‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 14 sur 53 · VUL&RIN · texte numérisé non relu

VUL&RIN

en fut le véritable restaurateur. Il fit reconstruire les bâtiments du cloître , près de s'écrouler, et il augmenta de beaucoup la mense conventuelle , en acquérant des vignes, des terres, des églises, et d'autres propriétés. Il reçut le prieuré de Saint-Maurille de Chalonnes, où il trouva d'abondantes ressources (i). En peu de temps le nombre de ses religieux s'éleva^ soixante, et les revenus de Tabbaye suffirent abondamment pour, leur entretien. Quant aux bâtiments entrepris et dirigés par Vulgrin , ils attiraient ^admiration des contemporains par leur grandeur, leur solidité, leur belle harmonie et les ornements qui les d&x)raient (2).

L'église de Saint>-Serge à Angers conserve encore, dit-on, q[uelques traces des travaux exécutés par Vulgrin. Quoi qu'il ea soit, et lors même qu'il ne resterait rien aujourd'hui dans la ville ou le diocèse d'Angers des édifices élevés par Vulgrin, il est certain que sa présence dans l'Anjou contril>ua puissamment à l'avancement des arts. L'impulsion qu'il leur donna fut si vigoureuse qu'elle survécut à son séJQur au miheu des Angevins, et l'oii doit rapporter à cette époque une partie des basihques qui décorent si liehement la ville et le diocèse d'Angers. On reconnaît même , dans certaines travées de la cathédrale de Saint- Maurice ^ un fruit de la sève monumentale qui signale cette dernière moitié du xi® siècle, si brillamment inaugurée pai* les moines, et spécialement par Vulgrin (3).

(l}.Cartaqaa Hucbertus, Andeg^avençis episcopus, monasterio saDcti Sergii Andegayensis tradit cellulam. sancti Maurilii » qiiam apud Colon' nain Yièum exiruxerat. - D. Mabillon , annales 0. S. B. , t. IV , p. 411.

{t) ï). Mabillon, Frétera analccta , t. III , p. 312 *. — Idem , Annales a. S. JB. , lib. LX , num. 64. — D. Bouquet , t. XI , p. 136. — D. Martène. Histoire de V abbaye de Marmoutier ^ Ms. , t. I , p. 330 , 384, et pftssim. — Cartularium beatœ Mariœ Caritatis y n» 219, 202.

(3) Améd. de Soland , Église abbatiale de Saint- Serge et Saint-Bach d'Angers. — Bodin, Recherches historiques sur l'Anjou , 1. 1, p. 217- 220. — Godard-Faultrier , l'Anjou et ses monuments, t. Il, p. 161, etpassim. — Annuaii'e stcttistique de Maine-et-Loire ^ année 1844. — Richard, Guide du voyageur dans ta France monumentale , p. 698, 599.

Cet illustre abbé assista Tévèque Hubert à la mort, -et Tensevelit daus son monastère^ comme le prélat, l'avait désiré. Hubert avait accordé à Tabbaye de Saiiit-Serge une prébende de Téglise cathédrale (1). A Texemple de cet évêque, plusieurs de ses parents y choisirent leur sépulture , entre autres Emma , dame de Montrouveau et du Lude^ femme de Raoul 1*% vicomte du Mans , seigneur de Beaumont. Ce fut Vulgrin qui lui rendit les derniers devoîre (2). Après la mort de Tévêqué Hubert, Vùlgrin trouva Ja même faveur auprès d'Eusèbe Brunon , qui monta sur le siège d'Angers le 6 décembre 1047, et consacra quelque temps après l'église de Saint-Serge (3). Toujours à son devoir, notre abbé remplissait par lui-même toutes les fonctions attachées à une prélature aussi impov* tante que celle qu'il occupait ; c'est ainsi qu'on le voit présider en la ville d'Angers à un duel judiciaire où les intérêts de son monastère se trouvaient engagés (4). .

Geoffroy Martel avait eu trop d'occasions d'apprécier le mérite de Vulgrin pom* ne pas songer à lui procurer la prélature épiscopale, et il le fit asseoir sur le siège de saint Julien en la manière que nous l'avons raconta, le diocèse du Mans eut enfin en Ja personne de ce prélat un évêque digne à tous égards de ce nom; Depuis tm siècle-, les turbulents prélats de la maison de Bellème, ceux mêmes qui étaient doués des plus estimables qualités, n'avaient été pour le Maine que des fauteurs de ttouble et d'anarchie. L'antagonisme opiniâtre de leur famille contre celle des comtes du Maine ne leur laissait aucune liberté pour une action régulière et purement ecclésiastique. Il est viai que souvent ils défendaient des droits légitimement acquis à leur siège, et qui pouvaient être d'un

— Bodin y loc. cit. y attribue à Vulgrin la construction de Téglise abbatiale de Toussaint , aujourd'hui détruite entièrement.

(1) D. Martène , Thésaurus novus anecdotorum , 1. 1, col. 168.

(2) Idem, ibidem , col. 184.

, (3) Barthélémy Roger, Histoire de l'Anjou, p. 134, 185. (4) D. Mabillon, Annales 0, S. B,, lib. LX , num. 96.

TULGKIN. 237

gîaod avantage pour FËglise ; mais malheureusement les passions personnelles qui se mêlaient dans ces débatç^ surtout de la part de leurs proches, nuisaient à cette noMe cause dans Tèsprit du plus grand nombre. L^élection de Vulgrin cdmbla tous les vœux, en mettant un terme à cette ère de dissensions. Devenu évêque/ce prélat n'oublia pas qu^il avait été religieux , et il en pratiqua tous les exercices qui poijyjpiient s'accorder avec son ministère. Quoiqu'il n'eût pas les richesses de ses prédécesseurs, on k vit Jes dépasser dans les entreprises qu'il conçut pour Tavantage de son Eglise (i).

Dès la première année de son épiscopat, c'est-à-dire en 4055 , Vulgriû fiit appelé à prendre une part active à une dSSaice qui jetait le trôuble dans les Églises de France. Liiérésie de Bé^nger, déjà condamnée plusieurs fois, relevait la tété , par suite de la protection que le sectaire trouvait à la cour et dans l'épiscppat. Les deux grandes plaies du temps, la simonie et l'incontinence des clercs, aoUicitaient égalemsent l'attention des Souverains Pontifes. Victor n envoya en France l'archidiacre Hildebrand po^r opposai: un remède à tant de maux. Secondé par- saint Hugues, abbé de Quny, l'infatigable légat tint plusieurs conciles dans lesquels la vérité du dogme et la pureté de la discipline furent vengées. Deux de ces assemJDlées se célébrèrent à Tours, et une à Angers (2). L'évêqueetle clergé du Mans y prirent part ; et parmi les hommes qui s'y distinguèrent par leur doctrine et leur zèle pour la foi orthodoxe, on remarqua Arnaud, scholastique du Màiis, qui avait accompagné notre prélat à cette réunion solennelle (2).

