‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 12 sur 53 · III · texte numérisé non relu

III

voisines elleâ-mèmes de Téglise du lieu^ lorsque cette dame se rappelle qu'elle a dans ses bagages les reUques du saint évéquejde Rennes. Elle fait apporter la châsse^ Topposeaux flammes, qui tombent d'elles-mêmes ^ comme sous TactiOQ d'une pluie subite et abondante.

Rorans, en mourant, laissa les reliques de saint Mélaine à son fils Haimon. Celui-ci les transporta en son fief de CbÂteau«du-Loir, où éclatèrent bientôt de nouveaux prodiges. Le saiiit pontife, par la vertu de ses ossements sacrés, rendit la vigueur à plusieui*s malades , éclaira les aveugles et guérit toutes sortes d'infirmités; mais surtout il iik^j^ea des châtiments sévères à tous ceux qui eurent la tént^té de faire de faux serments sur sa cMsse. On voit, par la relation de notre prélat , que l'usage généralement pratiqué au moyen âge de faire prêter les serments sur les reliques des saints, n'était pas moins fréquent dans le diocèse du Mans que dans les autres provinces du monde chrétien. Lorsque fiaimon allait recevoir l'hommage de ses vassaux, il se faisait suivre par l'un de ses chapelains, spécialement chargé de transporter les reliques de saint Mélaine ; et, pour témoigner de la vénération qu'elles inspiraient, on ne manquait jamais d'entretenir constamment devant elles un cierge allumé. Un jour que ce seigneur prenait son logement chez l'un de ses plus riches forestiers , le chapelain les déposa le soir sur un monceau de blé. Le cierge qui brûlait devant les reliques ayant touché la châsse , y mit le feu , le reliquaire fut entièrement consumé ; mais le voile dans lequel les reliques étaient immédiatement contenues demeura intact; et ce qui rendit le prodige plus surprenant encore , c'est que la légère étoffe était environnée de toutes parts de charbons qui s'y étaient éteints (i). Tels sont les prodiges rapportés par Geryais; on doit regretter que son écrit ne soit pas entier, on y trouverait assurément des détails intéressants sur notre province (2).

(i) Jeta Sanctorum, ad dicm vi januarii , Vita sancti Melanii, p. 833.

(î) D. MabiUon, Annales 0. S. B., lib. LXIIT, num. 63. — D. RiTet,

Gervais n'était pas seulement le protecteur des savants, il était lui-même Fun des prélats les plus lettrés de son siècle. Ce qui nous est pay^venu de ses écrits est peu considérable quant au nombre et à Té tendue, mais est digne de remarque pour le style. Outre la lettre du prélat à Taibé Even , nous avons fait connaître la Relation du couronnement du roi Philippe /•', monument important pour notre ancien droit, et qui contient le premier acte authentique relatif aux rois de la troisième race. Quoique fort succincte, cette pièce contient néanmoins, avec beaucoup d'ordre , toutes les principales circonstances de cette aBgOBte cérémonie (1).

Il reste encore un assez grand nombre de chartes de révéqoe Gervais, soit éditées, soit manuscrites (2). Quoiqu'elles soient surtout des monuments de la piété et de la Mbéralité de notre évéque , elles ne sont pas indignes de tenir place parmi les titres qui lui assurent un rang dîstiBgué entre les écrivains de son siècle. Evitant les formiides banales et le style barbare qui déshonorent la l^his grande partie des diplômes de ce temp&-là, Gervais

Jliêtaire littéraire de la France, i. VII, p. 5S8. — Hauréau, Histoire littéraire du MainCy t. II, p. 106.

