AR.VAUD. Î
i^poniâ , qui a pris place dans le Corps du droit , que le Souvemia Pontife , instruit des dangers auxquels TÉglise était exposée dans notice province, relâche la rigueur d'un canon dont le maintien était très-important, surtout à cette époque où la chasteté du prêtre, sauvegarde de la dignité et de laliberté de TÉgliscv, était menacée de tant de côtés (f ).
D'autre part, Alexandre II répondit au .clergé du Mans en ratifiant son choix. Il disait dans ses lettres apostoliques que le défaut de la naissance chamelle ne devait pas nuire irrémédiablement à celui qui était régénéré spirituelfement dans le Christ, et qne si Ton ne trouvait pas un sujet plus convenable qu'Arnaud dans l'Église du Mans, il fallait relever à Tépiscopat. Cette décision ayant levé tojis les obstacles , Arnaud fut sacré par Barthélémy de Tours.
A peine était-il assis sur la chaire de saint Julien , qu'il ae vit obligé d'entreprendre de grands travaux pour l'église cathédrale. Soit que Vulgrin eût établi ses constructions sur des fondements trop peu solides, ou qu'il eût employé des matériaux dépourvus de consistance , soit que le long temps durant lequel les travaux avaient été suspendus eût compromis la maçonnerie, on ne tarda pas à s'aperce^ Yoir que l'église menaçait d'une ruine prochaine.. On entre» prit alors de consolider l'œuvre commencée; mais ces effortsfurent inutiles. Au milieu de la nuit presque tout l'édifice s'écroula avec un biTiit terrible. Cette catiistrophe occasionna un fait bien remarquable; au-dessus du lieu où reposaient les «cliques de saint Julien s'élevait une grande voûte^soutenuc par des colonnes trèsrélevées. On attribua uoiversellement à une protection particulière de notre aainjt apôtre U conservation de cette partie des construo*tion8,tândis que tout le reste de la basilique était ébranlé et presque renvei*sé. Arnaud fit détruire entièrement les partie» de. muraille qui restaient -encore an quelques endroits, et fit jeter de nouveaux fondements plus solides que ceux
(1) Gfr. D. Pommeraye, Histoire des archevêques de Rimn, p. 178 et 179.
373 HISTOIRE DE L'eGLISE DV MANS.
qui avaient précédé. A cette époque où la foi dominait tons les événements de la vie^ il suffisait de faire appel à ce sentiment pour voir une foule d^ouvriers bénévoles accourir prêts à consacrer à Dieu et leurs biens et leurs forces. Grâce à cet élan général pom* les œuvres de la piété ^ Arnaud eut la consolation de voir entièrement achevé avant sa mort le chœur de l'église ; U avait même commencé à construii*e les tours et les bras de laxroix (i).
Peut>^tre le prélat eùt-il conduit jusqu'à leur fiu ces immenses travaux^ si des troubles continuels n'eoflHofc contrarié ses plus saintes entreprises. Les Mwnfieauf» n'avaient subi qu'avec peine le joug du duc de NonoandU^ ., les violences qui accompagnèrent Toccupation^ et ptf. lesquelles elle se maintenait^ irritaient les esprits^ qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour pousser- de nouveau le cri de guerre. Pour s'être fait attende , la vengeance n'en fut que plus atroce. Aussi lorsque le doc Guillaume le Bâtard partit en 1066 pour conquérir l'Angle:' teire, les Manceaux ne fom'nirent qu'avec répugnance leur contingent de troupes ; la noblesse surtout se montra peu nombreuse sous ses enseignes (2). Cependant Hamon^ fils de Guy II de Laval , et qui succéda vers cette époque à son père en cette seigneurie, fut, dit-on, l'un de ceux qui se signalèrent le plus. Ses services furent reconnus par Guillaume, qui lui donna en Angleterre des domaines dont ses successeurs ont joui pendant plusieurs siècles (3). A Guy, fils d'Hamou, il fit épouser sa propre nièce (4). Par ces largesses > le Conquérant espérait s'attacher Une famille puissante dans le Maine. 11 employa les mêmes moyens pour gagner les autres chevaliers manceaux qui l'avaient suivi dans la Grande-Bretagne. Tous ses ettbrts demeurèrent
(1) Et parti superlori, quse vulgo cancellum nominatur , etiam tectum iipposuit... D» Mabillon, Vetera analecta^ t. UI, p. 313 * et SU*, r- IX Bouquet, t. XI, p. 137.
(2) Orderic Vital, apud D. Bouquet, t. XI, p. 236. — D. Blabillon, Veterd analecta^ t. III, p. 314 *.
(S) VArt de vérifier les dates, t. Xill, p. 109. — (4) Ibidenif p. ilO.
vains ; les Manceaux en petit nombre gui avaient pris part à la conquête furent dès premiers à élever la voix contre l€» cruautés qui la suivirent^ et à blâmer la tyrannie de Guillaume (1).
yoccupation de l'Angleterre par les Normands fut suivie de si longs troubles, que le Conquérant n'en vit pas la fiçi. Lorsque les Manceaux le sentirent engagé dans les soins et les emban^as qui l'assaillaient de toutes pai*ts , ils songèrent à s^afirancfair de sa domination. Nobles , gens de .^ilfgaEre) bourgeois^ toutes les classes de la population âoootnirureot à cette cBuvre patriotique. Les. châteaux gPDPdéft par des soldats normands furent attaqués et pris 1^ après l'autre. Turgis de Tracy et Guillaume de la Farté, <|m commandaient la citadelle du Mans, rendirent cette place dès les premières sommations, et sortirent du pçiys avec tous ceux de leurs compatriotes ([ui avaient élé assez heureux pour échapper aux représailles et aux vengeances populaires. Cependant , le plus grand nombre , tous ceux qui avaient opposé de la résistance, fm^ent impitoyablement massacrés. Parmi les victimes de ce soulèvement, on désigne un seigneur nommé Unfroy , grandinaitre du palais de Guillaume, mis à mort dans le château du Mans. A la tête de tout ce mouvement s'était placé Geoffroy de Mayenne, qui avait tant de vengeances personnelles à tirer des Normands , et qui était le plus puissants des feudataires de la province. En même temps, les révoltés appelèrent d'Italie Azzon , marquis de Ligurie , avec sa femme Hersende et Hugues leur fils. Us les reçurent Gomme leurs princes légitimes, auxquels ils rendirent leur hommage (2).
L^évéque Arnaud, témoin de cette révolution^ à laquelle il sentit tout d'abord qu'il ne pouvait résister , craignit de paraître trahir les intérêts du prince normand, et s'empressa de fuir hors de la ville. 11 passa en Angleterre , où il
(1) Orderic Vital, apud D. Bouquet, t. XI, p. 241. {%) Vetera analectùi loc. cit. — Orderic Vital, hc. cit, m. 18
vil HISTOIRE DE L^ÉGLISE DU MANS.
reçut lin accueil très-favorable de Guillaume^ satisfiiitde sa fidélité. Dès que la fuite du prélat fut connue du peu{de^ et qu'on sut qu'il s'était rendu à la cour du roi GniHaame^ on se porta sur ses maisons et ses terres, et Ton saccagea tout ce qui lui appartenait. Les châteaux d'Yvré-l'Évèqiie, de Touvoye, de Ceaulcé et de Larchamp, ainsi que ses palais du Mans et de Coulaines, furent misa sac. Ce» pertes ne durent pas paraître trop dures à Tévèque Arnaud; - car le conquérant de l'Angleterre , qui distribuait à tottÈ hb partisan» les richesses du pays des Bretons, récompeMa magnifiquement sa fidélité. Néanmoins le prélat/ ajigre^ nant ce qiii~se passait dans son diocèse , ne resta pai IcftÈgtemps à la coiir de Guillaume, et , avec l'agi^ément de ist prince , il rentra au Mans (1).
Son attachement pour le pai*ti normand avait exdté contre lui les ressentiments des ManCeaux ; et lorsqu'il i^ présenta aux portes de la ville, il les trouva fermées. Quelques instances qu'il pût faire , Azzon et ses conseillers refusèrent de l'écouter. Se voyant sans- asile, puisque tous ses châteaux venaient d'être dévastés , repoussé par les chevaliers armés pour la cause du pays , Févêquewit frapper aux portes de l'abbaye de Saint-Vincent, que plusieurs indices désignent comme étant demeure e attacha, aux princes normands , dont elle reçut de nombreux bienfaits; les religieux se montrèrent empressés d'accuwllir Arnaud avec toutes les personnes attachées à son service. D'un autre côté , le clergé de la ville souffrait de l'absenoe de son évêque : car quoiqu'il ne fût pas éloigné , les rapports n'étaient pas libres. Alors , les principaux ecclésiastiques entrèrent en négociation avec les chefs qui commandaient au Mans; on conclut un accommodement à la suite duquel Arnaud fut rétabli dans son évéché (^).
Cependant Azzon , après avoir gouverné la province durant quelque temps, ne tarda pas à s'apercevoir que
(i) Vetera analeetû, loc. cit.
(S) Ibidem.