(1) D. Mabillon , Vetera analectù, t. III, p. Bll^. — D. Bouquet, *. XI, p. 136. ~ D. Martène, Histoire' de Vahbaye de Marmoutier, t. I,p. 384, Ms.

(2) Bodin , Recherches historiques sur l'Anjou, t. I , p. 237.

(5) Labbe, Concilia, t. IX. — Mansi, Concilia , t. XIX. — D. Bou- «luet, t. XI , p. 528, 529. — Pagi, Critica annalium Baronii, ad

238 HISTOIRE DE l'ÉGUSE DU MANS.

Un évAque aussi sincèrement attaché à Tinstitut monAr stique que l'était Vulgrin , devait favoriser tes religieux de tous ses moyens. Dès le commencement de son administration , il renouvela tous les privilèges que son prédécesseur avait accordés à Tabbaye de Saint-Yinceni (I). Cet insigne monastère continuait d'être gouverné pur Tabbé Avesgaud(2)^ de la famille de Bellème; ipais la plus heureuse harmonie régna toujoqrs entre hii et le protégé du comte d'Anjou. Avesgaud assista en 1099 an sacre de Phihppe P' ; et la manière dont il est désigné dans la relation écrite par l'archevêque Gervais, prouve le rang distingué qu'il y occupait (3). Ce fut Avesgaud qui remplit la fonction aux funérailles de Vulgrin^ enseveU dans l'abbaye de Saint-Vincent. U ne survécut qœ peu de temps à l'évéque^ et descendit dans la tombe en 1065. On a vu précédemment que l'abbaye de Saint» Vincent fonda sous l'administration de ce prélat las prieurés de Saint-Pierre de Noyen, de Saint-Pierre de Courgains, et de Saint-Georges de Doucelles. Quelques années plus tard, vers 4060, Gautier de Montmirail et Rlçhilde sa femme donnèrent et vendirent en partie l'église de Saint-Martin de Nouans , près de MaroÙes-les-Branx (4).

an. 1055. — Du Boulay, ffistona Universitatis Parisiensis, t. I,p. 438. Cet auteur rapporte le concile d'Angers à 1066.

(1) Notitia de synodalibus, exactionibus et aliis consuetudinibiisGeiio-. nmnensi sancti Vincentii monasterio a Gervasio et Vulgrino episcopû relaxatis. — D. Martène, Amplissima cotlectio , t. I, col. 436, 487.

(2) Âvesgaudus Cenomanensis, et Avesgrandus selon Du Gbcsne, t. lY, p. 161. — D. Bouquet, t. XI , p. 32.

(3) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LXI, num. 41, a cru que l*lJ>bé Avesgaud, dont il est ici question, était le prélat de ce nom qui gouverna la Couture vers la même époque. Mais Avesgaud (ou AvesgotJ, abbé de U Couture , ne prit le gouvernement de cette abbaye qu*en 1061. •* Mémoires pour servir à ^histoire de Vabbaye de Saint- Vincent ,

(4) Notitia de donatione ecclesise sancti Martini de Noento facta monasterio sancti Vincentii a Galterio de Monte^Mirabili, — D. Martèoe, Ampliss, collect., 1. 1, col. 454.

VULGRIN. 239

Lé prieuré de Nouans, descendu aii rang de bénéfice simple , subsista jusqu'à la fin du xviii* siècle , et là cure de la paroisse était demeurée à la présentation des religieux 4e Saint-Vincent (i).

L'abbâye de Saînt-Longis de la Boisselière , renversée pendant le x« siècle , ne présentait plus que de faibles trau>tô de ce qu'elle avait été à une époque antérieure. Un seigneur nommé Berladius, auquel ce domaine était écha , la fit relever «t la donna à Tabbaye de Saint-Vincent. Ce monastère eut encore des jours de puissance et de prospérité , quoiqull semble être resté désormais à Tétat de prieuré. Comme presque tous les autres, il devint bénéfice simple assez considérable (2). '

On doit rapporter au plus tard au milieu du xi* siècle la fondation du prieuré de Notre-Dame, à Mézières-sous- Ballon'(3), par Robert de Sardonico: Entouré d'heureuses influences et habité par des religieux d^une sainte vîé , ce prieuré eut une ère de prospérité : ses principaux bienfaiteurs furent Herbert de la Guierche , qui lui donna révise -paroissiale de Mézières (4), et Hildebert Payen, ou Payen Doubleau, qui en 1090 autorisa Fabbaye de Saint- Vincent à prendi'e dans la forêt de Typon le bois dont elle aVait besoin pour le prieuré de Notre-Dame de Mézières. Devenu dans la suite bénéfice simple, ce prieuré fut uni à Toffice du sacristain de

(1) Pouillés du diocèse du Mans, de 1625 et 1678. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, l. H, p. 357. — Pesche, Dictionnaire de kl Sarthe , t. IV, p. 282. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 224, 438. — Tdem , Statistique de Varrondissement de. Mamers, p. 214.

(2) Le prieuré de Saiot-Longis était estimé 3,000 livres. — Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222. — Histoire de l^ abbaye de Saint- Vincent, Ms., à la Bibliotb. du Mans.

(3) Maceriœ, Matheriœ , Macerii , Sïaserii , Maciriœ subtus Baladonem.

(4) De confîrmatione doni ecclesiœ sancti Gornelii de Banniolo. — D. Martène, Jmpliss. collect., t. 1, col. 439, 440.

l'abbaye (1). Herbert de Milesse offrit aussi à l'abbaye des dons considérables (2).

Vers le même temps , les moines de Saint-Vinceaf donnèrent la sépulture à Hugues Doubleau , fils dé Hiifues D, seigneur de Montdoubleau , Tun de leurs principaux bienfaiteurs. La famille de Montdoubleau tout entière pcolçesait une dévotion particulière envers le sanctuaire de Saiot- Vincent; plusieurs de ^es membres y reçurent l%aint monastique , et presque tous voulureut que leur dépoûflle mortelle y fût ensevelie. Outre les donations qui é^h ont été-signalées^ Payen et Odon de IVfontdoubleaugratifitoent Tabbaye d'une église dédiée à Saint-Médard (3) ^ avec la seigneurie du lieu y les dîmes ^ coutumes et autres dépeBr dances réelles ou honorifiques qui pouvaient y être attachées. Quant au jeune Hugues , il f uj;^ ensevejli dans le chœur de l'église abbatiale en 1065, et son monninieBt funèbre^ qui subsista jusqu'à l'époque de 1& destruction de la basilique , était l'un des plus remarquables de tous ce&x qu'on y voyait (4).