(f ) poronatio Philippi /, seu ordo ^aliter is in re'gem coronatus ê»t. Cet opuscule a été publié plusieurs fois. Voir And. Du Chesue , Biatùriœ Franc, script, ^ t. IV, p. 161. — D. Bouquet, t. XI, p. 32. — Lftbbe, Concilia , t. IX , col. 1107. — Ghifflet, Histoire de Vabbay^ de Tfmmus, preuv. — D. Marlot , Historia metropolis Remensfs , t. Il , p. 117. — ïàem, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. III» p. 148. — Fleury dans son Histoire ecclésiastique , liv. LX, n» 41, a traduit cefte pièce tout entière.

(*) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 307 *. — Livre Blanc, B» 177. — D. Martène, Tîœsaur, nov. anecdot., t. I, col. 158. — D. Mtriot, t. II, p. 123. — Idem, édit. franc., t. II ; pièces jùst. du t. tll. -^ Galliachfist,, t. X, Instrum., col. 24-26.— Varin^ Archives administratives de la ville de Reims, t. I, part, i, p. 216. — Actes de la province ecclésiastique de Reims, t. II, p. 75, 79. — Patrologie, édit. Migne, t. GXLIll, col. 1401. '— Gauf in , Géographie ancienne dpt diocèse du Mans, Instrum., p. lxxii. — Les cartulaires de Vendôme et de Saint- Vincent du Mans, Mss., contiennent plusieurs chartes de notre évéque Gervais encore inédites.

exprime avec noblesse et précisian les sentiments dont il était animé. Il y emploie souvent les paroles des livres saints^ et il y fait preuve d'une jnété profonde^ d^meloi sincère et active.

La partie vraiment capitale des œuvres de Gervais se compose des lettres qu'il écrivit aux Souverains Pontifin Etienne IX y Nicolas II et Alexandre Q. C'est là surtout que l'on apprend à connaître Tesprit et l'âme de ce gnmd évèque , son zèle pour la pureté de la foi et le maintient de la discipline. Les réponses des Papes font apprécier en quelle estime notre prélat était à la cour de Rome (i)..

Quelques auteurs rapportent que l'archevêque Gervaigy se rendant à Rome sur l'invitation du pape Alexandre n, assista à un concile à Mantoue , contre Tantipape Gaddafifii^ et s'y fit remarquer par sa.doctrine et sa piété ; mais ce fiât n'est pas suffisamment prouvé (S). De même oa attribue à Gervais une Vie de saint Donatien , évèque 4e Reims, et cette attribution est une erreur (3). En général;, Gervais n'écrivit guère que pour répondre à des besomà préBetàBi le vaste champ que son activité avait embrassé ne pouvait lui laissa le loisir de se livrer que momentanément à des occupations littéraires^ pour lesquelles il avait cependant du gotJit et une aptitude rare.

(t) On n^a encore publié que deux des lettres de GerTais; les autres ne tarderont pas à voir le jour, diaprés les Biss. du Vatican indiqués par D. Montfaucon , Bibliotheca biblioth. manuscr,, t. 1, col. 18, n* 8, et col. 64, no 2. Les deux lettres éditées se trouvent dans la coUectk» de celles de Gerbert, Jean de Salisbery et Etienne de Tournay, par Piptre Masson. Elles ont été reproduites par Labbe, Concilia j t. IX, coL 100^7. — Du Ghesne, Bistoriœ Franc, script., t. IV, p. 206, 207. — D. Bouquet, t. XI, p. 498, 499. — D. Marlot, Bistoria metrop. Remens, , t, U, p. 120. ~ Mansi, Concilia, t. XIX. — Patrologie, t. GXLIII, çoL 1360.

(2) Le concile de Mantoue est plus ordinairement rapporté à Tan 1064. Labbe, Concilia, t. IX. — Mansi, t. XIX. — Wassembourg le place à l'an 1066, et affirme positivement que Tarchevêque Gervais s^j trouât; iL donne aussi des.détails sur son séjour à Verdun ;... mais les récits de cet historien sont souvent erronés.

(3) D. Rivet, t. Vil, p. 585.

