III
354 HISTOIRE DE l'ÊOLISE DU MANS.
en vint à mépriser un caractère sacré et toujours respeo* table, même dans les malheureux qui le déshonorent. C'est ainsi , fait remarquer le chroniqueur contemporain qui rapporte ces faits dont il était témoin , que les chanoines, hommes en général très-religieux, voulant corriger im abus d'autorité commis par Tévêque , faillirent renverser non-seulement leur propre pouvoir, mais encore toute TÉglise dans notre cité (4).
Après environ quatre mois d'absence , Hoël revint d'Angleterre , et voyant que les factieux s'affermissaient de plus en plus dans le crime, il leur adressa des lettres monitoires. 11 leur ordonnait, en vertu de son autorité épiscopale, de rentrer aussitôt dans l'ordre et le devoir, ou de s'abstenir désormais de célébrer les offices divins. Dans le nombre des rebelles, il s'en trouvait plusieurs qui n'avaient été entraînés dans le parti que par faiblesse, et qui, entendant la voii de leur évèque condamner si énergiquement leurs déao^ dres, auraient désiré revenir dans le sentier-de la soumission. Mais, comme il arrive presque toujours, les plus fougueux l'emportèrent; les violences eurent leur cours ordinaire, et l'interdit dénoncé par le prélat ne fut pas observé. Ceux qui eussent souhaité rétracter leurs démarches commencèrent par protester de leur bonne intention ; puis , la crainte les entraînant, ils violèrent eux-mêmes l'interdit.
Hoël donna en cette circonstance un exemple bien frappant de la douceur qui était le trait caractéristique de son esprit : dans un siècle où les prélats faisaient un usage si jfréquent de l'excommunication, il ne voulut pas user de ce remède extrême > avant d'avoir envoyé aux séditieux des personnes respectables, chargées de leur porter de nouvelles invitations à la paix. Il crut qu'il était de son devoir do pasteur d'user des mêmes voies conciliatrices à l'égard du comte Hugues. Le prélat lit choix pour cette députation de deux diacres qui jouissaielit auprès du peuple d'une estime méritée, et dont il connaissait le
(1) D. MabiUon, Vetera amUcta, p. 298-295.
HOEL. 3^
dévouement à sa personne; le premier était Ottoù, fils de Bavinsinde, et le second , Radulphe de La Barre (\). Ces envoyés ayant été reçus au Mans, trouvèrent les esprits disposés à les écouter; par des paroles insinuantes, ils vinrent à bout en peu de temps de se rendre maîtres absor lus de la position et de calmer la multitude, toujours fticile è entraîner» Le peuple, qui avait fermé les portes delà ville à son évoque, qui avait chassé les clercs plus dévoués à sa cause, commence alors à reconnaître hautement et faute et à la détester; il comble d'éloges ceux qu'il n'a pu souffrir dans ses murs il y a peu de semaines. En même temps, par un effet tie ces réactions subites qui ne devraient jamaissurprendre, tant elles sont fréquentes en ces circonstances, la multitude se prend à niaudire les ohefs de la faction auxquels elle a si aveuglément obéi jusque alors. Vociférant contre Hilgot et ses satellites mille inaprécations, elle leur reproche hautement des crimes et des infamies dont ils ne sont pr.pbablement pas tous Coupables; elle exagère les déprédations que beaucoup ont commises sui* les domaines de l'Église et de l'évèché. Dans son effervescence , le peuple veut aussitôt en finir «vec la tyrannie, il se porte en tumulte sur la demeure d'fiilgot; les uns brisent ou enlèvent les portes, d'autres enfoncent les fenêtres, d'autres enfin montent 3ui' le toit et le renversent à terre : le désordre électrise cette fouljB populaire, et la maison est mise à sac. Tout ce que cette populace rencontre lui est bon; elle s'empare de tous les meubles, qu'elle emporte dans ses maisons avec une joie fWhétique et des airs de triomphe. Telle est la justice du peuple I Heureusement les cris que poussait l'émeute en se rendant à la maison d'Hilgot, l'avaient averti de chercher son salut dans la fuite. Il se déroba effectivement nvec ses amis; et cette précaution épargna de nouveaux crimes à la populace (â).
{{) harra. Le diocèse renfermait plusieurs terres seigneuriales de ce nom. Gfr. Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 46. (S) D. MabiUon, Vetera analecta, p* m (Bt 906.