ARNAUD. t7B
Targent lui manquerait pour soutenir la guerre qu'il ne pouvait éviter avec le roi d'Angleterre. Il est prôbaible que la plupart des (lifBcnlte's qu il éprouva lui furent suscitées par Geoffroy de Mayenne , prince d'un génie aussi fécond en intrigues que résolu sur un champ de bataille. Azzon , d'un caractère faible et d'un esprit borné, n'avait pas répondu aux espérances des Manceaux ; leurs sentiments fi ^fm égard s'exprimaient si clairement , quïl le comprit bientôt^ et il résolût de retourner dans son marijuisat. de Ugurie. U laissa toutefois sa femme Hersende et son fils Hugues au Mans , sous la tutelle de Geoffroy de Mayenne. Gelui'Kîi avait contracté de bonne heure avec Hersende des liaisons intimes / qui scandalisaient les peuples. Hersende -^Ifaiileurs n'avait jamais su garder la retenue convenable : mariée d'abord au comte de Champagne, elle avait été répudiée par lui , après avoir donné lieu à une accusation d'adultère; et elle s'était alliée ensuite au marquis de Ligurie. Ces mœurs débordées indisposaient les populations éminemment religieuses de notre pays. D'ailleurs Geoffroy dç Mayenne faisait lever des subsides extraordinaires et excessifs au nom du jeune comte Hugues , dont il rendait ainsi le gouvernement odieux. Éniin un grand mouvement était dans tous les esprits. La révolte du bas .peuple contre l'aristocratie territoriale éclata successivement dans toute l'Em'ope féodale ; il n'y eut presque ni cité, ni ville , ni village , qui ne ressentît cet ébranlement connu dans l'histoire sous le nom de révolution des communes. Nous regrettons de ne pouvoir remonter ici à l'origine de cette commotion politique', dont le véritable caractère a été méconnu par presque tous les écrivains, mais surtout par ceux qui appartiennent à l'école politicohistorique de nos jours (1). La commune n'avait aucun
(l) Aucan point d'histoire n'a plus attiré Tattention des modernes, Cfoe rorigUie des communes. Un très-^and nombre d*ouvrages sur cette matière ont été publiés en France , en AUemagne cl en Ualie ; presque tous ont méconnu le rôle que l'Église et les sociétés monastiques ont joué daos cet ayénement du tiers état. Mais aucun de ces auteurs n'est plus loin de la vérité que M. Aug. Thierry et ses nombreux disciplei.
rappoH avec la constitution républicaine ; elle était appelée à fonder la liberté civile , non la liberté politique. La commune était une association composée des faibleç , aspirant à conquérir les droits de Thumanité , à secouer le joug féodal devenu intolérable ; à détacher Thomme de la glèbe , à Taider dans la conquête de la liberté pour sa personne et ses biens. La situation particulière en laquelle se trouvait notre province , fut cause que ce monvemieiit éclata d'abord au Mans.
Ce fut à Toccasion de la tyrannie de Geoffroy de Mayenne que le peuple de cette ville, poussé à bout, se réunit, délibéra en commun sur les moyens de se garantir désonnais d'une pareille oppression, et que tous s'engagèrent par serment à ne plus tolérer les vexations qu'ils avaient souffertes. Les membres de cette association contraignirent par la force Geoffroy de Mayenne lui-même , et toua, les autres seigneurs les plus puissants du pays , à jurer de respecter les franchises que la commune i^éclaniait. Malheureusement , bien des mauvaises passions se cachaient sous l'ombre de ces dehors justes et raisonnables; iqprès la longue oppression qui avait 'pesé sur les classes inférieures, beaucoup d'injustices furent vengées par des atrocités. Une fois qu'ils se sentirent les maîtres , les plébéiens voulurent juger ceux qui les avaient autrefois trair tés arbitrairement; souvent poiu* des fautes légères ils firent arracher les yeux à des feudataires; à d'autres ils imposèrent des peines sans aucune forme de procès. Ils en firent étrangler et pendre un cei'lain nombre; et, n'écoutant que leur soif de vengeance, dans le temps du carême et le dimanche même de la Passion , on les vit incendier plusieurs châteaux autour de la ville du Mans (i).
Hugues de Sillé-le-Guillaume , dont nous avons déjà parlé, était l'un des plus puissants scigneiu^s du Maine , et riin des adversaires les plus déclarés du pacte communal. On résolut d'aller l'attaquer dans son château, d'où il
(1) D. MabilloD, Vetera analecta , t. III, p. 815*. — D. Bouquet, t. XII, p. 539 et 540.
semblait braVôr.led menaces deç révoltés. Comme la place était capable d'opposer une forte résistance, on envoya recruter tous les associés de la commune dans les différents cantons du diocèse. Une multitude de gens poussés par les passions les plus violentes se réunirent à ce signal, et accoururent au lieu désigné , probablement au Mans. L'évéque Aruaiùl et les curés marchaient en tête de ces troupes tumultueuses, faisant porter devant eux les croix et les bannières. On s'avança ainsi vers le château de SiUé. Geoffiroy de Mayenne avait fait semblant de se joindre aux gens de la commune, et était parti avec eux à la tète de ses mihces. Lorsqu'on fut rendu près de Sillé , ijt qu'il fallut camper, il se mit à part avec ses hommetS" d'armes. Il envoya en secret des messagers à Hugues.de SmUy et machii]A avec lui les moyens de dissiper les conjurés. Les deux seigneurs se servirent d'un stratagème qui leur épargna inême les chances d'une bataille en règle. Lorsque le matin les troupes de Hugues sortirent de son, coteau et firent semblant de venir attaquer le camp des insurgés , des hommes gagnés par lui et par Geo^ fioy répandirent la terreur, en afiirmant que la viUe du Mans venait d'être livrée par trahison aux ennemis de la commune. Les paysans, déjà' surpris de l'attaque inopinée des troupes de Hugues de Sillé , sont consteriiâs^ & cette nouvelle; ils jettent leurs armes à terre et s'enfuient en désordre. Beaucoup furent faits prisonniers, beaucoiip furent blessés ou tués par leurs propres armes , en se précij^tant dans les ruisseaux et les ravins. Des chevaliers et des nobles , et jusqu'à des femmes qui avaient suivi le eamp, entraihés par la multitude, furent exposés au même aôrt. L'évèque -^naud lui-même se trouva parmi les prissanniers. Lacaptivité du prélat répandit un deuil général. Si ses liaisons avec les Normands avaient d'abord indisposé les Manceaux contre lui, le rôle qu'il venait de remplir dans la révolution populaire lui conciliait tous les cœurs. Hugues de Sillé ne voulut pas prolonger l'affliction de l'Église» Après avoir gar.lé Arnaud prisonnier aussi longtemps
i78 HISTOIRE DE l'ÉOLISE DV MANS.
qu'il le cnit nécessaire pour assuirer sa victoire , il rompit ses fers sans rançon^ sans condition aucune , et le fit reconduire avec honneur à sa cité épiscopale. Il est probable qu'Arnaud n'était entré aussi avant dans ce mouvement populaire , que dans l'espoir de délivrer l'Église du Mans et la population du diocèse' de la tyramiie du prince italien et de GeofiFroy de Mayenne, dont il avait reçu lui-même de ciniels traitements. Peut-être conseiv vait-il l'espoir de ménager une nouvelle entrée aux Normands. Quoi qu'il en soit de ses desseins, l'événement les fit échouer*
Profitant de la consternation qui suit une défaite, 6eof* fix)y de Mayenne reprit au Mans toute l'autorité ; la commune fut abolie , et le joug le plus dur s'appesantit sur la population du Maine. Toutefois , sentant combien il de'vtit être odieux à tout ce peuple qu'il avait trahi, le seigneur de Mayenne n'osa pas résider au Mans ; il renvoya aussi le jeune Hugues en ItaUe près de son père , et se retira à la Ghartre-sur^Loir. Hersende demeura dans-la ville , et prit en main les rênes de l'autorité. Gomme représentant les anciens comtes, dont elle descendait, elle/ était naturelle^ ment chère aux Manceaux , qui lui seraient restés fid^eS) si elle avait su se maintenir elle-même dans les bornes que lui .prescrivaient son devoir et son honneur. Mais, aveuglée par sa passion pour le seigneiu: dé Mayenne, elle chercha tous les moyens de l'introduire secrètement dans la ville. La trahison de quelques sentinelles en ouvrit les portes à Geoffroy; et il pénétra un dimanehe avec une troupe d'environ quatre-vingts chevaliers dans le château, qui était près de l'église cathédrale. Unêibw en possession de cette place , il recommença à exercer sa tyrannie, plus odieuse et plus pesante que jamais, parce qu'il avait des in jui»es nouvelles à venger. Le seatiment du danger commun et de l'indignation ,. unissant de nouveau tous les citoyens, ils résolurent de tout sacrifier pour se défaire de ce seigneur. Ne se sentant pas assez de forces pour venir à bout de leur dessein , et comprenant
la néoes&ité d'avoir à leur tôte des hommes accoutumés au métier des armes , ils appellent à leur aide tous les feuda-. taire» du pays; mais principalement Foulques IV, dit le Réchin, comte d'Anjou, Cette alliance se fit si prompte* ment et si secrètement, que les insurgés, avec les secours que leur avaient envoyés Foulques d'Anjou et les autres seigneurs , vinrent cerner à l'improviste la forteresse du Mans où Geoffray était retiré. Ce siège attira les plus grands malheurs sur la ville : les assiégés ayant lait une sortie au milieu de la nuit , parvinrent à incendier les faubourgs de Saint-Vincent et de Saint- Ouen. Geoffroy de Mayenne airait occupé, outre la forteresse proprement dite, deux' tours et deux maisons qui étaient très-près de l'église cathédrale; les gens de la commune, voulant le débusquer de ce poste avancé, y mirent le feu , ce qui força eflecûveroent Tennemi à se retirer , mais menaça Téglise d'ua incendie dont on eut beaucoup de mal à la préserver. Lia prise de ces maisons permit de s'approcher plus près de la forteresse et de l'attaquer directement. Les assiégés furent consternés de la vigueur avec laquelle les gens de la commune avançaient, et Geoffroy épouvanté s'enfuit secrètement la nuit, par la<x)nnivence de quelques-uns des assiégeants. Avant de quitter les siens, il leur avait promis delem* envoyer dés secours; mais ce fut inutilement qu'ils Im. attendirent. Pressés par la famine qui comimençait à se. laine sentir, voyant les murailles prêtes à s'écrouler sous les coups des machines de guerrq, la garnison du château se rendit et remit son sort entre les mains de Foulques, qui étcrit venu en porsonne au Mans. Les habitants de la ville, encore tout enflammés de colère, et pour prévenir le retour de la tyrannie , rasèrent les tours et les fortifications intérieures jusqu'à la hauteur des murs de la ville j ils ne conservèrent que les ouvrages extérieurs qui servaient h protéger la cité (1).
Tant de sang versé ne rendit pas encore la liberté aux
(i) D. MabiUon , loc. cit, — D. Bouquet » loc. cit.
S80 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE DU MANS.
