les épidémies. L'infirmieretTaumônierdu monastère avaient la charge spéciale de parcoiu»ir les villages , de s'informer des besoins , de secourir les pauvres et de soulager les malades. Aussi la condition des vassaux de l'abbaye était-elle préférable à celle des hommes libres d'une classe inférieure : et c'est pourquoi l'on trouve à cette époque tant de chartes par lesquelles les hommes, renonçant à une liberté onéreuse , se constituaient volonr tairement serfs d'un monastère. Pour cela, ils se présentaient dans l'église de l'abbaye , ayant au cou une corde dont ils remettaient le bout dans les mains de l'abbé, en signe de sujétion, et ils déposaient sur l'autel l'acte d'asservissement... Ils se donnaient, eux, leur femme, leur
6ERVAIS. 459
postérité^ et tout ce qu'ils possédaient^ sous la seule condition qu'on leur assurerait pendant leur vie le vêtement et la nourriture conune aux serfs de l'Église (i).
a Ne soyons donc point étonnés si la population accueillit avec reconnaissance les mesures prises par GeolFroy Martel^ pour mettre la plupart des colonies de la forêt de Gastines sous la dépendance de Tabbaye de la Trinité. C'était le meilleur moyen d'assurer l'œuvi-e de civilisation et de défrichement conunencée par les évèques du Mans et continuée par le prélat Renault. Dans ce but^ on fonda plusiexurs prieurés sur divers points de ce vaste territoire... Les prieurés étaient les chefe-lieux des exploitations rurales dont se composaient les domaines monastiques; ce sont ces établissements qui ont porté la culture jusque dans le fond des vieilles fcnréts de la Gaule^ beaucoup de nos viliBigeSj et même de nos villes^ doivent b^ur existence à un prieuré (â). » Ces sages réflexions du savant historien du Vendomois doivent s'appUquer non-seulement aux étahlîssements fondés par l'abbaye de la Trinité^ mais encore à tous ceux qui durent leur origine aux autres abbayes de notre pays : Saint-Calais^ Saint-Vincent, la Couture, Lonlay, Marmoutier, Saint -Aubin, Saint- Serge, et les autres. C'est parce qu'elles mettent dans tout leur jour la poôtion des colons et des serfs dépendant des monastères, c'est-à-dire d'un tiers environ de la population du Maine, que nous les avons rappoiiiées dans toute leur étendue.
L'abbaye de la Trinité fonda cinq prieurés dans la partie de la forêt de Gastines qui lui fut attribuée ; un à Pruuay, dans la colonie fondée par l'évêque Renault, sous le nom de Ville-l'Évêque; un à Houssay , un à Monthodon, un aux Hermites et enfin un à Ville-Dieu. De ces cinq prieurés, deux étaient situés dans le diocèse de Chartres, IMonthodon et Prunay ; les trois autres étaient compris
(1) De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois p. 179. — Cfr. Simon, Histoire de Vendôme^ t. H, p. 37 à 48. — D. Mabillon, Annales O. S. B., lib. LXI, num. 5.
(2) DePétigny, ibidem, p. 180.
dans le territoire de l'Église du Mans. Celui de Houssay (1) n'a pas laissé beaucoup de souvenirs; on sait qu'il était fondé avant l'année H30 (2). On ne possède pas plus de renseignements sur celui des Hermites (3), qui était dédié à saint Beuoit. Mais son nom et l'église ancienne^ antérieure même aux moines venus de Vendôme, font voir que la vie érémitique , qui florissait à la même époque dans les déserts et les forêts du Passais, n'était pas non plus stérile dans les solitudes du Bas-Vendomois. Tout porte même à croire que les imitateurs de saint Paul et de saint Hilarion y étaient très-nombreux, puisque la forêt de Gastines, dont on a vu l'étendue considérable, pottait le nom de forêt des Hermites (4). La forêt de Concise , près de Laval , était aussi habitée par des solitaires qui s'adonnaient aux exercices propres à la vie érémitique. Il s'y forma , à la même époque , un prieuré qui porta le nom de Saint-Ëtienne-des-Hermites. Il était situé dans la paroisse d'Ahuillé (5), et il fut donné, peu de temps après, à l'abbaye de Vendôme. Enfin ce fut aussi vers la même époque, que le prieuré de Notre-Dame-de-llîermitage, sur le territoire d'Hardanges (6), dans le Passais, fut fondé et soumis à l'abbaye de Saint-Faron de Meaux, qui florissait alors par un grand nombre d'hommes d\m , haut mérite (7). Nous pourrions nommer encore d'autres
(1) Houssay , Housse, ffusseium. Paroisse réunie au diocèse de Blois, en 1801.
(2j Gauvin^ Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 221.
(3) Eremitœ; Ermites. — Paroisse réunie au diocèse de Blois, en 1S91. — Gauvin a omis ce prieuré ; Le Paige, qui ne parle pas de celui de Houssay , indique Texistence de celui-ci , Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 410. — Gauvin commet une erreur quand il dit, GéogrO' phie ancienne du diocèse du Mans, p. 306, que la paroisse des Hermites représente Tancienne Capella Hugonis in foresta Gastinœ; la charte que nous a'voos citée plus haut prouve le contraire.
(4) Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 306. (6) Hilliacus , Ahuilleyum.
(6) Hardangia, Hardengia,
(7) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 399.— Gauvin,
&ERTAIS. 161
solituctes dans le Maine, dans lesquelles la vie érémitique était pratiquée; toutefois, il faut le reconnaître, elle semblait être dans une période d'affaiblissement; beaucoup de ceux qui l'avaient embrassée d'abord passaient à la vie cénobitique. Cette décroissance alla toujours en augmentant jusque vei*s les dernières années du xi* siècle; alors, à la voix d'un puissant thaumaturge, la discipline des ermites reprit un nouvel éclat dans le diocèse du Mans, comme nous le rapporterons. Revenons aux fondations de Tabbaye de Vendôme dans notre province.
Le plus considérable de ces prieurés fut celui de Villedieu, sous le patronage de saint Jean. Il était situé au milieu d'un vadlon solitaire, sur l'extrême limite du Bas- . Vendomois, près de la petite ville de la Ghartre. Frappé, sans doute, des beautés de ce site alpestre, Geoffi*oy Martel y avait bâti dès l'année 1035 nm chapelle sur un mamelon qui domine l'étroite vallée. Le comte avait donné au groupe d'habitations qui se forma promptement autour de l'humble sanctuaire, le nom de village de Dieu (i). Par un acte du 5 novembre 1039, l'évêque Gervais, faisant la paix avec lui, céda à l'abbaye de la Trinité tous les droits de cure sur la nouvelle paroisse et sur l'église que l'on venait de construire (2). Cependant les évêques du Mans, propriétaires de toute cette contrée avant la cession faite par Sigefroy à Bouchard Ratepilate, avaient déjà fait dans ce riant désert quelques tentatives de colonisation , et élevé des digues pour contenir le ruisseau; par xm nouvel acte du 25 juin 1040, Gervais abandonna aux
Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. Itl. — D. Mabilloii, Âmmales 0. S. ^., lib. LXiV, num. S7, et passiin.
(0 VUla Dei,
(3) ... HuiuB altaris Ticarius , sive persona, est Fulco monachus. S. Gervasii presulis , qui boc scriptum fieri fecit et firmaYÎt. S. Yvonis archidiacooi. S. Willelmi decani. S. Odonis thesanrarii. S. Rainoldi cantons. S. Girardi archidiacooi. S. Gausberti archipresbyteri. S. Benedictl arcbipresbyteri. S. Frogerii arcbipresbyteri. S. Arnoldi grammaticietdiaconi. S. Ingelberti canonici et diaconi. D. Martène, Thesaur. nov, anecd., i. I, col. 158.
m. il
16*2 HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MANS.
moines de Vendôme le com*s d'eau et les digues pour foiv mer deux étangs au-dessous du mamelon près duquel leur prieuré était bâti (l).
Ainsi la fondation du prieuré de Villedieu fut due primitivement au comte Oeoffroy Martel ; mais Tévêque Gervais contribua puissamment à sa dotation. Sur les terrains qu'il avait donnés pour établir des étangs , Gervais s'était réservé douze deniers de cens (2) ; dans la suite Hugues le Long, seigneur de Château-du-Loir et de Cohémon, neveu de Gei'vais et Tun de ses liéritiers, avec sa femme Alexandrine, fille d'un seigneur de Bouloire (3), voulurent reprendre le don fait par leur oncle ; mais , pour prévenir les embaiTas d'une procédure , les moines leur donnèrent en 1072 douze sous tournois (4), et un Psautier de la valeur de dix sous (5)^ qu'ils exigèrent, et enfin^ à chacun de leurs quatre enfants^ deux deniers (6). Après cela, Hugues et sa femme ratifièrent le don £ait par leur oïicle,
(1) Donatio Gervasii Cenomauensis episcopi stagnorum Fille Dei.
Gervasius... suggercntibus comité Gosfredo et Agaete comitissa, dat Vindocino ripariam quoddam torrentis apud Villam Dei , cujus aqua ex fonte Roissoni procedens in Leuro flumine dcrivatur, dextra levaque duos contra se retinens suos riparios, ex quibiis superiorem riparium sub tali ratione confort ut monachi de eodem loco stagna ibi faciant copiosa, XII denarios in festivitate sanclorum Gervasii et Prothasii , id est, idus decembris annualiter persolventes. Auctoritate autem pontificali sub gravi anathemate probibeinus ne quis unquam ipsa stagna présumât invadere. S. Gervasii prsesulis qui hoc scriptura fieri preccpit et propria manu firmavit. -- S. Guillelmi fratris ejus. — S. Racherii de Bolaria.r— S. Hugonis de Genea. — S. Burchardi Rufi. — S. Gualteri de Razen, — S. Lisoï Bocel. — S. Bertranni Forestarii. — S. Rainaldi. — S. Richardi filii Avani. — S. Humberti vicarii. — S. Gilduini capellani. — S. Fulconis monachi. — Episcopaliter actum sive roboratum apud Luciaci Castrum vi|o kal. julii anno incarnation is Domini MXXXVm, indict. yi, régnante Henrico rege.— Cariularium Vindocinense , Ms.,.et Bibliotb. Impér., collection D. Housseau, n" 443.
(9J En monnaie actuelle, 28 fr. IG c.
(3) Bmlidus.
X^) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 338 fr.
(n) Soit, en monnaie actuelle , 282 fr.
(6) Soit 4 fr. 69 c.
GERVAIS. i63
et y ajoutèrent des terrains pour y bâtir des moulins et des maisons (i).
Outre le motif religieux qui porta Tévêque Gervais à user de cette générosité envers la communauté de Villedieu y il avait sans doute aussi Tintention de se concilier la faveur de Geoffroy Martel, dont il avait été naguère encore le plus mortel ennemi. Voyant la fol*tune toujoui's croissante du comte de Vendôme , notre prélat laissa voir souvent ce dessein de s'attacher ce prince. 11 craignait avec fondement que Geoffroy Martel, vainqueur de ses principaux adversaires, ne voulût reprendre les parties du Bas-Vendomois qu'il avait été contraint par des circonstances malheureuses de lui céder à contre-cœur. Mais les récits suivants montreront combien cette politique réussit peu à Tévêque du Mans.
Quant au prieuré de Villedieu, il prit en peu de temps de nouveaux accroissements, pai- les dons qui lui furent offerts. Ainsi Gauthier, fils d'Hamelin de Langeais (2) , ayant tué dans une rencontre un cousin de GeoflBpoy Martel, nommé Maurice, donna à ce monastère deux moulins pour apaiser la colère du comte de Vendôme (3).
Mais tous les biens temporels dont ce prieuré fut comblé dès sa fondation, n'auraient pas répandu sur lui* l'éclat dont il jouit pendant plusieurs siècles, s'il n'avait joint à une grande existence féodale l'ornement des vertus religieuses, et surtout la gloire de posséder pendant plus de quatre cents ans le coit[)s de saint Eutrope , martyr. Peu de temps après sa fondation, Tabbaye de la Trinité obtint le corps du glorieux témoin de Jésus-Christ que nous venons de nommer. On connaissait alors dans toutes
(1) Biblioth. Impér., collection D. Rousseau, n» 443.
(2) Alingaviensis , Ian(i&^at;{>, le^tacuTTi. Langeais, Indre-et-Loire.
(3) Cartularium Vindocinense. Ce manuscrit de la riche bibliothèque de sir Thomas Phillipps, baronnet, à Middlehill, comte de Worccsier, contient plusieurs chartes relatives au prieuré de Villedieu; on en trouve quelques-unes dans la collection D. Housseau , Biblioth. Impér.
les Églises d'Occident la vie y les travaux et la mort triomphante de saint Kutrope , envoyé par saint Clément , au premier siècle de Tère chrétiemie, pour évangéliser le pays de Saintes. Depuis l'époque de son martyre y le pontife n'ava't pai» reparu aux yeux des chrétiens; sa dépouille mortelle restait dans le sépulcre où la piété des fidèles l'avait enseveli aussitôt après son trépas. Le saint martyr manifestait cependant sa puissance par des miracles , aliments continuels de la foi et de la piété envers l'apôtre de la Saintonge. Il parait néanmoins que l'abbaye de Vendôme possédait dès lors quelques parcelles dJee restes précieux de cet illustre pontife. Mais aussitôt qu^nn saint 9 un martyr du nom d'Ëutrope commença d'6tre honoré dans l'abbaye de la Trinité , et qu'il y fit éclater sa présence par des prodiges , le peuple de nos contrées , les religieux eux-mêmes , tous crurent naïvement être favorisés de la présence des cendres précieuses de l'apôtre de Saintes; et Ton commença dès lors^ ou pea après ^ à les honorer en cette qualité. Elles furent transportées ensuite dans le prieuré jde Villedieu ; elles y demeurèrent phis de quatre cents ans^ et les grâces miraculeuses qu'elles y répandirent en grand nombre y attirèrent un prodigieux concours dépeuple; le prieuré de Villedieu était devenu l'un des sanctuaires les plus fréquentés du diocèse du Mans. Les reliques de saint Ëutrope furent ensuite reportées dans l'abbaye de Vendôme, où elles furent honorées jusqu'au renversement des autels. Il était réservé à nos jom'S de constater que ces glorieuses dépouilles n'appartenaient pas au fondateur de l'Église de Saintes , mats à im saint martyr du même nom , dont les actions ne sont pas encore connues (i ) .
(1) Simon, Histoire de Vendéme, t. III, p. 231.— D. MabiUon , Annales 0. S. B., lib. LXIII, num. 60; lib. LXVII. - Recueil des pièces relatives à la reconnaissance des reliques trouvées dans Végiise souterraine de Saint^Eutrope de Saintes, le \9 mai 1843, I» part, p. 82 à 89; %• part., p. 11 à 26, 49. — Briant, Histoire de VÈglist dt Saintes , l. I, p. 6 et 8uiv. — Gallia christiana, t. II, col. 1054.
&SRVA1S. 165
Cependant les moines de Villedieu durent craindre de se voir dépouiller de leurs possessions dans la forêt de Gastines. Les seigneurs voisins s'étaient approprié une partie considérable des nouveaux défrichements^ et les colons eux-mêmes. Ceux-ci à leur tour prétendirent se ' rendre indépendants : s'unissant les uns aux autres, ils prirent les armes et se crurent assez forts pour braver Tautorité de leur puissant suzerain , en sorte que la guerre civile fut sur le point d'embraser cette partie de notre diocèse. Mais la fermeté de Geoffroy Martel eut bientôt contraint les rebelles à rentrer dans le devoir (1). Le prieuré continua pendant plusieurs siècles à tenir un rang important dans le diocèse ; il était desservi par un nombreux chœur de moines^ mais dans les derniers temips il était devenu prieuré simple (2). On ne voit plus aujourd'hui, à la place qu'il occupait, que des ruines; il ne reste plus des constructions du xi^ siècle que la nef de l'église à moitié renver6ée94lHi caves et des galeries souterraines dont la colline semMe être percée en tous sens, et quelques arceaux des vieux doitres à demi-enterrés sous des monceaux de décombres (3).
Geofl5x)y Martel avait donné à l'abbaye de la Trinité les seigneuries des Hermites, de Houssay, de Gastineau ou Chemillé, et de Villedieu. Ingelbault le Breton loi donna peu de temps après l'église et la seigneiu*ie de la pureisaB de Saunières*, près de Montoire, dans le Bas-Vendom0is(4). Au reste, les dons du comte Geoffroy Martel envers les églises du diocèse du Mans situées dans son fief de Vendôme , ne se bornèrent pas à ceux que l'on vient
(i) Shnon , loc. cit. — Ce sonlèrement des cokms d« la fMrét dd Gastines doit se rapporter aa iiioa?ement communal , dont nous parlerons bientôt.
(%) Estimé 2,009 livres. — La cura, a la présentation de Tabbé de Vendôme, estimée 400 livres.
(3) De Pétigny , loc. cit., p. 181 .
(4) Sameriœ, Sanneriœ.-- Gallia christiana. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 486, 635.
d'énumérer (1); sa piété dota encore notre pays d-autre$« monuments.
L'antique abbaye de Saint-Georges-des-Bois, tombée au milieu des bouleversements du ix« et du x* siècle , fut relevée par lui en Tannée 1045. On doit déplorer la perte (lu plus grand nombre des documents concernant cette royale abbaye ; il nous suffira de rappeler ici en substance quelques souvenirs échappés à ce naufrage^ nous réservant de faire connaître dans la suite un petit nombre de faits épars qui se rattachent à d'autres événements. Geoffroy Martel se montra très-généreux à l'égard de ce sanctuaire; il lui donna la seigneurie des paroisses de Saint-Pierre et de Saint-Martin-des-Bois , Saint-Genest-de-Lavardin , Saint- Jacques-des-Guérets^ Saint-Amoul, Yillefranche ^ Saint- Rimé, Mon treuil; il lui donna aussi Fosse-Poudreuse et autres lieux voisins (2). Le restaurateur de l'abbaye y établit des chanoines réguliers à la place des moines qui l'avaient d'abord habitée au vi*" siècle. Il leur céda le droit de justice sur leurs sujets et celui de chasse dans la forêt qui avoisinait le monastère. On a vu combien ce droit de chasse était avantageux aux religieux qui s'adour naient à l'étude. Au reste, les chanoines réguliers, pas plus que les moines, ne se livraient eux-mêmes à cet exercice défendu par les canons; mais ils l'exerçaient par leurs serfs et leurs colons. Ce droit avait encore un avantage très-considérable pour les moines ; il éloignait de leurs demeures les bruyantes sociétés des seigneurs féodaux,
(1) Nous ne prétendons pas énumérer tout ce que l'abbaye de Vendôme possédait dans le diocèse du Mans , comme des terres et des moulins à Tboré et autres lieux. Ces recherches pour cette abbaye , comme pour les autres , nous entraîneraient hors de notre sujet.
