‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 15 sur 53 · III · texte numérisé non relu

III

JB8 HISTOIRE 1>E LÉGLIIË DU MANS.

ele toutes les classes <le la société, lorsque révèi|ue Vulgrin et le chapitre entreprirent de reconstriûi^e l'église cathédrale. Depuis Tépiscopat de Mainard , C/ette vénérable basi*liquo n'avait reçu que des soins insuffisants pour en assurer la conservation; les rivalités continuelles entre les prélati de la maison de Belléme et les comtes du Maine , avaient fait perdre de vue cette œuvre , à laquelle se rattachaient tant de précieux intérêts. On élevait cependant de toutes parts des églises phis grandes et plus belles que celles qui les avaient précédées. Le Maine conserve encore de nombreuses traces du zèle avec lequel les fidèles se portaient à construire de nouvelles demeures àDieu. Lorsqu'il s'agissait de l'église- mère, de la basilique de saint Julien, il ne pou* vait y aVoir d'indifférents. Aussi, dès les premiers jours de son épiscopat, Vulgrin , qui arrivait au Mans précédé desa renommée , et après les monuments dont il avait décoré la diocèse d'Angers , rencontra une vive sympathie pour le projet qu'il forma tout d'abord de relever et d'agranito l'église cathédrale. De si vastes plans ne pouvaient s^exécuter sur-le-champ ; il fallut premièrement réunir une grande quantité de matériaux , après quoi le prélat songea à se mettre à Tœuvre. On construisit d'abord la nef, et, vers Tan 1060, on jeta les fondements de la croisée et du cancel ; mais enlevé par une mort soudaine et prématur* rée, l'évêque Vulgrin , qui traçait les plans et dirigeait les travaux , n'eut pas le temps d'achever son œuvre de prédiiectioij. On verra plus tard par quelles circopstances il ne subsiste presque aucune trace des travaux de cet habile architecte dans l'édifice actuel de la cathédrale.

Entré les princes qui contribuèrent à la construction de l'église Saint-Julien, Guillaume le Bâtard fut le plus généreux; il donna pour cela en 1063 cent livres anglaises (1), et en ajouta trente pour les chanoines (2). Pour lui marquer sa recoifnaissance , le chapitre inscrivit le prince normand

(1) Au pouvoir actuel de Targent, celte sûipme équivaut à 568^ ^,

(2) Soit 16896 fr. de notre monnaie.

dans gon Nécrologe , et tous lésais il éiait offert des prièreg à Dieu pour son âme (>). Cette circonstance- nieotionuée par l'histoire semblerait prouver que la construction dç Tégiise Saint-Julien lut Fœuvre spontanée de toute la population : les grands y contribuèrent sans doute ; mai* le peuple surtout y apporta son dévouement et ses bras. -

C'était au milieu des troubles de ce teinps que lés tra^ vaux de Féglise cathédrale s'étaient poursuivis. Deux aoa seulement après la mort de GêolFroy Martel, en 1062, oiourut le comte du iVI^ine Herbert II , ne laissant qu'une fille nommée Marguerite , fiancée en bas âge à Robert , fils aîné de Guillaume le Bâtard. Cette jeune princesse mourut avant la célébration du mariage , Je 13 ^décembre 1063, et fat enterrée dans Tabbaye deFécamp,au clioeèse de Rouen (2). On raconte que des miracles ont éclaté à son tgmbeau , comme signe de la sainteté de cette enfaot (3). Ce fut en considération de cette aliianoe commeneée, et pour se venger du comte d'Ai^jou, dont il avait éfffouvé les procédés despotiques et hautains, que Herbert transmit en mourant le comté du Maine à Guillaume de Noraiandie, recommandant aux ISlanceanX' de le reconnaître pour leur seigneur, s'ils désiraient assurer la paix de leur pays (4). Après la mort du comte Herbert^ Berthe sa mère retourna en Bretagne, où elle finit ses jours au mois de juin 1085(5).