Manceaux : car le comte Foulques le Réchin n'avait pas approuvé raccommodement conclu quel(|ue8 années auparavant entre Geoffroy le Barbu son frère et Guillaume le Bâtard ; il prétenilait à la possession du Maine (i). Après la défaite de Geoffroy de Mayenne, il trouva tous les esprits disposés à le reconnaître pour souverain, et il se soumit la province. Les Manceaux furent délivrés de la tyrannie, et c'était tout ce qu'ils prétendaient ; mais ils ne jouirent pas longtemps de cette tranquillité, lie roi d'Angleterre s'avança à la tète d'une nombreuse armée pour reconquérir le Maine. Il assiégea d'abord le château de Fresnay-le-Vicomte (2) , et fit le dégât dans les environs. La place n'étant pas en état de se défendre contre des forces bien supérieures , la garnison se rendit. Guillaume s'avança alors vers le Mans et campa de l'autre côtsé de la Sarthe, sur une terre du chapitre nommée la Mue (3). Les principaux de la cité vinrent l'y trouver, lui promûtent de se soumettre s'il voulait leur faire serment de ne tirer aucune vengeance poiu* le passé , et de coriservef les coutumes anciennes de la ville et les tribunaux établis pour rendre la justice aux citoyens. Ces tribunaux étaient l'une des premières institutions que les membres de la commune établissaient partout. Les députés des Manceaux demandaient donc la conservation de l'une des garanties les plus certaines de leur liberté. Guillaume accepta toutes les conditions des Manceaux, qui lui rendirent hommage et le reconnurent pour leur seigneur (4).
Foulques le Réchin ne laissa pas longtemps Guillaume paisible possesseur du Maine, dont il s'était retiré à son approche. Par ses pratiques secrètes, il opéra ime révolution générale dans la province , après le départ du roi d'Angleterre. Jean, seigneur de la Flèche, vassal du comte d'Anjou, fut presque le seul qui demeura fidèle aux
0) VArt de vérifier les dates , t. XIlî, p. 93.
(î) Ferniacum castrum.
(i) Manlula.
(4) D. Mabillon , Veiera analecta , t. IIl , p. M.
ABNAVD. f84
Normands^ Foulques marcha contre lui avec Hoël, duc de Bretagne ; son allié , et vint l'assiéger dans sa ville ^ en Taimée 1078. Guillaume le Bâtard vole à son secours. Foulques , instruit de la marche du roi d'Angleterre , lève le siège pour aller au-devant de lui. Les deux armées se rencontrent dans la lande de la Bruyère ou Blanche- Lande {i)j en la paroisse de Thorée , près la Flèche. Mais au moment du combat ^ un cardinal et quelques moines y auxquels se joignirent les comtes d'Évreux et de Bellême , ayant présenté des remontrances aux chefs des deux années ; les engagèrent à faire un traité qui confirmait au comte d'Anjou la suzeraineté du Maine , dont Robert, fils aine de Guillaume , lui fit hommage en même temps (2). Cet événement s'accomplit en l'an d078 ou environ (3). La réconcili9.tion de Foulques avec le seigneur de la Flèche ne fut pas sincère , ou du moins ne fut pas durable ; car en 1081 il vint assiéger cette place, la prit et la brûla (4). Hersende était morte dès Tannée 1072 au plus tard. Quant à Geofi^y de Mayenne, nous aurons encore à en parler BOUS l'épiscopat suivant : car les guerres entre les Manceaux et les Normands continuèrent longtemps à ensanglanter notre province. Cependant Guillaume le Bâtard s'attachait à gagner l'affection des peuples du Maine , par la dévotion qu'il manifestait pour saint Julien (5>. 11 favorisa les églises et les monastères par des largesses abondantes, et par la distribution des richesses enlevées à l'Angleterre (6). » • .
(i) In loco qui vulgo Blancalanda vel Brueria dicitnr. Orderie Vital. — Cftr. GaoTio, Géographie ancienne du diocèse du ManSy p. 8, Y^ Alba l/mêda. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe , 1. 1 , p. 168.
(1) Orderîc Vital, lib. IV, p. 538. - D. Bouquet, t. XII, p. 598. ' (1) Du Chenue rapporte cette rencontre à Tan 1073; c^est une erreur sigoalée par D. Bouquet, ioc. cit,, et par VArt de vérifier les dates , t. XIII, p. 93.
{♦) Chronique de Raynaud^ archidiacre de Saint'Maurice cT Angers, apud D. Bouquet, t. XII, p. 478. — Labbe, Bibliotheca manuscripto* rum, 1. 1 , p. 276.
(5) Marfyrologium capituli Cenomanensis , ad diem n sept.
(6) Lingard , Histoire d'Angleterre , t, II , p. 19.
28S HISTOIRE DE L'ÉtiLfSfi DU MANS.
N^ayant guère troiiv« dans co paya qu'un clergé praequi» tout entaché de simonie et de inœm*8 corrompue», le Cîoù-i quérant fut oblige de distribuer les premières dignités des églises^ collégiales et abbayes à des clercs et à des moines tirés de ses états du continent. On verra pendant plus d^un siècle des Manceaux sortir de notre pays pour aller occuper des postes d'honneur au delà de la JVIanche. Cette perspe»tive entretenait Féinulation dans les écoles; et celle de la cathédrale du Mans eut alors Tune de ses plus florissantes périodes. On croit généralement que Tévêque Arnaud, qui en avait été modérateur avant de monter sur le siège épis* copal, continua de la diriger, même au milieu des préoccupations de sa nouvelle dignité.
Parmi les plus illustres élèves qui se formèrent nous la conduite d'Arnaud, on doit compter Hoël, son parent et son successeur dans le siège épiscopal. Avant de par\'enîr à cette dignité , Hoël en occupa d'autres très-honorables ; il succéda en 1067 à Robert, comme doyen du chapitre. Robert, qui était fils de Hubert de llia (1), avait été élu par le clergé et le peuple de Chartres pour gouverner TÉglise dé cette ville. Il l'administra jusi^u'en l'année 4070. Le fêle qu'il déploya contre l'hérésie de Bérenger et pour le maintien de la discipline , mérite les plus grands éloges. 11 soutint la guerre contre lo seigneur dcNogent-le-Rotrou (2), et contraignit plusieurs détenteurs des biens de son Église à les restituer. Il fit aussi des dons magnifiques à sa cathédrale et à celle du Mans. Il avait entrepris le -voyage de Rome pour puiser à cette source de la hiérarchie des lumières et des forces , afin de rétablir le bon ordi'ê dans son diocèse ; mais il mourut h son retour au prieuré de Souvigny (3), dans le Bom'bonnais, et il y fut enterré (4).
(1) Livre Blanc ^ o.^ 143.
(%) Novigentum,
(3) Silviniacensis cclla.
(4) Martyrologium capituli Cenomanensis, Ms. , fol. 206, r.— Doyen, Histoire de la ville de Chartres , 1. 1 , p. S45. — D. MabiUoa , Annaiet
Le décaoat de Féglise côthédmle fut encore occupé par plusieurs autres clercs , durant Tépiscopat d'Arnaud; on tronve en Tannée 1076 Witerne, et Foulques deux ans après; Au reste , la dignité de doyen semble avoir eu moins d'importance à cette époque que celle de modérateur de fécole de la cathédrale.
Robert^ évêque de Chartres, ne fut pas le seul homme distingué par ses mérites que produisit le diocèse du Mans , aousTépiscopat d'Arnaud. Toutefois, le pUis giand nombre de ceux dont les noms ont survécu appartenaient à Tétat monastique. Dans la seule abbaye de Marmoutier, où vivait encore Jean de Laval , fils de Guy II , dont il a déjà été qaestion , on reraarqpiait aussi Gauzbert de Lavardîn et Ansegise^ de l'une des premières maisons du Maine; tous trois aussi remarquables par leurs \ ertus que par leurs tidents (1). Gautier, religieux de Tabbaye de la Bataille, natif du Maine, fut orné aussi d'un mérite distingué. Il fut archidiacre de Salisbury , puis devint abbé de Thorn. H fit revivre la première piété dans ce monastère , en y éitaUissant les observances de JVkrmoutier. Il y jeta les fondements d'une église magnifique, et y rebâtit tous les lieu* réguliers (2).
.'Geoffroy de Gorram, né à GoiTon en 1070, abbé de Samt-Alban-, en Angleterre, de H 19 à 1146, est auteur, dit-ron^ d-un ouvi*age intitulé Trûctatus dé Sacramento^ ildopté.par T Université de Cambridge (3)* Quoique nous n'a^yons aucun détail sur cet ouvrage > on p«it croire avec fondement, d'après l'époque à laquelle il fut composé, qu'il avait pour but de combattre les erreurs de Scot et de Bérenger, et d'établir la doctrine invariable de Tlilglise,
0. s. B,, lib. LXÏI, num. 83. — Gallia christiana , t. Vlïl , col. HM. — GaaTÎn, Géographie ancienne du diocèse du i^Ians, p. 159.
(D D. Martène , Histoire de l'abbaye de Marmoutier , 1. 1 , pari. 1 , p. SU, et passim.
(2) Idem , loc. cit.
(») De^^ovias, Bibliographie du I^aine, p. 816. — Hauféau, Histoire littéraire du Maine , t. III , p. 161 .
384 HISTOIRE DE L^ÉGLtSE DU MANS.
pour laquelle un si grand nombre de moines > tabt en France qu'en Angleterre , composèrent des ouvrages qui méritèrent restime de leurs contemporains > et que la postérité conserve précieusement (i). Geoffroy de Gorram (2) attira dans son abbaye plusieurs Manceaux qui se signalèrent un peu plus tard ; on désigne principalement Raoul, de Gubiun. Il est probable qu'il était de la famille^ de Gorram. Matthieu Paris , moine de Saint-Alban , nous apprend que Raoul s'acquit la réputation d'im homme de letti*es orné des mœurs les plus pures. Après la mort de Greoffix)y , il fut élu pour gouverner l'abbaye , et il la conduisit jusqu'en 1151 (3). Raoul appela aussi du Maine Robert de Gorram , neveu de Geoffroy. Robert fit de si grands progrès dans la vertu ^ ainsi que dans les sciences divines et humâmes , que les moines de Saint-Albiaip et le roi d'Angleterre l'élurent pour abbé à la mort de Raoul en li5i. Guérin^ successeur de Robert de Gorram dans la dignité abbatiale , établit par im décret que tous les ans» le jour de sainte Catherine, on ferait une aumône considérable à deux cents pauvres, pour l'âme de l'abbé Geo£Brpy le Manceau (4) : tant l'administration de celui^i avait été avantageuse au monastère. Il arriva à Geoffroy, pendant qu'il était abbé, une rencontre qui mérite d'être rapportée. Le nommé Breakspeare (Brise-lance), clerc d'un village voisLuet dépendant de l'abbaye de Saint-Alban , eut un fils qui fut appelé Nicolas. Le père se fit moine dans l'abbaye; le fils, trop pauvre pour fréquenter longtemps les écoles,
(1) Hic ex illiistri Cenomanênsium et Normanûorum pi^genie eiortos, non solum moruni honestate prœdituB , sed divina scientia satis exstitit adornatus... Legit igitur apud Dunestapliam exspectans scholam sancti Albini sibi repromissam. Ubi quemdam ludum de sancta Katherina, qnem miracula Yulgariter appcUamus , fecit , ad quse decoranda petiit a sacrista sancti Albini , ut sibi cappae chorales accommodarentur et obtinuit... Matthseus Parisiensis apud DuBoulay, Historia Universitatis Paris tensis, t. II, p. 225.