(2) Armoiries de Tabbaye de Saint-Georges-des-Bois : Tiercé en bande d'argent, de vair et d'or. — Gauvin fait observer que ces armoiries sont probablement celles données par le traitant , qui pour le Yendomois avait généralement adopté le tiercé en bande. L'abbaye de Saint- Georges devait en avoir d'autres. Supplément à la statistique de laSarthe,
ioujoui*s suivis de meutes nombreuses et de grands inconvénients pour les paisibles habitants du cloitre. Les religieux de Saint-Georges jouissaient encore du privilège de prendre leur bois de chauffage dans cette forêt. D'autres barons s'unirent à Geoffroy Martel pour relever l'abbaye fondée par la reine Ultrogothe et saint Innocent. Bouchard de Lavai'din (1), comte de Vendôme , petit neveu de Geoffroy , lui accorda l'une des prébendes de la collégiale de Saint-Genest à Lavardm ^ en 1188 ^ sous l'épiscopat de Renault (2).
Les chanoines réguliers de Saint-Georges-des-Bois fottdèrent en peu de temps sept prieurés dans le diocèse du Mans^ et quatre dans l'archidiaconé de Vendôme, qui faisait aloi's partie du diocèse de Chartres, Épiais, Saint- Fîrmin , l'Isle , SaintrLubin. Les prieurés situés dans le diocèse du Mans, et auxquels les soins de la paroisse étaient toujours unis, étaient: Saint- Amoul (3), Saint- Jacques-de&^uérets (4), Lavardin, sous le patronage de saint G^iest (5), Saint-Martin-des-Bois (6), Saint-Rimé , destiné d'abord à remplacer l'ancienne abbaye de Saint- Ridmrir-sur-le-Gondré, Villefaux (7), sous le patronage de saint Etienne, et enfin Saint-Pierrè-des-Bois (8). Les sept paroisses que nous venons de nommer étaient voisines de Troôetde l'abbaye, qui se trouvait dans le territoire de Sûnt-Pierre-des-Bois. Ces prieurés-cures subsistèrent jusqu'à la suppression du monastère, toujours à la présentation de Tabbé de Saint-Georges, et desservis par ses reUgieux. L'abbaye ne conserva pas son domaine féodal aussi
(i) Lavardinum.
1%) Barcardus de Lavarzino, cornes VindocineDsIs,... unam prebendarum suarum ecclesie saiicti Genesii de Lavarzino abbatie sancti Georgii de Nemore dédit in perpetuum. Livre Blanc,
(9) SancttAS Amulphus.
(4) Sanctus Jacobus de Garetis.
(5) SancttAS Genesius de Labricino,
(6) Sanctus Martinus de Bosco.
(7) Villa Faudi.
(8) Sanctus Petrus de Bosco.
168 HISTOIRE DE l'ÉGLI8E DU MANS.
entier : dans les derniers temps de son existence elle avait aliéné les seigneuries de Saint-Genest-de-Lavardin et de Saint-Arnoul ; celle de Saint-Pieire-des-Bois appartenait par indivis à Tabbé de Saint-Gex)rges et à M. de Marizi.
La liste des prélats qui gouvernèrent ce monastère n'e«t pas parvenue jusqu'à notre temps. Un religieux nommé Brice le dirigeait en 1 i 87, un autre nommé Jean, en I34f ^ et un troisième appelé Matthieu , en 1466. François Dubourg^ évèque de Rieux, de 1530 à i564, reçut cette abbaye en commende. Geoffroy Charlet , bachelier èe droits, y fut nommé en 1565, et Jean-Baptiste le Bossu ^ en 17 1 3 ; Dominique-François Hamon des Roches, en I T9S, et de Pujols, nommé en 1763. Les Prémontrés réformés y furent introduits en 1726 (1).
En restaurant cette abbaye^ Geoffroy Martel obéit aux impulsions qu'il recevait de sa femme , qui éleva en même temps ime collégiale dédiée à saint Georges près de bqd château de Vendôme (2). Le comte déploya dans cette fondation une grande générosité^ non-seulement par la dotation qu'il assigna ^ mais encore par la magnificence des édifices claustraux. Il y construisit une église, dont on peut encore admirer les voûtes élégantes et hardies , soutenues par des colonnes à chapiteau]^ richement sculptés. Ces constructions^ dont le caractère se rapproche déjà du grand style architectural du xii« siècle , datent probablement des dernières années de la vie du fondateur^ de 4080 à 1060 (3).
(i) Le Paige, Dictionnaire hisiorique du Maine, i. II, p. 415, et pa«siin. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. Il, et passim. — GauTin, Géograpliie ancienne du diocèse du Mans, p. Î09, 685, et passim. — La Province du Maine, 1847, p. 23.
(2) Gesta consulum Andegavensium ^ apud d'Achcry, Spicilegium, t. X, p. 482, 483. — Salmon, Chroniques de Touraine, p. 122.— Simon, Histoire de Vendôme, t. III. — De VéU^ny , Histoire archéologique du Vendomois, p. 169. — Cartularium abbatiœ de Pietate Dei, Ms. de Gaignières à la Bibliotb. Tmpér., n» 205.
(3) De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois,^. 178, 198. Voir
GEHYAIS. 169
Toutefois, Geoffroy Martel, pour donner à la collégiale de SaintrGeorgeg de Vendôme une plus grande importance, lui avait annexé l'abbaye de Saint-Georges-des-Bois avec toutes ses dépendances. Mais cet état de sujétion ne dura pas longtemps pour notre abbaye, qui fut bientôt rendue à sa liberté première. Les successeurs de Geoffroy Martel <lan8 le comité de Vendôme , lui continuèrent leur protection : outre Bouchard de Lavardin , dont nous avons parlé, Cîeoffroy de Preuilly , sous Tépiscopat d'Hiklebert, en augmenta les revenus (1).
Geoffroy Martel fonda aussi à Troô, sous le patronage de saint Martin, une collégiale qui a subsisté jusqu^à la fin du siècle dernier. Ce fut vers Tannée 1050 que se fit cette fondation : car la ville de Troô, ancien oppidum celtique, chef-lieu du pays Labricin (2) , selon une opinion probable, n'a jamais appartenu aux comtes de Vendôme, qui ne possédaient dans cette contrée que les villages détachés par Sigefroy du domaine de l'Église du Mans. Jusqu'au xvin^ siècle , la ville de Troô est toujours restée sépara du comté, depuis duché de Vendôme, quoique -les campagnes qui Tenvironnent y fussent comprises, et n'a pas cessé de dépendre du comté du Maine. Ce fut donc après être deyenu maître du Mans, par la moi*t du comte Hugues II et Texpulsion de Févêque Gervais, que Geoffroy Martel put bâtir une église à Troô. Cet édifice s'élève au ■sosomet de la montagne sur laquelle la ville est assise, près de la tombelle celtique qui la couronne et domine un immense horizon. Son clocher était siu*monté dMne flèche en pierre qui a été détruite par le feu du ciel et remplacée par une simple toiture en bois; toutes les autres parties de Fédifice datent du xi« siècle. Les chapiteaux historiés des colonnes qui sont à l'entrée du chœur présentent des
daqs cette histoire une planche qui représente la partie de cette belle église qui subsiste encore. PI. 21^^22.
(1) LcPaige, t. H, p. 415.
(2) Pagus Labricensis.
170 uisTOiRË D£ l'Église du m^s.
détails curieux. Le vaisseau n'a qu'une nef; mais Taspect général en est imposant et grandiose ; c'est le cachet de toutes les constructions de Geoffroy Martel (i). On a remarqué que celte église présente dans le style de ses chapiteaux et dans toutes ses parties une foule de traits de ressemblance avec la nef de notre église cathédrale. On y i*etrouve également le symbole des colombes à queues de serpent qui boivent dans un calice y les sagittaires combattant le dragon y Daniel dans la fosse aux lions, et autres figures destinées à rappeler aux fidèles divers points de leur croyance. Quant au chapitre de SaintrMartin^ il fat sans doute richement doté par son fondateur. Il comptait sept prébendes (2) , dont deux sacerdotales , celles du chèvecier et celle du chanoine-curé. Au xiv* siècle Févèque du Mans Pierre de Longueil augmenta considérablement les revenus de cette collégiale (3).
La petite ville de Troô s'attira l'aflFection la plus particuUère du puissant comte d'Anjou , sans doute à cause de sa position 9 l'une des plus belles et des plus avantageuses de toutes nos contrées. Par les privilèges et les fondations dont il Torna, il la rendit l'une des places les plus importantes du diocèse du Mans. 11 y fit construire une forteresse et des murs d'enceinte. Mais ce qui fit surtout remarquer la ville de Troô , ce fut le grand nombre et l'importance de ses établissements religieux. Après la collégiale dont on vient de parler , venait le prieuré de Notre- Dame-des-Marchais , membre de l'abbaye de Marraoutier, puis l'église du couvent de Sainte-Catherine , et enfin la chapelle de Saint-Madé, hors des murs, ancienne maladrerie. La plupaii de ces fondations em^ent lieu sous
(1) De Pétigny , Histoire archéologique du Vendomois , p. 198. — Voir là même une planche représentant Téglise collégiale de Saint- Martin. PI. 21,22.
(2) Selon Gauvin, le chapitre de Saint-Martin avait sept prébendes, sans y comprendre celle du chèvecier; Le Paige parle de sept en tout.
(3) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 551. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 172.
GERVAiS. 17i
Tépiscopat de Gervais, et parTinfluence du comte Geoffroy Martel. Elles ont toutes laissé des restes considérables de leurs édifices, dans lesquels on reconnaît les traces du grand style architectural de Tépoque , auquel ce puissant prince communiqua un si vigoureux essor dans nos provinces^ leMaine,laTouraine, TAnjou et le Vendomois (1).
La piété de nos barons se manifestait par ces nombreuses fondations^ et si nous pouvions parcourir successivement toutes les petites villes du diocèse, qui commençaient à s'élever près des châteaux les plus considérables, nous n'en rencontrerions peut-^tre pas une seule où quelque monastère, quelque chapitre n'attestât l'esprit de foi qui dominait alors la société. Les seigneurs qui ne trouvaient pas dans leur position de fortune les moyens de faire de ces fondations , établissaient des chapellenies ou des anniversaires; mais ces énumérations nous enti'aîneraient trop loin; il nous suffit d'indiquer les principaux établissements avec quelques détails.
Salomon de Lavardin , qui assista à la dédicace de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , et signa plusieurs chartes en faveur du prieuré de Villedieu , avec sa femme Adèle , fonda vers 1050 , du consentement de leurs filles Mathilde et Aveline, le prieuré de Saint-Gilderic(2), sur les bords de la rivière du Loir, au pied de son château. Ils le donnèrent à l'abbaye de Marmoutier, et l'abbé Albert y envoya d'abord cinq moines. Dans la charte de fondation, Salomon, après avoir loué la bonté de Dieu, qui invite les hommes à retourner à lui, déclare qu'effrayé de la multitude des crimes qu'il a commis , il donne à Marinoutier une terre qu'il a acquise des chanoines de Saint- Georges-des-Bois, où il a fait bâtir une égUse en l'honneur de saint Gildeiic , et à laquelle il a joint im fonds suffisant
(i) André Salmon, Chroniques de Touraine, p. 395. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine^ t. II, p. 551. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mansj p. 223, et passim. — De Pétigny, loc, cit.
{%) Saint Gildas, abbé de Ruis.
173 HISTOIRE DE l'ÉGLME DU MAMS.
pour reniretien des religieux, avec certains droite. Le fondateur exprime la plus entière confiance en la protection de saint Martin, et c'est ce Ifai le porte à faire ce don à son monastère. Hubert , évéque d'Angers, que Vcm croit avoir été parent du seigneur de Lavardin , confirma Mtto fondation, ainsi que toute sa famille , beaucoup de barmû du pays, et le comte Thibaut. Par une prévision quipùïdt bizarre, mais qui cependant est conforme aux éventBaKiBB de ces temps , il avait été convenu dans l'acte de food»tion que si Salomon ou ses successeurs expulsaient les moines de la maison où ils étaient établis, les terres et les vignes qui en dépendaient n'en i-esteraient pas moinB la propriété de l'abbaye (i) .
Le seigneur de Lavardin ajouta dans la suite, à la dotlh tion de son prieuré, les droits considérables qu'il poseédait sur la maison d'un prêtre nommé Herbert et de son nevea Sicherius , qui fut reçu moine à Marmoutier. Les revenus de ce prieuré augmentèrent considérablement par les libéralités des barons de la contrée , même du vivant de Tabbé Albert. Parmi les principaux bienfaiteurs on doit eoa^ter Drogon de Rifteel (2). Un riche Vendomois, Ingelbftut le Breton , qui devint vicomte de Vendôme vers 1060 ^ donna à ce prieuré le droit de paisson pour trois oente porcs dans la forêt du Perche, avec la faculté d'y prendre du bois pour tous les besoins d'une exploitation rurale (3).
Vers le même temps , un autre seigneur nommé Robert,
(1) Cartularium viride Major is Monasterii. Ms. de laBiblioth.lmpér., n«114. — D. Mariène, Histoire de Vabbaye de Marmoutier^ Ms., 1. 1, p. 345, et pièces justif. — De Pétigny, Histoire archéologique du Fpiidomois, p. Î08. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans^ p. 222. Cet auteur rapporte la fondation du prieuré de LaTardin à Tan 1125 par erreur. U ne connaissait pas le cartulaire que nous veiiOM d'indiquer, et dans lequel se trouvent plusieurs chartes du xi« et du xn« siècle, relatives à notre diocèse.
(2) Drogo de Rucceilis.
(3) C'est probablement ce même Ingelbaut le Breton qui signe deux chartes en faveur de Saint- Aubin d'Angers. Voyez Bilard, Anaiyie d€$ documents historiques , etc., n9* 259, 26t.
GERYAIS. 173
qui àalntait à Lavardin y étant mort y ses deux fils Hubert et Hugues firent transporter son corps à Marmoutier^ pour y être enseveli , et ils donnèrent au monastère un colîbert uommé Fulbert. Nous ne pouvons énumérer tous les actes flgmhlaUes qui se lisent dans les cartulaires de Marmoutier et des autres monastères; mais nous ne pouvons passer MHS silence un trait de piété du jeune Hamelin^ surnommé (jamard (1)^ seigneur de Lavardin y qui^ du consentement de sa sœur Béatrix y donna la liberté à Tun de ses serfe nommé Bertrand^ pour le repos de l'âme de son père Salomon. Afin de rendre cet affranchissement plus authentique^ il le fit sur le tombeau de son père y en présence de plusieurs témoins ^ entre autres d'Ulgréius y prêtre , à qui Bertrand donna cinq sous (2) pour dire trente messes pour le Tepù& de Tâme de Salomon^ en considération duquel il avait recouvré la liberté (3).
Quant au prieuré de Lavardin y après avoir été longtemps sous le patronage de saint Gilderic ou saint Gildas^ abbé deRuiSy il parait qu'il fut dans la suite placé sous celui de saint Martin. Il lut longtemps considérable; mais à la fin il était réduit à Tétat de bénéfice simplA (4). On voit encore en face de Lavardin y sur le bord du Loir^ quelques restes des anciennes constructions.
La famille de Tévéque Gervais se signala aussi par quelques fondations en faveur des monastèi*es. Son frère Guillaume fréquentait la cour de Geofi&oy Martel ; il signa souvent, avec d'autres barons, les chartes du comte de Vendôme en faveur de la Trinité , du prieuré de Villedieu et d'autres. Mais la fondation la plus importante de îa famille de Chàteau-du-Loir, à cette époque, fut celle du prieuré de Sainte-Mai'ie-Madéleine à Gohémon (5), dans le fief même où était né notre évéque Gervais. Aremburge ou
(1] Hamelinus Gamardus.
(S) Cette somme équivaut à 141 fr.
(3) D. Martène, loc, cit.
(4) Les revenus n^étaient plus estimés que 2,000 livres, soit 4,000 fr.
(5) Curia Amonis. — Cohémon.
ij.
Eremburge ^ veuve de Thetuin-Strabon ^ fonda ce monastère vers l*an 1040 (I). Elle le donna à Tabbaye de Notare- Dame de la Charité ou du Ronceray^ fondée en 1028 fiar Foulques Nerra , dans la ville d'Angers. La pieuse Aremburge , bientôt après , fit à Dieu une offrande plus agréable encore ; elle se consacra elle-même à son service pour le reste de ses jours, sous le voile des filles de saint Benoit^ et elle eut le bonheur d'offrir en même temps au Seigneur efes deux filles Hersende et Hildebm*ge , heureuses de fuir les joies du monde dès les premiers pas qu'elles faifaient dans la vie. Le prieuré de Gohémon devint important. Pendant longtemps il conserva la conventualité ; mais à la fin il devint bénéfice simple. Plusieurs des vierges qui s'y coisar crèrent à Dieu appartenaient par leur origine aux familles les plus illustres de nos provinces du Maine et de TAnjou (2).
Parmi les bienfaiteurs les plus signalés du prieuré de Gohémon^ nous remarquons Matthieu de Montoire et Gervais de Château-du-Loir (3). Ce dernier était vraisemblablement le neveu de notre prélat, qui étendit ses pieuses générosités à plusieurs autres établissements religieux. Ameline, fille de Jean le Tort, concubine du clerc Gervais,
(1) De Guria Hamonis, cum servis et integritate sua, quam' dédit Aremburgis vidua Thetuini Slrabonis. — Nobilis igitur Arembargis, relicta vidua Thetuini Strabonis, quando se ipsam et filiam suam Hildegardem in monasterio sancte Marie Deo in sancto habita devoTÎt; trâr didit ad ipsum cenobium terram suam que dicitur Guria Hamonis, cum servis et anciilis et tota integritate sua, per auctoritatem donmi Huberti Andegavensium episcopi, de cujus erat beueficio , et neptis iUius Emme atque Radulfi vicecomitis Cenomanensium , mariti ^us, fiiioramqae eorum... Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavénsis, n® 891.
(2) Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis , n® 39S , et passim. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine ^ t. II, p. 594. — Peschc, Dictionnaire de la Sarthe, t. II, p. 55, t. VI, p. 615. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 220. — Armoiries et sceau du prieuré : De gueules, à trois aigles d'argent becqués et ongles d'or, deux et un.
(3) Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis, n9 39i.
dont les dons furent autorisés par le comte Hélie(i). Teduin le Manceau, qui donna des fonds de terre et des droits seigneuriaux (2)^ demandant que sa femme fût reçue dans le monastère^ si elle désirait s'y faire religieuse (3). Jean de Aleta (4), au moment de partir pour la Palestine^ donna le droit de pacage poiur les porcs du monastère siur toutes ses terres (5). Guillaume de Gorcelon (6), et enfin Geoffroy V, dit le Bel , comte d'Anjou ^ en i 142 (7).
La paroisse de Vouvray-sur-Loir, où était le prieuré de Sainte-Marie-Madeleine de Gohémon, honorait dès lors saint Hubert d'un culte particulier. On voit encore dans l'église de ce bourg une chapelle consacrée en l'honneur de ce saint évêque , par la protection duquel jamais, à aucune époque^ les chiens atteints d'hydrophobie n'ont fait de victime sur le territoire de cette paroisse (8). Mais continuons de rappeler les principales fondajdons religieuses.