£n 1060 environ, Roti*ou^ comte jie Mortagne en Poitou (5), donna ou confirma à l'abbaye de Saint-Viskcent trois églises dédiées à saint Pierre, saint Martin et saint Longis , avec les terres, bois , prés, fourneaux, et tous les droits et revenus qui y étaient attachés (6). Tels furent en

(1) Diploma Hildeberti Pagani. — D. Martène, Ampb'ss. collect,y t.I, col. 58i, 535. — Histoire de l'abbaye de Saint- Vincent, Ms. — Ce prieuré était estimé 800 livres, et la cure, à la même présentation, 700 livres. Pouillés. — Le Paige, t. Il, p. 817. — Cauvin, Statistique de Mamets, p. 211. — liSem^ Géographie ancienne du-diocèse du Mans, p. 2&,

(2) Pièces justificatives, n« xxiv.

(3) Les titres que nous avons pu consulter ne disent pas positivement si cette église de Saint-Médard était située dans le diocèse du Mans. SUl en était ainsi, il faudrait y reconnaître Saint-Mars-du-Désert (sanetus Medardus de Deserto ) , ou plus vraisemblablement Saint - Marsd^Égraine {sanetus Medardus de Egranna ).

(4) Historiœ sancti Vincentii Cenom. compend., Ms.

(5) Rotrochus, cornes Mauritaniensis.

(6) Ibidem,

YULGRIN. 241

partie les dons que la piété et les autres vertus des religieux de Saint- Vincent engagèrent ces divers bienfaiteurs à offrir au monastère , pendant le temps qu'il fut plaeé sous la direction de Tabbé Avesgaud.

A la môme époque Tabbaye de Saint-Calais était gouvernée par un prélat qui se nommait aussi Avesgaud. Les feits que nous signalerons bientôt prouveront que cet illustre monastère conservait les honorables traditions qu'a avait reçues de ses pieux fondateurs. Quant à l'abbé ATesgaud^ il n'est connu aujourd'hui que pour avoir signé uûe charte relative au prieuré de Notre-Dame à Auvergçle-Hamon (i). On sait aussi qu'en 1064, Pien^e Le Cornu fit don à l'abbaye d'une somme de quatre-vingts soi^s d'or(2).

Ce prieuré d'Auvers-le-Hamon avait été fondé dès avant Tan 1015 par Guy , seigneur d'Avoise. Guy obtint le coivsentement de Hugues I" , alors comte du Maine , moyennant une indemnité : condition ordinaire. Outre une partie des terres de son propre domaine, le fondateur donna encore la seigneurie d'Auvers-le-Hamon. En vertu du titre de sa fondation , ce monastère était constitué indépendant de tout autre; mais dès la fin du gouverné^ ment du comte Hugues II, c'est-à-dire antérieurement à Tannée 1051 , sous l'épiscopat de Gervais , l'un des descendants du fondateur , nonuné Guy comme son aïeul , donna ce prieuré à Tabbaye de la Couture, qtii s'engagea à y entretenir désormais un religieux prêtre et quelques moines. Cette donation fut ratifiée par le comte Hugues I^^ Herbert son fils, et la comtesse Berthe ; par Jean et Hamon, £Qs du donateur , et par tous ses vassaux. La charte ftit rédigée au Mans et signée solennellement dans l'église cathédrale , que l'on nommait encore l'église des saints

(1) D. Briant, Cenomania,Us,

(9) Au pouvoir actuel de Targent, cette somme équivaut à 2250 fr. — Nécrologe de Pabbaye de Saint-Calais, v id. octob., cité dans Historia regalis abbatiœ sancU Carilefi^ Biblioth. Impér., rés. Saint-Germain, paq. iOl, 102, n» 5.

$4% HISTOIRE DE l'ÉQLISË LU MANS.

Gervaiit et Protais (i). Sous la directioD des moînee de la Couture , le monastère de Notre-Dame d'Auv6r»*le-Hiimon 9C€[uit de rimportance; le nombi^e de ses religieux augmenta^ et ses richesses en même temps. La puJBeànte maison de Laval ^ alliée à celle des fonda tem*», le favorisa beaucoup. On lui donna de bonne heure TégUse de la paroisse ; dédiée à saint Pierre^ et qui était d'im revemi considérable (2). Enfin la seigneurie du lieu^ annexée an prieuré^ fut bientôt érigée en baronnie (3).

La donation du prieuré d' Anvers -le*Hamon fut reçue par Tabbé Ascelin^ qui gouvernait alors le monastère de la Couture. C'est sous la prélature de ce même perBonnage que Tabbaye reçut encore le prieuré de Saulges ^ fondé par Guy de Saulges , sous le patronage de saint Pierre (4). En leur conférant Téglise-môre de Notre-Dame, celle de'Saint- Pierre^ le presbytère et les autres dépendances , le fondateur pose pour condition qu'on y entretiendra au moins un reUgieux prêtre et un nombre de moines qu'il ne détermine pas. Guy donne encore les églises de Saint^eaii» 8ur-£rve , de Saint-Cyriaque et de Saint-Martin y de Joué» en-Chamie, enfin les droits d'usage dans la forêt de Saulges ou de Charnie. Hugues de Sillé-le-Guillaume^ en quaUté de seigneur suzerain^ autorisa ces dispositions (5). D'après ce qu'on a vu précédemment , le don de Guy de SauJges doit être considéré , non comme une fondation proprement dite, mais comme le rétablissement d'un

(1) pièces justificatives, n9 y.— Compendium hist. régal, abbat. tano^t Pétri de Cul turay Ms.yBiblioth.du Mans^n» 91.— D. Bri&nt jCenomanUi.

(2) Estimée 1100 livres en 1777. Le prieuré à la même époque éUit de 2501} livres. — Le Paigc, t. I, p. 54.

(8) Le Corvaisier , p. 826. — D. Bondonnet , p. 898. ^ Le Palge, 1. 1, p. 54. — Pesche, 1. 1, p. 61 . — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 17, 218 , et passim. — Essai historique sur l'abbaye de SolesmeSf p. 18. — Armoiries du prieuré d'Auvers-le-Hamon : De sable à un arbre renversé de sinople.

(4) Selon Gauvin, ce prieuré de Saulges était dédié sous le pA(roDa|^ de Notre-Dame.

(5} Pièces justificatives, n®' xxv et xxvi.

Vl^LGRlN. 243

ancien sanctuaire monastique , autrefois beaucoup plus ccmsidérable (1).

Cinquante -cinq ans environ après cette fondation, en i205 , Yves Le Franc , seigneur de Saulges , confirma rétablissement du prieuré, et lui donna de nouvelles terres. Les religieux s'engagèrent à prier Dieu, et à faire pour son âme , après sa mort, les mômes services religieux que pourim moine prbfès (2).