GERYAIS. S^

Après avoir occupé pendant près de douze ans la chaire archiépiscopale de Reims , Gervais tomba dangereusement malade le jour de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. L'hérésie de Bérenger faisant alors des progrès en France, ce grand prélat, non content de Tavoir combattue au Mans et à Reims , voulut encore en mourant protester contre cette détestable doctrine, et faire une profession de foi solennelle. Il ordonna donc de réunir tous les chanoines et les autres clercs de son Église ; et <:< en notre présence , dit le prévôt Odalric , qui assista à cette scène touchante , il fit sa profession de foi en bon catholique , nous priant de lui servir de témoins devant le Seigneur, qull croyait et confessait recevoir le vrai corps et le vrai sang de Jésuâ-Ghrist. » L'exemple donné par Gei'vais fut imité par plusieurs personnages illustres de son temps. Averti qu'il avait laissé conunettre quelques déprédations dans des églises de son diocèse , il promit de les réparer pleinement^ si Dieu lui donnait encore quelques jours ; mais il mourût le4juillet suivant, en 1067, dans la soixante et unième année de son âge (1). Son corps fut enseveli dans le choeur de la cathédrale de Reims, entre l'aigle et le jubé. Sa tombe fut «recouverte d'une simple table de marbre noir sur laquelle <m lisait ces mots : Gervasius arckiepiscopus (2). En 1645, cette tombe disparut , et fut remplacée par une épitaphe dans laquelle on réunit tous les titres de ce prélat à Testime de la postérité (3). Gervais laissa à la cathédrale de Reims plusieurs objets d'un prix considérable , parmi lesquels nous remarquons un reUquaire de saint Julien^ évèque du

(i] D. Mabillon, Annales 0. S, B., lib. LXIII, num. '6. — Idem, Acta Sanetorum 0. S. B., t. IX, p. 572, num. 26. — D. Bouquet, t. XI, p. 4*8. — Vi Marlot, Historia metrop. Remens., t. Il, p. 129. — Gallia cMstiana , t. IX, col. 70.

(2) La tradition plaçait la tombe de Gervais dans le sanctuaire. Prosp. Tarbé, Reims, p. 284.

(S) On peut lire cette longue inscription, qui ne se voit pins à la cathédrale de Reims , dans D. Marlot , édit. lat., t. II, p. 129. — Galiia christiana, t. IX, col. 70. — Patroiogie, t. GXLIII, col. 1400.

330 HISTOIRE D£ l'ÉGUSE DU MANS.

Mans (1). Il est certain que notre saint apôtre était honoré d'un culte particulier dans l'Église de Reims, antérieurement même à Tépiscopat de Gervais.

Après la mort de Gervais, ses louanges furent publiées par les esprits les plus distingués de son temps, comme Guibert de Nogent , le poëte Fulcoie , Guillaume, abbé de Saint- Anaoul de Metz et de Saint-Remi de Reims , l'auteur anonyme de la Vie du bienheureux Thierry, abbé de Saint- Hubert dans les Ardennes (2) . Cependant le zèle que l'archevêque avait fait paraître pour la pureté de la discipline lui avait attiré des ennemis qui le représentèrent conune le type parfait d'un tyran. Ces bruits étaient calonuûeux; mais le caractère fier de Gervais leur avait doimé quelque fondement. Ses ennemis se plurent aussi à répandre l'anecdote suivante : Un gentilhomme du Maine, ami de Gervais, disaient-ils , allant à Rome pour prier aux tomt)eaux des Apôtres, passa par Reims, et voulut visiter l'archevôqae et prendre sa bénédiction. Ayant accompli son pieux pèlerinage , il se dirigea vers le Mont-Gargan. Sur le chemin^il rencontra la cellule d'un ermite qui l'entretint de discours spirituels, et lui demanda s'il connaissait Gervais, archevêque de Reims. Sur la réponse aflfirmative du gentil-* homme, l'ermite l'assura que ce prélat était mort; que la nuit précédente, étant en prières, il avait entendu im bruit en l'air accompagné de gémissements ; et qu'ayant ouvert sa fenêtre pour apprendre ce qui pouvait causer ces bruits étranges, il avait vu une troupe horrible de démons. Un dfentre eux lui avait adressé la parole pour lui dire qu'ils arrivaient de Reims, et que le sujet de leur tristesse venait de ce. que l'âme de rarchevêque Gervais, dont ils étaient déjà en possession, leur avait été ravie par deux prélats autrefois décapités dans la Gaule, saint Deays et saint Nicaise. A cette nouvelle , Termite s'était prosterné