Les fondements du monastère de Notre-Dame d'Avesnières (9) furent jetés à la même époque par Guy II, seigneur de Laval. Passant un jour à cheval sur le pont qui traversait la Mayenne au-dessous de son château , il tomba dans l'eau, et fiit entraîné par la rapidité du courant. Il allait périr : à la vue du danger qui le menaçait , il implora avec foi et confiance le secours de la sainte Vierge, et tout aussitôt il se trouva porté par les flots sur le rivage. Il aborda sain et sauf dans un champ d'avoine , et l'un des premiers objets qui frappèrent sa vue fut une petite statue de la sainte Vierge, devant laquelle plusieurs lampes étaient allumées. Frappé du prodige par lequel la Mère de Dieu venait de l'arracher à une mort certaine et de la rencontre extraordinaire de cette pieuse image, le seigneur de
(1) Ibidem, n» 393. — (2) Ces terres et ces droits étaient situés à Corceliùnia, Junceice, Mons Berconis, f^emolia, et Villa Nova. — (3) /6idem, a9 395. — (4) Peut-être Halaines : Cfr. Gauvin, Géographie, etc., p. 9, Bilard, Analyse, etc., no318. — [b) Cartularium, n» 396. —(6) De Curcilione, ibidem, n» 395, 397, 398. — (7) Ibidem, n« 399.
(8) Peschc, loc. cit.
(9) Àveneriœ.
Laval tombe la face contre terre et se répand en actions de grâces. Tous les monuments de l'époque représentent Guy comme un seigneur rempli de piété ^ bienfaiteur des églises et des monastères, protecteur de ses sujets pauvres « ami incorruptible de la justice, en un mot le modèle des barons de son temps. Il succéda en 990 à son père Geoffroy-Guy dans la seigneurie de Lâval, et il la tint jusqu'en Tannée i048, époque de sa mort (i). Pendant cette longue vie , il se signala par des actes nombreux de religion , dont nous ferons connaître les principaux. On a d^jà vu la restitution qu'il fit au chapitre de l'église cathédrale des droits dont ses pères s'étaient rendus les maîtres sur k terre d'Asnières (2).
Guy II, dans sa reconnaissance envers la sainte Vierge, s'engagea aussitôt à rebâtir l'église qui était au lieu même où se trouvait l'image miraculeuse (3). Ce territoire appartenait à Guérin de Saint-Berthevin, époux d'Oraine, soeur de Guy. Guérin s'estima heureux de contribuer à la pieuse fondation de son beau-frère , et céda généreusement une paiiie notable des droits qu'il possédait sur ce terrain. Le seigneur de Laval fit aussitôt construire une église sur le modèle , dit-on, adopté par Geoffroy Martel et Agnès pour la basilique du Ronceray. Près de cette église, il fit élever des cloîtres et tous les bâtiments claustraux nécessaires; puis il remit ce monastère avec une dotation convenaUe entre les mains des religieuses du Ronceray , auxquelles plusieurs liens de famille l'attachaient déjà. En effet, sa fille Agnès s'y était consacrée à Dieu, et ce fut elle qui vint apporter à A vesnières les observances gardées dans Fabbaye d'Angers (A). Sous cette illustre supérieure, la nouveUe
(1) Selon un autre sentiment, Gny II tint la seigneurie de Laval de Tan 1002 à 1067. Bouilier , Recherches sur la Trinité de Laval^ p. 257.
(î) Livre Blanc, n» 48. Voyez plus haut, p. 147.
(3) Pièces justificatives, n» xx.
(4) Voici la liste des premières prieures d'Avesnières : Agnès de Laval. — Eusébie. — Agnès de Graon. — Burgundia, qui était mère d'Adélard
GEKVAIS. 177
communauté ne tarda pas à acquérir une grande considération et des revenus assez considérables. Toutefois le prieuré de Notre-Dame d'Avesnières , comme celui de Sainte-Madeleine-Kle-Cohémon^ ne fut jamais élevé au nmg d'abbaye, afin sans doute de conserver une union plus étroite avec la maison du Ronceray.
Du temps que la pieuse Agnès gouvernait encoi-e le monastère fondé par son père, le nombre de^ vierges consacrées à Dieu y devint si considérable , qu'il parut nécessaire de fonder deux autres maisons sous sa dépendance. La première fut établie à Bonchamp (1), à une lieue environ d'Avesnières. Bonchamp n'avait été jusque alors qu'une ferme considérable dépendante du château de Laval; Guy H en avait accordé toutes les dîmes à sa fille et au monastère qu'elle gouvernait. Les religieuses^en s'y transi)ortant , firent bâtir une église en l'honneur de saint Biaise , et établirent un bourg près de leiu* nouveau cloître. Ce monastère dura trois siècles environ. La seconde colonie formée par les vierges d'Avesnières était à Saint- Pierre-de-la-Poterie (2), à une petite distance de la maisonmère , sur la rive gauche de la Mayenne. Ce lieu avait été souillé autrefois par le culte qu'on y rendait aux idoles , et il n'était pas encore entièrement purgé des supei'stitions insensées que Terreur y avait implantées. Les religieuses d'Avesnières y construisirent une église qui subsiste encore aujourd'hui. On voit aussi au pied de cet édifice la fontaine autrefois consacrée aux fausses divinités (3). Cette maison, comme celle de Bonchamp, compta une existence d'environ
de Ghâteau-Gontier. — Âdvenia. — Théophanie. — Isobia. — Erembarge. — Lucie. — Berthe. Cartuiarium heatœ Mariœ Caritatis JndegaoensUy n» 367 à 409. — Au n» 297 du même cartulaire on trouve Anna de Lavalle abbatissa, — N* 260, Bersendis de Laval le,— N» 403,OEline, fille de Guy de Laval. Ces deux dernières sont simples religieuses d^Avesnières.
(1) Malus campus. Bonus campus,
(î) Saint-Pierre-dc-la-Poteric, Saint-Pierre-le-Potier, Saint-Pierre, et vulgairement Saint-Pierre-V Abandonné.
(3) Verger, Notice sur Jublains, â^édit., p. 127,
178 HI8T0iJtE DE L'jtoLTSE DU MANS.
trois cents ans; mais elle ne parait pas avoir donné origine à une paroisse , comme la pi'écédente.
Néanmoins , dans la suite , chacune de ces maisons ayant acquis un développement et une importance propres , elles devinrent indépendantes d'Avesnières et ne relevèrent directement que de Tabbaye du Ronceray. De son cdté le monastère d'Avesnières se maintint longtemps , malgré les guerres et les autres calamités dont il eut plus d'une fois à souffrir. Le sanctuaire de la Mère de Dieu prit de jour en jour plus d'importance dans les habitudes religieuse des Manceaux envers sa sainte patr(»me. Après l'abbaye d'Ëvi'on, aucun autel consacré à Marie dans les limitestle notre diocèse ne reçut autant de vœux et d'hommages que celui d'Avesnières. Jusqu'à nos jours, la foi des fidèles qui le fréquentent y obtient des grâces abondantes. Ces faveurs signalées portèrent de nombreux bienfaiteurs, mais surtout les habitants de Laval, et plus particulièrement les seigneurs qui se succédèrent dans ce fief, à aug^ menter le prieuré; aussi fut-il presque toujours gouverné par des religieuses soiiiies des plus illustres familles. Dès l'origine , on vit les pauvres habitants du pays venir abriter leurs demeures près du sanctuaire de la Mère de Dieu; les religieuses obtinrent la permission de fonder un bourg avec différents privilèges pour les manants qui viendraient s'y fixer, entre autres le droit d'usage dans la forêt de Concise (i).
Quant aux religieuses elles-mêmes , elles suivaient la règle de saint Benoit, avec les constitutions propres à la maison du Ronceray, et qui étaient d'une grande austérité. Dès le xii« siècle l'usage s'y introduisit de n*admettre que des filles d'extraction noble du côté du père et du coté de la mère. La clôture et les grilles qui s'établirent successivement dans la plupart des maisons religieuses de
(1) Mémoire de Pereite de Montberon, Ms. de M. La Beauloère, publié en partie dans la Province du âfaine, 1846, 4847. — Maucourtde BourjoUy, Histoire de iMvai, 1. 1, p. 112. Ms. de M. La Beauluère.
OERVAIS. 479
femmes, oe furent jamais connues dans celles du Ronceray ni dans celles qui en dépendaient. C'est ainsi que les religieuses d'Avesnières se sont toujours acquittées de Toifice divin dans le chœur même de leur église^, quoiqu'il n'ait jamais eu aucune clôture. Fidèlement attachées aux anciennes traditions^ les religieuses du Ronceray et celles d'Avesnières, de Bonchamp, de Saint-Pierre-de-la-Poterie, de Sainte-Marie-Madeleine de Gohémon, conservèrent jusqu'à la fin, dans leur profession religieuse, le rite du Pontifical pour la consécration des vierges. Cette belle et imposante solennité , pratiquée durant les premiers siècles dans toutes les Églises , était dès le xiii* siècle tombée en désuétude dans presque toute la chrétienté , si l'on excepte l'abbaye du Ronceray et ses dépendances (1) , et quelques autres monastères.
Nous reviendrons sur plusieiu« faits qui touchent le prieuré d'Avesnières : contentons-nous d'ajouter ici quelques détails qui ne se rattachent à aucun autre événement. Une charte de ce cloître semble prouver qu'il fut desservi pendant quelque temps par des religieux et par des religieuses. On sait que ces monastères doubles étaient assez nombreux dans nos contrées au xi« et au xii« siècle. On connaît le nom du supérieur des moines, qui se nommait Milesende (2). Guérin de Saint - Berthevin , dont nous avons déjà parlé , fit à diverses époques des dons considérables au prieuré d'Avesnières ; il lui accorda Féglise du heu, permit de bâtir un bourg, et céda le droit de paissage pour les porcs dans sa forêt (3). Une fille de ce seigneiu* ayant reçu le voile dans ce prieuré , il fit de
(1) Hélyot, Histoire des ordres monastiques et religieux, k» part., chap. xxYii.
(2) Mileseudis prier ejusdem loci. — Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis, n^ 364. — Une autre charte, du même cartulaire, n» 367, semble indiquer la même cbose; on y lit : Adam de Malo Campo scriptor cariule. — Au n» 363 on trouve encore un Guacius canonicus sancts Mariae. — N» 387, Ascelinus cellerarius.
(3) Ibidem, n»* 360, 365, 366, 368.
nouveaux dons (I). Les religieuses se montrèrent trè^ reconnaissantes^ et lui prêtèrent une somme d'argent fort considérable, cinq cents sous (2) ^ lorsqu'il partit pour le pèlerinage de Jérusalem (3). Toutefois^ soit que ce barcm ait été d'une mobilité de caractère extraordinaire, soit qu'on le confonde avec Tim de ses successeurs du même nom , il est certain que les religieuses d'Avesnières eurent plusieurs fois à défendre leurs droits contre lui (A), et contre son fils Hubert (5). Au temps qu'Eusébie gouvernait la communauté , Guérin entreprit de ressaisir tout ce qu'il avait donné volontairement. L'abbesse du Ronceray, nommée Théburge , Odon, abbé de la Couture , Geoffroy, doyen du Maiis^ Guy de Laval, Cécile, femme de ce seigneur^ Guérin son fils, et beaucoup d'autres personnages s'assemblèrent dans le verger situé près le chevet de l'église, afin de juger cette affaire. Guérin fut obligé de confesser son tort ; mais Hubert , son fils , exigea un coursier pour confirmer les droits des religieuses (Q.
Outre les seigneurs de Laval Guy II et Hamon (7), on compte encore parmi les premiers bienfaiteurs du prieuré d'Avesnières Hersende, fille d'un drapier de Laval, qui était mariée et obtint la liberté de se faire religieuse (8); Hamon Crispus, qui donna en mourant l'église de Saint- Pierre de Clauso 'Monte (9); Foulques de Bugnon, qui donna une partie de l'église de Bonchamp à la condition que les religieuses recevraient et instruiraient sa fille (10) ;
(1) Cartularium beatœ Mariœ Carit* Andeg., u* 369.
(2) Au pouvoir actuel de Targent, cette somme équivaut à 44,100 fr. de notre monnaie.
(8) Cartularium beatœ Mariœ Carit. Andeg.,n9 369. — (4) Ibidem, nos 867, 868. - (5) Ibidem, n^^lX,
(6) Ibidem, n» 367.
(7) Ibidem, n^ 362, 403, et passun.
(8) Ibidem, n9 374. — (9) Ibidem, n» 377. — (10) Ibidem, n» 40t.— Suivant un titre de 1532, déposé aux archives de Maine-et-Loire, la prieure d^Avesnières avait le droit de prendre tous les cierges qui étaient offerts dans Téglise de la Cassine, en Bonchamp, chaque année le jour de saint Barthélémy.
GËRYAIS. 18^1
enfin le chapiti'e de l'Église du Mans ^ qui fit abandon des droits qu'il pouvait prétendre sur les églises de Bonchamp et de Mareil^ à Toccasion de la réception que les religieuses firent d'Agathe^ fille de Guillerme de Ruillé-sur-Jx>ir. De plus les chanoines contractèrent une confraternité et communauté de prières avec les religieuses d'Avesnières (1). . Le même intérêt qui xmissait le seigneur de Lavai à Tabbaye du Ronceray^ rattachait aussi à celle de Marmoutier. ieeax, Tim de ses fils^ venait d'y consacrer son existence à Dieu, à Tàge de vingt-neuf ans. Il est touchant de Toir à toutes les époques la fidélité avec laquelle les habitants du Maine conservaient le souvenir des relations de saint Martin avec notre pays. Par dévotion pour cet illustre évêque, par attachement pour les moines qui desservaient le principal sanctuaire qu'il eût fondé, beaucoup de riches Manceaux établirent des prieurés qui en dépendaient; d'autres, en plus grand nombre, y choisirent leur sépulture. C'est ce que firent pendant un long espacé de temps les seigneurs de Laval. Guy IT voulut établir un chœur de ces moines près de son château, sous le vocable de saint Martin. Il avait probablement le désir d'y attirer son fils Jean, comme sa fille Agnès était venue fixer son séjour à Avesnières (2). Dans ce but, il concéda à l'abbé et aux religieux de Marmoutier un terrain considérable près de sa foi*teresse, qu'il faisait reconstruire dans le même temps. Il leur permit d'y fonder un bourg, d'y établir des marchés; il leur abandonna la juridiction sur les habitants du bourg et sur une partie des vendeurs et des acheteurs qui fréquenteraient les foires et les
(1) Cartularium beatœ Mariœ Carit, Andeg.^ n® 405.
(9) Wuydo, castri quod appellatur ValliSy io pago Genomanensi, conditor et possessor, Majori Monasterio burgum apud idem castrum, cum omnibus coDsuetudinibus, dédit, ad ^TiomRhedonensem^ seu occidentalem.., . . . Idque donasse de occasione Johannis iilii, nuper effecti monachi; consentientibus uxore sua Rotruda et filiis Haimone, Gervasio, Guidone et Agnete, et Galtcrio filio Rotrudi... Maucourt de Bourjolly , Mémoires historiques sur Laval, t. I.
183 uisToiR£ DE l'Église du mans.
marchés établis par les moines ; il leur domia enfin le droit de prendre le bois nécessaire pour leur usage et pour les bâtiments qu'ils auraient à construire dans sa forêt de Concise , et il les affranchit de tout droit de péage sur ses terres et sur ses rivières. De son côté^ Tabbé et le chapitre de Marmoutier s'engagèrent à édifier un monastère et à y entretenir un nombre suffisant de religieux pour y célébrer Foffice divin (i). Le seigneur de Laval ne mit aucun retard à l'exécution de ses promesses , et le nouveau cloître s'éleva avec rapidité. L'église que bâtirent les moines venus de Marmoutier subsiste encore presque tout entière , mais malheureusement profanée par des usages domestiques. Après l'église de Notre-Dame-de-Prix^ die est le plus ancien monument religieux de Laval ^ et il est triste de voir l'abandon où la laisse une population qui conserve encore quelques faibles restes de la foi des premiers temps. Sa forme est celle des anciennes basiliques à trois nefs^ terminées par trois absides: plan traditionnel auquel Marmoutier restait encore fidèle^ et qu'il propageait dans nos provinces. Sans présenter de grandes propor» tiens y elle ofire cependant des caractères qui annonoent une certaine magnificence ; elle conserve le cachet de ces moines constructeurs du xii« et du xiir" siècle, qui possédaient à un si haut point le secret d'imprimer à toutes leurs œuvres un caractère hiératique que des influences moins sacrées firent trop tôt disparaître.
Le prieuré de Saint-Martin de Laval n'eut jamais une très-grande existence ; les revenus en furent toujours médiocres : ce qui s'expUque facilement par la présence sur les mêmes lieux, et avec des conditions d'antériorité, du prieuré de Notre-Dame-de-Prix. Malgré cet état humble et obscur, le prieuré de Saint-Martin fut habité jusqu'au xvii* siècle par un certain nombre de reUgieux qui produisirent par leurs exemples et leurs instructions des fruits abondants de salut parmi les populations , dont ils étaient aimés et
(1) Voir Pièces justificatives, n^ xxi.
6ERYAIS. 183
vénérés. Ils ue furent pas cependant toujours à l'abri des tempêtes que Tesprit de cupidité leur suscita quelquefois. Hamon^ fils de Guy II et de Berthe de Blois, ayant succédé à son père dans la seigneurie de Laval en Tan 1048^ essaya aussitôt de dépouiller les moines de Saint-Martin des concessions faites par son père et par son frère Jean. DansFemportement des passions^ si ordinaire aux hommes de son temps^ Hamon menaçait de se livrer aux excès les plus graves^ lorsque son frère lui fit entendre le langage de la justice et de la religion. La voix fraternelle toucha le cœiur du fier Hamon; il avoua ses torts, confirma aux religieux les concessions faites par sa famille, et y ajouta même un terrain dans la forêt de Concise, sur les bords du Yicoin (1), pour y construire un moulin (â).
Dès l'année 1024 , c'est-à-dire antérieurement à l'établissement du prieuré de Saint-Martin , et même avant rentrée de Jean de Laval à l'abbaye de Marmoutier, Guy II avait fSût une fondation importante en faveur de l'abbaye de la Couture. A ime petite distance de son château se trouTait une ^église vénérable par son antiquité , par les souvenirs qu'elle rappelait aux habitants de la contrée, puisqu'elle avsût été le premier sanctuaire dans lequel leurs pères avaient adoré le vrai Dieu; et malgré son éloignement du centre de la population, elle avait conservé le titre et les prérogatives d'église paroissiale , par suite du respect que l'on était accoutumé de porter aux monuments primitifs. Cette église était celle de Prix (3). Guy II, voulant assurer la décence du service divin que réclamait la dignité de ce sanctuaire , et en même temps pourvoir aux besoins spirituels de la population, qui s'était agglo» mérée sous les créneaux de son donjon, donna cette église
(!) lo bosco Conciso.,, in fluvio Fulcano.
(2) Cartulaire du prieuré de Saint-Martin de Laval, Ms. de M. La Beaulaère. — VArt de vérifier les dates, t. Xill, p. 109. — Duchemin de Vflliers, Estais historiques sur Laval, p. 425. — BouUier, Hecherches historiques sur la Trinité de Laval, p. 257, et passim.
(3) Histoire de VÈglise du Mans, t. i(, p. 409.