(2} Gorram ou Gorbam.
(8) Du Bouïay, Historia Universitatis Parisiensis^ t. II, p. 4«6, ÏM.
(4) Idem, loc. cif.y p. 306.
vînt se présenter à Tabbé de Saint-Alban , et lui demanda rhabit religieux. Nicolas était bien fait de sa personne, nuùs peu appliqué à Tétude, dit Matthieu Paris. L'abbé rexamina , et , ne le trouvant point assez instruit , exigea un délai que le jeune homme prit pour un refus. Nicolas vint chercher fortune en France , d'abord à Paris, puis en Languedoc, puis dans l'Église d'Arles, enfin à Saint-Ruf , où il devint chanoine, ensuite prieur, et, vers il37, abbé. Des diftérends survenus dans son monastère le contraignirent de faire deux fois le voyage de Rome pour y justifier sa conduite. Il plut au pape Eugène III , qui le fit évêque d'Albano, l'envoya, avec le titre de légat, dans le nord de l'Em^ope pour y prêcher l'Évangile et y établir des Églises. Quand Nicolas revint de cette mission, Eugène III rie vivait plus, il était remplacé par Anastase IV, qui mourut lui-même au commencement de décembre de la même année , et eut pour successeur l'évéque d'Albano. Nicolas, devenu pape, prit le nom d'Adrien IV (i).
L'établissement des Normands et des Manceaux en Angleterre, et surtout les dignités auxquelles plusieiu'S de nos compatriotes méritèrent d'être élevés en ce pays, furent cause que le culte de saint Julien, notre premier apôtre, y acqiut.une grande extension. Toutes les Églises d'Angleterre conservèrent, jusqu'au moment du schisme, Fusage de solenniser la fête de saint Julien du rite double. Les leçons de l'office nocturne étaient les mêmes qu'au Mans, empruntées à la Vie de Tapôtre du Maine par Létalde; et l'on récitait la belle oraison qui célèbre le saint évêque comme im docteur puissant en œuvres et en paroles (2).
(4) Du Boulay , loc, eit,, p. 299.
p) Portiforiiim seu breviarium ad usum Ecclesie Sarisburiensis castigatum , suppletum , marginalibus quotationibus adornatum , ac nùnc primum ad verissimum ordinalis exemplar in suum ordinem a peritissimis viris redactum. Pars hyemalis , Londini, 1555. Jlagnifique volume in-4o, en caractères gothiques et vignettes sur bois. — Cfr. Officia propria insignis Ecclesie^ Cçnomanensis ^ SS DD* Pio
Fatigué des troubles continuels qui agitaient la province du Maine, révéque Arnaud avait senti le besoin de faire le voyage de Rome. Il partit en Tannée 1071 (1), accompagné des clercs Gaudclbert , Hugues Bicola ; Odon, Guich^ et Hoël, qui fut son successeur. Ils se joignirent à Tours à Tarchevêque Raoul P', qui les accompagna dans la ville sainte, où il allait pour se justifier des crimes honteux dont il était accusé (2), Avant de quitter Tours, ce prélat se rendit pieds nus à la basilique de Saint-Martin, pour se mettre sous la protection de son illustre prédécesseui* (3). Lorsque Raoul T^ fut nommé à larchevêché de Tours , en 1070, tous les évoques suffragants s'étaient opposés à cette élection, sous le prétexte de Tindignité du sujet, auquel on reprochait dos crimes qui du reste ne furejit pas prouvés. Il paraît que Tévôque Arnaud fut des premiers à se réconcilier avec son métropolitain , auquel saint Gré-, goire VII rendit tous ses pouvoirs, et donna même des mai\]ues d'une confiance particulière. Le voyage des deux prélats ne s'exécuta pas sans plusieurs rencontres fâcheuses. Un chevalier de Sens , nommé Richer, les arrêta à leur départ , leur enleva une partie de l(»urs provisions de voyage , et les accabla Je mau\ais traitements (4). L'évêque du Mans quitta Rome avant son métropolitain. Il y avait été reçu par le pape Alexandre II; mais à son retour il tomba entre les mains d'Azzoïi , marquis de Ligurie, dont il traversait les états, et il fut jeté en prison avec toute sa suite. Azzon, comme plusieurs des seignem^s de son temps, ne se faisait probablement aucun scrupule de rançonner
pp. IX y a RR. PP. Joanne Baptista Bouvier, proposita. Genomàni, Monnoyer, 1854, in-4", p. 41.
(1) D. Martène , Amplissima collectio , t. I, col. 4S6. — Dans son Histoire de l'abbaye de 31armoutier, i. 1, part. 1, p. 1118, D. Martène^ met ce voyage à Fan 1068, mais cette dernière date est évidemment fauUvc.
(2) Suivant Maan, ce voyage eut lieu en 1073. Sancta Ecclesia TurO' . nensiSy p. 88.
(3) Baluze, Miscelianea,t VU; p. 300.
(4) U^mr foc, çiU
AaNAUD. 387
140 voyageurs qu'il pouvait arrêter sur les grands cbeuiins. £n capturant Tévéque du Mans^ le marquis de Liguiie s'était vraisemblablement proposé de tirer vengeance du prélat» qui avait puissamment agi pour expulser son lils Bugues du gouvernement de notre province. Cependant^ yamené bientôt à de meUleurs conseils ^ auxquels l'éloquence insinuante d'Arnaud et d'Hoël ne fut sans doute pas étrangère^ Azzon changea de sentiment au bout de sept moisj et rendit la liberté à notre prélat et à ceux qui raccompagnaient. Il est probable que le père de Hugues pensa à se ménager de nouvelles intelligences dans le Maine , et qu'il compta sur Tévôquc Arnaud pour lui être .utile 9 si Toccasion se présentait dans la suite de tenter le ^établissement de sa fortune. En effet, il le combla de marques d'honneur^ et^ en se séparant de lui , il lui remit àfis dons magnifiques ( I ).
On croit ((ue ce fut Vévêque Arnaud qui laissa en Italie, pendant ce voyage , un missel plénier , dans lequel se trouve la liturgie telle qu'elle se pratiquait au Mans à cette époque. Co monument, plein d'intérêt, pour nous surtout, confirme un fait déjil attesté par l'ensemble des données sur l'histoire du culte divin. On ne connaissait au Mans, pon plus que dans les autres Églises de France, d'autres livres pour les offices divins que ceux de l'Église Romaine. •Les seules dittérences consistaient en ce que l'on introduisait dans plusieurs parties les noms des saints propres au pAys, et en quelques usages particuliers peu nombreux (2).
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. IH , p. 966. -** D. Bouquet, t. XII, p. 541.
(S) Ce Misiel plénier a étô publié par Mansi dans le second volume des MUeiiianea de Baluie (de la page B07 à 334). Le docte éditeur a commis plua d'une méprise : d'abord il. lui donne le nom é'OrdOy tout à fait iaipropremenl; ensuite il croit que ce manuscrit a été écrit pour Tusage de réglise cathédrale de Lucques ; mais les litanies pour la visite des malades, rapportées tout entières, prouvent qu'il était propre à TEglise chi Mans. Ces litanies sont remarquables : saint Julien est placé à la tète de tous les confesseurs, même avant saint Silvestre, saint Léon, saint Grégoire cet saint DamAse, Papes. A la suite de plusieurs saints aux^uols
S88 HÎSTOIRE DE l'ÉOLISS DU MAlfsi
De retour dans son diocèse, Tévêque Arnaud s'occupa, de concert avec le chapitre , à recou\Ter les dépendances de TËglise qui avaient C'ié envahies ou aliénées injustement. Dès la première année de Tépiscopat d'Arnaud, Geoffroy, fils de Burcard de Brûlon et son successeur en cette terre, avait abandonné aux saints martyrs Gervais et Protais , au saint confesseur Julien^ et à leurs chanoines, les droits de seigneurie dans leur terre d'Assé-le-Bérenger. Il donna sa foi qu'il ne ferait rien pour la recouvrer par lui ou par une autre personne ; qu'il ferait autoriser cette concession par son frère et par le seigneur suzerain; qu'il s'opposerait, en lui faisant la guerre, à quiconque voudrait en dépouiller les chanoines , qui excommunieraient de leur côté le rjivisseur. Geoffroy de Brûlon ajouta encore quelques autres droits et propriétés à sa première concession, et les chanoines s'engagèrent à acquitter des anniversaires pour lui et ses parents; de plus ils lui donnèrent dix livres de deniers (1). Cette charte est souscrite d'Arnaud et du doven Robert , l'année même où ce dernier passa sur le siège de Chartres (2).
notre Église rendait un culte particulier, comme les saints évéqoes Gatien, Hilairc, Martin, Brice , etc., on trouve une série, de sai&ti évéques du Mans ainsi conçue : « Sancte Turibi , sancte Pavasci, sancte Libori , sancte Victure , sancte Victuri , sancte Innocens , sancte Dom-^ noie , sancte Bcrtrannc. » Enfin, un peu plus loin : « Sancte Winwaloe... sancte Rigomeri. » On pourrait encore faire d'autres remarques sur ces litanies et sur plusieurs autres parties de ce Missel, mais pour ne pas dépasser les bornes d'une note , il nous suffira de faire remarquer qu*il est le seul monument où Ton trouve expliquée la manière dont le sacrement de baptême s'administrait par immersion au xi« siècle. H y avait tniis ablutions : à la première, on plongeait la tête du catéchumène dant Peau ; à la seconde , les pieds ; à la troisième , lé corps tout entier.