Tandis que ces choses se passaient dans la THle, Ottoi^ et Radulphe , aj-r^s avoir échauffé la multitude et lui avoine: imprimé l'ébranlement par leurs exhortatijons , s'étaient, rendus au palais de l'évêché occupé par le comte fiugùes^ ^ et ils.étaient entrés en pourparler avec lui. Ils continuaient^^ à négocier, lorsque Ton vint apporter au jeune comte 1^^ nouvelle de Témeute. Il se montrait peu disposé à écouter^ des propositions tendant à un accommodemeiït et à 1^^ réintégration du prélat dans la cité; saisissant alors rocrrr casion qui s'offrait, il refusa d'entendre aucune conditionr^ï et renvoya les deux parlementaii-es , sans rien leur avo»^ accordé. Telle fbt Tinfructueuse issue de cette démarclL^.
Elle n apporta aucun soulagement à la situation d'Eo&; elle lui prouva seulement que le temps n'était pas encore arrivé pour un changement de fortune. Décidé à attendre une conjoncture plus favorable , il se résolut à aller demeurer dans quelque monastère de son diocèse. Aucim ne lui parut offrir un séjour aussi sûr et aussi commode que le prieiu*é de Solesmes. Voisin de Sablé, où une partie du clergé du Mans s'était retirée , ce monastère olBSrait un asile exempt de toute inquiétude par la protection de Robert le Bom'guignon, ami de TÉglise et de Tévéque fugitif. D'ailleurs ce prieuré, où florissaient Tobservance de la règle et toutes les vertus monastiques, était sous la dépendance de Tabbaye de la Couture et de Tabbé Juhel , dont le dévouement au parti normand était bien avéré (4).
Sans calculer les chances de leur démarche , les moines de Solesmes accueillirent avec empressement Tévèque Hoël avec toute sa suite. De ce moment le prélat établit sa chaire dans la modeste église priorale. Tl y consacra le saint chrême le jeudi saint , y officia pontificalement aux solennités pascales, et y tint le synode diocésain aux fêtes de la Pentecôte. On voyait des processions continuelles arriver de toutes parts au monastère ; et le village de Solesmes, selon l'expression des anciens chroniqueurs,
(1) Vid. supra, p. 321 et suiv.
HOEL. * 38t
semblait être devenu une ville , par le nombre de ceux qui accouraient donner à Tévêque fugitif des marques de sympathie et de vénération (1). Des personnages du plus haut rang arrivaient fréquemment au prieuré de Solesmes; Robert le Bourguignon se distinguait par son. assiduité. Rannulfe , abbé de Saint -Vincent, après avoir donné asile pendant quelque temps à Hoël dans son monastère^ partageait son exil et habitait aussi le prieuré de Solesmes. C'était un saint prélat , sur lequel nous aurons à revenir (2).
Les démonstrations de la piété du peuple envers son éyêque irritaient d'autant plus ses ennemis, qu'elles devenaient de jour en jour plus éclatantes. Le mécontentement ne s'apaisait pas dans là ville ; et cette classe moyenne qui vit de commerce et d'industrie , commençait à éprouver les efifets funestes de l'éloignement du prélat, aussi bien que le bas peuple. En effet, les solennités de l'église cathédrale attiraient autrefois une foule de pieux visiteurs', qui déposaient d'abondantes aumônes et faisaient fleurir les différentes branches du négoce. Ces sources de prospérité avaient été taries par l'éloignement du prélat et .du clergé fidèle. On û'osait pas même venir prier près de la châsse de saint Julien , dans la crainte de communiquer avec les schismatiques qui s'étaient eniparés de son église. Cette situation painit intolérable , et des murmures violents se firent entendre de nouveau. La haine du peuple ne s'était d'abord manifestée que contre les prêtres de la Action d'Hilgot , premiers auteurs des maux dont il souffirait; mais comme Hugues les avait soutenus, et qu'il avait communiqué avec eux par haine, jpour le parti normand ,
(1) Divertit in \icum, quem vetert vocabule Sokmnas.appellant : ubi monàfîhi sancti Pétri sub cella regulari degentes ipsi' ejusque sociis dttvolo affecta hospitalitatis gratiam tribuerunt. D. Mabillon , Vetera analecta , t. lU , p. 297.
(î) D. Martène , i4mp/i«<s. collect., 1. 1, col. 440 {ç).^ Mémoires pour servir à V histoire de V abbaye de Saini-Vincet}t, Ms., Biblioth. du MaaSi ja9 91, p. 53.