\S^ UISTOIR£ D£ l'ÉGLI9£ I»U MANS.
aux religieux de la Couture^ qui y fondèrent un prieuré sous le nom de Notre-Dame-de-Prix. Les prérogatives de ce monastère furent très-étendues y parce qu'il était seul alors dans ce lieu. Lorsque les églises du Bourg-Chevreau et de la Trinité furent établies^ soit par Guy II lui-même, comme quelques historiens le pensent, soit par ses premiers successeurs, elles furent des dépendances de Tégltfe de Prix. Le droit pastoral sur toute la population de Lfival appartenait aux religieux de ce monastère, et ils Vexerçaient par eux-mêmes ou par des prêtres séculiers qui étaient comme leurs vicaires. La difficulté extrême de maintenir le clergé dans la décence convenable au caractère sacerdotal, avait dès lors porté les supérieurs ecclésiastiques et les fondateurs à régler ainsi Tadministration d'un grand nombre de paroisses. Lorsqu'en 1040 les moines de Marmoutier, sur Tinvitation du sire de Laval, fondèrent leur prieuré et leur bourg de Saint-Martin , les religieux de la Couture crurent leurs droits lésés; ils réclamèrent^ et la discussion n'était pas encore termiiiée en i06i, comme nous le dirons dans la suite (1).
Enfin Guy II et son fils Hamon augmentèrent le» refwius du prieuré de Notre-Dame d^Auvers-le-Hamonj qui Aait alors florissant et nombreux (2). Déjà des liens pai^culiers unissaient les prieurés de Prix et d'Auvers-le-Hamon; plus tard ils furent unis plus étroitement encore. Vers Fan 1050, Guy d'Avoise, Tun des héritiers du fondateur, confirma les dons de ses ancêtres et les augmenta. Cette ratification fut reçue par Asselin, abbé de la Couture, en présence de Tévôque Gervais , d'Avesgaud, abbé de Saint- Calais, de Raoul de Vaige, de Robert d'Entrames, de Guillaume d'Antenaise, de Henri de Pezé, et de plusieurs autres seigneurs de la province (3).
(i) Mémoires manuscrits du cabinet de M. La Beaulucrc. {%) Armoiries du prieuré de Notre-Dame à Auvcrs-lc-Hamon : De sable à un arbre renversé de sinople.
Ci) Car tul aire de Pabbaye de la Couture, et Histoire de /« Couture,
Le XP siècle lut particulièrement fécond en établissements monastiques dans la partie du diocèse que Ton nonmie le Bas-Maine , correspondant à peu près au département de la Mayenne. On remarque qu'ils se multiplièrent surtout dans l'ancien doyenné de Laval y où jusqu'à ce temps ils avaient été moins nombreux que dans les autres cantons du diocèse. La civilisation s'y était introduite plus lentement; cette contrée même n'était pas encore aussi peuplée que les autres de noire province. Désireux d'y attirer une population plus forte, et pour satisfaire à leur piété , les barons qui étaient devenus maîtres de cette ancienne marche de la Bretagne, invitèrent les moines à venir s'y établir. Ils leur firent des coneeesions de terres , leur permirent d'y bâtir des cloîtres, une égUse, et d'y établir un bourg. Bientôt on vit une population industrielle et agricole se fixer autour du monastère. Il y eut avantage poiu* tout le monde : les droits fiscaux dee seigneurs augmentèrent en proportion du nooàbrè de leurs sujets et des travaux qu'ils entreprirent. Les manants trouvèrent à leur disposition toutes les reflSomoeB que procurent le rapprochement, la société et les échanges. Dans d'autres lieux, en moindre nombre, les églises étalait déjà fondées ; mais elles attirèrent davantage les habitants des campagnes lorsqu'elles furent desservies par les moines. C'est ainsi que les églises de Saint-Berthevin,Courbeveille (1), sous le patronage de saint Sulpice, la Gravelle (2), sous le patronage de saint Jacques , Houssay (3), sous celui de saint Sulpice , Loiron (4), sous celui des saints Gervais et Protais, Montigné (5), sous celui de la sainte Vierge, RuiUé-le-Gravelais (6), sous celui de saint Méen et de saint Sulpice , furent fondées ou augmentées
Mss. de la bibliothèque du Mans. — Pièces manuscrites du cabinet de M. LaBeauluère. — BouUicr, op. cit., p. 12. — Le Paige, Dictionnaire histoiHque du Maine, t. I, p. 54. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, 1. 1, p. 61. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 2Î2. (1) Curtis villa. — (2) Gravella, — (3) Huxedus. — (4) Loiron. — (^) Mondgneium. — (6) Ruiliacus.
186 UISTOIRË D£ l'église DU MANS.
par les moines d'e Tabbaye de Marmoutier. Dans chacun de ces lieux ils établirent une petite celle^ composée au moins de deux ou de trois moines, pour surveiller les propriétés; mais surtout pour instruire les colons voisins et leur administrer les sacrements. Quelques-unes des églises que nous venons de nommer existaient antérieurement, comme celles de Courbe veille et de Ruillé-le-Gravelaïs; mais ce n'étaient que des chapelles particulières^ et elles ne pouvaient être d'une grande utilité aux pauvres habitants des campagnes.
Les mêmes motifs portèrent les moines de Saint-Joùinde-Mame à fonder de petites colonies à Beaulieu (i) et à Saint-Cyr-le-Gravelais (2). L'abbaye de Saint- Aubin d'Angers établit ses religieux àQuélaines et à Saint-Gault (3); Saint-Florent de Saumur, à Cossé-le-Vivien; Évron, à Saint-Germain-le-Fouilloux (4.) ; Saint-Serge d'Angers, à Astillé(5); Saint-Vincent du Mans, àNuillé-sur-Vicoin(6); enfin l'abbaye de la Couture, au Genest (7) et à Grenoux(8), et l'on vient de voir que des religieux du même monast^ desservaient déjà toute la vilJe et le château de Laval ^ par leur prieuré de Notre-Dame-de-Prix. Suivant une opinion assez probable, la paroisse de Saint-Mélaine (9)> aujoiud'hui remplacée par celle de Saint- Vénérand (10) , ne tarda pas beaucoup à se former siu* la rive gauche de la Mayenne, et elle fut confiée aux chanoines réguliers de l'abbaye de Toussaint d'Angers. Les moines construisirent de nouvelles églises dans presque tous les lieux où ils s'établirent sur le territoire de Laval; la plupart ont été détruites au moins en grande partie ; mais ceDe de Grenoux, dédiée à saint Sulpice , fait une heureuse exception.
Si nous pouvions parcourir les autres contrées du diocèse , comme nous venons de le faire pour la localité
(1) Bellus locus. — (2) Sanctus Cyricus. — (3) Sanctus Gallus, — (4) Fol. — (5) ffasHliacus. — (6) Neœilleyum super FiconvÀm. — (7) Genestum. — (8) Grenoz.
(9) Parrochia sancti Melanii.
(10) Sanctus Venerandus.
GERVAIS. i87
de Laval , nous y verrions également les églises s'élever partout par les mains laborieuses des enfants de saint Benoit ; nous verrions les moines faire régner autour de leur demeures l'instruction , Tagriculture et Tindustrie qui florissaient dans lea cloîtres. L'abbaye d'Évron y entre autres , à cette époque où elle jouissait d'une grande prospérité y fonda des colonies dans tous les lieux qui Tenvironnaient : à Moulay (1) , Isé (2) , la Basoche-Montpinçon (3) , Bais (4) , Ghâlons (5) , Ghampgénéteux (6) , CMtres (7) , Saint-Çlhristophe-du-Luat (8) , Gesnes(9) , Sainte- Gemme-le-Robert (10) , Néau (11) , Sainte-Suzanne (12) , Torcé-en-Charnie (13), Trans (U), Viviers (15), et Voutré(16). Les autres monastères agirent de même, et en peu d'années tout le diocèse se trouva couvert d'établissements monastiques. Comme le dit un auteur de nos jours^ dépositaires des plus nobles débris de l'ancienne civilisation , les moines ne dédaignèrent point de recueillir^ avec la science et les arts de l'esprit y la tradition des procédés mécaniques et agricoles. Une abbaye n'était pas seulement un lieu de prières et de méditation, c'était eneore un asile ouvert contre l'envahissement de la barbarie sous toutes ses formes; ce refuge des livres et du savoir abritait des ateliers de tout genre, et ses dépendances formaient ce qu'aujourd'hui nous appelons une ferme-modèle ; il y avait là des exemples d'industrie et d'activité poiu'lelabourem', l'ouvrier, le propriétaire. Les moines qui se répandaient au milieu de nos campagnes et de nos vastes forêts pour y former ces petits prieurés dont nous avons parlé, et beaucoup d'autres, portaient avec eux les traditicms des travaux de l'intelligence et de ceux des champs, qui font la vie des peuples civilisés. Sur chaque terre où ils avaient commencé quelque entreprise de culture
(1) Auliacus, — (2) Ausciacus. — (3) Balgiacus, — (4) Bandiaca, — (5) Caladunnum. — (6) Campus Genestosus, —- (7) Castra. — (8) Sandus Christophorus de Luato. — (9) Gêna, — (10) Jona. -^ (11) Nigel' lus, —■ (12) Sancta Susanna. — (13) Tortiacus. — (U) Tridens. ^ (15) Vivaria. — (16) Vulteriacus,
188 HISTOIRE DE L'ÉtiLlS£ DU MANS.
et de colonisation^ les cabanes des hommes de travail, lites, colons, serfs ou esclaves, groupées autour de la croix qu'ils avaient plantée d'abord, croissaient bientôt en nombre , se peuplaient davantage , arrivaient à form^ un hameau. Bientôt, la population augmentant, le village se transformait en paroisse (1).
Ce mouvement eut diverses époques, très-marquâês dans le diocèse du Mans : le ix« et le xr siècle furent deux de ces époques les plus fortement caractérisées. A la poremière , le clergé séculier travailla beaucoup ; à la seconde^ on ne reconnaît presque exclusivement que Tœuvre des moines. Le ix* siècle vit les colonies r^igieuses et agricoles s'établir de préférence dans le Bas-Yendomois , le Passais et autres parties plus rapprochées de la capitale de la province; le XI*, au contraire, fut surtout fécond pour le Bas-Maine et l'ancienne Charnie. Mais ces études que nous pourrions faire sur le travail social qui s'opérait alors dans la province du Maine, sous l'influence de l'Église, et principalement des monastères, nous entraîneraient trop loin du récit des événements. Toutefois, nous devons encore insister sur quelques fondations , et les présenter avec certains détails, afin de mettre le lectem* en état de juger des autres établissements sur lesquels nous ne pouvons nous étendre aussi longuement.
Parmi les prieurés donnés à Vabbaye de la Couture, sous l'épiscopat de Gervais , il faut compter celui de Roezé (2), sur les bords de la Sarthe. Le fondateur se nommait Lodon; c'était un seigneur fort riche, qui dota magnifiquement le nouveau monastère. Il accorda d'abord l'église et la seigneurie du bourg de Roezé, avec différents fonds
(1) On trouve dans les Commentaires de D. Martène et de D. Galmet sur la Règle de saint lienoUj de curieux détails sur la conservation des traditions agricoles et industrielles daus les monastères. Voir aussi un remarquable travail de M. Bcugnot sur les Municipalités rurales en France , public dans la Revue française , août, septembre et octobre 1838.
(i) Rosincus.
de terre aux environs de Téglise de Marsillé (\); deux anciennes basiliques^ Tune située dans la forêt de Longauoay (2) , sous le patronage de la sainte Vierge, l'autre, sous le patronage de saint Martin , au lieu nommé Milletray (3). Ces deux sanctuaires avaient été autrefois desservis par des moines, et ils étaient tombés entre des mains laïques. Lodon donna encore d'autres fonds de terre ^ des moulins, des vignes et diflférents droits. Quelques-uns de ses vassaux conooiu'urent , suivant la coutiime^ à la dotation du monastère. Renaud , fils de Drogon de la Suze (4), lui transmit l'église de Saint-Julien, dscnsle château de la Suze. Plus tard , Guy de la Suze accorda la remise de plusieurs droits et coutumes, et confirma aux moines de la Couture la possession de l'église de Roezé dédiée à saint Pierre, à la condition d'y entretenir un certain nombre de moines pour y célébrer les offices de jour et de nuit. La charte fut signée par l'évêque Gervais, le ccMnte Hugues II, Geoffroy fils d'Hammon, l'archidiacre Hugues et son û'ère Odon , Renaud, fils de Drogon, et Herbert, fils du fondateiu'. Le comte Hugues donna lui-même des bois et des terres au prieuré de Roezé, et sa charte fut signée par Herbert , fils de Lodon , Guy de la Cropte (5) , Auger de Montmirail , Robert le Chasseur, Frotmund le Forestier (6). Puis elle fut confirmée par l'évoque Gervais, Girald , chantre , Renaud , chantre, Durand , trésorier et doyen, Hul)ert, doyen, SaUcon, doyen, Christophe, doyen , Hugues, archidiacre. Trois abbés, Adélard, Herbert et Fredicus, signèrent, ainsi que plusieurs seigneurs laïques (7). Vers la même époque, Berladius fonda près de Saint- Longis^ autrefois nommé la BoisseUère, le prieuré de
(1) Ecclesiam de Marsilifico, cum dimidia mansura terre... - Marsillé ou Marsilly, terre située sur le territoire de Roezé.
(2) Longus Aletus.
(3) Milletreus.
(4) Secuza.
(5) Spelunca. — (6) Et M. de Lunte.
(7) Ménage, Histoire de Sablé, Impart., p. 851.
Saint-Longis, qu'il donna à Tabbaye de Saint-VinceBi. Cet étabUssement subsista jusqu'à la destruction des ouvres religieux; il devint consi(lérdI)le ; mais dans les derniers temps il était réduit, comme le précédent, à Tétat de béné* fice simple (i).
D'autres seigneurs, comme Raoul de Beaumont, vicomte du Maine, signalèrent leur piété par des dons offerts aux monastères de l'Anjou. En 1050 environ , il donna à Fabbaye de Saint-Florent de Saumm» une coUiberte (2). En 1048, Emma , femme de ce même Raoul , étant morte^ fut ensevelie dans l'abbaye de Saint-Serge d'Angers, ^t à cette occasion son mari fit un don considérable (3) . L'année précédente , c'est-à-dire en 104.7 , l'évêque Gervais , Vulgrin, abbé de Saint-Serge, et Frédéric, abbé de Saint-Florent, accompagnés de tous les abbés du diocèse d'Angers, rendirent les devoirs de la sépulture à Hubert, évéquede cette ville, dans l'abbaye de Saint-Serge (-4).
Malgré la faveur dont les moines étaient universellement entourés, ils ne laissaient pas d'être quelquefois victimes de la violence des barons. Un état de guerre continua, un défaut presque complet de culture intellectuelle, et une indépendance effrénée accoutumaient les esprits aune brutalité que le sentiment religieux ne parvenait pas toujours à réprimer. Heureusement la foi était vive au cœur de ces hommes d'armes, et le remords succédait promptement au crime. Parmi les nombreux exemples que fournissent nos annales, nous nous bornerons à citer celui d'Osnumd,
(1) D. Colomb, Histoire des évéques du Mans, p. 4o2. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 522. — GauYin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222.
(2) Marchegay, Archives d* Anjou, t. I. —La charte citée se trouve dans le Livre Noir de Saint-Florent, qui doit être publié dans le Spici' legium Solesmense.
(3) D. Martène , Thésaurus novus anecdotorum, 1. 1, col. 184»
(4) Hubert était de Vendôme, et non de la famille de Beaumont-le- Vicomte, comme le disent quelques historiens ; mais il était oncle d'Emma, femme de Raoul de Beaumont. D. Martène^ loc^ cit.
seigneur de Gouë (1)^ dans la paroisse de FougeroUes (2). Ce seigneur^ avec Hamon de Landivy^ mit à mort dans Téglise même de Saint-Martin-de-Landivy , le prêtre (jéraud, atiaché au prieuré de Notre-Dame à Saint-Marssur^-la-Fuslaye. En punition de ce crime, Gervais, évoque du Mans, condamna Osmond à payer cinq sous de rente à perpétuité aux moines de laFustaye (3).
Ce même Osmond avait cependant signalé sa piété par plusieurs actes de générosité. Étant allé en pèlerinage avec sa femme à Termitage de Notre-Dame-du-Pon(>-Aubray (4) , il d<mna aux serviteurs de Dieu qui y habitaient une pièce de terre et vingt-cinq sous (5) pour refaire la porte et le côté gauche de leur église, qui avaient été frappés de la foudre; et pour prier Dieu pour lui, sa femme et Fâme de son père Amulphe. Ce fait est des dei^ères années du x* siècle (6).
On voit que dès lors le sanctuaire de Notre-Dame-du- Pont-Aubray était visité par la piété des fidèles. Il n'a pas cessé depuis ce temps d'être cher aux populations voisines, mais plus particulièrement aux Manceaux et aux Bretons. Situé dans la paroisse de Landivy,sur le ruisseau de l'Airon(7), il se trouve au milieu d'ime chaîne de petites montagnes et dans un site escai*pé et très-pittoresque. Comme presque tous les monticules qui bornent les provinces de la Bretagne, de la Normandie et du Maine, celui-ci fut couvert d'une forteresse à l'époque des guerres qui diviserait si longtemps ces difTérents états. On y reconnaît encore aijyoard'hui de nombreux restes des anciens travaux de fortification. Le sanctuaire dédié à la Mère de Dieu est lui-même
(1) Sar la famille de Gouë, Tune des plas anciennes du Maine, Yoir Le Paige, 1. 1, p. 385, 345 et passim.
(*) PougerolcBt FulgaroloBj Fulgerolœ, — Landivaium.
(3) Ms. du chartrier du château de Gouë, et Ms. de M. Tabbé Lochet.
(4) On écrivait autrefois le Pont-au-Bré.
(5) En monnaie actuelle, 704 fr.
(6) Ibidem.
(7) Airon, Dairon, Déron, Léron, Dévron.
assis sur remplacement d'un camp. U présente les caractères des monuments de la fin du xi^ ou du commencement du XII® siècle. Mais le culte de la sainte Vierge eu ce lieu remonte à une date plus reculée. Desservi longtemps par des ermites, la foule des pèlerins était telle , que de bonne heure on sentit la nécessité d'y adjoindre un hcMh pice, qui subsistait encore au milieu du xvi* siècle (1).
Depuis cette époque si malheureuse pour la foi y le concours des pèlerins a beaucoup diminué à Pont-Aubray , njais surtout de nos jours. La Mère de Dieu n'a cependant jamais manqué d*y répandre des grâces abondaiites sur ceuiç qui Font invoquée en ce lieu privilégié. Nous ôe pouvons nous dispenser de rappeler la guérisonde Jeanne Le Royer, dite en religion sœur de la Nativité, religieuse converse au monastère des Urbanistes de Fougères, donl la vie et les révélations ont fait quelque bruit. EUe raocNote elle-même qu'ayant été attaquée dans son enfance d'une maladie nerveuse qui ressemblait beaucoup au mal caduc«, elle fut conduite , vers Tan. 1740 , à Notre-Dame du Pont- Aubray , et qu'elle y recouvra subitement une santé parfaite (2).
L'évéque Gervais s'associait complètement aux sentiments sympathiques de son peuple pour la vie monastâ^ que. Par des démarches actives, il fit recouvrer à l'abbaye de Saint -Aubin d'Angers plusieurs églises dans nôtre diocèse , et chercha à lui en assurer la paisible jouissance contre de nouvelles tentatives de la part des laïques (3). A l'exemple de notre prélat, Robert le Bourguignon, seigneur
(1) Lhermelio, Voyage historique et descriptif sur les confins des départements de la Manche^ d^ [Ile-et-Vilaine et de la Mayenne; conte' nant des documents inédits sur ces contrées, Paris, Matignon, 4887, — On peut voir aussi un article de M. de La Pylaie, dans V Investigateur^ journal de V Institut historique y janvier 1837. — Badiche, Ùu Petit Maine et de sa franchi se, dAns le même journal, avril 1849, p. 97-117.