Alors commencèrent les guerres civiles et étrangères aotre les divers prétendants au comté du Maine. Gauthier, comte du Yexin et de Meulan , avait épousé .Biothe^ fiUe de Hubert ÉveUle-Chien et tante de Herbert 11 (6) ; il était

(f ) Mart^plogium capituli Cenomanensis, Ms. , ad diem ix septembris .

(S) Galiia ehrUtiana, t. XI, col. 205.

(I) Ui CpnKaisier, Vi^dea Mqun duMam, p. MS.

(4) Orderic Vital, apud D. Bouquet, t. XI, p. 231.

(5) D. Morice, Histoire de Bretagne^ t. I, p. 74. — VÀrt de vérifier iH dites, t. Wl. p. 9i.

(6) Le P. Anselme » Histoire généalog, des grands offic de la eoacrorme, t. If, p. S66.

â6Ô HISTOIRE DE l'ÉOLISE VU MANS.

le jJus éloigné des prétendants; mais il était soutenu par le comte d'Anjou Geoffroy IIl, dit le Barbu, par Geôt* froy de Mayenne, troisième du nom, Hubert de Sainte Suzanne , et Hugues de Sillé-le-Guillaume , seignèursdes plus puissants thi pays. Gauthier accourut dans le Maine , dès qu'il eut reçu la nouvelle de la mort de Herbert II; il y fut bien reçu et gagna en peu de temps Taffection des habitants (i).

Uû autre prétendant était Âzzon (2), marquis de Ligurie ou de Gènes, qui avait épousé Hersende, sœur ainée du dernier Herbert , et était le plus prçche héritier; mais il manquait de force pour se soutenir. Jean de La Flèche , mari de la seconde sœur d'Herbert, noiïimée Paule, était un autre aspirant au comté ; mais il n'avait ni droits ni forces. S'il réunissait quelques partisans dans le diocèse , ils étaient peu nombreux et jouissaient de peu d'autorité. Tout au contraire , Robert, fils de Guillaume le Bâtacd, duc de Normandie, disposait de troupes considérables, et trouvaiit, sinon dans la population, du moins dans le clergé un parti dévoué. II est vrai que ses titres n'étaient pas catk* sidérables , puisque sa fiancée Marguerite , la dernière des filles de Hei'bert II , était morte avant la célébration du mariage ; mais il fondait moins ses prétentions sur cette alliance que sur la donation du comte Herbert II.

C'était, comme nous l'avons dit, par haine du comte d'Anjou, et pour ne pas le voir s'emparer de ses états, que Herbert avait transmis sa succession au duc de Normandie» Geoffroy le Barbu trouvait dans cette conduite un nouveau motif d'exciter les Manceaux contre les Normands; aussi Gauthier et Biothe purent se foi*tifier dans le Maine et opposer une formidable. résistance au duc de Notonandie, lorsqu'il vint en 1064 à la tête d'une puissante armée pour s'emparer du com té . Les Normands parcoururent la province

(1) Orderic Vilal, apud D. Bouquet, t. XI, p, 181, «W. — IMdémi p. 632, 634.

(2) Azzo, Azso, Atho.