Le prieuré de Saint-Pierre à Brûlon vint, vers ce même temps, augmenter la puissance de Tabbaye de la Couture ^3). Bouchard de Brùlon et Adélaïde sa femme donnèrent aux moines Téglise de Saint-Pierre, située dans leur château , les prébendes de quatre chanoines et le droit d'établir un bourg. Après la mort du fondateur, Geoffroy et Bouchard, ses fils, consentirent la donation faite par leur père, moyennant une certaine somme que les moines convinrent de leiu' verser. Guillaume le Bâtard, roi d'Angleterre, et Robert son fils, qui lui succéda, furent paréeents à cet accord passé au Mans en 4068 (4). Ce prieuré acquit dans la suite le château même de Brûlon ; mais il ne jouit jamais de la seigneurie du lieu, il possMait aussi l'église paroissiale, dédiée à saint Pierre (5). Réduite la fin à Fétat de bénéfice simple, le prieuré de Saint -Pierre de Brûlon était encore considérable; dans le cours du xvin* rtècle , il fut uni au séminaire de Saint-Magloire à Paris (6). La suite de nos récits fera bientôt connaître de nouvelles libéralités de la famille de Brûlon envers TabiMiye de la Couture.

(i) Mitioire de V Église du Mansj 1. 1, p. 862 ; t. II, p. 84 et soit»

1%) HUtoria CtUiura, Ms.

- (8) Selon Gauvin, ce prieuré fut fondé en 1068 ; mais il y a erreur.

(4) Mèces Justificatives , n» ixvii.

(8)' La cure en 1777 ne yaiait plus que 700 Hyres, et le prieuré 1180 livres , selon Le Paige. Mais selon Gauvin le prieuré seul valait tiOft livres. U est certain que lïmet Vautre avaient beaucoup diminué.

(6) Historia Culturœ, Ms. — Le Paige, t. I, p. 137. — Pesche, 1. 1, p. 842. — Essai historique sur Vabbage de Solesmes, p. 18. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p, 219, et passim.

En accordant aux moines de la Couture le droit de fonder un bourg près de leur prieuré , Bouchard de Brûlon se conformait à un usage suivi par beaucoup de fondateurs de son temps , et dont nous verrons encore d'autres exemples dans la suite. C'est ce qui a fait dire à D. Lobineau : a U y a peu de fiefs considérables où les moines n'aient bâti de nouveaux bourgs^ du consentement des seigneurs ; et la fondation des prieurés a produit cet avantage d'augmenter le nombre des habitants et de mettre à profit beaucoup de terres incultes , parce que ces nouveaux bourgs étaient peuplés de nouveaux habitants; et c'était Tune des premières conditions du traité que les moines faisaient avec les seigneurs. Du reste , les seigneurs leur laissaient tout l'exercice de la justice sur ces étrangers, et n'en exigeaient aucun service ni aucune corvée ^ si ce n'était celle de tritvailler à la réparation des ouvrages publics^ dont ils avaient l'usage aussi bien que les anciens habitants > comme les ponts et les chaussées (i). »

Cette observation du savant historien de la Bretagne trouverait son application presque à chacune des fondations que nous racontons en si grand nombre dans cet ouvcoge, jnais surtout dans la période des xi« etxii* siècles. Uné^ vain de nos jours, qui a raconté avec talent une partie notable de l'histoire de notre diocèse , ajoute ces réflexions qui méritent d'être rapportées : a Cette période (de la seconde moitié du xi« siècle), dit M. de Pétigny, fut si éminemment féconde, qu'il en est sorti plus de créations nouvelles que des huit siècles qui l'ont suivie. En même temps s'élevaient ces admirables monuments de l'art chrétien qui sont encore l'ornement et la gloire de nos cités, et ces redoutables forteresses dont les ruines mêmes conservent un imposant caractère de force et de grandeur. Alors aussi se formèrent ces puissantes associations religieuses qui, dans leur sainte indépendance , conservèrent , sous le régime de la force , les droits de l'intelligence et de la

(t) D. Lobineau, Histoire de Bretagne.

rtTLGRTN. 248

liberté morale, et tout en gardant les traditions des lumières, des sciences et des arts, jprireût une part active à là colonisation et au défrichement du pays : deux faits trop négligés'par les historiens, et qui sont pourtaiat la véritable histoire , celle du peuple et du sol (i). »

Les seigneurs manceaux estimaient sans doute à leur juste valeur ces services rendus par lés monastères; mais, édairés par une foi vive, ils appréciaient beaucoup plus encore les prières , les austérités et les autres œuvres de piété qui sont Tessence de la vie religieuse. Ce qui prouve que tel était le point de vue où ils se plaçaient, c'est que, non ^contents de favoriser les développements de la vie monastique par des offrandes pécuniaires et territoriales, beaucoup renonçaient à lu^ vie brillante dans le siècle pour s'ensevelir dans le clottre. Les abbayes de Saint-Calais, de Saint-Vincent et de la Couture dans le diocèse du Mans , celles delAarmoutier à Tours, de Saint-Aubin et de Saint- Serge à Angers, et d'autres encore, reçurent à la même époque un bon nombre de nobles descendants des plus grandes familles de notre province.

Du temps que l'abbé Ascelin gouvernait l'abbaye de la Couture, Patrice de Chaources (2) s'étant fait moine à la Couture , transmit au monastèrie , du consentement de ses deux fils, le domaine de Lavaré près de Vibraye (3). Peu de temps après, im parent de Patrice nommé Ray nâult, s'étant consacré à Dieu dans le même monastère, donna une chapelle dédiée à saint Denys et située près du château de Ponl^de-Gênes , des terres, des vignes et des droits féodaux (4).

Le moine Avesgaud était l'un des religieux les plus remarquables de l'abbaye de la Couture, au temps de Vabhé Ascelin, Issu d'une race puissante dans le Maine, et

(1) De Péligny , Bistoire archéologique du Fendomois^ p. 220.

(2) Sur ruiustrc famille de Chaources ou de Sourcbes , voir Pescbe, t. VI, p. 225 cl suiv.

(8) Compendium hhioriœ abMicB sancU PetH de Culixtra* (4) Ibidem.

vraisemblablement de la famille de Belléme^ dans laquelle le nom d'Avesgaud était fréquent^ ce religieux cultiva Jes lettres avec avantage. 11 recherdiait la société des personnes les plus doctes , et son goût poiur la vertu, et les occupations libérales lui valut l'amitié de saint Anselme^ depuis abbé du Bec et archevêque de Cantorbéry. Âvesgaud lui écrivit dès avant Tannée 1061 , pour le prier de se charger de l'éducation d'un neveu qu'il chérissait tendrement. Il finit sa lettre , qui montre une grande fainiliarité avec le docte solitaire du Bec^ en lui demandant quel service l'abbé ou les moines de son monastère peuvent désirer de lui , et en le priant de lui désigner un lieu où ils pourront se rencontrer (1). Quelque pressante que fût la lettre d'Avesgaud y elle n'obtint pas le succès qu'il en attendait. S(m illustre ami exposa^ dans une réponse aussi humble que spirituelle , les raisons qui l'empêchaient de se chiu*gerde l'éducation d'un jeune seigneur, dont les soins étaient incompatibles avec l'enseignement des hautes sciences, auquel se livrait alors saint Anselme (2),

De très-graves autorités mettent Avesgaud au nombre de^ prélats qui ont gouverné l'abbaye de la Couture , et prétendent qu'il succéda à Tabbé Ascelin (3). Ce sentiment n'est peut-être pas suffisamment appuyé. Toutefois il ^st certain que saint Anselme s'exprime en lui parlant dans les termes les plus respectueux (4). Quoi qu'il en soit, Tabbé Ascelin, sous lequel l'abbaye de la Couture obtint un si haut degré de prospérité, vécut jusqu'en 1072, et mourut le 2 février (5).