(2) Vie et révélations de la sceur de la Nativité, t. III, p. 10, édit. de Paris, Baucé, 1817. — On peut voir sur la sœur de la Nativité, VAmi de la Religion, t. XXIU, p. 321-386, et t. XXIV, p. 193.
(3) Biblioth. Impér., collection D. Rousseau, n« 427.
6BBVAI8. Ida
de Sablé, favorisa toug les monastères situés sur ses teFres> et en particulier Tabbaye de Marmoutier, à liii^elle il ccnoédades droits fort avantageux (i).
Nous terminerons ce qui concerne les monastères du diocèse à Tépoque^de Tévêque Gervais /par le récit du rétablissement de Tabbaye de SaintnJulien-du-Pré. Après les ratages du ix* siècle , ce sanctuaire était resté abandonné ; sous Tépiscopat de Gervais ^ ime femme pieuse^ nommée Leteline y entreprit de le fiaire sortir de ses ruines; elle le releva, y mit des religieuses de Vordre de Saint-Benoit^ et donna une partie de ses biens pour leiu* aider à subsister. Les chanoines de la cathédrale contribuèrent à cette restauration par l'abandon de certains droits ; et, en signe de reconnaissance^ les abbesses du Pré étaient obligées de se rendre au chapitre de Saint-Julien assemblé la veille de. la Aie de ce saint apôtre^ pour demander aux chanoint» l\m d'entre eux pour officier dans leur église abbatiale en la solennité; cet usage cessa en Tannée 1426. Depuis ce temps-là^ les abbesses et leurs religieuses étaient seulement tenues d'envoyer leur chapelain faire de leur part la même requête au chapiti'e^ qui commettait un chanoine pour foire Toffice. La mense de Tabbaye était d'environ vingt mille livres ; elle possédait les prieurés de Saint- Julien, à Moncé-en-Sonnois (2), et de Rougemont, à Saint- FavinHdes-Ghamps, fondé en 1691, sous le patronage de la sainte Trinité. Son domaine féodal se composait des seigneuries de Grannes, de SaintrGeorges-des-Bois , d'une partie de celle de la paroisse de Gourdaine dans la ville du Bians, et de plusieurs autres fiefs (3). Ce monastère partageait en tiers, avec le curé et le seigneur, les dîmes de la
(i) Pièces justificatives, n* xxii.
1%) Estimé 600 livres.
(8) Armoiries de Tabbaye du Pré : D'azur à un saint Julien, évéque, vêtu pontificalement, posé à sénestre, et donnant sa bénédiction sur un yase,à deitre d'une femme à genoux et les mains jointes, le tout d'or, sur une terrasse de même.
td4 BISTOIRE DE l'^LISE DU MANS.
paroisse de Ruillé d'Anjou^ et présentait à treiie cures dans lediooèse du Mans.
Les premières abbesses^ après la restauration, furent Luce, Obérède, Guiburge I"*, au temps d'Hildebert, Guiburge n, Agnès I'*, Elisabeth Lanceline , Bazilie, qui^eon^ sentit avec toute sa communauté à la pr^ntation que l'évéque Hugues de Saint-Calais fit en 1143 de la chapelle de l'hôpital du Sépulcre ; Pétronille , qui eut un différend avec Odon , abbé d'Évron, relativement à l'église de Erée; Hodéarde, qui eut un procès avec Raoul, abbé de la Pelioe; Hadvise, que Ton voit transiger avec René, prieur de Saint- Victeur ; Thomase de Corrot et Julienne, démissionaaii^. Toutes ces dernières supérieures du Pré eurent des intérêts à débattre avec le prieuré de Saint-Yicteur; au temps d'Hadvise , la cause , après avoir été jugée par Tévèque dn Mans et Pierre , abbé de Beaulieu , fut portée devimt k pape Innocent III; celui-ci nomma Tévèquede Saint-Malo pour terminer ce procès , qui finit par un compromis (1)*
(1) Cartularium sancti Victoris Cenom, Ms. de«6aignîère8. — Dom Briant, Cenomania. — Le Paige, t. II, p. 206, 218. — Pesche, U UI, p. a49, 363, t. IV, p. 536. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans y p. 196, 223, 225, et passim.
Gervats. t95
SUITE ET FIK DE L'ÊPISCOPAT DE GEBVAIS.
iJOD^les institations de révéque Genrais en foreur du chapitre du Mans.
— Dons et restitutions en faveur de ce corps. — Offirandes de Tévêque Qervais. — Testament de ce prélat. — Amitié de saint Odtlon, abbé de Glony, et de Tévêque Gervais. — École de la cathédrale. — Lanfranc. à Tabb^ye de la<iOnture.-— Les grammairiens Robert, Arnaud et Hubert. '— Le Maine est ravagé par la guerre. — Hostilités nouvelles entre
- révoque Gervais et le comte Herbert Baccon. — Gervais fait accorder le ; droit de régale à Geoffiroy Martel.— Il forme une alliance avec le comte de 31ois et le duc de Bretagne. — Geoffroy Martel se lie avec Herbert ' Baccon.— Gervais soulève le Maine contre celui-ci. — Geoffroy Martel raTige la province et assiège €fa&teaù-du-Loir. — 11 prend Gervais par tfâhison, le retient dans les fers et Toblige à renoncer à Tévêché du Mans. — Gervais à la cour de GuiBaume le Bâtard, duc de Normandie.
— H monte sur le siège de Reims. — Il sacre le roi Philippe I^. —
— Son administration et ses grandes aumônes. — Estime que les Papes faisaient de lui. — Ses écrits. — Miracles opérés dans le Maine par saint Mélaine. — Mort de Gervais. — Mort de Geoffroy Martel.
Le chapitre de la cathédrale participa à la prospérité de tons les établissements religieux du diocèse sous Tépiscopat de Gervais. Ce grand prélat avait conçu les plus nôhles projets pour relever Tantique éclat de notre clergé, et il les eût sans doute réalisés, si de malheureuses divisions n'étaient survenues troppromptement. Jaloux de marcher sur les traces de saint Aldric, il avait résolu de rétablir la vie commune dans le chapitre. Cette sainte institution venait de succomber entièrement sous Févêque Avesgafud, qui en avait fait disparaître les derniers vestiges, en partageant les revenus du trésor de la cathédrale en prébendes. L^un des premiers soins de Gervais, pour parvenir à soû but, fut d'augmenter les dépendances du cloiti:e canonial. Les chanoines étaient sans doute plus nombi;eux alors qu'au ix« siècle ; ils appartenaient d'ailleurs pour la plupart aux familles les plus puissantes de la province. On y reconnaît à cette époque des membres des maisons de
Bellème (\) , Lucé (4) , Saint-Calais (3) , Assé-le-Riboul (4) , Laval , Miiesse (5) , Sablé (6) , Mayenne (7) , Martra (8) , Antenoise (9) , et autres moins considérables. Il était convenable de leur offrir une demeure en rapport avec leur noble origine. Mais en construisant de nouvelles maisonB canoniales^ Gervais fit relever Taucienne église de Saint- Sauveur^ qui se trouvait dans Tenceinte du cloître^ et il la fit décorer avec la magnificence qu'il montrait dans toutes ses œuvres. En attendant que les chanoines pussent y loger et y prendre tous leuisTepas à une table commune , notre évèque rétablit déjà quelque chose de la vie régulière. Il voulut que les oblations faites dans l'église cathédrale fussent distribuées chaque dimanche aux chanoines et açCoL chapelaias de l'évèque assidus au service divin ^ et auaû aux moines de Saint- Vincent : tant l'union était intime entre le chapitre et le monastère. Gervais exclut poativement de ces distributions les clercs infidèles à la résidence (10).
Les fondations d'anniversaires étaient Tune des premières sources de la richesse des chapitres ; notre évèque en fonda quatre dans son église, un pour son oncle Avesgaud , et en général pour les évéques du Mans, ses prédécesseurs, un autre pour son père Haimon, un troisième pour sa mère Hildeburge^ et enfin un quatrième pour lui-même. U assigna poiu» la rétribution de ces pieux serr vices la moitié des revenus de l'église cathédrale^ des autels, oblations et dîmes ^ tous les cens qui étaient levés sur les faubourgs , revenus que le grand trésorier percevait antérieurement; il n'y a d'excepté que la somme remise par l'évèque à l'archichapelain lorsque le prélat chantait la messe. Gervais renonça encore à tout ce qui pourrait lui appartenir des ornements offerts à l'égUse,
(i) Martyrologe Ms , fol. 62, v.— (2) Livre Blanc^ n» 179.— (3) Ibidem,
— (4) Ibidem, no 18î.-(6) Ibidem, n» 113. — (6) Ibidem^-^il) Ibidem,
— (8) Ibidem. — (9) Ménage, Histoire de Sablé, part. I, p. 166.
(10) D. Mid>illon, Vetera analecta, t. III, p. 807 *. — Martyrologium capituli Cenomanetisis , ad iv non. julji«
OfiRVAIS. i^l
aîiisi qu'aux droits d^autel dans les lieux dépendants du chapitre. Prenant ensuite sur son propre patrimoine, il donna aux chanoines la terre et le fid'de Gué-Bernisson (1 ], dans la paroisse de Pontlieue, sur la rive droite de THuisné ; l'églide de Parigné-l'Évéque (2) , sur le territoire de Loudoti ; toutes les coutumes et redevances féodales auxquelles le chapitre était tenu envers le père du prélat , pour ses terres relevant de Ghâteau-du-Loir; le manoir que son père possédait à l'est de la ville du Mans, avec un bois et d'autres dépendances (3).
(Servais s'acquit encore de nouveaux titres à TafiFection et à la reconnaissance du chapitre en lui faisant restituer eertaines églises et des terres qui lui avaient été enlevées injustement; les principales étaient les églises de Sainte Oacai-en-Belin(4) , de Saint-Martin-de-Laigné, aujourd'hui Laigné-en-Belin (5) ^ de Mursane dans la Quinte (6) , de la Chapelle-Sainir Aubin (7) , de Sainte-Gemme-sur-Sarthe (8) jvès Ballon, de Pruillé-le-Gaudin (9), de Moncé (40) , et la seigneurie de la paroisse qui était attachée au fief de Curteaura. Parmi les terres rendues au chapitre par l'influence de l'évoque Gervais , plusieurs étaient situées dans la Gastipe du Belinois, ou petite Champagne du Maine (il). On
(1} Benais.
(2) Ecclesiam quaudam, ... io territorio Ledunis sitam, Patriniacum vocatam...
(5) livre Blanc , n» 177. — Gesta Gervasii , apud D. Mabillon , Vêlera analecta^ t. III, p. 204 *, — Martyrologium capituli Cenomor' mmsiSy foi. 91, y,, et àeq. (ly non. julii, iviii kai. febr. )
(4) Ecdesia sancti Audoeni in Belino.
(6) Làtiniacus,
(tf) Ecclesia de Mursena infra Çtftntom Genoroannicara.
(7) Ecclesia sancti Albini cum tems«..
(8) Ecclesia sancte Gemme snper fluTiam Sarte.
(9) Ecclesiam deProliaco cum eadem poteslate Curteauram vocatam.
(10) De Montiaco. Livre Blanc, — Uartyrologium capituli Cenomanensis , ad iv non. julii.
(H) Terrasque illas de Wastina. Gfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 330.
IdB HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.
y distingue aussi Ville -Germeiz^ aujourd'hui Villa-Germain (1)^ métairie située entre Trangé et la CbapellerSaint- Aubin , la terre de Marcé (2) en la paroisse de.Montoire dans le Bas-Vendomois , la seigneurie d'Assé-le-B^renger (3) , deux moulins , qui subsistent encore çur la Sartbe^près de la ville du Mans^ et qui font revivre le nora et le souvenir de ce généreux évéque , et enfin la seigneur rie de Tun des faubourgs du Mans (4).
Pour donner plus de solidité à ses dispositions en faveur de l'Église , Gervais obtint un diplôme royal consenti par le roi Henri P' (5). Lui-même ^ dans la suite, renouvela et confirma la plupart de ces dispositions dans son testament. Pai' une des clauses de cet acte^ Tévèque Gervais voulait qu'il fût lu tous les ans dans le chapitre ; et en effet , plps d'un siècle et demi après sa mort> les chanoines le firent transcrire sur le Martyrologe destiné aux usages de la cathédrale (6).
Le pieux désintéressement de l'évéque Gervais était encouragé par saint Odilon^ abbé de Clnny, l'un ^
(1) Villa Germeiz.
{%) Marciacus. — Nous etods suivi IMnterprétation donnée psr Cauvin ; mais peut-être s^agit-il en ce lieu de Marcé au-dessous dn Mans , près du Petit-Saint-Georges , dont il est parlé dans une charte du Mont-Saint-Michel , Gallia chrhtiana, t. XI, Instrum., col. 107.
(3) Aciacus cum potestate.
(4) Livre Blanc, n» 116. — Cfr. Le Corvaisier, p. 350.— Le Paige, 1. 1 , p. 423, t. Il, p. 887. — Il faut cependant reconnaître que Téfêque Gervais agit contre les intérêts de son Église lorsqu'il engagea à son beaufrère, Guy II de Laval, tous les autels situés sur les terres de ce seigneur. >- Notum sit quod Guido de Walle sue terre altaria que ex dono domni Gervasii prcsulis tenuerat , beato Juliano et domno Wulgrino Genomanensi episcopo , volentibus filiis suis Hamone scilicet et Guidone et Gervasio , in perpetuum reliquit. Actum in testimonio et conspectu Herberti comitis, videntibus Hugone de ^/entaco et pluribus aliis. — Biblioth. Impér., fonds latin, n» 5211 B. — Livre Bianc, no 133.
(5) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 305 *. — D. Bouquet, t. XI, p. 135.
(6) Martffrologium Ecclesiœ Cenomanensisjol. 91, v, et scq. (ivnon. jttl.)
6ERYAIS. 199
hommcis les plus éminents du xi* siècle par la sainteté de sa vie , l'éclat de ses miracles^ les lumières de soï^ ititdligence y la haute influence qu'il exerça sur toutes les classes de la société.
L'amitié d'un tel homme n'est-elle pas le plus grand éloge pour celui qui la posséda? Notre évéque 6er vais eut cet avantage, et il sut l'apprécier à sa* valeur ; aussi^ dans soa testament y il xx)nstate que c est à l'instigation de co grànd abbé qu'il a pris les dispositions généreuses qu'on y voii« S'étant rendu à l'abbaye de Gluny^ Gervais assista à un chapitre général ou synode^ dans lequel siégeaient plus de cinq cents évoques ou prêtres, que la vénération pour un lieu aussi saint y avait attirés. L'évêque du Mans avait apporté son testament, et il le fit confirmer par cette nombreuse assemblée, qui prononça la peine d'excommunication contre toils ceux qui y porteraient atteinte. L'original de cette pièce se voyait encore dans les archives dii chapitre du Mans, au xvii« siècle (1).
Suivant une autre version qui, du reste, ne contredit pas la précédente, saint Odilon s'était rendu au Mans, en faisanf la visite de ses monastères. Cluny possédait dès lors quelques prieurés dans le diocèse , entre autres à Beaumiwit-le-Vicomte , le prieuré de Saânt-Pierre et Saint-Paul, dont noxis parlerons dans la suite. Ce serait donc dans noèi*e ville que saint Odilon aurait confirmé les dispositions prises par l'évêque Gervais. On croit qu'Arnoul II, archevêque de Tours, neveu d'Avesgaud et cousin de Gervais, Hubert de Vendôme, évoque d'Angers, le comte GeofiFroy Martel, Geoffroy, doyen de Saint-Martin de Tours, et im greaid nombre d'autres personnages se réunirent au Mans à 1^ même o<xasion, et confirmèrent aussi de leur signature les dispositions prises par notre prélat (2).
On dit aussi que Gervais adopta avec empressement la
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 309 "". — D. Marlot , Histoire de Reims, Idc. cit.
(«) Livre Blanc^ n» 177.
âOO HISTOIRE D£ l'ÉGUSË DU MAI!4S.
fête de la Goimoémoraiion des morte établie par saint OdiloQ dans ses mcmastères y et que TËglise du Mans fut l^une des premières à la célébrer. ,
Gervais offrit encore à la cathédrale un don digne de sa munificence. Il possédait un magnifique Évangéliaîre; les miniaturistes et lescalligraphes du ix* siècle n'avaient riean épargné pour en fûre Tun des plus beaux monuments de Tart carlovingien. La plupart des dessins de ce manuscrit sont empruntés à rarchitectiu^e de Tépoque^-et repvor diûsent des édifices que le temps a détruits. Une saite de portiques pleins d'élégance offraient au calligraphe un «hamp où celui-ci a tracé les canons évangéliques d'Ëusèbe. Les motifs d'architecture présentés par ceoianiir sorii peuvent donner une idée des constructions que saint Aldric fit élever sur une si grande écheUe dans la viUe et le diocèse du Mans (i). Après avoir fait^ pendant huit cents W^> lune des principales richesses du trésor de Féglitt cathédrale du Mans j le manuscrit de Tévéque Gervais a passé à la Bibliothèque du Roi à Paris y après le pillage de réglise par les Huguenots en 156S. Depuis cette époque» il a perdu sa magnifique couverture enrichie d\)r et de pierres fines (2).
Le chapitre du Mans comptait dans son sein plusieurs chanoines capables d'apprécier la valeur d'un ^précieux don. Le savoir y était honoré ; la science y ouvrait la voie aux premières dignités^ et un grand nombre de jeunes clercs suivaient les leçons de théologie et de belles-lettrés que des chanoines leur donnaient dans l'éeole de la cathédrale. Le modérateur de cette école était encore Ermenulphe, qui continua à k diriger au moins jusqu'en Tannée 1040. A ce maître habile succéda Robert, surnommé
(1) M. le comté Aug. de Bastard , dans son admirable Histoire de la peinture dans les manuscrits, a reproduit quatre pa^cs de rÉvangéliaircdu Mans. Cfr. D. Guéraniçer , Institutions liturgiques, t. lïï, p. 313, 365,367,379,
(2) L'Évangéliaire de Tévêque Gervais futiacheté au Itfans en t*6l. Il porte à la Bibliothèque Impériale le n<) 36 1, ancien fonds Colbert.-
6ËRYAIS. dOi
le Grammairien 9 homme aussi recommandable psù: la gravité de ses mœm*s , sa modestie et sa vertu , que par sa doctrine , qui le faisait admirer de tout le monde. Ses grandes connaissances et son application constante à kistniire ses nombreux disciples renouvelèrent presque tchite la face du diocèse^ et procurèrent au clergé de la cathéààJLe en pai*ticulier un renom qui distingue notre pays pendant ce xi' siècle. Ce docte personnage ne se contentait pas de stimuJer l'ardeur des clercs placés sous sa discipline; il encourageait les moines à se livrer aux études sacrées. Pour doniier plus de poids à ses exhortations.^ Robert augmentait généreusement les bibliothèques des monastères par To&ande de manuscrits précieux* Ce grammairien enseignait au Mans antérieurement à Tfin lOiQ; il occupa encore sa chaire pendant de longues années , mais entin^ étai^t mort avant la translation de Gervais sur la siège archiépiscopal de Reims, il fut remplacé par Aflaaud; son neveu. Ce nouveau scholastique était en tout digne de tenir la place de son oncle , qui Tavait formé peu 86B exemples et ses leçons à la vertu et à la science (1). Q remplit la tâche d'instruire le clergé du diocèse et de diriger Fécole de la cathédrale, jusqu'en Tannée 4067^ où il fut élu évèque du Mans après la mort de Yulgrin (3)«
Sur ces entrefaites , Tardeur pour les études sacrées dut être excitée au Mans par la juste opposition qu'éveilla Fliérésie de Bérenger, archidiacre d'Angers- L'évèque Gervais fut Tunde ses plus ri^utables adversaires (3). Ce fut
(1) Arnaud portait le ti(re de grammairien dès le temps de Tévêque Genrais. Livre Blanc, n» 179. — Cartulaire de Vabbaye de Vendôme, apud D. Martène, Thésaurus anecdot,, t. I, col. 15S.
