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CHAPITRE XVI

ÉPISCOPÀT DE VDL6RIN (1055-1064).

Vulgirin, abbé de Saint-Serge d^Angers,éIu évéqueduMans par l^iofluence du comte Geoffroy Martel. — Premières années de ce prélat. — Il assiste à plusieurs conciles de la province de Tours. — Prospérité des monastères dans le Maine. — Abbaye de Saint-Vincent, prieurés de Nouans, Saint-Longis, Mezières-sous- Ballon, Saint-Médard. -— Abbaye de Saint-Calais. — Abbaye de la Couture, prieurés d'Auvers-Ie-Hamon, Saulges; Brûlon. — Bourgs fondés par les monastères. — Seigneurs manceaux entrés dans le cloître. -> Avesgaud, moine de la Couture. — Abbaye d'Evron, prieuré de Saint-Pavin-des-Champs. — Prieurés de Saint-Gélerin-le-Geré, Bouère, Saint-Loup, Notre-Dame de Torcé, Lnebé, La Roche-Mabille. — Guy II de Latal remet au cbapitre les droits 4'autel sur toutes les terres. — Restitution de Téglise d'Asséle^Bérenger. — Bourg du chapitre. •— Reconstruction de Téglise cathédrale. — Dons du duc Guillaume le Bâtard. — Ce prince ravage le Maine pour s*en rendre maître. — Vulgrin assiste à divers concik»^ — Sa mort et sa sépulture.

L^glise du Mans se trouvant sans premier pasteur par la translation de Tévêque Gervais sur le siège de Reims, Geoflfroy Martel , qui gouvernait d'une manière presque absolue sous le nom du comte Herbert II, encore mineur (1) , résolut de la donner à un prélat qui lui dût toute sa fortune, et qui lui fût entièrement dévoué. Gomme administrateur de la province et comme jouissant du droit de régale , il avait entre les mains tous les moyens

(i) V Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 91.

.VULGRIN. 233

de faire réussir le candidat qu'il favoriserait. U fit d'ailleurs (d^server scrupuleusement toutes les anciennes formes de rélection canonique (l) : l'archevêque de Tours, les évoques d'Angers et de Nantes furent appelés à y concourir; et le clergé et le peuple du Maine durent aussi donner leur ooQsentement. Mais il faut observer qu*à cette époque le Maine, l'Anjou et la Touraine obéissaient également aux lois de Geoffroy Martel. Le choix de ce prince, d'ailleurs, en tombant sur Vulgrin (2) , ne pouvait désigner un sujet plus capable et plus digne de gouverner un grand diocèse.

Vulgrin était sorti d'une noble maison de Vendôme, fl y a beaucoup d'apparence qu'il était fils d'un seigneur nommé Faucher, et d'Aldéarde son épouse, qui firent don à Tabbaye de Marmoutier d'une terre libre située au village de Roussy dans le Vendomois. U était proche parent d^ubert^ vicomte de Vendôme (3). Il porta d'abord les anhes ; mais il renonça de bonne heure à la carrière mili^ taure pour embrasser la vie monastique dans l'abbaye de Marmoutier (4).

Les arts étaient cultivés avec une ardeur peu commune dans la Touraine, l'Anjou, le Vendomois et le Maine; le zèle religieux qui les inspirait est encore attesté par des débris trop rares. Vendôme, séjour préféré de Geoffroy Mtotel , se peuplait de monuments. Quant à l'école de filarmoutier, elle jouissait d'une juste renommée; les kHgcmsdes maîtres habiles qui la dirigeaient, et les études de leurs disciples embrassaient tout le domaine alors oaVert aux investigations de l'esprit humain. L'abbaye était gouvernée par Albert, prélat vertu)Bux et énergique, qui savait maintenir la rigueur de l'observance , et donner Hmpuli^on, au mouvement scientifique dont son monastère

(f) Gesta domni Vulgrini, D. Mabillon , Vetera andlecta, U III, p. 811. — D. Bouquet, t. XI, p. 136.

(1) Vuigrinus, Wulgrinus, Wlgrinus, Vulgerinus.

(8).D.Martène,Hw^oz>e de l'abbaye de Marmoutier, Ms., 1. 1 , p. 884- — 'BibUoth. Impér., résidu Saint-Germain, no ^6. ,

(4) D. Mabillon, loc, cit.

234 HISTOIRE DE l'ÉGLISE.DU MAxNS.

retirait tant de gloire. Au milieu de sa nombreuse communauté^ Tabbé Albert distingua le mérite éminent de Vulgrin. Après quelques années de profession , il réleva au grade de prieur (1). Les limites du cloître n'arrêtèrent pas la réputation de Vulgrin; ses vertus, sa science, et surtout son mérite comme architecte attirèrent sur lui Tattention du public et des grands (2).

Geoffroy Martel , ayant formé le dessein de. relever Tabbaye de Saint-Serge et Saint-Bach, presque ruinée, et réduite à ne pouvoir plus entretenir que douze religieux^ s'unit à Hubert , Tun des plus grands prélats qui aient gouverné TÉglise d'Angers. Hubert fut le père des moines et le bienfaiteur particulier de l'abbaye de Marmoutier. Fils de Hubert, vicomte de Vendôme (3), cet évèque était proche parent de Vulgrin. Ayant été lui-^mème moine, puis abbé de Saint -Aubin d'Angers, il désirait vivement conlier le sort de l'abbaye de Saint-Serge à un religieux capable d'en relever l'éclat. D'accord avec Geoffroy Martel, il demanda à l'abbé de Marmoutier unliomme de sainte vie, et de caractère à entreprendre l'œuvre difficile qu'il voulait lui confier. Une pareille mission seiftblait préparée pour Vulgrin^ et ce religieux reçut la bénédiction abbatiale en l'année 1034. Entièrement dévoué à remplir les fonctions de son ministère , notre prélat rendit son administration féconde en toutes sortes de prospérités. Déjà Renault, prédécesseur d'Hubert sur le siège épiscopal d'Angers, avait commencé à relever Sarnt-Serge de ses ruines , et y avait placé douze moines ; Vulgrin , secondé par le comte et plusieurs autres puissants bienfaiteurs,

(1) L'auteur du livre de Commendatione Turonicœ provinciœ s'est trompé en mettant Vulgrin au nombre des abbés de Marmoutier. — Salmon, Chroniques de Touraine^ p. 306.

(2) D. Martène, Histoire de Marmoutier^ passim. — D. Ritet, Histoire littéraire de la France, t. VU, p. 55. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois. — Mémoires de la Société archéologie de Touraine.

(3) Les frères Sainte-Marthe se trompent en donnant Hubert pour comte de Vendôme.

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