VtlLGRIN. ' f6i

le fei* et la flamme à la maîii/et se rendirent maître» des prineipales placei*i Us vinrent ensuite assiéger la ville du Mans , où ils trouvèrent les citoyens pi'êts à la déJtense. ta colère du duc Guillaume-en fut irritée ; elle se communiqua à toBS ses soldats^ qui se portèrent aux dernières violences. Us ravagèrent les envii-ons de la vilie , et mirent plusieurs fois le feu aux faubourgs; mais on parvint toujours à Téteindre. Cependant il se forma de la division dans la ville; une peoiie des habitants inclinaient à se rendre. A la tète de Técole de la cathédrale se trouvait depuis longtemps un homme d'un génie étendu et souple; fier et hautain avec ses égaux et ses inférieurs, il était soumis et adroit avec ses supérieurs. Déjà en possession d'une réputation fort étendue, il avait brillé dans les conciles par sa doctrine et son 'éloquence. Il se nommait Arnaud (i); et nous le verrons occuper la chaire de saint Julien après la mort de Tévêque Vulgrin. Né au diocèse d'Avranehes , il avait habité le Mans dès ses premières années; son oncle, le célèbre Robert le Grammairien, l'avait formé dans les lettres et la vertu. Après la mort de ce savant directeur des écoles de la cathédrale, Arnaud lui avait succédé dans cette charge , qui domiâit une grande autorité dasis la ville et dans toute la province. On pouvait le regarder comme le second personnage de l'Église du Mans; peut-être même son caradèi*e entreprenant , ses richesses qui étaient considérables , le don de la parole qu'il possédait en un degré émfaient, lui donnaient-ils plus d^autoritè dans le pays qu'à l'évêque luimême; c'est ce qui semble résulter du fait que nous allons rapporter. D'ailleurs, les écoles des cathédrales réunissaient im granâ nombre d'écoliers , surtout lorsqu'elles avaiept Tavantage , comme celle du Mans , de voir ime suite de maîtres, distingués par leur mérite , se succéder pendant longtemps à^leur tête. L'enseignement qu'on y distribuait n'était pas celui des éléments des sciences, mais il embrasseilf outre les belles-lettres, les sciences philosophiques et

(I) Arnaldus, Arnauldus, Harnaldus, Erpaldus.

SM HISTOIRE DE L'jBGLIfE DU MANS.

théologiques. Ces écoles réunissaient par là mènia deê dercB d'un Âge avancé , et qui jouissaient dan» la cité d'une influence réelle.

Prévoyant les malheurs qui menaçaient la ville du Ifatiii si elle s'opposait à l'entrée pacifique du duc Guillaume , le modérateur Arnaud prit sur lui une initiative haidii. Après avoir réuni tous les clercs et les rehgieux de la eitéi il se rendit solennellement au-devant du duc de Norman** dici et l'introduisit ainsi dans la place. Les habitantSi sous le coup de la surprise et de l'autorité qu'exerçait le olergé, reçurent Guillaume le Bâtard et son fils Robert avec des démonstrations peu sincères y il est vrai^ de soumission et de respect (i). L'évêque Vulgrin ne parut pa& dans oes événements ; ses antécédents le liaient trop intimement aut intérêts du comte d'Ai\jou. Guillaume emmepa Gau^ thier et Biothe en Normandie; ils ne survécurent pae longtemps à leur infortune^ cai' ils périrent par le poison^ dans la tour de Falaise, où ils avaient été renfermés (3)«

(f) Duxcum magBO.i*obore rebelles expetiit, Genomannicain otteni, civibus ultro se dedentibùs, cum ingcnti iripudio recepit ; eique dojnniu Ernaldus cjusderq urbis praesul, cum clericis et monachis revestitis, textus crucesqueferentibus,honorabiliter obviani processit.Orderic Vital, p. 488.

(2) Idem , apud D. Bouquet , t. Xî , p. â32. — Il est certain qu'Orderic Vital a commis plus d'une crreui* dans ce récit. Voici da reste une preuve incontestable que Guillaume a fait la conquête du Mans ayant Tépiscopat d'Arnaud , qui commence en 1067; c'est une charte de Marmouticr, sans date, il est vrai, mais qui, d'après les témoins cl les signataires, a été très-certainement dressée de 1064 à 1066. 11 s^agit de dqns faits à l'abbaye de Tours par un habitant du Mans, nommé Abelin, fils de Gauscelin, d'abord clerc, puis chanoine de Saint-Pierre : tous les immeubles donnés sont situés dans la ville du Mans, et consistent en maisons, jardins et vignes. Les témoins sont : « Guillelmus, dux Nornianoruin, quin etiam sublimis nobilitas Gynomannorum, ex quibus fiomiuUos subter scribero providimus utillimum fore et in futurum prodesse. -— RaduUus vicecomes. — Hubertus, fîlius ejus. — Robertus de Gastro-Lit. — Gervasius, ûlius ejus. — Rainaldus de Suza. — Wulgritms episcopùs.. — Robertus decanus. — Tescelinus archidiac. — Ungelbertus catitor.,— • Ernaldus grammatic. — Herbertus de San Muro. — Fulcodius Scriba. — fHcbardus, nepos Abelini.;» — Gette charte a pour titre : Caria dedono