(î) D. Habillon, refera analecta, t. III, p. 312*. — Annales 0. S. É., Ub. LYUI, num. 23; lib. LX, num. 64, et passim. — Gaufridus Viùdodnensis, Opéra, p. 414. — Livre Blanc, n<» 179. — Cartulaire de l'abbaye de Vendôme^ apud D. Martène, Thésaurus ànecdot., 1. 1, col. 158.
— D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. Vil, p. frS, et passim.
— Mémoires pour l'histoire de Saint- Vincent , p. 35, Ms. de la BiblioUi. du Mans, n» 91 .
(3) Du Boulay, Historia Vniversitatis Parisiensis, i. 1, p. 424.
Wi HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.
peut-être à- cette occasion que le. célèbre Lanfranc> cpû u'était encore que prieur du Bec^ fit le voyage du Mans. D y séjourna pendant quelque temps dans Tabbaye de la Go«ture, et il ne crut pouvoir faire rien de plus agréable am religieux de ce monastère^ en retour de Thospitalité qir^ lui donnaient; que de s'occuper à la correction de quelque^ manuscrits. On conserve encore aujourdliui un manuscrit de VHexaemeron de saint Ambroise^ portant sa signature, et ses annotations (4). On verra bientôt plusieurs hommes di^ tingués sortir de cette abbaye et de quelques autres da diocèse y preuve évidente que les études n'y étaient pas négligées. On est d'ailleurs en droit de le conclure en eoiîstatant la parfaite observance régulière qui se maînteDait dans toute la province.
Parmi les clercs manceaux qui se sont fait une réputation à cette époque^ on doit compter Hubert ou Herbert, qui enseigna d'abord à Orléans, où il eut pour disciple le célèbre Baudry, depuis abbé de Bourgueil^ au diooèse d'Angers, et enfin archevêque de Dol. Après avoir ^ûi&A' gné à Orléans , Hubert occupa une chaire au Mans/ et il y f(H*ma dans les belles -lettres un personnage nonmi6 Audebert. Il était surtout célèbre pour sa connaissance des lettres humaines. Baudry a composé sur sa mort un chant funèbre (2), dans lequel il fait un grand éloge de son savoir et de sa vertu. Il le regarde comme le plus halnie des maîtres qui furent chargés de l'instruire. On n'est pas certain si cet Hubert est le même que le disciple de Fulbert de Chartres, qui portait le même nom, et qui est fort loué par son maître (3).
Cependant la guerre désolait nos campagnes. Les expéditions de GeoflFroy Martel et de Robert le Bourguignon, baron de Sablé, troisième fils de Renaud l«% comte de
(1) Ms. de la Biblioth. du Mans. — On lit à la fin du volume mots : Lanfrancus ego correxi .
(2) Du Boulay le rapporte tout entier.
(3) Du Boulay, Histotia Universitatis Parisiensis, t. I, p. 563, 606, 607.
6ERYA1S. 203
Nevers. contre Ouérin de Craon, en l'année 1051 , répandaient le désordre dans une partie du Maine (4). Mais le diocèse eut beaucoup plus à souffrir des hostilités du comte d^Anjou contre le duc de Normandie. Le théâtre habituel de cette guerre fut le Passais ; et les places de Domfront et d'Aliàiçon furent prises et saccagées plusiem^ fois. Le duc Guillaume de Normandie , après avoir repris ces deux YÎlles et avoii* contraint Geoffroy Martel à se retirer, se mit en devoir de fortifier Ambrières (2), Tune des clefs de ses états du côté du Maine. Mais Geoffroy surprit Tarmée nop-f mande dans un bois où il lui avait tendu un piège. Guillaume perdit en cette occasion plusieurs chevaliers de marque, adontU fut siiré, dit ime vieille chronique, qu'il courut sus de si grant force audit Geoffroy, et le férii de son épée tellement, qu'il lui froissa le heaulme, et lui coupa la coiffe , et lui trancha Toreille, et de ce. coup Tiibattit par terre. Mais il fut relevé et remonté, et le comte Helye (Usez Herbert) du Mans fut prins. Lors, les Angor vins et Manseaux furent déeoi^s, et s'eniuy Geofi&*oy Martel; depuis revint ledit duc devant Ambrières et Néel,. fit bire un châtel qu'il gamy de gens et de vivres pour contraindre Geoffroy Martel et ses gens (3). » Le convte d'Anjou parvint plus tard à s'emparer de la place et fit passer la garnison au fil de Tépée (4).
Tandis que ces scènes sanglantes épouvantaient les esprits, des événements plus tristes encore pour notre province , et pour TÉglise eu particulier , étaient sur le point d'éclater. Les hostilités se rallumaient entre l'évéque
(i) Ménage» Histoire de Sablé, part. I , p. 12,0-123. — D. Morice, ffistoire de Bretagne, t. 1, p. 73, 74. — Barthélémy Roger , Histoire de PAnfoUy p. 192.
{%) Ambrer œ.
(8) Chronique anonyme citée dans VArt de vérifier les dates, t. Xlil, p. (5, 56.
(4) Du Çhesne, Historiœ Norman, script,, p. 187. — Gesta Guillelmi duc. Norman., apud D. Bouquet, t. XI, p. 84. — Barlh. Roger, Histoire dePAnjou^^. 190.— Le Corvàisier, Histoire des évéques du Mans,p, 344. — Godard-Faultrier, V Anjou et Ses monuments, t. H, p. 7-8.
!I04 UISTOIRE ])E L EGLISE DU MAliS.
Gervais et le comte Herbert Baccon. Toute trêve coDchie dans des vues d'égolsme ne peut avoir une longue durée; et , il faut le dire , le concordat arrêté entre Gervais et Herbert ne semble pas avoir eu d^autre mobiles Malgré les -immenses richesses et la puissance dont il poùtait disposer^ Tévéque comprit bientôt qu'il n'était pas en état de résister à son adversaire. Il tenta quelques démarches pour s'assurer Tappui du roi de France Henri !•'; mais U reconnut bientôt qu'il n'en tirerait aucun secours efltcace. Gervais tourna alors ses espérances d'un autre côté : faisant trop de fonds sur les ressources de son esprit, il s'engagea dans une suite de négociations dont Tissue ne répondit pas à son attente. Depuis la guerre que Gervais avait déclêirée à Geofi&oy Martel dès les premières années de son épiscopat^ et le traité qui avait amené la déposittcm désarmes^ le prélat s'était montré fort empressé de gagner l'amitié du comte , devenu plus puissant deiHÛs la mort de son père, et par l'acquisition de nouveaux étals. il était facile à Gervais d'oublier les anciennes animosités, puisqail avait retiré tout l'avantage de cette guerre; mais Geoffifoy Martel ne pouvait oublier qu'il s'était vu dépouillé de la plus grande partie du Bas-Vendomois , et profondément humilié dans son orgueil. Malgré la blessure qu'il en gardait au fond du cœur^ le comte dissimula; il feignit une réconciliation sincère, reçut avec honneur les messagei^s de l'évéque du Mans, et l'invita aux fêtes qu'il donnait. Gervais , trop confiant en la supériorité de ses lumières, se laissa surprendre à ces démonstrations,^ et se croyant sûr d'un aussi puissant allié que le comte d'Anjou, qui réunissait alors dans ses mains la Touraiiie,le Poitou et le Vendomois avec ses autres provinces, il se montra moins accommodant avec le comte Herbert Baccon. Les deux partis se provoquèrent par mille vexations réciproques , et à tout moment Ton pouvait craindre de voir une nouvelle guerre déchirer le Maine. Pour éviter de se livrer à la fortune des armes, Gervais prit un parti extrême , et dans lequel il semble avoir sacrifié l'honneur
GERVATS. - ' 205
et les vrais intérêts de notre Église et du pays , à des avantages d'un^ ordre inférieur. Il fit supplier le roi d'in^^ fëoder la garde de révêché du Mans au comte d'Anjou , pour la vie seulement de Greoffroy Martel , afin que celui-ci le protégeât plus volontiers contre les tentatives de Herbert Baccon. D'après les propositions de Tévéque, le droit de protection sur TÉglise du Mans devait faire retour à la couronne , après la mort du comte Geoffroy. Ce mKHÊBage , gui paraissait spontané de la part de Févéque , avait cependant été arrêté entre lui et le comte d'Anjou (i). Il est certain que depuis environ cent ans, les comtes d'Aiyou et les ducs de Normandie portaient également leoTB vues ambitieuses siu* le Maine. Déjà en 979 , et plus tard sous le roi Robei*t; Geofi&oy Grisegonelle avait obtenu une concession de la même nature que celle pour laquelle sollicitait présentement TévêqueGervais (2). On sait assez que ces concussions d'abord viagères devenaient bientôt héréditaires dans une famille. Ces considérations ne furent poii-étre pas pesées sufiisamment par l'évêqueduMans^ eileB devajient cependant se présenter à tous les esprits^ à caujse des efforts tentés contre Tindépendance de notre pvovince. Ce petit état, resserré entre deux puissances de beaucoup supérieures^, et qui prenaient chacpie jour de nouveaux accroissements , devait un jour ou l'autre tomber entre les mains de la plus forte ou de la plus habile. Les circc«3istances malheureuses dans lesquelles notre diocèse ge trouva placé pendant tout le cours du moyen âge Quiaiient beaucoup au développement des institutions civiles, et même des établissements ecclésiastiques et reli* gienx. Tiré de son ancien orbite, dans lequel il avait prospéré^ par l'action des grands corps qui s'approchaient de lui, notre pays devint un simple satellite de la Normandie ou de l'Anjou. Il en advint que la plupart des
\\) D. MabilloD, Vetera analecta, t. III, p. 305 *. — D. Bouquet, t. XII, p. 135.
(2) Biblioth. Impér., fonds latin, n» 8839 A., in-foL, fol. 143, 144.
906 HISTOIRE PE L'ÉGLIâE DU MANS.
esprits éminents qu'il produisit se trouvèrent comme naturellement entraînés sur un autre théâtre^ pour y développer leur science, leur habileté^ leur courage ou leur activité. De même les grandes institutions^ les écoles^ les universités, les abbayes, les chapitres, seuls secoufisde rintelligence , prirent plus d'essor et d'accroissement sor un territoire plus favorisé. Si le Maine ne pouvait éviter la crueUe destinée d'être soumis à Tétranger^ il est toujours malhem*eux pour un prélat , doué d'ailleurs d'éminenies qualités, que son nom se trouve lié au récit de Thumi- Ijation d'une province dont la liberté devait lui être ptos chère que la vie.
Geoffroy Martel comprit mieux toutes les conôéquenœs du droit de régale qui lui était offert. Il dut inême être doublement flatté de la démarche à laquelle sa politique habile venait de conduire l'évèque du Mans ; eu ^et ^ die lui ouvrait la perspective de idéaliser promptement ses desseins ambitieux sur ie Maine, et elle lui donnait un allié puissant dans la maison de Bellême , qui était Vvtn des plus fermes soutiens des ducs de Normandie du Mé qui regai'dait ses états.
Le roi de France redoutait beaucoup phis alors Tàm* hition du duc de Normandie , Guillaume le Bâtard , que celle du comte d'Anjou. Celui-ci venait même de se montrer un fidèle et utile vassal dans la guerre contre le Normand (i). Mù par ces considérations, le roi Henri donna son consentement au projet de l'évèque Gervais. La régale dont Geoffroy Martel se trouva investi sur Tévêché du Mans, se nommait, en terme de chancellerie, droit de protection; mais elle représentait toute autre chose que ce qui est indiqué par ce nom; elle consistait principalement dans la prérogative de présenter le candidat à l'élection ; et Ton sait cpie la présentation équivalait presque par le fait à la nomination directe. Elle consistait encore dans le droit d'exiger le service du fief, le ressort, et autres
(1) VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 56.
6ERVAIS. 307
aiTiBtages réels. L es comtes d'Anjou se firent concéder les mêmes droits sur l'Église d'Angers, et ils en abusèrent également poui* exercer des exactions étranges (1). Le roi Henri ne se dépouilla pas assurément sans regret des droits dont il avait joui sur T^véché du Mans; mais la condition précaire de la couronne la réduisait souvent à subir les exigences des grands vassaux (S),
La démarche de l'évêque Gervais lui porta malheur. Le comte Herbert Baccon ayant appris les intrigues du prélat pour lui arracher le gouvernement de la province, et coxmaissant d'autre part les intentions secrètes du comte d'Anjou à l'égard de Gervais , ne craignit pas de s'adresser h ce prince poiur ourdir avec lui une trame dont la perte de Tévéque devait être la suite infaillible. Les propositions du comte Herbert Baccon ne fui*ent pas mal accueillies par Geofiroy Martel : déjà les plans de Gervais commençaient & se développer ; et son allié d'hier arrivait à comprendre que toutes les espérances qu'on avait fait luire à ses yeux, ne reposaient que sur une base mobile.
En effet, après avoir recherché l'alliance de Ge6ffi*oy Martel pour se maintenir dans son siège , Gervais cherchait à échapper à sa suzeraineté et à se rendre de plus en plus indépendant dans le Maine , sous le nom du jeune comte Hugues II. Pour venir à bout de cette grande entreprise , le prélat se mit en quêté de deux puissants alliés , et il les tixmva dans les comtes de Blois et de Bretagne. Cette liaison nouvelle de l'évéque Gervais devait, en se manifestant, exciter les soupçons et les mécontentements de
(i) D. MabiUoo, Vetera analecta^ t. 111 , p. 305 ^. — D. Bouquet, t. XI, p. 135, 634. — Brussel, Nouvel examen de Vusage général des fieft en France^ p. 299 et suiv. — Vjrt de vérifier les dates , t. XIII, p. 54, 89.
(S) Il est probable que la régale ne comprenait pas encore au xi* siècle toate retendue des prérogatives qu'elle désigna dans la suite. On sait que tout ce qui concerne son origine et ses développements est Tune des parties les plus obscures de notre ancien droit, malgré d'immenses recherches de la part des canonistes et des jurisconsultes.
Geoffroy Martel. Les comtes de Blois, roattres de la Champagne 9 étaient les adversaires les plus achamiés des comtes d^Anjou ; depuis un siècle environ la guérie n'avait cessé que par courts intervalles entre ces rivaux de puissance(ï). Les hostilités entre les comtes de Bretagne et ceux d'Anjou n'étaient guère moins anciennes et moins o]miUh très (2). Geoffroy Martel étant instruit de la nouvelle ligue qui se tramait dans le plus grand mystère^ écouta favorablement les propositions d'Herbert Baccon. Avec la disei-. mulation profonde qui le caractérisait , le comte d'Anj<m parvint à faire croire au vieux Herbert Baccon qu'il- était disposé à embrasser chaudement ses intérêts contre i'évA» que; mais en' même temps il était fermement résolu de ne se dévouer ni à sa cause ^ ni à ceUe de son antagoniste. Dans leurs complots^ disent les historiens du prélat, les seuls que nous ayons sur cette partie de nos annales, Geoffroy Martel et Herbert Baccon résolurent de dépouiller, s'il se pouvait, Gervais de son siège, et de confisquer à leur profit ses domaines paternels (3).
Mais au moment où tout semblait sourire aux vengeances du comte Herbert Baccon, et que son autorité paraissait se consolider par la main même de ses ennemis , un autre danger éclata et lui fut iatal. Gervais parvint à découvrir l'alliance formée entre le gouvei*neur du Maine et le comte d'Anjou; il mesura d'un coup d'œil la profondeur du danger qui le menaçait, et il ne balança pas à recourir à un moyen extrême pour ruiner entièrement son ennemi. An moment même où le vieux Herbert Baccon négociait avec ses voisins , Gervais remuait toute la province et minait le sol sous les pas du comte. Ayant convoqué ime Qtgsemblée
(I) D. Bouquet, t. XI, p. 430, et passim. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 56, et passim.
ii) Ménage, Histoire de Sablé, part. !'«, p. 120-123. •*• D. Morice, Histoire de Bretagne, 1. 1, p. 73 et 74. — Vert de vérifier les dates, t. XIII, p. 47, 54 , et passim.
(3) D. Bfabillou, Vetera analecta, t. III, p. 306 *, 307 *. — D. Bouquet, t. XI, p. 135.
générale de toilUes seigneor^y et même de touft les hommes lH>res de la province^ le prélat leur représente Turgente Décesstté de s'armer et de ee soulever en masse conlre Herbert Baccon. 11 accuse le comte de vouloir dépouilla sonpifpille^t son neveu, le jeune Hugues, de$ droits que celoirci tenait de son père. Û ajoute que le comte Hugues était eq état de gouverner par lui-même; que c'était une injustice manifeste de tenir encore en tutelle . un prince parvenu à une maturité précoce et doué de qualités trèèremarquables. Le prélat ne manqua pas d'offrir à ses atidïteurs le tableau le plus brillant des* espérances que devait fidre concevoir le gouvernement d'un souvei*ain dont H se croyait sûr de diriger l'esprit et les conseils. Venant enfin à parler de lui-même , il exposa les motifs qu'il avait de se plaindre du comte Herbert Baccon ; tt avança même i^e celui-ci le persécutait imiquement à cause de son dévouement connu aux intérêts du jeune c(miteHtLgues(f). Les promesses flatteuses prodiguées par le prélat, peutêtre quelques haines anciennes contre le €$omte Herbert Baccon , suflBrent pour allumer prompteiMnt dans toute la {HTOvince l'incendie de la guerre civile^ On court aux armes de toutes parts ; l'évêque est à la tête des guerriers, il ùiï passer dans tous les cœurs le feu qui le transporte. La vieux comte Herb^t Baccon fut surpris d'une si prompte et si imreerselle révolte; il n'essaya <pi' une- faible réâstance, et prit la fuite. Se voyant abandonné des Manoèatix, tnsdii par le perfide Geoffroy Martel, qui ne lui «avoya aucim secours, par son neveu lui-même, qui, dans l'impatience de tenir les rênes du gouvernement, avait ^outé les conseils de Gérvais, adopté ses projets > et s'était livré tout entier à son parti , il quitta la province et aUa se renfeitner dans im cloiti'e , où il t^mina ses jours sous l'humble et paisible habit du moine (2).