(1) Baluze, Miscellanea ^ t. IV, p. kll. —• PatrologiCy édit. Migne, t. CXLIfl , col. 1431 et 14$S.

{%) Sancti Anselmi opéra y lib. I, epist. xyi.

(3) MabilloD, Amiales 0, S. B., lib. LXI, nom. 41. — D, RÎTei, Histoire littéraire de la France , t. VI 11, p. 76. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes , p. 18. — Hauréau, Histoire littéraire du Mainey t. IV, p. 48.

(4) D. Briant, Cenomania.V Histoire de V abbaye de la Couture^'th,, Gauvin, Géographie,,, ne donnent pas à Avesgaud le rang d'abbé.

(B) Historia Culturœ, — Necrologium sancti Pétri de Cultura^ lu.

TULaAIN. f49

Foulques Ribole y membre de Tune des familles les phia poiseanies du Maine ^ et qui se signala par de pieuses laiv geaaes en faveur de plusieurs monastères ^ mais principa-* lement de la Couture^ donna à l'abbaye d'Ëvron^ du ooùsentement de Béatrix^ son épouse, et de Hubert^ leur fils, Féglise et le prieuré de Saint-Pavin-desr€hamps, soub le patronage de la sainte Vierge ^ avec les dîmes et les puémlces qui en dépendaient. Ce don se fit en présence de Févèque Vulgrin, des principaux dignitaires de TÉglise dû Mans et de plusieurs seigneurs de la province (i). \s monastère d'Évron était alors gouverné par Tabbé DanieL Ge prélat eut pour successeur Guillaume, qui souscrivit > en 4066, la charte de fondation de Tabbaye de la Sainte- Trinité, à Caen. Guillaume vivait encore vers Tan i07S (2).

Les donscpie Ton vient d'énumérer, et d'autres encore offerts aux monastères du diocèse du Mans pendant le court épisGopat de Yulgrin , n'épuisèrent pas les générosités des pieux Mauceaux. On fonda plusieurs prieurés dépendant dot abbayes des, diocèses voisins; mais .les offrandes les plus considérables furent pour Marni^outier. Ce monastère qpie protégeait toujours le souvenir de saint Mai*tin, soutobait heureusement rbéritage que lui avaient légué ses premiers habitants^ sous le double rapport de la vertu et da la science. Hugues Pradel (3) et Emma sa femme qui appartenaient vraisemblablement à la lamille de Qiroye^ originaire de Bretagne et si fameuse dans les annales du Maine etde la Normandie (4), donnèrent, eni'an<1060, à l'abbaye de Marmoutier, Tégliae de la Sainte-Trinité, qu'ite avaient commencé de b&tk, et celle de SaintrCéleriUi

(I) GeraiiU, Notice historique sur Évron, p. 186. (2). Idem, ioc. cU,y p. 12. — ^Gallia christiana^ t. XI, lostr., col. 61 D.

(3) Bratel, Braistcl, Brutcl, Brestcau.

(4) Ménage, Histoire de Sahlé, part. 1, p. 2, 3, et passim.— Odolant Desnos, Mémoires sur Aiençon, t. I, p. 108, H 7, 119, 123, 135, et passim. — Le Voyageur français, t.^XXVIl. — De Lèsi&nSf Dissertation sur les incursions normandes dans le Maine^ p. 65.

t48 HISTOIRE DE l'ÉGUSË DU MANS.

situées Tune et Tautre sur le territoire de Saint-CSélerin-le- Geré (4), près de Montfort-le-Rotrou, avec trois métairies BUT cette mâme paroisse^ le Moulin-aux-Moines et quelques autres dépendances. D'abord fondé seulement pour trois religieux, ce prieuré ne tarda pas à être occupé par une communauté florissante. Plusieurs moines méritèrent par leurs travaux un rang distingué. Parmi les bienfaiteurs, on distingue Mathilde ou Mahaut^ fille de Gautier ou .Guillaume d'Aloie (2), et épouse de Geoffroy de Mayenne. Elle se rendit à Marmoutier, demanda d'être associée aux prières des religieux, et leur donna des droits considérables, entre autres le passage libre sur toutes ses terres.

En 1090, Guillaume Pradel (3) entreprit de vexer les solitaires de Saint-Célerin. Ils portèrent plainte à HoCl, alors évèque diï Mans , gui excommunia ee seigneur* Guillaume rentra en lui-même , vint se présenter à son évéque aux fêtes de Pâques , promit de faire satisfactipn aUx religieux , demanda et obtint l'absolution des censures qui avaient été fulminées contre lui.

La. seigneurie de la pai'ôisse de Saini-Gélerin-le-Geré et celle de la paroisse de la Chapelle-Guillaume au Perche ftirent annexées à ce prieuré (4). La fuie ou colombier du prieiu'é, encore debout, indique par sa forme terminée en fer à cheval la supériorité du prieur sur tous les nobles et Beignem»s du pays. La conventualité se maintint très-longtemps à Saint-Célerin ; ce prieuré fut possédé en règle par des personnages appartenant aux premières familles du pays : Pierre de Hérissé, Philibert d'Assé, Matthieu d'Andigné, Philippe de Laurière. Vers la fin du xvi« siècle, il

(1) Sanctus Serenicus, — EccleSia sancle Trinitatis de sancto Serenico cl ecclesia ipsius sancti Serenici. — Cartularium Majoris Montt' sterii.

(2) De^^/oTa.

(8J Bradel.

(k) D. UMilxïe; Histoire de Vabbaye de Mùrmoutiêr^ part 1,'t. î, p. m, 5U, Ms.

VULORTN. 249

tomba en commende : Charles de Beaumanoir^ évéque du Mans, en pri t possession en i 632 ; il le transmit à son neveu Plnlibert Emmanuel. L'abbaye de Marmoutier, vers ces derniers temps , céda le prieuré de Saint-Célerin à celle de Samt-Florent de Saumur , qui le posséda jusqu'au renversement des monastères (i). Nous reviendrons bientôt sur œ pneuré , en parlant de Tun de ses religieux.