TULORIN. 803

Guillaume le Bàtardi après avoir reçu le derment de fidélité des habitants du Mans^ et avoir placé une forte garnison dans le château, sous f autorité d'un seigneur nommé Honfroy, auquel il donna le titre de gouverneur du Mainoi reprit le chemin de la Normandie. A peine étaii-il de retour dans ^es états, que Geoffroy de Mayenne rallia .ses milices et se mit en campagne , assisté d'Eudon , prince breton , et de Guillaume , comte de Poitou. Il raprit Ambriôres, place dont son père avait été en possession; U s'empara même de la ville du Mans par adresse, et fit égorger tous les soldats normands (i).

, Guillaimie le Bâtard , instruit de ces mouvements , se bâta de revenir dans le Maine , et contraignit Geoffîroy et ses («artisans à fah^e ime prompte retraite. La ville du Mans lui ouvrit de nouveau ses portes ; il en fit démanteler l08 murailles, et brûler une partie, croyant la rendre plus aoumise en la rendant plus faible ; mais il ne fit qulirriter ^ leB esprits, qui n'attendirent plus que l'occasion de se venger.

Pour châtier ensuite . Geo£&oy de Mayenne, Guillaume «e rendit avec une puissante armée devant Aipbrières, qu'il eut bientôt emportée (2). De là il se porta devant la ville de Mayenne. Le château passait pour imprenable , si O0 n'est par la famine, à raison de sa position, d^ ses fortifications et de son abord inaccessible. Cette tbrtaresse était divisée dans l'intérieur par Un mur et un fossé, et formait ce qu'on appelait encore dans la suite le grand et le petit château : l'un et l'autre se trouvaient hors de l'atteinte des

domni Abelim Genomanensis. — Biblioih. Impér., Cnrfuiarium Majorù ffonasferii , de rcbus CeRoman. — ^Baluzë , qui a pris une copie de celte pièce : arm. m, paq. 2, n» 2, fol Si, a écrit Ërnaldus de Sancto Muro. — Ungelbcrtus grammaticus. — Ricardus, nepos episcopi. — Ce titre eat certainemor\t antérieur ù la conquête de l'Angleterre, puisque Guillaume n'y porte que la tritre de dux; il est postérieur à la conquête un Maine, en 1063, puisque le vainqueur y figurera la tête de la noblesse de la proviuce.

(1) D. Bouquet, loc. cit.

{%) Ambreras ejus oppidum cepit. Orderic Vit^l^p, 488.

9M HISTOIRE DE L^EGLIStE DÛ ICANS.

machines de guerre alors en usage. Déjà depuis plusieurs mois GuilJaume était arrêté à ce siège (4) , et Timpossibilité apparente de réussir faisait murmurer son armée. L'habile chef eut donc recours >à la rusé, pour suppléer au défaut de ses forces. Il fit pénétrer ' secrètement deux enftmtts de son camp jusqu'à la porte du grand chftteati; où on les laissa eiîtrer peur jouer avec ceux de leur-âge. La nuit suivante ces enfants mirent le feu aux magasins; et les éoldats, empressés d'arrêter l'incendie, oublièrent de garder la porte et les murs. Guillaume , à la vue des flammes, fit avancer ses troupes , et entra sans coup-férir dans la place. La garnison, alarmée de l'embrasement, et encore plus épouvantée de l'irruption subite de l'enn^cni^ se retira en désordre dans le petit château, qui se renditle jour suivant. Guillaume y trouva un riche butin ; il' le dî»^ tribua généreusement à ses soldats , et se contenta de la gloirede cette conqu^ête. Geoffroy de Mayenne, Toyaàt les Normands maîtres de la place , se déguisa et s'enfuit Ayant encore l'éussi à lever quelques troupes, il fut vaincu de nouveau, et contraint de se soumettre à Guillaume, qu'il reconnut expressément pour comte du Maine , et auquel il rendit hommage en cette qualité (3). Cela se passait en l'année 1064.