358 HISTOTEB DE l/il&US^ DU MANS.
le comte fut bientôt confondu dans la haine qu'on poi tait aux prêtres rebelles, et se vit au moment d'être euvi Joppé dans la vengeance qui grondait sur leurs tâtes. n'y avait qu'un seul moyen de ramoner la tranquillité^ et l'abondance dans la ville; après avoir pris eonseil de^ ^ principaux membres de la commune , Hugues fit démarches auprès de l'évéque. La paix fut bientôt conclue et Hoël s'empressa de rentrer dans la ville avec soa cl Leur retour au Mans fut un véritable triomphe. Ce le 28 juin, veille delà fête des saints apôtres Pierre Paul, qu'il eut lieu; une multitude immense, deto^u/ âge et de tout sexe, accourut plus d'une lieue aunlévaii/ du prélat. Il fut conduit , au milieu des chants et Aeg démonstrations de la joie publique, jusqu'à l'abbaye de k Couture, où il lit sa première station. Il y logea et 7 célébra solennellement la fête de saint Pierre et saint Paul.
Dès le soir de cette grande journée, les clercs qui avaient continué , malgré l'interdit , de célébrer lès officfli divins dans l'égUse cathédrale, et qui étaient sous le pdidi de l'ej^communication depuis le jour deMa Pentocôts, vinrent se présenter devant l'évèque ; chacun apportait un livre qu'il offrait en satisfaction ; et ils demandaieot publiquement et avec larmes le pardon de leurs fautes. Hoël les reçut avec bonté , il ne put retenir ses larmes, les embrassa tous successivement, et les encouragea & faire pénitence. Le lendemain le prélat se rendit à l'église cathédrale; tous les moines de la Goutm'e et une immense multitude l'accompagnaient. Le clergé de toute la ville vint le recevoir en chantant des hymnes et des cantiques; et la joie dont la population était remplie éclatait de toutes parts (1).
Hoël fit paraître beaucoup de douceur ; mais il n^ontra £iussi une juste fermeté. Le doyen Gervais, da^ns l'élection et l'installation duquel il s'était passé plusieurs chbses contre les prescriptions canoniques , fut exclu à jamais
(1) D. Mabillon, frétera analecta, t. UI, p. Î97.
du dfrgé dfi la cathédrale. Le comte Hugues lui«mâme« ea réparation des torts qu'il avait causés à TÉglise , fut contraint de reconnaître des droits d'immunité assez importants. S'étant rendu au chapitre de Tabbaye de la Couture avec Geryais son conseiller, en présence de Juhel, abbé du monastère, d'Herbert de la Suze, d'Aubry de MUesse et de plusieurs autres personnages de distinction, il fut convenu que désormais le palais épiscopal et ses dépendances , tout le cloître de l'église , la terre de Coulaines et celle de la Mue seraient exempts de toutes sortes de rédevances à l'égard du fisc. Pour donner plus de solen-' ôité à cette concession, ou plutôt à cette réparation, on fit W^e procession autour de l'église , du cloître et du palais épiscopal, en répandant de l'eau bénite; puis, l'acte fut lu publiquement en présence des chanoines , des moines de la Couture et de tout le peuple, et consenti par Iq comte et ses conseillers (i). Il est remarquable que dans oet accord le nom de Geoffroy de Mayenne , l'âme du parti du comte Hugues, ne se trouve pas prononcé. Telle fut la fax de tous ces démêlés, qui se terminèrent le 30 juin de raimée 1090 (2). . ^
Le parti du comte Hugues demeura désormais sans force et dépourvu de ses principaux appuis. Le prince luimême devint un objet de mépris ; ce qui le porta à abdi-^ quer une autorité tout à fait précaire. Il céda son comté h $on cousin Hélie de la Flèche , pour une somme de dix mille sous d'or (3) , et abandonna le pays pour retourner eo Italie» Là il vendit à Foulques, son frère , ses prétentions sur divers états que le marquis Aïzon , leur père , avait cédés au même Foulques. En 1097, il fitlaguerrq conjointement avec Foulques, contre Welphe, duc de Bavière , leur frère consanguin, touchant la succession de
(1) Livre Blanc^ noi78.
Ï!) D, Mabillon , Votera analecta , p. 298. — D. Bouquet , t. XII , (8) Àa pouvoir actuel de Targuât, cettQ somme équiTaut à $82000 fr.