(1) D. Mabillon, Vetera analecta^ t. IH, p. S06 **. — D. Bouquet, t. XI, p. 135, 186^ 633.
(2) D. Mabillon, lœ. cit — D. Bouquet, loc. cit,
iiO HISTOIRE DE i.'Éôi.ISE DU MANS.
t Gervais semblait appelé à conduire désormais h son gré la province; le jemie comte Hugues ^ reconnu sfiiul diAf du gouvernement par les seigneurs et teus les hommes libres , était entièrement soumis à ses volontés. Le prélat lui fit épouser Berthe, fille d'Eudes 11^. comte àeSkÀB, veuve d'Alain in ^ duc de Bretagne^ mort en 1040, etm^ de Conan II. Geoffroy Martel vit cette alliance avec le plus cruel déplaisir , parce qu'elle donnait au jeune Bagues des alliés intéressés à défendre son indépendance , et disposant de forces suffisantes pour parvenir à ee but (1). Aussi le comte d'Anjou considéra le mariage du comte du Maine comme une déclaration de guerre. Au moment où le jeune Hugues était parti avec ses hommes d'armes pour se rendre près de Berthe et célébrer ses noces ^ Geoffroy Martel , voyant le Maine sans défense ^ rassembla à la hAte ses milices et fit une irruption dans notre pays. Il dirigea sa principale attaque du côté de Ghâteau-du-Loir , sane doutj» pour tirer une vengeance personnelle de l'évèque Geryais, et annoncer hautement qu'il y avait entre eux un duel à mort. ChAteau-du-Loir était la principale foi*tere6se> du fief patrimonial de l'évèque du Mans; aussi se trouva-t^y pourvu d'une garnison su£Bsante pour le défendre d'un coup de main. Geoffroy Martel ^ l'un des plus grands capitaines de son siècle^ ne parvint pas à se rendre maître de la place comme il l'avait espéré , mais il fit le dégât dans les environs. Le bourg situé au-dessous du donjon et la collégi^e de Saint-Guingalois furent saccagés et livrés aux flammes (2). Réduits à la dernière indigence^ les chanoine de Saint-Guingalois furent obligés de se disperser pour ne pas mourir de faim. La collégiale ne fut plus desservie que par un petit nombre de clercs, et l'ofiSce divin ne se célébra plus avec la dignité convenable. La désolation de ce sanctuaire dura jusqu'en l'année 1070, où un neveu de notre é vèque appela les moines de Marmoutier pom* le relever (3).
(1) D Bduqaet, t. XI, p. 1B6.
(2) D. Mabillon, loc. cit. — D. Bouquet, t. Xt, p. 186.
(3) D. d'Achery, Spicilegium, t. X,p. 296elseqq.
Toutefoif^^ les soldats angevins^ ne pouvant se rendre maiiree da fort de Ghàteau-du-Loir ^ entreprirent un siège
dans les 4*ègles.
Pendit ce temps-là^ l'évègue Gervais ne se donnait aucuià repos; il cherchait de tous les côtés les moyens de recouvrer son patrimoine et de repousser le comte d^Anjou li(»B des &ontières du Maine. Il parvint à faire embrasser 98^ intérêts par le duc de Normandie. /Geoffroy Martel ne se laisse pas effi*ayer ; il traverse le Maine le fer et la flamme à la main^ et vi^at fondre sur le Passais. Q s^empare fadilement des châteaux de Domfrontet d'Aiençon^ et y metdes garnisons^ Le duc Guillaume le Bâtard accourt aussitôt pour reprendre ces places. Il commence par cerner Domfrontet fermer tous les passages; il vole ensuite à Alençon^ où la garnison angevine j craignant d'être traitée avec ngoeur, lui ouvre les portes et le reconnaît maître de la ville et du château. 11 retourne ensuite à Domfront avec la mèïEne célérité ; les habitants se rendent à lui^ et les troupes de tieoffroy Martel se retirent. Après cette jexpédition aussi rapide que glorieuse y le duc , sentant la nécessité de garnir de plus en plus sa Irontière du côté du Maine^ se rend à Amlnâèr^; et y bâtit un château dont il ne subsiste plus aiqoardliui que qu^ques pans de murailles (i).
Tandis qu^ la guerre ravageait la partie du diocèse voisine de la Normandie , les Hanceaux cherchèrent à
(1) Li,|M nhaitrt furantiu» «to MftiftaudnteittiitMtHjfiplm, D'eoi»iir I><«fiN)ut, dont Je tm dis, Fiat ii Ambrera tôt mener, <Qw fU» i STeit fait li due ; ClMÙrtel norel i Tout fefowr
Bèooit y Chronique des ducs de Normandie, édit. Franc. Michel, t. Ml, p. 103 et suW. — WiUelmns Gemeticensis, Historia, Irb. VU, c. xviii, apad D. Bouquet, t. XI, p. 44. — Gesia Guillelmi dueis Normonniœf ibidem, p. 84. -* Les bistoriens modernes ne a^accordent jmls entièrement sur la date des faits que nous rapportons. Cfr. VArt de vérifient les dates y i, XIII , p. 55 et suiv. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alençon, t. I , p. 1^4. — Les notes .de D. Bouquet- et de M. Franc. Michel. — De Pétigny , Histoire archéologi-que du Fendomois. — Bodin, Recherches historiques sur VAnjou, t. l,p. t25, et passim* -*- Godard-FauUrier , VAiyou et ses monuments, t. II, p. 7 et -8.
détourner le fléau en fisiisant des courses sur les terreâ- dpî comte angevin . Ils se portèrent précipitamment sur le Ven^ domois ; cai* Nihard de Montoire^ par la trahison dont notis avons parlé ^lus haut ^ s'étant rendu homme-lige de l'évèque du Mans, les troupes de celui-ci pouvaient facilem^oit arriver jusque dans Vendôme même. Les moines de ift Trinité; jugeant le danger si voisin , et ne se croyant plus en sûreté dans Tabbaye , demandèrent à (jec^roy lUartrf un refuge à Angers , et il leur donna régHse de Tous-leff^ Saints. On peut juger par ce seul fait avec quelle vigueur Tévèque Gervais et le jeune comte Hugues^ qui commai»* datent en personne les soldats manceaùx y poussaient les hostilités contre leur redoutable rival (i).
Geoffroy Martel^ serré de près par ses ennemis^ sentit le besoin de ramener à lui le vassal dont la trahison avait été cause d'une partie de ces désastres. Il réussit facilement dans son dessein; car Nihard était doué d'assez de perspicft» oité pour savoir toujours distinguer à temps le ofiPté du plus fort. Néanmoins, il se fit encore payer très-cher cette nouvelle défecticm; et, pour satisfaire à ses exigences, Geoffroy fut obligé de reprendre une partie des terres qu'il avait données à Tabbaye de la Trinité dans la forêt de Gastines (S).
Bientôt après, Gervais tomba dans un piège {préparé vraisemblablement par les conseils de son ancien- vassal. Appelé à une conférence par Geofltroy Martel, sous prétexte de traiter de la paix , et après les plus belles protestations, il s'y rendit sans défiance et fut retenu prisonnier. Ce guetapens eut lieu vers l'an 1044 ou 1045 (3). La captivité du prélat se prolongea pendant plusieurs années (4); les
(I) De Pétigny, lac. cit, • • -
(i) D. Martèue, Thésaurus nov. onecd., t. I,col. 159. — I>. Bouquet, t. XI, p. 685.
(3; D. Mabillon, Vetera analecta, t. UI, p. 306 *. — D. Bouquet, t. XI, p. 136, 685. — Selon M. de Pétigny , Tévêque Gervais fut fait prisonnier au commencement de Tannée 1049; mais nous suivons l'opinioh' de VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 90.
(4) Sept ans selcm D. Martène, AmpUss. coUect., t. !, col; 437 (b).
GBRVAIS.. * W3^
Églises de France s'émurent de voir le diocèse da M^tns aws chef spirituel^ et le comte d'Anjou pousser 1 audace jusqu'à porter la maiq sur un pontife du Seigneur. Ij& Pape saint Léon IX étant venu à {leims en l'année 1049/ y réunit et pt^ésida un concile pour, la réforme des iBoeiirs» Plusieurs évéques voisins du Mans y assistèrent c Yves n de Séiez, Ëusèbe d'Angers, Pudicus de N«aites. On: y convoqua une seconde assemblée qui tlevait se tenir à Mayence ; le comte d'Anjou y fut cité pour comparaître, et inenacé d'excommunication s'il ne rendait la liberté à Tévèque Gervais (!)• Geoffroy Martel s'inquiéta peu des menaces du concile. Délivré du seul adversaire qui pût lui tenir tète, il ne ^'occupa que de pousser plus avant: ses conquêtes dans le Maine. Le jeune comte Hugues> quoiqup^ privé de son guide habitujçl, se défendit pendant quelque temps avec courage ; et Geoffroy Martel livra plusieursaqnuts infiruetueux à la ville du Mans. Désespérant de- s^en rendre maître, il y mit le feu à plusieurs reprises, et livra 4u pillage de ses soldats tous les lieux qu'il put prendre aux envir(»i& (2). Quel devait être l'état du reste de la pro- YÎAoe, lorsque la capitale se trouvait réduite à de telles extrémités? Aussi, connaissant l'intériorité de ses for6es, la .comte Hugues H mourut de chagrin et de Ismgueur 1& 7 avril lOoi , laissant de son. mariage avec Berthe,. Hub^ II, qui lui succéda, et une fille dont on ignore le^ nom^ et qui fut mariée à Geoffroy, seigneur de Mayenne (3).
(1} Yoca?erunt ( Paires concilii ) et Gozfridum Andegavenscm, usqae ad Synodum futuram Moguntiœ, ibi excomdaunicand.um , nisi relaxarct qiiem eaptunfi tenebat domiuim Gcrvasitmi, qui tune erat praïsul sedis Cenoînanicae... Baronius, Àknaîes ecclesiastici , ad an. 1049. -^ Labbé, Coneilia; t. IX, col. 1036, 1049.— D. Mablllon, Acta Sanctorum 0, S, B., ssccul. VI, part. I, p. 720. — D. Bouquet, t. XI , p. 523, 635.
(i). Tempore vcro Hugonis , Gaufridus Martcllus urbem Ccnomanicam sepe injecto îgne cremâvit , sœpe militibu» suis eam in prsedara distribuil. — Gesta Guilleimi dùcis Norfnaniœ^ apud D. Bouquet, t. X!, p. 88. — Cfr. ibid.^ p. 633.
(3) VArt de vérifier les dates, t. XIÎT, p. 91. — Cfr. Trouillanî de Montfcrré , Mémoires des comtes du Maine, et Guyard de La Fosse , Histoire des seigneurs de Mnifenne, p. !0. '
314 HISTOIRE DE l'ÉSLISE DU MA5S.
Avant de mourir^ le jeune comte s'était signalé par quelques actes de piété envers saint Juliea. H donna au chapitre toutes les coutumes de deux bourgs, savoir Mantula ou la Mue^Saint- Aubin , qui représentait probablement la sei^gneurie de la paroisse de la Ghapelle-Saint-Aubin, près du Mans (1), et Bauart (2) ; aussi les chanoines inscrrvifieat Hugues au rang de leurs principaux bienfaiteurs, et en firent mémoire tous les ans au jour anniversaire de sa mort (3).
Après le trépas de leur comte , les habitant» du Mans livrèrent eux-mêmes leur ville à GeoiTroy Martel, qui entra par une porte , tandis que la veuve du malheureux Hugues sortait par l'autre , portant dans ses bras son fils en bas 4ge, devenu lliéritier légitime du comté du Maine. Geoffroy Martel ne méconnut pas cependant les droits de cet enftôit ; mais il prit en main radministration du comté et la conserva jusqu'à sa mort ; c'était ainsi que sa potitique habUe savait se contenter de la'réalité du pouvoir, lors^ cpi'il n'y pouvait joindre le droit (4).
La province entière du Maine s'était soumise; iqaift kk place de Château-du-Loir tenait encore pour son seigneur captif, et luttait seule contre toutes les forces du comte d'Anjou. Le siège dura sept ans, pendant lesquels Tintrépide fidélité des habitants ne se démentit pas. Les Angevins essayèrent à plusieurs reprises de détruire la forteresse par les flammes ; mais ils ne réussirent qu'à ruiner les ouvrages avancés. Une foi vive soutenait le courage des hommes de Château-du-Loir ; ils promenaient autour des remparts les reliques des saints patrons de leurs églises , et se croyaient invulnérables sous cc^tte égide sacrée; mais lorsqu'ils virent que leur comte était mort, que leur évéque restait
(4) Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 395, 396. Mantula sancti Albini et Mantula sanctœ Mariœ,
(3) Ce bourg a probablement disparu.
(9) Martyrologium capituii Cenoman., Ms., foK 47, r.
(4) W Art de vérifier les dates, i. XIII, p. 9t. — t>c Vé\\%n^ , ffisfoire archéologiffuè du Vendofitois, p. 195.
GERVAIS. r 215
dans 166 fers, ^ qcie le Ciel ne faisait pas de îniracle en leur-faveifr, te désespoir s'empara de leurs esprits^ et ils l)attii*ent avec rage les statues des saints, qu^ils accusaient de les avoir mal ^rvis (i).
Cependant saint Léon IX' ne^^erdait pas de vue révoque
du Mans;:après avoir inutilement menacé Geoffroy Martel^^
il porta centre lui la sentence d'exeommunicatipn en Fao^
née 4680 (2). Le comfce-cVAnjoii ne^e rendit pas encoreç^-
il parait que la sentence fut aggravée dans un nouveau
ccHieile: car les états soumis au pouvoir du rebelle funsQt
Xraj^s d'interdit ; le clergé suspendit la célébration pubK-'
que des offices et ferma les églises. Il n*y eut que le chît|ntre.
de SainirMartin de Tours qui ne jugea pas convenable
d^nterrompre entièrement le service divin (3) ; peut-être
d'autres corps ecclésiastiques du Maine et de l'Anjfoa
imitàrent-ils la révolte des chanoines de Saint-Martin ; les
docunoents anciens n'en font nulle mention ; ce quil y a
de certain^ c'est que le comte ne relâcha pas son prison*'
nier. A la fin^ Gervais apprit dana son cachot que les barons.
manceaux avaient éconduit la veuve désolée du comte*
Hugues et ses jeunes enfants^ ét^n'ils s'étaient soumis^au
joug de son ennemi. Cette nouvelle le réduisit à une
fôKtréine tristesse^ à laquelle le disposaient d'ailleurp les
longues souffrances de sa captivité. Les soucis avaient
abattu la fermeté du prélat guerrier. Ne conservant plus
aucun espoir de rélever son partie il voulut du moins
racheter sa liberté^ et ne l'obtint de GeofiEroy Martel qu'à la
condition de céder Château-du-Loir ^ et de s'engager squs
serment à ne jamais rentrer dans la ville du Mans> tant
que Geoffroy vivrait (4).
(1) De Pétigny , /oc. cit,
(2) (Léo papa)... eodem anno exconmiunicayit Gniifredum MartelTbm propter Gervasium epUicopum , quem (enebat captum. Chronicôn sancti Maxentiij apud D. Bouquet, t. XI, P- 219.
(3) Gfaaimel, Histoire de Touraine , 1. 1, p. 363.
(4) D. Mabillon, Vetera nnaiecta , t. IH, p. 327 *. — D. Bouquet, t. XI, p. 136.
iitt HISTOIRE DE l'jÈOUSE DU MANS.
Dépouillé de son patrimoine et ne pouvant remonter sur son siégé, Gervais s'éloigna de sa patrie avec douleur. Il alla se jeter dans les bras du duc de Normandie > avee lequel il avait déjà contracté alliance^ et que les nouvelles i'oyures du comte d'Anjou irritaient de plus en. plus. Le duc Guillaume le Bâtard prit part à la disgrâce dû prâi^, que toutefois il avait négligé de secourir , malgré sesienga*» gements (i). Pour subvenir à son dénùment^ il lui remit de grandes sommes d'or et d'argent avec des présents magnifiques de toute nature et des châteaux forts. Pendant son exil, Gervais parut plusieurs fois à la cour du ducQor-' mand,à Saint-Évroul, et autre part; il y fut toujours traité avea les plus grands honneurs. Par son esprit cultivé y seè vues nobles et généreuses, son courage, ses manières distinguées, l'évèque du Mans gagna de plus en plus l'aSec^ tion du duc Guillaume, qui chercha par tous les moyens à adoucir pour lui les douleurs de Texil (2). Le roi Hemil* lui témoigna de son côté une grande bienveiOance; ce prince eût voulu le protéger contre les violences du eomto d'Anjou; mais il n'osait se connnettre avec un vassal aussi puissant, qui se proclamait lui-même l'Invincible. Cepenh dant il eut à cœur de témoigner à Gervais qu'il l'estimait et déplorait son triste sort, en réclamant souvent l'aide de ses conseils. A la mort de l'archevêque de Reims, Guy de Châtillon, il fit plus encore pour le protégé de Guillaume de Normandie : il l'appela sur le siège de Reims; et cette nomination ayant été sanctionnée par les sujSràges ^tes clerc» et des laïques du diocèse, Gervais renonça à celui du Mans, et prit possession de son archevêché, le 15octqN bre de l'année 1055 (3j.
(1) D. Mabilloiuiac. cit, — D. Bouquet, loc. cit.
(9) Dum CeDomanensinm episcopus crat, et curiam Wilhelmi docis NormanoriAD , cui Talde famiKaris erat , crebro expcleret , apud Uticum ssBpe fuit honorifice susceptus; Orderic Vital, Historia ecciestait. Norman., lib. IIl, p. 484.
(3) D. Mabilloti , Vetera analecta , t. HT, p. 307 *. — D. Bouquet , t. XI, p. 5Î3. — Gai lia christiana, l. IX, col. 98.
GERÇAIS. ' J an
Des préoccupatioiiB un peu séculières et les difficultés que lui suscitèrent les ruses et les intrigues > inépuis^es du comte d'Anjou pendant tout le- temps qu'il occupa le^ siège du Mans^ empêchèrent Gervais de se livrer exclusi-. Temait aux soins de l'Église y de faire briller les hautes <[ualités qu'il avait reçues pour le, gouvernement ecclésiastique, et le zèle dont il était doué pour le maintien de \^ doctrine orthodoxe. Sur le nouveau théâtre où il fut désor-: mais placée n'ayant plus les mêmes obstacles à vùncre , ses grands talents répandirent le plus vif éclat. Nous ^ pouvons nous dispenser de faire connaître, au moins d'une manière succincte , les actions de Gervais sur le siège métropolitain de Reims. .
-L'événement le plus éclatant de tout son épiscopat fut le. sacre du i*oi de France Philippe P'. Henri, père du jeune prince , ayant résolu, à l'exemple des rois Robert et Hugues Capet , de faire couronner de son vivant son fils Philippe, Gervais écrivit au Pape en son nom propre et au nom du monarque poiu* l'inviter à venir remplir lui*môme la fonction du couronnement (1). Malgré ^les instances des princes français et de l'archevêque, le Souverain Pputife ne jugea pas à propos de faire le voyage, e^ Gervais fut chargé de le remplacer. La cérémonie s'acoomjAit-à Reims avec^ le plus splendide appareil, le jour de la Pentecôte , 23 mai 1059. Il s'y trouva vingt-quatre, évô* ques , au nombre desquels étaient les légats du Saint-Siège, vingt-neuf abbés, et la plupart des grands vassaux de la couronne. Après avoir expliqué au jeune prince la foi catholique, et reçu son serment, Gervais prit ep main le bâton pastoral , et prononça im discours dans lequel il représenta comment l'élection et le sacre du roi appartenaient de droit à son siège , depuis que l'apôtre des Francs avait baptisé et sacré Glovis. Il ne manqua pas de dire que le Pape saint Hormisilas, en envoyant à saint
(t) Vita sancti Liethcrtiy episc. Camerac, apuù D. d'Achcry, SpicUegium, t. IX , p. 693. — D. Bouquet, t. XI, p. 481.