Les Manceaux se voyant abandonnés du capitaine qui les avait tant de fois conduits à la victoire, et contemplant fe triste spectacle des ossements de leurs frères d'armes semés sur tant de champs de* bataille dans tous les cantons de la province, se soumirent au duc Guillaume. Mais l'année suivante 1065 , la noblesse du Maine, à la tête de laquelle se plaça le vicomte Hubert de Beaumont, seigneur de Sainte-Suzanne et de Fresnay , résolut encore dé secouer

(1) Et Meduane posi dïuim&m obsidionem combussit* Orderic Vital, loc, cit.

(9) Le Corvaisier , Histoire des évéques du Mans , p. 860. — D. Colomb., Histoire des évéques du Mans, p. 129. — Guyard de La Fosse, Histoire de Mayenne, p. Il, 14. — Le Paige, Dictionnaire hijftorigue 4u Maine, X. Il, p. 29$.

le joug de Tétranger. Pour réussir dans son généreux dessein^ elle chercha un allié puissant^ et elle crut le trouver dans le comte d'Anjou, Geoifroy le Barbu ; mais elle fut trompée dans son attente. Guillaume le Bâtard, pour prévenir les eflFets de cette ligue , céda au comte d'Anjou la supériorité territoriale du Maine, s'en réservant l'utile et le réel. Ainsi les Manceaux eurent deux maîtres au lieu d'un, et les fers de Tesclavage devinrent d'autant plus pesants (1).

Pour tenir en respect la ville du Mans, Guillaume fit construire par la veuve d'un ingénieur anglais une forteresse qu'on appelait encore , du nom de cette femme, la tour de Ribaudelle (2) , dans les derniers actes du régime féodal. C'était par ce nom qu'on désignait la mouvance qui en dépendait primitivement; car ce fort avait été renversé depuis plusieurs siècles. Le duc de Normandie recula aussi les limites de la ville et fit construire de nouveaux miu^ d'enceinte. Il songea ensijite à employer d'autresjfnoyens que ceux de la force pour s'assurer la soumission des Manceaux, et il témoigna une singulière piété envers saint Julien (3). Mais ni les mesures d'intimidation, ni même les bienfaits ne réprimèrent chez nos pères l'impatience du joug étranger.

C'est au milieu de commotions, aussi violentes que le diocèse du Mans , grâce à la foi robuste de ses habitants, à la piété de son évêque, de ses prêtres et de ses moines, se couvrait d'édifices religieux construits avec plus de solidité et dans des proportions plus considérables que ceux dont ils devaient tenir la place. Tous les établissements élevés et soutenus par la foi prospérèrent à une époque si agitée ;

(1) Orderic Vital, /oc. ciï. — Troaillard, Comtes du MainCy p. 68-71. — V Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 9î.

(S) On trouve encore Orbaudelle et Orbrindelle. Ce récit de nos vieui annalistes ressemble fort à une histoire inventée pour expliquer un nom dont ils n'avaient pas Fintelligence ; en effet, on voit en d'autres villes une tour du même nom , dans une position semblable. — Voir Le Beuf, Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre , édit. 1855, t. 111, p. 180.

(3) Martyrologiumcapituli Cenomanensis, ad diem ix septembris,Af8,

366 HISTOIRE D£ L^KdLISE DU MANS.

les écoles de la cathédrale et des monastères atteignirent Tune de leurs plus brillantes périodes; les hospices pour les malades et les pèlerins s'élevèrent en beaucoup d^ lieux; des cloîtres nouveaux surgirent dans tous les cantone du diocèse.

Le pieux Yulgrin encourageait à la fois tous ces geturea de progrès. Il fit conclure, entre le chapitre de la cathédrale et Tabbaye de Marmoutier^ une confraternité qui hono^ sa piété y et témoigne des sentiments de reconnaissance dont il était animé envers cet illustre monastère. Les chanoines cédèrent tous les droits qu'ils pouvaient prétendre sur Tautel de J 'église de Yivoin y à la condition qu'ils auraient part aux prières et aux bonnes œuvres des moines de Mav» moutier, et qu'à la mort de chacun d'eux on ferait pour lui les mêmes services religieux que pour un membre défunt de la communauté (I).