(1) ... Tria filacteria, unum de ligno crucis, aliud de reliquiis saocti Juliaai, tertium de reliquiis sancti Martini... D. Marlot, édit. franc., t. III, p. 708.

(%) D. Bouquet, t. XI, p. 443, 481. — D. Rivet, t. Vif, p. 6fi0.

GERYAIS. â3l

en terre, et avait rendu de grandes actions de grâces à Dieu. Un magnifique vitrail du trésor de Saint-Nicaise , à Reims , représentait cette légende , dans laquelle on recon* naît une imitation de celles du roi Dagobert et des empereurs Charlemagne, Andronic et Henri II (1).

L'infatigable adversaire de Gervais, Geoffroy Martel, était mort dès le 14 novembre 1060 (2). Ce prince, qui n'avait vécu que sous les armes , consacra les dernières années de sa vie aux exercices de la piété la plus fervente. Après avoir renoncé au gouvernement de ses pirovinces , en présence de tous ses barons , il se rendit à Tabbaye de Saint-Nicolas , y demanda humblement Thabit de la religion , et le reçut des mains de Tabbé Adélard. Il vécut environ im an dans la pratique de toutes les vertus monastiques ^ et mourut en réputation de sainteté. Lorsque le pape Urbain II vint à Angers en 1096, il fit exhumer le corps de ce prince, qui avait été enterré comme un simple religieux, ordonna qu'on le transportât dansTéçlise de Tabbaye , et lui rendit de grands honneurs (3).

(i) D. Marlot, édit. iat., t. II, p. 129, 130. — idem, édit.franç , t. III, Pr«i66. — On peut voir un assez grand nombre d'histoires semblables, et entre autres celle relative à Eudes I*>^, comte de Blois et de Tours, racontée par un moine de Marmotitier, et publiée par Laurent Bochel, Gregorîi Turon., Bistoriœ Francorum, Paris, 1610, part. II, p. 169-198.— Alberic des Trois-Fontaines, Chrontcon ad an. 1037, fait allusion à cette liistoire, D. Bouquet, t. XI, p. 351. — Elle est encore racontée dans le livre de Réstauratione Majoris Monasterii, Salmon, Chroniques de Tourainey p. 354. — Nous ne pouvons non plus nous empêcher de rapprocher de cci feit»le charmant récit dans lequel sainte Térèse raconte que Don Bernardin de Mendoza dut son salut éternel à la générosité dont il avait usé enveHB Tordre du Garmel, surtout en lui donnant une maison à Valladolid pour y fonder un couvent. — Voir dans Texcellente traduction des Œuvres de sainte Térèse, par le R. P. Marcel Bouix, de la compagnie de Jésus, t. II, p. 137 et sulv.

{%) D. Bouquet, t.* XI, p. ^70, 271, 357.

(8) Gesta consuium Andegavensium, apud D. Bouquet, t. XI, p. 270, 271 ; Chrontcon Andegavensey ibidem , t. XI, p. 30, 357 et passim. — Barthélémy Roger, Histoire de VAr^jou, p. 207. — Bodin, Recherches historiques sur r Anjou , t. I , p. 225. — Godard-Faultrièr, V Anjou et ses monuments, t. II, p. 12 et 13.

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