(1) Au pouvoir actuel de l'argent , cette somme équivaut à S633 fr.
(î) Notum esse volumus quod Gaufridus filius Burcbardi de Bruslione donavit sanctis Gervasio et Protbasio omnem vicariam qiiam habebat in terra de Àciaco, pro sainte sua et fratris sui nomine Burchardi , et pro remedio animarum parentorum suorum Burchardi scilicet atque Adelaidis ; ob hoc accipiens a canonicis X libras denarioram... et dédit eis h06 X fldciju98orç$ Berhardum, Defensorem, Herbertum de Tramniaco,
Un clerc nommé Noël donna à Téglise de Saint-Julien on arpent de terre et une vigne , et lut nourri aux dépens lu chapitré le reste de ses jours. Les chanoines vendirent ensuite ces immeubles pour la somme de seize livres de deniers (I), et ils en achetèrent la nef de Téglise d'Asnières. Le reste de cette église leur appartenait déjà, comme il a ^té dit; et Té vêque Arnaud leur fit remise des droits d'autel qu'il Y possédait (2).
XiB .chapitre eut plusieui's contestations assez graves., relatives à la possession des biens qui lui avaient été trawmispar le clerc Noël. Daus Tun de ces procès qui se ptlaidait en la cour de Tévôque Arnaud, en présence de Geoffroy de Brùlon , Hubeii; Ribole , Hugues de Pezé (3) , et autres juges délégués, Albéric, Fun d'entre eux, se leva au milieu de rassemblée et dit qu'il était prêt à soutenir les droits du chapitre devant toutes les Cours, soit par le serment , soit pai* le combat judiciaire (4).
Silrles représentations de Tévêque Arnaud, Renaud de la Sùze déposa sur Tautel de Saint-Julien im acte en forme par lequel il restituait au chapitre l'église de Savignél'Évéque ; il fit confirmer cette restitution par son fils et son héritier, et. par Hamelin de Château-du-Loii*, de qui il Tavait reçue. L'évèque lui donna en reconnaissance la somme de tiente-deux livres de deniers (5), et à son fils
Drogonem, fratrem ejus, Odalricum, Warinum, Yvonem, Thepd^ricum, Sobertam, iilium Witerni , Girardum. — > Addidil item Gaufridus preseripto dono eam quoque vicariatn quam habebat in terra illa quam Walterius Brito et Hamelinus Gruellus teoei de Hugone de Rivo Petroso. Testes DominusArnald us Cenomanensis episcopus, Robertus decaoas... Livre Blanc, n» 112. — Biblioth. impér. , foads latin , n» 5211 B.
^ Au pbavoîr actuel de Targent, cette somme équivaut à 901 î fr.
(S) Livre Blanc , n» 118.
(t) Hugo de Paziaco,
(4) Livre Blanc , n» 114. — On a déjà vu précédemment le coipbat
jndiciiiire pratiqué dans les causes ecclésiastiques, on le verra encore par
la suite , et tout porte à croire qu'il était assez fréquent dans notre pays.
On sait àti reste .que dans les cours ecclésiastiques, les plus sages précautions
étaient prises pour que le combat ne fût fatal à aucun des champions.
(5) Au pouvoir actuel de Targent, cette somme équivaut à 18022 fr.
290 HISTOIRE DE l'É6LIS£ DU M^S.
Drogon , qui déposa un acte semblable sur Tautel de Savigné, une somme de cent sous de deniers (1). Le frère de Renaud^ nommé Herbert, pour avoir autorisé cette restitution , reçut cinquante sous de deniers (2).
Vers Tan 4075, le clerc Hugues, de Coulans (3), réclarmit une prébende dans l'église de Saint-Julien et la prévôté de Courgenard. Ses réclamations n'ayant p^s été écoutées jm^ le chapitre , qui les regardait comme dénuées de foiklèment , il commença à faire du dégât sur les propriété canoniales , et surtout sur celles d'un chanoine nommé Wandelbert. On en vint enfin à un accommodement; il déposa sur l'autel de Saint-Julien un acte par lequel il renonçait à ses prétentions; et les chanoines lui donnèrent, par le conseil de Geoffroy de Mayenne , quatre livres de deniers (4).
L'évêque Arnaud ajouta aux revenus du chapitre pir des dons considérables.U racheta le fief de la Mue-Sainta- Marie (5) , pour une somme considérable (6). Ce prélat s'appliqua surtout à emichir son église de vases saciliAs et d'objets précieux; parmi les principaux , on compte mt reliquaire de vermeil pour la partie du chef de' saint Vincent possédé par la cathédrale (7). Il arriva sous son épiscopat un événement qui frappa d'admiration toute lai
(1) En monnaie actuelle, 2820 fr.
' (t) Ad notitiam Teniat... quod Rag^naldus de Secùsa reddidit DeoM beato Juliano et presuli Arnaldo ecclesiamde Sauinniaco {al. Sauuini€MiJZ que dudum de jure ejusdem Cenomanice Ecclesie fuerat abstraoti.i. Livre Blanc , n» 180. ^ Bibliotb. impér., fonds latin , n» 5211 B. (B) Hugo de Colenceio.
(4) Au pouToir actuel de Targent, cette somme équivaut à 2952 fr. — Livré Blanc j n9 36. — Par la sage administration de «es retenus, ■
chapitre se trouva en état de faire de nouvelles acquisitions; citons poi
exemple Téglise de Sainte-James-sur-Sarthe, dont il ne possédait qa^iiM partie. — Le Paige, 1. 1, p. 422.
(5) Muta , Mantula sancfœ Mariœ,
(6) D. Mabilloo , Vetera nnnlecta , t. 111, p. 286.
(7) Selon les Mémoires pour servir à V histoire de l'abbaye de Saù^ Vincent j Ms. de la Bibliothèque du Mans, n* 91, ce reliquaire futdM — à eêtlt abbaye.
population du Maine^ et qui lui fournit à lui-même Toccasîon de signaler sa piété et sa générosité. On découvrit soUS Tautel majeur de Téglise collégiale de Saint-Pièrre-de-la- Cour\ une dent du prince des Apôtres, en présence du roi Guillaume le Conquérant. La piété des Manceaux fut vivement excitée par un fait aussi remarquable, surtout lorsque des miracles s'opérèrent en grand nombre près de la sainte relique. Le roi normand voulut donner ime châsse en vermeil pour la renfermer. L'évèque Arnaud offrit aussi des présents à cette occasion , et institua une fête commémoralive de cette invention, qui s'est célébrée jusqu*à la fin du xyiiip siècle et qui fut approuvée par le Pape Alexandre If (1). Arnaud donna encore à Téglise çaUiédi*ale deux chandeliers de cristal ciselé, deux calice^ d'un or très-pur, une croix de corail garnie de perles, deux chapes, autant de chasubles à fleurons d'or, et plusieurs autres ornements , tant pour la décoration de l'autel que pour l'usage des ministre^ sacrés. On signale aussi une chasuble épiscopale si iremarquable par sa richesse et sa beauté, qu'elle servait encore plusieurs siècles après la mort d'Arnaud , aux fêtes les plus solennelles. Ce prélat 'abandonna pour la cathédrale sa part des revenus du baptistère, des cloches et des offrandes, un marc d'or et quelques rentes attachées à des immeubles (2). Par la faveur de Guillaume le Conquérant, notre évéque était devenu maître d'immepses richesses; et ces dons auraient même pu paraître assez peu considérables pour un prélat aussi opulent; mais sa générosité se fit surtout remarquer par les travaux qu'il fit exécuterpour la restauration de l'église cathédrale (3). Il faut savoir au reste que notre église ayant
{\) On célébrait une messe solennelle de saint Pierre apôtre, et Ton en faisait mémoire à laudes. — Proprium Sanctorum ecclesiœ regalis sancti Pétri de Curia , p. 208. Ms. de Téglise Saint-Benoit au Mans.— Le Gorvaisier , p. 367.
(2) Martyrologium capituii Cenomanensis , fol. 198, ▼. — Vêtera asiaiecta^ t. III, p. 287. — Le Gorraisier, p. 867.
(t) D. MabiUon , /oe. cit.
201 HISTOIRE DE l'ÉGLISB DU MANS.
été dépouillée en partie pendant les dernières guerres^ ne possédait plus alors de chandeliers eu autre matière qu'en bronze et en cuivre (1). Heureusement la piéié^â vive dans toutes les classes, tendait chaque jour à réparer les pei*tes que la basilique de Saint-Julien av£(it éprouvées. Vers ce temps-là Girard , prêtre et chanoine du Mans , qid appartenait probablement à la famille de Bellème, fonda un anniversaire pour Yves, évêque de Séez, et pour luimême (2). Ce pieux évêque de Séez, en qui brillaient des qualités peu commîmes dans la maison de Bellême^ an point qu'il a forcé les détracteurs de ses parents à lui donner des louanges, fit de grandes libéralités aux églises de son diocèse et des diocèses voisins. Celui du Man9 en particuUer lui fut redevable de la fondation du prieuré da Sainte-Gauburge , à Bonnétable , dont il était seigneur^ el il le donna à Tabbaye de Saint-Denys-en-France (3). Ga prieuré resta important jusque dans le xvii* siècle, et jmk être plus tard encore (4). L'église paroissiale , dédiée, s saint Etienne et à saint Sulpice, dépendait primitiverocn de ce monastère;, la chapelle Saint -Nicolas, qui étaE alors paroissiale, en dépendait également.
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. Ill , p. 287. -
(2) Martyrologium capit, Cenom., fol. 52, v idibus aprilis. (8) Le prieuré de Sainte-Gauburge est estimé 800 lÎTres par l'ao^^
pouillé de diocèse. Cfr. Odolant Desnos, Mémoires historiques Alençon , 1. 1, p^ 114-117. — Gauvin , Géographie ancienne du dioe^ du Mans , p. 221.
(4) La présentation de la cure de Bonnétable, estimée 8000 tii appartenait ah prieur, -r- Le Paige, Dictionnaire historique du 1. 1 , p. 111. — Pesche , 1. 1 , p. 181.