Le zêje de Yulgi'in lui faisait prendre une part très-active à toutes les assemblées d'évêques, et aux conciles qui se célébraient aioins fréquemment. Dès la première année de son épiscopat, nous l'avons vu aux conciles de Tours A d'Angers. En 1060, il se tint un nouveau concile dans k ville métropolitaine ; on y régla plusieurs points de discipline qui intéressaient au plus haut degré notre province (2). Il fut présidé par le cardinal Etienne, légat en France. Il ne s'y trouva que dix prélats , tant archevêque» qu'évêques , et l'on y fit dix canons contre divers abus , savoir la simonie, le concubinage des clercs , les mariages incestueux ^ la pluralité des bénéfices et les moines apostats. Juhel, évêque de Dol, qui se portait toujours pour métropolitain de Bretagne , fut cité par le légat ; mais on croit qu'il refusa de comparaître (3).

(1) D. Mabillon, Âcta Sanctorum 0. S. J5., sœcul. vi, part. S, p. W7.

(2) Labbe, Cjncilia, t. IX, col. 1 108.

(3) D. Morice, Hisioire de Bretagne , t. I, col. 985. — Idem, Preuves de l'histoire de Ihetagne, t. I, col. *Î2, 442. — Christiauus Lupus et Tautcur de la Vie de Lanfranc soulicnucnt que ce concile futcélébrjéà Angers, daus Téglisc Saint-Mauiicc, le i^r mars 1061. Cfr. Barlbéleoii Roger, Histoire de l'Ar\jou,

Deux mois plus tard , un autre concile fut céJébré à Angers sur les instances de Foulques le Barbu. Vulgrin et les députés de notre Église y assistèrent. Notre évèque prit part à la consécration de Téglise du Saint-Sauveur et à rinauguration du monastère auquel elle appartenait , avec Hugues de Besançon, Quiriace de Nantes et Eusèbe Brunon d'Angerd. Ces prélats anathématisèrent de nouveau rhérésie de Bérenger , source d'inquiétudes continuelles pour la France entière (i). Vers le même temps Vulgrin se rendit à Bordeaux pour assister à un concile daos lequel se réunirent beaucoup d'évèques et de hauts dignitaires ecclésiastiques, appartenant à diverses province. Mais au milieu de cette nonibreuée assemblée ^ les mérites deTévèque du Mans fixèrent sur lui les regards (2).

Vulgrin mourut après neuf ans^ huit mois et onze jours d'épisoopat^ Je 10 de mai de Tan 1064 (3). Dans ce court espace il avait rempli la carrière d'un évèque accompli. 8a dépouille mortelle fut ensevelie dans le chapitre de Pal)baye de Saint-Vincent; ses prédécesseurs reposaient dans Téglise de ce monastère. Vulgrin, en mourant, fit don d'un sou d'or h chacxm des chanoines (4) ; il fit aussi quelcpaes largesses à sa famille , c'est-à-dire aux personnes attachées à son service; mais il ordonna que la meilleure partie d© ce que pouvait contenir son épargne fût employée pour l'achèvement de l'église cathédrale. La mémoire de ce

(1) Chronicon Andegavense, apud Labbê, Uiblioth. manuscripf,, t. t, p. «88. — D. BrîaDt, Ùenomania. — D. Boaquet, t. XI, p. 544, 529. (ft) Qallia christiana (nova^, t. I, coL 1195« (8) Uéi Gestes des évéques du ^uns attiibuent à Vulgrin 9 ans ,

8 mois et 11 jours d^épiscopat dans un endroit, et dans un autre 8 ans,

9 mois et 11 jours. D. Mabillon , Vetera analecta, t. IH, p. 48, 31S *. — Idem, Annales 0. S. B., lib. XLÎII, num. Iî2.— D. Bouquet, t. XI, p. 136. '^ Martyr ologium capUuli Cenomanensis, Ms., fol. 85. — Le Nécrologe de Tabbaye de Saint-Serge à Angers marqué la mort de Vulgrin au

10 mai 1065 (N. S.). — D. Martène, Histoire de Vabbaye de Marmoutier.^ Ms., t I, part. 1, p. 384.