980 HISTOIBE DE l'ÉOLISE DU MANS.
leur père. Il est probable qu'il quitta de nouveau lltali^ pour revenir en France , et qu'il est le même que Hûgue^ le Manceau, qui, s'étant fixé dans TAuxerrois, yacqui*-^, plusieurs terres , nommément tfelle de Saint-Vrain , ei^ épousant la fille du seigneur, nommée Béatrix, et travail!à en envahir d'autres. L'histoire conterùporaine des év(^5 ques d'Auxerre rapporte plusieurs entreprises (|ue Hugues le Manceau contre cette Église. Il lui enleva dîmes d'Oisy, qu'il faisait valoir comme son propre biec:^* et ce ne fut pas sans de grandes peines que l'évéque Hur^l baud vint à bout de l'engager à s'en dessaisir. A Cône , oô il avait un domaine, il usurpa la seigneurie qui appartenait à la même Église , et s'y maintint avec le secours des comtes de Blois et d'Anjou contre les armées du roi de France , du comte de Nevers et de l'évéque d^Autun^ qui étaient venus l'y assiéger. Il céda enfin aux censures ecclésiastiques prononcées contre lui par le vénérable Hnmbaud. L'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre eut aussi à se plaindre d'un château qu'il avait bâti sur la terre d'Annay , dépendance de ce monastère. Il avait épousé en premières noces Héria, fille de Robert Guiscard, duc de la Fouille et de la Gâlabre , et il fut excommunié par le Pape Urbain II pour l'avoir répudiée (1). Hugues vivait encore en Tannée 1131.
D'après les conventions stipulées entre le comte Hugues et Hélie de la Flèche, ce dernier reprit le gouvernement du Maine; mais Robert, duc de Normandie, se mit d'abord en devoir de le déposséder. Soit indolence , soit amour de Téquité , bientôt il consentit à lui accoinler la paix. Leur réconciliation fut sincère , comme la suite le montrera; et le Maine jouit de huit années de tranquillité (2).
(i) Orderic Vital , HistoiHa ecclesiastica, lib. VIII, p. 684.— D. Bonquel, t. XII, p. 545, 639, etpassim. — LeBeuf, Mémoires sur Vhistoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, t. I, p. 279 , 282 , et passim (2« édilj. — VArt de i)érifier les dates ^ t. XIII , p. 96 et 97.
(î) VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 97.
HQEL. 3iM
SUITE DE L^ÉPISCOPAT d'HOEL.
Sauit T\es de Chartres délivré de captivité par la médiation d*Hoêl et rintercession de saint Julien. -> Dédicace de Téglise cathédrale. -^ Restauration de Saint-Pierre-de-la-Cour. — Prospérité de Tabbaye de la Couture sous Tabbé Juhel.'— Prieurés de Bernay, Neuvy,, Sainte Mars de Ballon , Saint-Corneille de Tennie , Saint-Martin des Biards ; confraternité entre la Couture et Marmoutier. — Abbaye de Saint- 'Vincent; prieurés de Saint-Flaceau au Mans , Notre-Dame de Vilaine, Saint-Ouen-des-Ponts à Ballon , Saint-Calais-du-Désert , Saint-Désiré de Champagne. — Dons de la famille de Juillé. — Le comte Hélie accorde à Tabbaye la juridiction sur le faubourg de Saint- Vincent. -^ U défend les droits de Saint-Vincent et de la Couture contre Robert le Diable, de Bdlême. — Abbaye de Saint-Calais ; le .vénérable Ébrard. — Prieurés de Saint- Victeur, Saint-Gilles du Pont-de-6ennes , Saint-r If daine à Laval, Saint-Ouen à Milesse , Saint-Pierre à Parné, Saint- Pierre -FEnterré,, et autres dépendants de Tabbaye de Saint -Aubin d'Angers. — École de la cathédrale du Mans. — Hildebert de Lavar-r din,le chanoine Badulphe, les doyens Guicher et Geoffroy.— Geoffroy
' de Mayenne. ^ Geoffroy de Saint- Alban. — Les grammairiens Hubert et Bernard. — Le vénérable Hervé.
Le clwgé du Mans fit un noble usage de la tranquillité que le ffouvemement du comte Hélie- garantit au pays. Les travaux de Téglise cathédrale avaient été interrompus p^idant la tourmente; ils furent repris avec une nouvelle ardeur ; et Tabside fut entièrement terminée. Une reste plus rien aujourd'hui des ouvrages exécutés par Hoël; mais on peut facilement en connaître le caractère d'après le style architectonique de la fin du xi« siècle, et par les monuments de la même époque qui subsistent encore présentement dans le diocèse du Mans.