■Le territoire où se voient aujourd'hui les paroisses de Bouère (2) , Grez-en-Bouère (3) et Saint-Charles-de-la- Forét (4) , ainsi que tout Tespace sillonné par le Fondereujc et laTaude, avait été autrefois, couvert d'une forêt pommée forêt de Bouère. Vers le milieu <lu xi* siècle une partie notable de ces bois existait encore; cependant on y avait commencé quelques défrichements, qui s'étendirent par les travaux des moines. Les religieux y furent d'abord apTOlés par Foulques de Bouère, qui fonda dans cette paroisse, du consentement de Simon, son iils, un prieuré pour trois moines, et le donna à l'abbaye de Maymoutier,en le mettant sous le patronage de saint Cyr et sainte Juliette, Foulques, qui tenait la seigneurie de Bouère de son père Au^er^ la transmit à son fils Simon , et se j&t religieux dans Fabbaye de Marmoutier, où il vécut assez longtemps. Simon confirma plus tard les dons faits par son père. Bobert le Bourguignon, seigneur de Sablé, et Avoise sa femme , contribuèrent puissamment au développement de ce prieuré par la concession qu'ils lui firent de plusieurs terrains incultes , que les moines défrichèrent. C'est ainsi que ce monastère, bientôt assez nombreux > devint un

.(i) l^n 1777, ce prieuré n*était plus estimé que 4500 livres, et la-cure 4Q[0 livre». — D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier ^ part. 1, 1. 1, fol. 456. — Chronique de la paroisse de Saint-Célerin, Ms. — Chronique de Notre-Dame de Torcé, Ms. — Le Paîge, t. I, p. 154. — Ganvin, Géograpliie ancienne du diocèse du Mans, p. 191, 219, et pas* sitp. — Idem , Statistique de l'arrondissement du Mans^ p. 157. -* Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. V, p. 144 et suiv.

(î) Bariacus, Boeria, Boueria maqna,

{%) Griyiacus, Gressus.

(4) Sanctus Carolus de Fàtesta,

iSO HISTOIRE DE t'ÉGUSB BU MANS.

centre de colonisation monastique et agricole^ atiqnel on est redevable de la fertilité de cette coptrée (i). 11 ne faut pas oublier que si notre pays est aujourd'hui dans un état de souffi^ance par suite du déboisement de son territoire 9 la situation était toute IdifFérente au xi* siècle; les travaux entrepris pour réduire discrètement ksfin^tS et les grands amas d'eau en terres labourables étaient alors les plus avantageux à la société , les phis nécessaires pour Tassainissement du pays et la civilisation de 861 habitants.

Aussi les seigneurs s^estimaient-iis heureux lorsqaU possédaient quelque colonie monastique près de leurs chA» teaux. Bérenger^ seigneur de Saint-Loup (2)^ près de GrMk en-Bouère^ donna tous ses biens à Tabbaye de Marmoutia> et s'y fit religieux. Ce fut Torigine du prieuré de Saint- Loup , dont Salomon de Sablé augmenta bientôt aqprèa Is domaine y en se consacrant lui-même à Dieu dans râbbaya fondée par saint Martin. Hugues^ fils de cedemier^ s'étant rendu^ Tan 1068^ au chapiti^e deMarmoutier^ oonfimurles dons ofierts au prieuré de Saint-Loup , et s'engagea à la défendre contre tous ceux qui voudraient en usafpel'les biens. Il fut admis à la participation des prières dn monastère , dont il se montra constamment le protecteur* Guy de Grez-en-Bouère en est encore regardé comme Tun des principaux bienfaiteurs (3).

(1) D. Marlène, Histoire de Vabbaye de Marmoutier, t. I, part. i\ p. 876, Ms— Ménage, Histoire de Sablé, part. 1, p. 77, 134, et passtm.

— Le Paige, Dictionnaire historique du maine, t. 1, p. 118. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Nans, p. 219, ci passim. — Le prieuré de Saint-Cyr de Bouère était estimé ^n 1777,. 2800 livres, el Is cure 900 livres.

(2) Sanctus l.upus»

(3) Le prieuré de Saint-Loup était estimé en 1777 1200 livras t (500 seulement selon Le Paige), et la cure qui en dépendait, 300 livrM«

— D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, t. I, pari. \, p. 412. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 530.

— Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 229, et paMim. Gauvin se trompe en plaçant ce prieuré à Saint^Loup-du-GasU

tULGRIN. 351

Le prieiué de Notre-Dame de Torcé-en-Yallée (i) fut fondé par Bouchard^ fils de Faucher de Crapon^ pour dçux moines. Albert, abbé de Marmoutier, reçut ce don, consistant en Téglise paroissiale avec ses dîmes, sépultures et autres droits. Cette donation fut ratifiée par Hameiin, fils du fondateur, en la cour du comte Herbert 11^ à BeaumonMe^Yicomte , en présence de Gautier et Geoffroy de Mayenne, qaï, en qualité de seigneurs sui;erains, la confirmèrent également. Dès l'époque de cette fondation , Téglise de Notre«Dame de Torcé était Tun des sanctuaires les plus vénérés de la Mère de Dieu, et le but d'un pieux pèlerinage, qui n'a cessé depuis ce temps d'être iréquenté par les populations du Maine, du Perche, de la Normandie, dâTAnjou et des diocèses même les plus éloignés de la Bcetagne. Au nombre des personnages remarquables qui sont venus s^ agenouiller, et qui y ont laissé des marques de leur piété , on compte ^nt Barthélémy, abbé de Maiv moutier, Rotrou, seigneur de Monfort-le-Rotrou , Martin dû Montmorency, seigneur de Loresse, Gonthier de Bai- Ignaux, évèque du Mans , probablement le roi de France Plûlippe- Auguste, et enfin Louis XIII en Tannée 1614. A la fin du xiii® siècle , une association , sous le nom de confrérie de Notre-Dame, fut établie dans cette église; le& Souverains Pontifes y pour la favoriser, accordèrent de nombreuses indulgences, et les pèJerins s'empressèrent de faire inscrire leurs noms sur les registres des confrères. Le monument dans lequel la gloire de la Mère de Dieu tfa cessé d'éclater même de nos jours n'offre rien de remarquable. Une partie fut i*econstruite au xvi® siècle pér deux prêtres habiles dans l'architecture religieuse , Guillaume Gaulard, prêtre de la paroisse de Sentier, au diocèse de Chartres, et Denys. Lapabert, prêtre de Torcé, Cette église fut ornée de vitraux peints assez remarquables

(1) TorciacuSf Torceyumy Troceium, Torciacus, Torceîum juxta Màîum Stabulum, —Aujourd'hui on semble avoir adoplé la.dénominjition de Notre-Dame-de-Torcé.

25t BISTOIRE DE L^ÉailSË DU IIAKS.

par des moines de Marmoutier^ et entre antres par Dom André Rapicault, qui fut prieur de Torcé^ de 4fi60 à 4583 (i).

Outre les fondations mentionnées en faveur de Fabbaye de Marmoutier^ il faudrait^ si Tespace nous le permettait , rappeler un grand nombre de donations moins conâdérableS; par lesquelles la piété des Manceaux pour sflJift Martin et les moines qui habitaient son monastère se signala à plusieurs reprises. Contentons-nous de rappeler le prêtre Robert^ qui donna tous ses bien& aux religieux du prieuré de Saint-Hippolyte de Vivoin (2).