ARtfAtO. 193
SUITE ET FIN DE l'ÉPISCOPAT D*ÀMIAVD.
Hèglêment pour la sépultare des évêqués et dés chanoines. — Abbaye * de Saint- Vincent; prieurés de Bazougers, Souday ; Fabbaye de TufiTé soumise i Sàint-Vincent. — Guillaume , moine de Saint -Calais, abbé de Saint- Vincent, enfin* évêque de Durham. — Abbaye de Saint- ' George^-des-Bois.— Donations pieuses de plusieurs seigneursidu Maine. •*- Guy II de Laval pillé les monastères , puis répare ses injustices. — Prieuré de Saint-Guingalois de Château- du*Loir. •— Procès de TéTêqne Arnaud et du chapitre contre Tabbaye de Marmoutier, pour rftittel de ViToin.' — Fondation du. prieuré de Saint-Nicolas de Sablé. » L*évêque Arnaud s'oppose à cette fondation. — Il assiste à plusieurs eonséerations d^églises. — Prieuré de Saint-Sylvestre à Malicorne et de Saint-Paul-le- Vicomte. — Abbaye de Lonlay. ~ Troubles dans Tabbaye de la Couture ; Juhel nommé abbé par Guillaume le Gonquénuat. — Prieuré de-Solesmes. — Saint Gebouin et Radulfe, archevêque de Tours', s'opposent à Tinstallation de Tabbé Juhel; Guillaume le Conquérant et. Arnaud le soutiennent. — Juhel déclaré excommunié ei Arnaud suspens. — - Saint Grégoire VII ordonne déjuger la cause ^ dans. un concile; Juhel est établi abbé. — Troubles au siyet des pOu- Toirs du primat et des légats. — Arnaud et Juhel déclarés suspens par les légats, et rétablis par saint Grégoire Vil. —-Établissement du soert en Mans et i Angers. — Mort et sépulture de Tévêque Arnaud.
.L'évèqae Arnaud montra en plusieurs circonstances ràffection qu'il portait aux institutions monastiques. II fit un règlement touchant la sépulture des évèques du Mans ei des membres du chapitre; il y reconnaît que Tabbaye de Saint-Vincent est le lieu où ils doivent être ensevelis^ diaprés une pratique foii; ancienne et dont Tusage a fait une loi. S'ils meurent hors de la ville du Mans^ mais dans le diocèse, leur corps doit y être apporté, pour y reposer près de ceux de leurs prédécesseurs (1). Herbert, fils de Jean de la Guierche, qui avait été attaché à-la personne de Tévêque, ayant été enterré à Tabbaye de la Couture, les moines de Saint-Vincent élevèrent des réclamations, et
(1) Historiœ ahhaiiœ sancti Vinçentii L'enoman, compend, Msv
S94 UlSTOIhE DE l'église DU MXNîi.
firent confirmer leur droit par Arnaud^ Geofifray de Mayenne, et un grand nombre de seigneurs (i). A un& auti*e époque, Arnaud et le chapitre de l'église cathédrale donnèrent àTabbaye de Saint-Vincent un fonds as&ez consi dérable (2). Au moment de son départ pour Rome en^: 1071, Arnaud accorda aux moines de Saint- Vinceiiit confirmation de tout ce que leur avait donné Gervais d Ghâteau-du-Loir. Il y ajouta le droit d'usage dans la foré de Montsor. Sur la prière de Guy l'Ëcorché (3), il coiifirai les dons que ce personnage avait faits au monastère o pourrait lui faire (4).
Avant qu'Apnaud eût été élu pour occuper la épiscopale,Hamelin, de l'illustre maison d'Antenaise,
le prieuré de Saiut-Yicteur à Bazouger3(5); il le dota richement, et le soumit à l'abbaye de Saint- Vincent (6). Peu di temps après cette fondation, l'abbaye reçut, vraisembla Uement de la main de ce même seigneiu* ou de quelqu<
personnage de sa famille , l'église de la paroisse de Ba^ougers^ dont le revenu était assez considérable (7). Le pin fondateur eut deux fils: Savari, qui lui succéda dans ?Ji.. i ^ «eignetmes, et Pierre, qui s'engagea dans la cléricature, c»^-^ obtint le doyenné de Sablé (8).
Uâbhvi\e de Saint-Vincent était d'ailleurs dans une èr( de prospérité ; elle jouissait de la faveur du roi Guillaume le Conquérant, auquel elle s'était attachée de bonn< beure^ e t qui lui fit sentir les effets de sa protection . Elle étai'
(I) Pièce» justificatiTes , n« xxviii. (t) Ibidem, Qo XXIX.
W Widonls Scoriati.
, (4) D. Màrtène, Âmpl Us, coiieet., t. I^ col. 486.
(5) BasUgeriœ ^ Bassogerium.
(6) Ce prieuré était estimé à la fin du xviii* siècle 1300 livres seloifl Le Paige, et BOOO selon Gauvin.
• (7j Elle était estimée 800 livres selon Le Paige.
(8) Ménage, Histoire de Sablé, part. I, p. 166. — Maucoort ém^ Bourjoly, Histoire de Laval, t. I , p. 125. — Cauvin, Géographim^' ancienne du diocèse du Mans, p. 47 , il 9.
. ABNAUD. 29$
gouvernée alors par Tabbé Hugues (4), successeur d'Avesgaud. Hugues, qui régit peu de temps le monastère, fit cîonfirmer par Herbert de la Guierche (2) la possession de l*église de Saint-Corneille (3). Ce même seigneur , enqualîté^ de suzerain, autorisa la possession de l'église de Mézières-sous-Ballon (4) , donnée par Robert de Sordonieus (5). En reconnaissance , les moines lui accordèrent une Bomnciede trente sous de deniers (6), s'engagèrent à nourrir un pauvre à perpétuité , et à dire cent messes pour lui (7). On loue d'ailteurs Tabbé Hugues comme ayant réuni les qualités les plus propres à un prélat: la piété, les lumières, la fermeté pour défendre les droits et les biens de son monastère (8).
Le successeur de Hugues dans la charge d'abbé fut Benaud, deuxième du nom. De son temps fut fondé le prieuré de Saint-Pierre de Souday (9) , par un seigneur nommé Âchard, qui donna aux moines de Saint-Vincent réglise de Souday et tputes celles qui en dépendaient, plusieurs fonds de terre situés dans le même lieu ; le droit d'entretenir un pêcheur sur le ruisseau de Cotron (iO) , et d'y bâtir un moulin ; enfiir la paisson des porcs des religieux dans la forêt du fondateur. Cette donation se fit dans le château de Montmirail , en Ja cour de Guillaume Goët , suzerain d'Achard, en présence d'un grand nombre de téjnoins. Guy, moine de Saint- Vincent, remit à Achard un* cheval et soixante sous|H) ; et à Gila, femme d'Achard, une tunique. Les fils d'Achard consentirent à la fondation; ce
(I) Un catalogue manuscrit place avant Hugues un abbé nommé Anselme ou Asselit! , et range Hugues lui-mémé Après Renaud H. — Cômpend. hist. tancti Vincentii Cenom.
(t) Wirchin, — (3) Sancius Cwneliuê. — (4) Macerim,
(5) Pièce» justificalives, n^ xxx.
(6) Au pouvoir actuel de Tai'gcnt, cette somme équivaut à 846 fr.
(7) D. Marlène, Ampl. cçliect., t. I, col. 489.
(8) Compcfid. hist, sancti Vincentii,
(9) Soldiacus, (ICj Cotron.
(II) Soit 1689 fr. de notre monnaie.
296 UtSTOItlE DE L^ÉaLISE DU HANS.
qui n'empêcha pas dans la suite PieiTe , Tun d'entre eux , de vouloir ravir aux moines la seigneurie du bourg de Souday ; mais, sur les représentations de sa femme^ il vint dans le chapitre de Tabbaye de Saint- Vincent , et reconnut les droits du monastère. Achard lui-même enleva sep bœufs aux moines de Souday, et refusa pendant longtem delesrendre. Ils Texcommunièrent, et au bout de pi
mois il se présenta au prieuré de Tuffé, désavoua sa conduite, et fut absous par Ramnulfe. A une époque posté-
rieure , Achard céda à Tabbaye ime terre située à Souday et reçut en échange un cheval de première qualité (4). prieuré de Saint-Pierre de Souday, d'abord fondé pour petit nombre de moines, ne tarda pas à devenir considéra — -— ible. L'un de ses bienfaiteurs fut Hugues du Saut-du-Loups-^ , qui abandonna, vers 1106, au monastère de Saint-Vincen#^-«t le rachat de l'autel (2). Nous aiu'ons occasion de parler de^s =s augmentations qu'il reçut dans la suite, et de la beU< église que les moines de Saint-Vincent y firent bâtir le cours du xvi* siècle.
Vers cette époque mourut Hugues de MontdoubleaUs. jeune seigneur très-affectionné, comme toute sa famille, l'abbaye de Saint- Vincent , eh laquelle il voulut enterré, comme nous l'avons rapporté. Après avoir fait confession de ses péchés, il donna le lieu de Tuffé monastère, en présence de deux prêtres, de son fils nomm< Herbert, et de sa femme. On a vu plus haut que l'abbay de Notre-Dame de Tuffé fut ruinée au ix* siècle, et cpi'ell fut rétablie ensuite par les seigneurs de Montdoubleau— -*• Hugues voulut assurer l'existence de ce monastère en 1^^^-^ mettant sous la direction d'une grande abbaye commc^^ ^ Saint- Vincent; mais ses dispositions ne furent pas suivies -^^ d'abord. Enfin, en 1073, Hamelin de Langeais (3), admi— nistrateur de la baronoie de Montdoubleau pendant
(1) D. Martène, Ampliss. collect.j 1. 1 , col. 481.
(2) Idem , /oc. cit. , col 611 .