Si 8 HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MANS.
Rémi le bâton que lui Gervais tenait présentement d^uis se» mains 9 lui avait conféré ce pouvoir^ avec la primatie de toute la Gaule. Faisant ensuite allusion aupallinm gu^il avait reçu du pape Victor 11^ il ajouta que ce pontife iuL avait confiimé le même pouvoir à lui-même et à sonÉ^îse. Après ce discours y par la pennission du roi Henri > il ék^ pour roi de France le prince son fils^ Philippe ^ âgé de sept ans. Cette élection fut confirmée par les su£&agesrespec^b& des évêquesy des abbés ^ des seigneurs, des chevaliers et par les acclamations de tout le peuple (i).
Gervais traita magnifiquement, aux frais de son épar» gne , tous les assistants ; Tusage ne Tobligeait à fiiirê aucune dépense , si ce n'est à Tégard de la personne dnrm. Pour lui exprimer toute sa gratitude au sujet de cette brillante réception , Philippe I'' lui confirma la dignité d'a]> ohichancelier (2). Gervais en exerça sur-le-champ les fonctions, en souscrivant les lettres du jeuoe prince. JQ fit sussi confirmer par le nouveau monarque les droits et privilèges de TÉglise de Reims. Depuis Tarchèvèi^ue Hioe*mar, on n'avait pas vu de successeur de saint Rémi aussi zélé pour les prérogatives de son siège. Gervais ayant accompagné le roi à Paris, souscrivit, Tannée suivante i060, la fcœdation du monastère de Saint- Martin -des- Champs. C'est dans ce pieux asile , membre de Tabbaye de Cluny , que se retira le vieux roi , et qu'il termina ses jours, dans le cours de la même année (3).
Le mérite de Gervais l'élevait trop au-dessus^ du plus grand nombre desévêques de France, pour n'être pas bientôt connu et apprécié à Rome. Il lui conciUa l'estime et l'amitié des Papes et des cardinaux ; Victor II, Etienne IX, Nicolas II et Alexandre II donnèrent à Gervais des marques non équivoques de leur confiance en son zèle , sa science et sa vigueur sacerdotale. Le prélat avait mérité cette
(1) D. Bouquet, t. XI, p. 32, 33, 443, 481.
(2) Ibidem, p. 33.
(8) Ibidem, p. 365, 399, 529.
GEavAis. 2i9
diçtinotioii par la manière généretise dont il s'était assoeié tout d'abord aux eflTorts desPapes pour la réforme de FÉglise^ que déalionorait presque partout le vice de la simonie^ Témoin des abus qui se commettaient en France , il eût désir^ que Victor \\y à Texemple de saint Léon IX » fût ?enu à Reims tenir un concile national pour y remédier. Il avait même pris à cet égard quelques mesures avec le Pontife. Mais Victor étant mort après im trop court pontifteat; Gervais parla de son projet à Etienne IX ^ dans si^ lettxe de félicitation. Le Pape lui fit une réponse remplie de marques d'affection et d'estime , et il le pressa d'accompagner à Rome le légat Hildebrand^ qui fut depuis saint Gfégoire VII > et qui , après avoir parcouru toute la France pendant deux ans , devait y retourner vers les fêtes de Pftqaes de l'année 1058 (1).
- Nicolas H, en montant sur le trône de saint Pierre^ hérita dhrièle de ses prédécesseurs pour la réforme de nos Églises, et résolut d'y vemr travailler lui-même. La puissance fléeillière, qui avait déjà entravé les efforts de saint Léon IX^ tt qui continuait de sem<»itrêr ombrageuse, mitdesobstades à ce voyage. Gomme Gervais^ avait beaucoup de part lia* confiance du roi, on lui attribua la mauvaise volonté decelui^ à l'égard du Souverain Pontife. La calomnie trouve trop souvent le moyen de se faire jour, et le zèle de Servais lui avait fait trop d'ennemis intéressés à le déorier . Nicolas se laissa surprendre, et mit le diocèse de Reiras en interdit. Gervais, fort du témoignage de sa conscience, fit otMBerver rigoureusement l'interdit, et envoya immédiatement au Pape des personnes capables de l'éclairer et de le fûee revenirisur la décision qu'il avait prise. Nicolas, qui n'avait eu pour motif de sa conduite que l'amour du bien, tendit promptement àrl'archevèque la justice qu'il méritait, et prit à tâche de lui faire oublier ses rigueurs passées (2).
(1) Epistola Stephani Papœad Gervasium , apud Labbc , Concilia ^ t. IX, col. 1088.— Du Chesne, t. IV, p. 198.— D. Bouquet, t. Xf, p. 491.
(2) Du Chesne, t. IV, p. 206. — Labbe, Concilia, t. IX, col. 1097. — D. Bouquet, t. Xi, p. 494, 408.
2â0 BISTOIKE DE l'sGLISB DU MANS.
Sur ces entrefaites mourut le roi Henri I«' , laissant -Ib trèneàiPbilippel^'^ âgé seulement de huit ans. La jeunessedû nouveau roi effraya Tarchevêque de Reims, et îi écrivit au Souverain Pontife pour le prier de couvrir de scai immense autorité le royaume de France, a La France est votre patrie, lui dit Gervais, vous vous devez à elle. Vous nous laites honneur par votre prudence et vos «tutieç vertus; c'est de notre pays que vous êtes sorti pour deve^ nir le chef de Rome et du monde (1). » Nicolas II n'eut pae le temps de remplir les desseins de l'archevêque; ceuril mourut l'année suivante, après un court, mais glocieqit pontilicat, diu*ant lequel il donna à notre prélat {klugiepn marques de la plus haute confiance. Ainsi , dans un 4% 8^ messages, il le charge de faire des représentationa aniroi Henri; en d'autres circonstances il lui enjoint de procéder contre les évèques de Béarnais et deSeolis, accusés de simonie, et celui de Verdun , prévenu d'avoir causé plusieurs dommages considérables à son Église (2). ■ , -
Nicolas 1,1 eut pour successeur Alexandre ÎI. Gervais.ne tarda pas d'écrire à ce Pontife, pour le féUciter de son avènement; il lui exprime le regret que ressentaient les» Églises de France du schisme de Cadalotis, et l'avertit qu*à la faveur des désordres causés par ce schisme, la simonie, combattue si vigoureusement par ses trois prédécesseurs immédiats, faisait 4e nouveaux progrès. «Nous avons vu par votre lettre , lui répondit Alexandre , que voti'e irater^ nité est vivement émue des maux de sa mère , la Sainte Église romaine, et que s'il était en voti*e pouvoir vous viendriez la visiter (3).» Il lui apprend ensuite la chute de Cadalotis, et après avoir loué l'ancien évêque du Mans de son zèle, il le charge de terminer de concert avec l'archevêque de Sens l'affaire de l'évêque d'Orléans, accusé d'avoir acheté son évèché, et celle de Rainaud, abbé de Sain^
(1) Epistola Gcrvasii , apud Du Cliesne,!. IV, p. 206, 207. (±) D. BoJiquet, t. XI, p. 49i et seqq. (3) Ibidem, ioc. cit.
GlâRVAIS. 221
Médard de Sôissons^ qui se maintenait dans sa préiature malgi*é la ^ntence dexiéposition portée contre lui au concile de Reims (i).
Alexandre pressa souvent Gervais de faire le voyage.de Rome , dans le désir de profiter de ses conseils pour le gotivemément de l'Église [universelle. Plus d'une foig il alla ^squ'à lui envoyer la décision de certaines affaires qui avaientété portées à Rome. L'attachement de Gervais pour la chaire de saint Pierre était tendre et sincère ; il répondait dignement à restime et à la confiance dont les Papes l'honoraient. Leurs succès faisaient le sujet de sa joie y oofikim leurs disgrâces l'objet de ses douleurs. Telle est ndée que donnç de <jervais sa correspondance avec le Saint-ffiége.
-Grfmme ^rchichancelier et tenant l'un des premiers rangs dans le royaume , ce prélat fit paraître le caractère le plus tioble et lé plus dévoué. Après la mort du roi Henri I", l'État se trouva dans un grand danger; Gervais était sur Je point d'exécuter im voyage à Rome^ objet jie ses désira les plus ardents ; mais il ne crut pas pouvoir s'éloigner au moment du péril, et sa présence contribua à -conjurer l'orage (2). Il implora le secours du Siège Apostolique pour empêcher le mariage de la reine veuve avec Raoul, comte de Valois, qui allait ouvrir une nouvdlc source de désordres (3). Ilrreprit-avec la vigueur d'une Tertueuse indignation Baudouin , comte de Flandre, tuteur du jeune Philippe l*', et les autres administrateurs du royaume, de ce qu^ls n'apportaient pas asseoie vigilwice dans les fonctions qui leur étaient confiées, et en pairtiou-^ lier dans l'affaire du mariage projeté de la reine (4?).
Dans le gouvernement de son diocèse , Gervais témoigna
(1) Labbe, Concilia, t. IX, col. 118. — D. Bouquet» t. XI, p. 499 et seqq.
(S) i). Bouquet, t. XI, p. 499, et passira.
(3) Ibidem, /oc. ctY.
(4) Du Chesne, Historiœ Fvanc. script, <, t. IV, p. Î07. — D. Bouquet, t. XI, p. 499.
2iS HISTOIRE DE L'ÉaLISE VU MAN5.
un grand zèle pour la justice et beaucoup de fepmejtépow soutenir la Vigueur de la discipline; ee qui lui atti^ {Aub d'une persécution. U obligea Manassès^ comte de Porcieû., à se reconnaître son vassal pour les terres qu'il tenait dé FÉglise de Reims^ il eut quelques démêlés assez vifs avec Gode&oy, duc de Lorraine ^ et avec deux des chanoines de son Église > Amaleric et Manassès^ homme violent et étranger à toute culture ^ et qui fut cependant son 8ue* cesseur dans le siège de saint Rémi. L'amour de Cîeih^ pour la justice lui avait lait déclarer une haine irrécoocir liable à la simonie. Quelque commune qu'elle fiit akm dans toutes les Églises^ il était si vigilant et si én6rgi|ae è/ la combattre ^ qu'il en fit disparaître presque jusqa'oa germe de son diocèse.
Ce grand prélat ne montra pas moins d'ardeur pour extu*per jusqu'à la racine l'hérésie des Sacramentairea. Les Souverains Pontifes ^ qui connaissaient sa foi active .et sa piété profonde 9 lui recommandèrent de travailler forte* ment à étouffer ce monstre dans sa province^ avant quH y eût pris de l'accroissement. Sur cet article comme sur les autres^ l'archevêque de Reims mérita bien de l'Église (i).
Ce fut la piété de Gervais qui attira son attention suf plusieurs sanctuaires de Reims ^ dont il répara les mines. L'état déplorable dans lequel était tombée l'abbaye de Saint-Nicaise lui arracha des larmes; il entreprit aussitôt de la restaurer , et dès l'an 1056 il jeta les fondauents-de la célèbre basilique que devait achever Libergier^ et que le marteau des Vandales de notre siècle n'a pas respectée. Il y rétablit et y fit fleurir la règle et l'esprit de saint Benoît (2).
En 1059, il fonda l'église et l'abbaye de Saint-J^enys dans l'un des faubourgs de la ville archiépiscopale , et il y
(1) Du Boulay, Historia Univers. Parisiens., t. I, p. 424.
{±) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LXl, num. IS. — D. Marlot, Metropolis liemensis historia, t. II, p. H3, 122. — Idem, Histoire de Reims, édit. fraaç.^l. III, p. 154 et suiv. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. Vll, p. 577.
6£RYAISw 223
^laça des chanoines réguliers, sous la règle de saint Augus^ tin. X'est la première fois qu'il est parlé de cette règle comme ayant. été observée en France par un cocps de communauté. Le Pape Nicolas II avait fait im décret en faveui^ desdhanoines réguliers, et Tarchevèque Gervais est regardé comme le premier instituteur de cet ordre en France, comme Nicolas n Fest en Italie (i).
P&r ses soins paternels et ses pieuses libéralités , Fancien évèque du Mans releva encore d'auti*es églises en diverses parties du diocèse de Reims (2). L'église métropolitaine de NoteerDame de Reims et Finsigne abbaye de SaintrRemi l'ofll toujours regardé comme un de leurs bienfaiteurs. Il fit tfUflsi quelques donations à l'abbaye de Saint-Hubert en ArdennC;^ en considération du bienheureux Thierry , abbé de ce monastère, avec lequel il était uni par les liens d^une-étroite amitié. Gervais eut le bonheur d'être lié avec les personnages de son siècle les plus éminents en sainteté. n honorait particulièrement les moines, qui forent à cette épeque l'instrument le plus actif dont la Pi*ovidence se servit pour ten»asser Fhérésie simoniaque^ Un auteur contemporain a remarqué que les conseils salutaires de l'abbé de Saint-Hubert contribuèrent beaucoup à corriger ce qui pouvait rester aicore de dur et de hautain dans Fhumeur et les manières de Farchevéque (3) .
Appréciateur éclairé des avantages que la science -ofire «a clergé, Gervais rendit aux écoles de la cathédrale de Rûns Fédat d(mi elles avaient brillé au temps du fameux an^evêque Gerbert. Q fixa dans sa ville métropolitaine, en lui conférant un canoaicat, saint Bruno, depuis fondateur de l'ordre des Chartreux (4). Les vertus et l'enseignement
(1) D. Mdbillon, loc. cit., num. 35. — D. Marlot, loc. cit., p. 138- 140. — D. Rivet, p. 578. ~ D. Bouquet, t. XI, p. 35». (i) D. Marlot, loc. cU., p. 123. — D. Rivet, p. 578.
(3) D. Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., t. IX, p. 572. — Idem, Vetera anaîecia, 1. 1, p. 256.
(4) Guibertus de Novigonto, De vita sua, lib. I, c. xi. — - Patrologie, t. CLVl, col. 853. — D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LXVf, num. 63. — D. Marlot, édit. lat., t. II, p. 138.
Si4 HISTOIRE DE L'ÉOLISE DU MANS.
de œ maître habile attirèrent un grand nombre d'élèves autour de sa chaire; il 6u£Bt de nommer entre. les principaux^ Odon de Ghatillon^ successivement prieur âeGtaxkj, évéque d'Ostie, et enfin Pape sous le nom d'Urbain n ; Robert^ frère du comte Eudes l" de Bourgogne^ évègne de Langres; Lambert^ abbé de Pcmthière; Main»*d^ abbé de Cormery; et Pierre, qui gouverna Tabbaye de chanohies réguUers de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons^ Gervais se montra si libérai à Tégard des savants, qu'il a été nommé le Mécène de son siècle (i). Ce grand évéque assista au concile de Gorbie en 1065, et il y signa le premier (]^*ÉIP18 les prélats les immunités de l'abbaye d'Hasnon (9). "*'
Cependant , malgré la haute fortune à laquelle jl parvenu , l'archevêque Gervais ne laissait pas de son premier siège du Mans et sa chère abbaye de SaiBt- Vincent. Le diocèse de Reims lui semblait un exil; et dans les chartes qu'il accorda, depuis sa translation, à l^abbayè de Saint-Vincent, il se plaint d'avoir été injustement éloig^ du Maine (3).
On le vit aussi plus d'une fois regretter là disfcractiea qu'il trouvait dans sa jeunesse à la poui'suite du cerf. -Ne pouvant plus se procurer cet exercice dans les planw nues de la Champagne, et voulant du moins avoir sané cesse sous les yeux l'image du noble animal dont il avait tant de fois suivi les pas rapides, il fit couler en broQze et placer devant les portes de son palais archiépiscopal im cerf d'mie immense stature (4). Sur le socle on lisait ces vers, qui sont attribués à Gervais lui-même : . .
Dum Cenomanorum saltus lustrare solebat
Geryasius, cervos tum sufficienter habebat ^ ' HuDC memor ut patriae sit semper, condidit œre (5).
(1) Dallier, Histoire de la ville de Hèims, Ms.
(2) D. Mabillon, Annales 0. S. B., t. IV, appenJ., n<» 8*. — D. Bouq^Qet,t. XI, p. 111.
(3) Cartuiarium sancti Vincentii Cenomanensis, Ms., Biblioth: d« MaB3.
<4.) D. Bouquet, t. XI, p. 356.
(5) Lorsque Gervais parcourait les forêts du Maine, il y ti^oiivait des
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Ce monument élevé par Gervais, en souvenir de la patrie absente^ a joué un rôle considérable dans la célèbre ville de la Champagne. Dans la grande fèie du sacre des rois^ on le transportait dans le parvis de Téglise cathédrale^ ^ on le remplissait de vin^ que Ton faisait couler au moment de rentrée du cortège royal ; ce qui occasionnait des joies bruyantes dans la foule du peuple. Le sceau de Toffîcialité del^ms oS^aii Timage d^im cerf armorié, depuis Fépoque de Gervais jusqu'au xvni* siècle , avec Texergue Cervta Bememis. Gei'vais lui-même avait adopté ce nçiéme emblème SOfWfi; ^. légende^ comme on le voit encore sur le contre- SGopl de plusieurs actes 4manés de lui. Sur le sceau luiin|||ie était Timage de la sainte Vierge à mi-corps (f )•
•Gervais^ étant archevêque de Reims^ accorda à Éven , abbé de Saint-Mélaine en la ville de Rennes^ d^es reliques da palron de ce monastère. Il adressa en même temps au prélat bretcHi une lettre dans laquelle il rapporte plusieurs miracles opérés par Tintercession du saint évèque de Renne^^ sous ses yeux ^ ou qu'il tenait de témoins oculaires. L'abbé Éven avait longtemps sollicité Gervais de lui accorder ces reliques; mais Tarchevéque avait de la peine à s'en dessaisir^ y étant attaché comme à im bien de familie. Cédant enfin aux instances des moines de Saint- Mâaine^ il demande dans sa lettre leurs prières pour luimême y son père Haimon^ sa mère Hiideburge et son seigneur le roi Henri ; puis il rapporte les miracles suiv^ts. Son aïeule^ nommée Rorans ou Rogans , se trouvant dans un village qui faisait partie de son douaire^ nommé Ârgentré (2)^ peu éloigné de la ville de Laval^ tout à coup un incendie se déclare et fait en un moment d'affîreux ravages. D^à les flammes touchaient les granges de Ilorans,
cerfs à souhait. Il a faît poser celui-ci pour se rappeler sans cesse le soQTenir de son pays.
(1) Alberic des Trois-Fontaines parle de ce singulier monument dans sa chronique, apud D. Bouquet, t. XI, p. 356. Tous les historiens de la ville de Reims en parlent également. Louis Paris, dans son Remenstana, p. 618, offre quelques détails curieux.
(î) Argentrata.