Les abbayes de FAnjou entretenaient également de fré* quents rapports avec les habitants du Maine; Févèqne Vulgrin et le comte Geoflfroy Martel encourageaient hautement ces relations si favorables à leur politique^ en même temps que conformes aux vues de leur piété. Ràoul^ vicomte de Beaumont , donna à Tabbaye de Saint-Serge Téglise de Saint-Remy de Mauge, le fort de Montrouveau^ et différents fonds de terre situés en Anjou. Ce fut à Fooca'sion de la sépulture de sa femme Emma (3). Ce seigneur avait fondé soixante ans plus tôt le prieuré de Saint-Hippolyte de Vivoin (4) , qui était présentement très-florissant, et il Tavait donné à Marmoutier. Vers 4057, il créa le priem*é de Luché (5) , sur les bords du Iioir. I-es

(1) Bilard, Analyse des documents historiques, etc.,no 313 à 333.— D. Martène» Histoire de l'abbaye de Marmoutier, 1. 1, part. i.—Lochet, Notice historique sur le pèlerinage de Notre^Dame^e- forcé, 1845. — LePaige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 54f. — Pescbe» Dictionnaire de la Sarthe^ t» VI, p. 344 et àuiv. — - Gautin, Statisti^ de l'arrondissement du Mans, p. 106. — Idem» Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 226 et 524.— Dans les derniers pouillés le prieuré est estimé 4500 livres, et la cure qui en dépendait 700 livres.

(î) Le Paige, 1. 1, p. 81. — Pescbe, t. VI, p. 677 et suiv.

(8) D. Martène, Thésaurus novus anecdotorum, t. I, col. 185. — Le Paige, t. I, p. 80.

(4) 11 est assez probable que les historiens ont confondu deux per« loanes en une seule.

(5) Lucf^ium, Luchiacum,

yuLGRm. 283

concessions de Raoul furent assez considérables et suffissuites pour entretenir une communauté ; mais elles furent peu de temps après augmentées par le sénéchal Foulques, dont, le fils se consacra à Dieu sous l'habit monastique dans Tabbaye de Saint-Âubin. Foulques lui-même mourut dans le cloître, entre les bras de son fils, et revêtu du inème habit. Girard, qui portait aussi le tilre de sénéchal, et qui se fit moine à son tour , Vivien , seigneur du Lude, proche parent du fondateur, Ëngelbaud^ Amelin, Adélaïde, sœur de Geoffroy de Sablé , Hamelin d'Antenaise , Ërmengarde , vicomtesse du Lude , Hubert de Porrienna avec sa femme, et plusieurs autres seigneurs du Maine furent bienfaiteurs de cette maison. Nous verrons plusieurs évêqu.es du Mans en prendre la protection, et les SouverainSjPonr tifes eux-mêmes , Urbain II en 1097 , Eugène TU en 1152, confirmèrent la possession de ce prieuré entre les mains des moines de Saint- Aubin (1). Ce prieuré était sôus le patronage de saint Etienne, et conserva toujours une véritable importance (2).

Roger, sire de Montgommery, et Mabille de Bellême, sa femme, fondèrent, en Tannée- 1060, un priem*é à la Roche-Mabille (3), dans le Passais, en faveur de Tabbaye de Saint^Martin de Séez , dont ils étaient les restaurateurs. Us le placèrent sous le patronage de saint Pierre et de saint Nicolas,^ et ils lui assignèrent pour dot la dime de ieurs moulins, plusieurs fonds de terre, et divers droits. Près d'un siècle plus tard, en 1151, Guillaume, comte de Ponthieu , confirma à Fabbaye de Saint-Martin Téglîse de -Saint -Nicolas de la ^oche-Mabille (4). Les travaux des

(i) BUard, Analyse des documents historiques ^ etc., n»* 248 à 278.

(S) Le prieuré de Luché était estimé 4000 livres , la care qui en dépendait 500 livres. ^ Le Paige, t. I, p. 548. -— Pesche, t. II, p. 675. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222, 382.

(8) Gomes Rogerius et Mabiila uxor ejus, Deo et sancto Nicolao de Hocha annuerunt decimam molendinorum oppidi Rupis, et decimam census ejusdem castri... Sed ecclesiam sancti Petri»i, Gallta cliristicm9f t. Xi, Instrum., col. 151-153.

(4) Gallia christ.^ Ibidem, co|. 720.

S54 HISTOIRE DB l'ÉGLISË I»U MANS.

moines qui habitèrent ce cloitro durent être fréquemment contrariés par les guerres presque continuelles qui désolèrent le Passais. Dans le cours du xvni* siècle ^ le prieuré de Saint-Pierre et de Saint-Nicolas de la Roche-Mabille ftit réuni à Fabbaye de Saint-Martin de Séez. Du reâte^ on j)rétend que cet établissement avait d^abord été une odÛgiale ; mais les moines ne tardèrent pas à y prenais la place des chanoines (4). '

La tradition, d'accord avec les monuments^ attribue la part principale en cette fondation à Mabille de Belléme. Cette fenune^ qui avait hérité des talents et du génie de sa famille, était, dit-on, chargée de la défense des frontières normandes du côté du Maine. Elle fit construire la forteresse qui domine la vallée de la Roche-Mabille et la rivière du Sarthon. Elle fit aussi élever l'église die Sftiiii- Pierre, qui subsiste encore tout entière, et qui renferme plusieurs particularités remarquables ; nous nous contenterons de signaler des fonts baptismaux en manière de bassin, pour le baptême par immersion; cette fonne s'était conservée dans le diocèse du Mans pendant le xii^et probablement une partie du xin® siècle (2).

îl y avait alors généralement moins de tendance dans Iob esprits à faire des fondations en faveur du clergé séculier, dont la vie inspirait peu de respect et de confiance. On remarque cependant, à l'époque où Vulgrin gouvernait l'Église du Mans, que quelques dons furent offeiis au chapitre de l'église cathédrale. Le plus considérable de tous est un hommage de la piété de Guy 11 de Laval > dont nous avons d^à rapporté les fondations ^n faveur de Marmontier et du Ronceray. Ce seigneur avait reçu de l'évêque Gervais, son beau-frère, les droits d'autel sur toutes les terres relevant de son château de Laval. Dans sa vieillesse.

(i) Le prieuré estimé 145 lÎTres en 1777, et la cure qui en, dépendait, 000 Uvres. — Le Paige, t. II, p. 451. — Gauvin , Géographie ancimme du diocèse du Mans, p. 225, 438, 480.