(4) £a monnaie actuelle cette somme équivaut à 28 fr., ou, sMl s^agit de monnaie du Maine , comme il est vraisemblable, à 56 fr.

S68 HISTOIRE BB L^ÉGLISE DU lIANd.

pieux évèque fiit toujours bénie, et après sa lAort^lsaint Barthélémy, abbé de Marmoutier, opposait sa mansuétude aux hauteurs d'Arnaud son successeur (i).

éPISCOPÀT D*ARNÀUD (1067-1081).

Loilgae tacan<!e du siège épiscopal. — Élection du grammairien AmtiuL — Alexandre II apji^rouve cette élection. — Travaux exécutés à la cathédrale. •— Soulèvement des Manceaux contre la domination normande,— L'évêque Arnaud se retire auprès de Guillaume leConqaéraot; ses domaines sont pillés. — Il rentre au Mans. — Tyrannie de Ë^fliro]^ de Mayenne. — Soulèvement communal du Maine ; le clergé se met 'à la tête de la révolution. — Trahison de Geoffroy de Mayenne. ^ L'évêque est fait prisonnier , puis rendu à la liberté. — NouréUe tyrannie de Geoffroy de Mayenne ; il est assiégé, puis chassé. — Ooillaume le Conquérant soumet le Maine; nouvelle révolte en faveor dt Foulques le Réchin. - Guillaume , devenu maître du Maine , favoriie rËglise et le clergé. — École de la cathédrale. — Le doyen Rob^ devient évêque de Chartres. — Gontier, abbé de Thom. — GeoflDrcf de Gorham. •— Raoul et Robert de Gorham, abbés de Saint- Alban. — • Culte de saint Julien en Angleterre. — ; Voyage de Tévêque Arnaud à Rome. — État de la liturgie dans le Maine.— Le chapitre recouvre sep droits sur Assé-le-Bérenger , Asnières, Savigné-rÉvêque , Courgenard. — Dons de Tévêque Arnaud en faveur de la cathédrale. -^ Yves II , évêque de Séez ; fondation du prieuré de Sainte-Gauburge' i Bonnétable.

Après la mort de Tévêque Vulgrin, le siège épiscopal du Mans resta vacant deux ans et quatre mois (2). Ce long intervalle fut le résultat des partis qui divisaient la province., et qui ne pouvaient s'entendre sur le choix d'un prélat. Les ims auraient voulu un évêque attaché au parti angevin ,

(1) D. Martène, Histoire de Vahbaye de Marmoutier , Ms., t. î, part. 1, p. 384.

(2) Cette longue vacance du siège épiscopal a été niée par D. Bondonnet ( Vies des évéq'ues du Mans, p. 417 et suit.) et par quelques autres historiens. Elle est cependant affirmée en tête des Gesta Episcopch rumCenomanensiurriy en ces termes : « Daorum annoruinet quatuor men« sium intervalle. » D. Mabillon, Vetera<malecta , t. III, p. 48. D'ailloun, au lieu de discuter les raisons alléguées par 13. Bondonnet , nous noos

ÂRNALD. 269

d'autres un prélat dévoué au parti normand ; d'autres enfin appelaient de leurs vœux un homme prêt à donner des gages pour Tindépendance de là province. Ce paiii était assurément le plus généreux, le plus conforme aux vrais intérêts du pays ; déjà il était possible d'apprécier ou de prévoir les malheurs dont le Maine serait accablé , tant qu'il serait soumis à l'étranger.