(B)- De langiaeo.
minorité de son beau-fils Hildebert Payen, fils de Helvise de Montdoubleau , confirma tout ce que les premiers barons de Montdoubleau avaient fait en fiwfëtir de Tabbaye de Saint-Vincent. L'é vêque Arnaud et Tabbé Raynaud s'étaient vus forcés d'avoir recours à de pressantes instances pour obtenir cette restitution. Au reste, Hamelin ne se contenta pas de remettre entre les mains des moines de Saint- Vincent Tabbaye de Tuffé et ses dépendances assez considérables^ il y joignit l'église de Notre-Dame de Montdoubleau, rituée dans le château mênie. Cette église avait été jusques iilors une collégiale de chanoines ; mais depuis elle devint im prieuré dépendant de Saint-Vincent. Toutefois , les moines durent remettre à Hamelin de Langeais cent Kvres de deniers (1), et à Helvise une livre d'or. Les moines eurent soin de faire confirmer ce ^îontrat par im grand iiombre de signatures qui y furent apposées en difTérehtes circonstances. Ces noms révèlent des faits assez curieux ; on y voit que la cour du roi Guillaume 1q Conquérant était trèfi-fréquentée par les évêques,.les abbés et même les simples moines de Saint-Vincent et de la Couture , et, il est perinis de le croire , des autres abbayes du Maine. On remarque aussi que les religieux de Saint- Vincent avaient ^ soin de faire ratifier leur acte par les deux préten- .dants quise disputaient notre province. Us avaient demandé d'un côté la sanction de Guillaume et de son fils Robert; de l'autre celle de Hersende et de Geofifroy de Mayenne (2). Tant de précautions prises par les moines de Saint- Vincent ne les mirent pas à l'aibri de toute contestation.
(1) Au pouToir actuel de l^argent , cette somme équivaut à 2820 fr.
(S) De simples particuliers faisaient souvent des dons assez considérables aux monastères, comme Guillaume dont il est parlé dans cette charte. — Notum fieri volô sancte Dei Ecclesie fidelibus tam presentibus quam fùturis, quod egb Willelmus, cognomento 06^oenu5,orationisgratia corde ethabituperegrini Jérusalem, si Dominus annuerit, adiré disponens, unam masuram terre sitam prope sancti Pavatii ecclesiara... monachis sancii Vincentii do.., f Signum Ârnaldi episcopi, signum Ascelini abbatis...— Biblioth. impér., ancien fonds latin, n» 5444 , carta zxT.
498 HISTOIRE DE i/ÉGLTSE DU MANâ.
Hildebert Payen étant devenu majeur et maître du château de Montdoubleau , entreprit de faire casser le contrat, accordé par ses parents , et aur[uel il avait expressément consentk Les moines arrêtèrent ses poursuites en lui donnant quarante livrée de deniers, monnaie'du Maine, et un cheval des plus beaux , estimé dix livres. Cet accord fut conclu vingt à trente ans plus tard, au temps que Ramnulfe était abbé de Saint- Vincent (1). Comme Tagricullure n'était nulle part aussi florissante qiie sur les terres des monastères, les chevaliers recherchaient de préférence les chevaux qui y avaient été élevés. On trouve dans les cartulaires du Maine au moyen âge beaucoup d'exemples qui confirment cette remarque.
La famille de Oellème, qui avait rétabli l'abbaye de Saint-Vincent, lui continuait sa protection. Yves de Bellême, évêque de Séez', avait donné à ce monastère les églises de Courgains (2) et de îlarcilly (3) , dans THiémoîs, au diocèse de Séez ; Roger de Montgommery et Mathilde sa femme, nièce du prélat, confirmèrent les dons de lem* oncle (4). Un membre de cette illustre famille, dont on verra plus tard d'autres dons pieux, Gervais', confirma à l'abbaye de Saint-Vincent la viguerie de Sarcé (5) et le droit de chasse dans le bois dit de Saint-Vincent. C'était un don de larchevèque Gervais, que son neveu renouvelait (6). Sous la prélature de Kaynaud, Tabbaye reçut encore les églises de Saint-Longis et de Vezot (7) , ou au moins de nouvelles confirmations' pour ces propriétés. Nous nous bornons à ces dons plus considérables , saiis entrer dans
(1) D. Martène, Ampiiss, coUect.^ t. I, col. 482.— D. Mabilloa, Annales 0. S. fî., Append., t. VI , p. 663, edil. Luc, et lib. LIV, nuro. 12.
(2) Curia Laboris f curia Laboriosa, (^) Mardi iacus,
(4) D. Martène ^ Ampiiss. collect., 1. 1, col. 420, 498.
(5) Vicariata lerrie de Sarciaco.
(«) D. Maptène^, loe. cit., col. 473.
(7> Vezot.
le détail de ceux d'une moindre valeur. Aussi robservance religieuse de Saint -Vincent était fort renommée, et son abbé doué d'une grande prudence , vertu toujours nécessaire pour le gouvernement, mais principalement dans les drconstances dii&ciles où se trouvait lu Maine à cette époque (i).
Le successeur de Raynaud n se nommait Guillaume (2). Il fut Tun des plus illustres abbés de Saiut-Vincent, et devint ensuite Tun des plus grands prélats de TAngleterre. Né dans le diocèse de Bayeux, Guillaume était doué de qualités brillantes : un esprit vif et pénétrant, beaucoup da justesse et de solidité dans le jugement, une facilité merveilleuse à s'énoncer et à le faire avec grâce , une mémoire prodigieuse , qui fit l'admiration de tous ceux qui en éjurouvèrent l'étendue et la fidélité. Avec de si heureuses dispositions, il cultiva les sciences avec ardeur, et acquit un grand fonds de littérature sacrée et profane. Il se rendit en même temps très-habile dans l'intelligence de toutes sortes d'affaires. A tant de perfections acquises et naturelles, Guillaume joignait des mœurs exemplaires, une tempérance dans le boire et le manger, et une modestie en ses habits, que son principal historien n'a pas cru devoir oublier dans son éloge ; sans doute parce qu'elle contrastait avec le luxe de la plupart des prélats de son temps et de son pays.
Dès .sa première jeunesse, il s'agrégea au clergé de Bayeux; mais son père s'étant fait religieux en l'abbaye de Saiht-Calais , il fut touché de cet exemple, et s'engagea dans le même monastère par la profession monastique. Bientôt son mérite, joint à sa ferveur et à son ex'actitude à s'acquitter des devoirs de son état, lui frayèrent la voie aux charges de priem^ en second , puis de grand prieur,
(1) Compendium hist. sancti Vincentii, Ms.
(%) Noas avons suivi presque uniquement eu cet endroit VHistoire littéraire de la France, t. VIII , p. 433-437, et un article de la Biograr phie universelle de Michaud , par M. Lécuy , t. LXVI , p. 261.
auxquelles il fut élevé tour à tour (i). De Saint-Galais , il passa à Saint-Vincent du Mans, dont les moines Télureùt pour leur abbé , vers Tan 1075. Cette nouvelle dignité lui donna occasion de faire paraître ses rares talents en un plus grand jour. Le Pape et les rois de France et d'Angleterre en ayant connaissance , lui accordèrent leur estime et leur amitié. Ils le voyaient avec plaisir à leurs cours; tant ils étaient charmés de son éloquence et de sa sagesse.
Guillaume le Conquérant, qui avait souvent éprouvé Fhabileté de Tabbé Guillaume dans les affaires les plus épineuses, Tappela en Angleterre; et Tévêché de Durham étant venu à vaquer, il en fut pourvu par le roi le 9 novembre 1080, et fut sacré le 3 janvier suivant. Thomas^ archevêque d'York, assisté de tous les évê(jues de l'Église anglicane, en fit la cérémonie, à laquelle le prince assista en personne. Pour plus grande preuve de son estime et de sa confiance, le monarque chargea le nouvel évêque de maintenir le repos public dans tout le royaume.
L'Église de Durhàm avait besoin d'im pasteiu» aussi vigilant et aussi zélé que Tétait Guillaume; Walcher, noble lorrain, que le Conquérant y avait préposé en 4072, avait été tué dans une émeute populaire , le 14 mai 1080. Égelwin, prédécesseur immédiat de ce prélat , était mort dans la prison à laquelle il avait été condamné pour être entré dans une conspiration contrôle roi Guillaume, en 1071. L'état du diocèse tout entier était déplorable. Notre abbé de Saint-Vincent travailla efficacement à remédier à tant de maux, et commença par rétablir dans sa cathédrale les moines qui la desservaient originairement. On sait que depuisTépoque de saintGrégoire le Grand et de saint Augustin apôtre d'Angleterre, toutes les cathédrales de ce pays étaient desservies par des bénédictins, et que cet usage persévérait encore en plusieurs jusqu'au temps de Henri VIII.
(1) Guillaume de Malmesbury suppose que notre prélat fut abbé de Saint'Calais, et nou de Saint -Vincent. Mais son autorité doit céder a celle deTurgot. historien de TÉglise de Durham, gui avait exercé la charge de prieur de Durbam sous l'évêque Guillaume*
Guillaume augmenta les ievenus.de son Église, et en défendit les droits et immunités. Il élevisi une nouvelle cathédrale^ beaucoup plus belle que la première; mais il ne put Tachever. 11 bâtit aussi un monastère, qu'il prit soin d'enrichir de livres et d'ornements sacrés.
L'autorité dopt il jouissait sous le règne de Guillaume le Conquérant, il la conserva quelque temps sous celui de Guillaume h Roux, son successeur-; mais ayant été accusé faussement d'avoir trempé dans la conjuration d'Odon , évêque de Bayeuxet oncle du monar^Jue , il fut chassé de son ËgUse. Il se retira alors en Normandie, où le duc Robert l'accueillit, non comme un exilé, mais comme s'il eût été son propre père , et lui accorda dans ses états le même crédit qu'il avait antérieiu'ement en Angleterre. Guillaume fut rappelé en 1091, après deux années d'exil, et-rétabli danâ les bonnes grâces du roi.
Soit qu'il craignit de perdre encore la faveiur du prince, ou qu'il fût entraîné par l'exemple , il tomba dans un éciieil qui ternit sa gr^gidé réputation. 11 fut l'un des plus • ardents et même le chef des évêques d'Angleterre , qui, pour plaire au roi, abandonnèrent saint Anselme dans la lameuse assemblée de Rockingham en 4095. Toutefois il se réconcilia si parfaitement dans la suite avec son primat^ que dans la inaladie mortelle qui le saisit à Windsor le jour de Noël de la même année , Anselme fut celui de tous les prélats qu'il consulta plus volontiers sur ses besoins spirituels. On vit de nouveau en cette occasion combien Guillaume était estimé de tout le monde. Aussitôt que son état fut connu, les uns coururent à lui pour profiter encore ^de^ses avis, les autres pour tâcher de lui procurer quelque soulagement. 11 édifia tous les assistants par les sentiments de piété et de résignation qu'il fit paraître jusqu'au dernier moment. Il mourut le 2 janvier 4096.