(2) Cfr. Le département de VOme archéo/hgique et pittoresque.

vuiGaiN. 25B

rcooiinaissfitût tout, ce qu'une pareille propriété renfermait de oontraire aux lois de lÉglise et de la justice, il voulut y renoncer. Il est certain que Tévêque Vulgrin avait contribué par ses remontrances à faire naître des inquiétudes dans l'àme du.vieux baron. Le seigneur de Laval pouvait se reprocher encore d'autres infractions aux^lois de la discipline : ainsi il avait fait prisonnier Robert^ seigneur de Yitiié > au jEDoment où celui-^i revenait d'un pèlerinage de la terre fipinte y sous Tinviolabilité que conférait la qualité de pèlerin^ et il n'avait consenti à briser ses fers que lorsque Ynogen de Fougères, mère du prince captif^ eut payé une Ibi'te rançon (i). Une telle action faisait encourir au coupable les censures de l'Église. Effrayé donc du poids de ses péchés , Guy restitua les droits d'autel sur toutes ses terres à Notre-Damq, aux saints martyrs Gervais et Prêtais^ et à saint Julien confesseur, c'est-à-dire aux saiûts palrcwQS de l'église cathédi*ale du Mans, et à l'évêque Yulgrin. Ses fils Hamon, Guy et Gervais , consentirent à cette restitution qui devait être perpétuelle, mais qui ne fut pas entièrement gratuite ; car le clergé fut obligé de verser une somme de trois cents sous de deniers >(2). L'évêque Vulgrin dut encore contracter l'engagement de faire célébrer pDur Guy, après qu'il serait mort, trente messes dans cbacune deis abbayes tant de chanoines que de moines du diocèse, et d^en célébrer lui-même trois à l'intention du défunt. Guy ajouta encore une autre clause : il avait luimême inféodé les droits d'autel à des chevàUers qui en percevaient les revenus; il réserve donc certains privilèges P^uniaires pendant le reste de lem* vie. Ce traité fut négocié en présence du comte du Maine H<^bertII et de plusieurs ' personnages puissants du pays (3) .

. Deux frères, Raoul et Geoffi*oy, d'accord avec leinrs Cpimilies, abandonnèrent à Saint^Julien et à ses chanoinee

(1) VÂTt de vérifier les dates^ t. XUI, p. 109, (ft) En monnaie actuelle c^Ue somme équivaut à peu près à $400 fp. /4vr« BlmCf n9 lÂa,

iS6 HISTOIRE DE L^ÉGLISE DU MANS.

les droits qu'ils prétendaient dans Téglise d'Assé-le-Bérenger. Ils y joignirent quatre arpents de vigne, pour lesquels ils reçurent cinquante-cinq sous de deniers (4), et stipulèrent certains services religieux qui seraient faits pour eux après leur mort. Robert le doyen, Ingelbaut le préchantre^ et beaucoup de chanoines consentirent cet acte avec Tévêque Vulgrin (2). On doit remarquer encore sur ce contrat cer^ taines formules du droit romain y et la présence d'un corps de ville existant au Mans à cette date (3). Les professeurs dont nous avons parlé précédemment enseignaient peutêtre encore à cette époque dans la ville du Mans; leurs leçons pouvaient d'ailleurs avoir laissé des souvenirs; et il est en outre assez remarquable de rencontrer ces traces du droit municipal dans notre province , à la veille du soulèvement communal, si mal compris jusqu'à ce jour parla plupart des historiens.

L'évéque Vulgrin employait tous les moyens de la per* suasion poiu* faire restituer au ôhapitre les propriétés qui lui avaient été enlevées par la force ou la ruse. Ce qui se passa relativement à la seigneurie de l'un des fauboiu*gs de la ville et à la propriété d'une vigne, donne une idée assez claire des dangers que couraient les biens des Églises à cette époque. Ce faubourg et cette vigne, qui avaient appartenu à im clerc nommé Noël, étaient depuis longtemps du domaine de l'église cathédrale ; mais ils avaient passé depuis entre les mains d'un nommé Landry, en vertu d'un contrat injuste et illégitime. L'évéque Gervais parvint à faire reconnaître les droits de son Église par Goscelin, frère aîné de Landry, et après la mort de celui-ci la restitution en fut faite sur l'autel majeur de la cathédrale , et devant un nombre convenable de témoins: Mais Goscetin mourut bientdt aprèSi et Hugues, son jeune frère, ne voulut point féconnaltre ce que celui-ci avait fait ; loin de là, emploj^ant

(1] En monnaie actuelle cette somme peut être évaluée à 1550 fr. (2] Lmre Blanc^ dp 111. — Biblioth. Impér., fonds latin, n» 5211 B. (3) Vi^entibus quoque et audientibus bonis viris conipluribus...

VULGRIN. ah'ï

la violence il ressaisit cette propriété. Enfin, vaincu par les juières et les remontrances de Févéqxie Vulgrin , il fit une restitution complète à Saint-Julien , denianda des prières pour lui et ses proches , et les chanoines lui remirent la somme alors assez considérable de sept livres de deniers {{)* VL déposa Tacte de reconnaissance sur Tautel de Saint- Julien^ en présence de Tévéque Yulgrin et de plusieurs témoins^ dont le plus remarquable était Tarchevèqucde Reims ^ Gervais^ revenu $iu Mans après que Geofi^y Martel lut eatré à Tabbaye de Saint-Aubin (^.

On le voit , le chapitre ne recouvrait la jouissance de ses anciennes propriétés que par de nouveaux sacrifices. La source du plus grand nombre de ces pertes était Ja négligence avec laquelle les lois primitives de la discipline étaient appliquées. Si les chanoines eussent été appelés à délibérer sur ladministration des propriétés de l'église ^ oette honteuse et coupable dilapidation n^eùt pas eu lietu Toutefois la grande dévotion que Ton avait gépéralement pour saint Julien contribuait à neutraliserle mal, en provoquant des restitutions plus ou moins complètes. Cette piéié envers l'apôtre du Maine attira des dons bénévoles

(1) Set>t livres de Tan 1060, selon leur valeur relative, équivalent' à WliU. de notre monnaie*

(S) Notum... Hugonem, filium Landrici, beato Juliano dimisisse pt in perpetuum annuisse quoddam burgum, prope mepia Cenomanica urbis situai, simuiqiie vineam Nalalis clerici ; et accepisse ajcanonicis vu libfas denarioruin. Istudaaicm burgum, a proprietaCe ipsorura canonlporurè olfiB abstractum, Landrice, patri ejuâ, injuste fuèrat concessum. Post aaiuB obitura, Goscelinus, predicti Hugonis frater major, natus ex aUera mttre, ejus ^ancte Genomaneasis Ecclesie, suasu et eihortatione domni Genrasii, eo tempore episcopi, recogooscens, burgum sup^adictum sancto Juliano sponte reddidit. Mortuo vero ipso^oscelino,predictu6 bogo, cjfui Jimior, bdrgiim illud calumrpnians invasit. Postea tamcn , preclbos et aminonitionc domni Wulgrini, Genomanensis episcopi, canonicisburgaoi iUam cum vinea Natalis clerici reddidit, posuitque donum super altare sancti Juliani, sub presentia domni Vulgrini, episcopi, ei tcstium subscriptorum : Domni Gervasii, Remensis archicpiscopi ; Herbert j, filii Alberici, Widonis Excoriatoris Villani, Fulcodii vicarii. Livre Blanc, n» 115. — Biblioth. Impér., fonds latin, no 521S B, fol. 17.

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