Pendant cette longue vacance, notre Église fut admini»^ trée par Barthélémy P', qui occupa le siège métropolitain de Tours depuis 10S2 jusqu'au -H avril 1067. Barthélémy fut l'un des évèques les plus reconunandables de sojpi temps. Gouvernant son ÉgHse au milieu des plus grandes difficultés, il se montra zélé pom*la défense du dogme catholique attaqué par Bérenger; il seconda toutes les démarches des légats du Saint-Siège dans le but de ramener l'hérésiarque i la foi de l'Église. Cette conduite lui mérita les éloges et laxionfiance des Souverains Pontifes , et il eut enfin la consolation devoir Bérenger mourir dp,ns la soumission et le repentir, après ime pénitence de plusieurs années. Barthélemy.ne s'acquit pas moins d'éloges pour la ïevmetë avec laquelle il maintint les droits de son Église métropolitaine et ceux des monastères, pour lesquels il montra constamment une tendresse de père (i). Tant d'éminentes qualités àwàs le prélat qui la gouvernait provisoirement pouvaient assurer à l'Église du Mans des jours heureux, durant sa longue viduité ; elle les eût sans doute goûtés > si les désordres de la société civile n'étaient pas habituellement une somrcede malheurs pour la société religieuse.

contenterons de rapporter plus bas une charte de Barthélémy 1*', ttvttevêque de Tours., cfui pfouve démonstrativement le sentiment que noù» embrassons. Quant au texte d^Orderic Vital, la plus forte preuve des adversaires, H n*a pas le sens qu'on lui a donné, comme nous ratons démontré. Vid. supra, p. 961 et il62.

(4) Saknon, Chroniques de Touraine , p. 12i, i^^t ^88, S16, 227, S94, i^7, itS, et passim. — Bildeberti opera^ col. 1323. — D. Mabillon, Annales 0, S, JB., lib. LX, num. 58, et passim. — D. Martène, Histoire de Marmouéier, -— Maan, Eeelesia Turonensis^ p. 81^ ef s^itt ^ D. Bouquet, t. XI, p. 355, Z^%i et passin».

370 HISTOIRE DE t'SGLlgE DU MANS.

EU effet; la rivalité des partis qui divisaieiit le clergé aussi bien que le reste de la population retardait toujoim rélection d'un évèqae. Enfin en Tannée 4067 les parti*» sans de la puissance normande se trouvèrent les plus fort» ou les plus nombreux , et ils tirent tomber le choix ïtup le modérateur Arnaud , qui avait donné des gage» à ce partie et dont le caractère est déjà connu. Arnaud était digne à beaucoup d'égard« de Thonneur auquel les Manceaux venaient de l'élever. Il ne laissa pas cependant de rencontter des rivaux. N'ayant pas d'autres motifs canoniques i alléguer contre sa promotion, ils s'y opposèrent sous le prétexte qu'il était né d*un père qui était prêtre. Les évéques de la province et Barthélémy de Tours furent arrètég par cette opposition, et il fallut en référer au Saint-Siège. Il est certain que la naissance d'Arnaud le constituait daiu l'irrégularité , et il n'aurait pas dû être élu avant qu'on eût obtenu du Siège Apostolique la permission de l'élever à la dignité épiscopale. U parait que les habitants du Maine n'avaient pas suivi cette marche canonique; mai»lô Pape Alexandre II leva tous les empêchements par m réponse adressée à Barthélémy de Tours. « Nous ne rejetons pas, dit le Pontife, le clerc qui a été élu pour gouverner l'Église du Mans, quoiqu'il soit fils d'un prêtre} pourvu cependant que les vertus et les qualités convenables à un évèque se trouvent en lui. Nous n'entendons pas cependant que cette indulgence soit regardée comme une règle; mais dans le cas présent nous avons égard aux périls que court l'Église du Mans (i),» On voit par cette

(1) Cenomanonsom dlectum, pro eo, quod filius sacerdotU dioUiir, li cetera virtutes ia eiim conveniunt , noa rejicioius , sed suffragantilNt roeritie patienter su^cipimue : non tamèn^ ut hoc pro régula iu postermn assumatur, sed ad tempus EcclesiaB periculo coqsuUtur. G. 19. D. KL -«-On sait que c'est par une erreur de Gratien que cette réponse- est attribuée au Pape Urbain 11. Cette erreur est fort ancienne, puisqu'elle M trouve répétée dans un autre endroit du Corpus jurù. Décret. Gregor*, lib. I, tit. yi, 0. XX (y). — Ce fait a été singulièromenC défiguré dans lu anciens historiens des évêques du Mani* . ^

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