Guillaume a laissé quelques ouvrages; on n'en connaît plus que deux : un Hecueil de lettres aux moines qui desservaient sa cathédrale, écrites pendant son exil. 11 en re^te i|n fragment ci^ jpar Turgot^ prieur de Durham^
dans son histoire. Un manuscrit cobservé dans les areliives (leTéglise de Durham , contient une lettre de Guillaume adressée aux mêmes moines. Peut-être est-ce le même ouvrage (jue le précédent. Le second porte pour titre: Opus Wilhebni de sancto Carilephtp , de triennio exUii m. n est conservé manuscrit dans la même église. On présume que c'est une apologie du prélat contre les accusations qui avaient causé son exil.
Cet ouvrage n'est pas le seul litre qui témoigne de la reconnaissance que Guillaume conserva envers labbayede Saint-Calais : dans les anciens monuments de ll^lifle d'Angleterre, il est nommé Guillaume de Saint-Galais (1). fl prouva d'une autre manière encore le souvenir filial quTl conservait au cloître qui l'avait formé à la piété et aux sciences ecclésiastiques. Sur ses instances et sur celles de Samson, qui était son chapelain et trésorier de Bayeux, le conquérant de la Grande-Bretagne expédia , en Tanliée 4082, une charte datée de Dontonam\ pour Tinîr le monastère de Cloveneham (2), en Angleterre, h l'abbaye deSunt- Calais, au diocèse du Mans (3).
Tous lés monastt^res du diocèse n'eurent pas des bbm* mes aussi distingués que l'évéque Guillaume; mais presque tous jouirent d'une véritable prospérité sous l'épiscopat d'Arnaud. L abbaye de Saint-Georges-des-Bois reçut pour ainsi dire une nouvelle vie , vers l'année 1075, parla piété du jeune Bouchard, comte de Vendôme, ainsi que noos l'avons rapporté plus haut. Il est vrai que le. prieiuré de Houssay, qui dépendait de l'abbaye de la Trinité de Vendôme, eut à souffrir de grands dommages de la bi*utalité des serviteurs de ce même Bouchard, qui venait de confirmer solennellement les privilèges de cette abbaye. Peu de
(1) Anglia sacra, t. I, p. 704.
{%) Ciovenhamense cœoobium. in pago Uncoloensi , cella lancti Karilepho apud Cenomaucnses.
(3) Du^dale, Monasticon anglicanum^ 1. 1, p. 155. — Journal hisUn rique de Verdun, 1760, octobre, p. i78. — Cfr. Gallia christianà, t. XI,
AKNAIID.- 303
temps après, ses veneurs, parcourant la forêt de Gastines , entrèrent dans le prieuré, le mirent au pillage, et y passèrent la nuit en orgies et en excès de tout genre. L'abbé porta ses plaintes au jeune comte, qui défendit à ses gens , sous les peines les plus sévères, de commettre à Ta venir aucun dégât sur les terres du monastère (!).
En même temps, le Pape saint Grégoire VII nommait l*abbé Oderic cardinal du titre de Sainte-Prisque , et plusieurs seigneurs manceaux rivalisaient de générosité envers le monastère. Robert le Bourguignon, ce puissant seigneur de Sablé dont il sera encore question, accorda en 1077 à cette abbaye lepast de cent porcs dans sa forêt de Brien (2). Guy III, sire de Laval ^ dit le Jeune ou le Chauve, lui donna Je prieuré de Saint-Laurent-des-Ermites, à Ahuillé , fondé primitivement par Tun de ses ancêtres (3). Il confirma à Tabbaye du Ronceray d'Angers le presbytère d'Avesnières, donné par Guéiin.deSaint-Berthevin (4). La charte est datée de Tan 1080. Il fit aussi des dons assez considé^ables aux abbayes de Saint-Serge d'Angers et de Mar- -bioutier.'Ce dernier monastère était toujours l'objet de la dévotion spéciale des seigneurs de Laval. Hamon, "père de Guy III, y fût enterré en 1080; et sonlîls y reçut aussi la sépulture en 1095.
• On accuse cependant Guy III d'avoir trop souvent obéi aux basses suggestions de l'avarice , et d'avoir vendu très-cher toutes les concessions qu'il faisait aux religieux. Esclave des caprices de sa seconde femme, Cécile, que des historiens font sortir de la maison de Mayenne, il reprit quelqueibis par violence ce que la piété de ses ancêtres avait donné
(1) L'abbé "Simon, Histoire de Vendôme yt. II.— De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois y ^.3i\0.
(4) Ménage, Histoire de Sabié, part. 1, p. 173.
(S}. En 1777 ce prieuré était estimé 500 livres selon Cauvin , et 850 selon Le Paîge. — "Bourjoly, Mémoires sur Laval , t. l, p. 131.
(4) ... Dedlt monialibus sanctrc Dei genilricis Mariae presbyteriiioi ecclesis Avenariaî.-- Calvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. S7. — Cartularium beaiœ Mariœ Caritatis Andeg., n« M«.
304 HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MANS.
aux monastères. Les religieuses du Ronceray elles-mêmes se virent coùtraintes de lui accorder une somme considérable^ pai'ce que- Guy. II, son atfeul et -son prédécesseury avait comblé leur monastère de ses pieuses libéralités (I). Cfuy eut une lille nommée Hiltrude, qui fut prieure d'A vesnières, et depuis abbesse du Ronceray ; elle réunit son prieuré à Tabbaye. De son temps Tévêque Arnaud visita le prieuré d'Avesnières, et il y fvit reçu avec de gjrânds honneurs par Guérin de Saint-Berthevin , Oranie de Laval sa femme, et par le seigneur d'Anthenaise. Il confirina cet établissement en présence des personnages qui viennent d'être désignés, et de plusieurs autres, comme Hoël^ doyen de Saint-Julien, Engerbert, chantïe, Hubert, doyeù rural, plusieurs chanoines, Bernard, prieur de l'abbaye d'Évron,et quelques seigneurs (i\. Ce fut surtout Tabbaye d'Évron qui fut victime des passions cupides de Guy III. On ignore les noms des abbés qui gouvernèrent à *cettê époque le monastère; mais il est constant que la discipline la plus régulière y était en vigueur. Le seigneur de Laval s y transporta Vers 1080, et contraignit les moines à lui rendre la terre de Sainte-Marie , avec les autres biçus donnés par ses aïeux. Lorsque le fier baron s'en allait comme en tiMomphe, il se tourna vers l'église, parlant avec irrévérence de la sainte Vierge, "qui en est patronne. Il fut saisi à Tinstant d'une violente tiouleur qui lui tint le cou dans la position où il était tourné, sans qu'il Ini fût
(1) Hoc iterum notum ficri Yolumus, tam futuris quam presentibus, quod costumas de suis hominibus jam dudum concessas , quas monialibus sancie Marie de Avenariis dominus Guido uxorque ejus Ceciiia injuste abstulerant; rnrsus omnino in perpetunm concessenint... Câ^mi^' larium fi. Mariœ Caritatis Andeg, , nos 363 et 364. r- Cfr. Bourjoiy, Mémoires sur Laval , 1. 1, p. 131. — VArt de vérifier les dates ^ t. XIII, p. 110.
(2) Ernaldus, episcopus Genoman., ad Avenarias venit, et receperiint eum Garinus de Sancto Bertivino et nonne, curamque iilius fece^ runt... hoc audienint et viderunt : Huellus S. Juliani decanus , Engerbertuis cantor, Hubertusdecanus... Cartularium B. Mariœ Çari taHs Andeg, ^ n« 365. — Bourjoly, loç. cit,, p. 131 et 1^2^
possible de le faire revenir à sa situation naturelle. Guy, voyant dans cet événement une punition du Ciel, revint au monastère, sincèrement repentant de sa faute : il rendit aux religieux ce qu'il venait de leur enlever, et fut guéri par les prières de Tabbé. Guy. éprouva néanmoins un violent torticolis chaque fois qu'à ses jurements il associa Dieu, la sainte Vierge et les saints. La tradition ajoute qu'au moment de sa première punition, il fit vœu de bâtir une ctapelle à Tendroit où il se trouvait. On la montre sur le chemin de Saint-Ghristophe-du-Luartà Evron. Onnomine encore cet édifice chapelle du Torticolis ou des Hermandières; elle est petite et se termine en rond-point, mais Mins aucun caractère déterminé d'antiquité (1).
Les yiolences du baron de Laval envers les serviteurs de Weu furent imitées par d'autres seigneurs , et surtout par G^flfroy m de Mayenne. Ce personnage, si célèbre à divers titres dans l'histoire du Maine, entreprit de ravir Téglise de Chahaignes au prieuré de Saint-Guingalois de Château-du-Loir. Après la ruine de la collégiale fondée jaœ Févêque Gervais, le chapitre de Saint-Guingalois ne parvint pas à se relever entièrement. Toutefois il y avait encore onze chanoines entretenus par les revenus de la collégiale ; mais ce nombre paraissait insuflBsant pour maintenir la régularité dans la célébration de l'ofiice divin, et d'ailleurs leur condition était malheureuse, parce qu'ils n'avaient recouvré qu'une minime partie de leur dotation première. Gervais, neveu de l'ancien évêque du Mans du même nom , étant devenu le chef de la maison de Château-du-Loir et possesseur d'une trèsgrande fortune, songea aussitôt à relever l'une des plus belles fondations de sa famille. Gervais était d'ailleurs un seigoeur rempli de piété , et qui en donna plusieurs fois des marques significatives. Il comprit tout d'abord que le meilleur moyen de venir au secours de cet établissement
(1) Gerault, Notice historique sur Évron, p. 12. — VArt de vérifiei^
les dates, t. Xili, p. 110. — Maucourt de Bourjoly, Mémoires histori'
tjues sur Laval, 1. 1, p. 181 et 182.