Tandis que ces travaux s'avançaient avec rapidité, le roi de France Philippe I*' donnait à toute l'Église un scandale que la grossièreté des mœurs rendit trop fréquent pendant les siècles du moyen âge. Après avoir répudié la reine Berthe, il enleva à Foulques le Réchin^ comte d'Apjou,
HISTOIRE DE l'ÉAUSE DU MANS.
sa femme nommée Bertrade, fille de Simon de Montfort^ et Tépousa publiquement. Il espéra couvrir son crime en engageant plusieurs évêques à se trouver présents à la solenuité des noces. La plupart refusèrent de s'y rendre, et murmurèrent hautement; les autres plus politiques gardèrent le silence, et quelques-uns par lâcbeté entro^ prirrat de justifier la conduite du monarque (i), HofiL semble s'être rangé à Tavis des .premiers. Mais de toui le& prélats de la France , celui qui jouissait alors de la plus grande considération , était saint Yves, évèque deCharlxes^ et c'était lui aussi que Philippe désirait le plus vivement compromettre dans l'affaire de son prétendu mariaget U ne réussit pas dans cette entreprise ; non-seulement Yves refusa de se trouver à la cérémonie des noces, mai« il blâma hautement Tentreprise du roi, dans des lettres à diverses personnes; il écrivit au prince lui-même avec une vigueur digne des évêques des premiers siècles , laiis sortir néanmoins des bornes du respect dû à la majesté royale (2). C'était en 409^; et ce zèle apostolique coûta la liberté au généreux prélat. Hugues , seigneur de Puisst et vicomte de Chartres, se saisit de sa personne etrenfenoa au château de Puiset même, pour tâcher de l'abattre et faire par là sa cour au prince. Yves n'en devint que plus ferme; et Dieu ne le laissa point sans consolation dans la captivité. Guillaume de Ros, abbé deFécamp, entra autres, le visita par ses lettres , où il le félicite de soutTnr pour la même cause que soutinrent autrefois Ëlie et Jeao* Baptiste. Les Chartrains formèrent le dessein d'aller déli* vrer leur évoque les ai'mes à la main ; mais le pacifiqufi prélat, averti du projet, arrêta le coup par uue lettre admirable (3), Le Souverain Pontife Urbain II écrivit |^ l'archevêque de Reims et à ses suffragants pour laur ordonner d'excomomnier Hugues de Puiset, La teneur
(1) D. Bouquet , t. XII , p. 227-630, S80, et passim.
(2) fUffn , l. Xïl, p. ?3.
(9) l^pUtql9i W, — D. ftowquet, l. X, p. 8$.
glaça lew OourAge. Mais révoque du Mans ne se laissa i^tii^ider par aucune crainte , et agit si efficacement^ qu'L réussit à procurer la liberté au saint ëvêque de Chartres. Dans une- lettre toute remplie des plus vives expressions de sa reconnaissance et des plus beaux sentiments de piété, saint Yves attribue surtout aux prières d'Hoël la liberté qui lui a été rendue. Il reconnaît aussi en être redeva&le à la puissante intercession de saint Juliejî, pre* mier évêquç. du Mans, pour le culte duquel il montra toigours un très-grand zèle , comme nous le rapporterons bientôt (1). .
Cependant le mariage ijlégitime du roi fut bénit par révêque.de Senlis, en présence seulement de l'arcbevêque de Rouen et de Tévêque de Bayeux. Ce dernier était la célèbre Odon , que nous avons vu engager Robert , duc de Normandie, son neveu, à faire la conquête du Maine, et CQmmander lui-même un corps d'armée dans cette expé^ dition. Sa vie est toute remplie de semblables traits (2). Pour prix de sa lâche complaisance , ce prélat reçut de la part du roi les revenus de Tévéché du Mans ; toutefois il ^t peu probable qu'il les ait jamais touchés. Mais il jouit pendant un certain temps des biens attachés à plusieurs églîçes du diocèse (3),
Cependant les travaux de l'église cathédrale furent terllûnés dans l'été de 1093. On songea à faire ime nouvelle dédicace , accompagnée de la translation des reliques de aaint Julien et des autres serviteurs de Dieu dont on conservait les glorieuses dépouilles dans l'ancienne basilique. Pour rendre cette solennité plus imposante , Hoël invita rarchevéque de Tours Raoul et les autres prélats compro- Yinciâux. Il écrivit aussi à d'autres évêques, et beaucoup sq l'çsadii'Wt h son invitation. Toutes les parties du diocèse
(i) Sancti Yvonis Camotensis opéra ommOy epist. xix, xxi, xxiii et xxy. — Baronius, Annales ecclesiqstici ^ ad an. 1095, r^uip. 16, 17 6(18. — -^ IjSi^be, Cqnciiiq, t. X, col. 46$.
()} Galiîq christiana, i. XI, col. 358.
(8) Hermi^nt, Histoire de Bayeux, p. 180 et 148.
envoyèrent une foule de pieux fidèles , et les' Églises voisines même fournirent leurs déput<^s. Le nombre des pèlerins fut tel, que les vieillards a£Brmaieat n'avoir jamais vu une aussi grande réunion de personnes de tout rang et d tout âge. La solennité s'accomplit avec toute la pom possible , le 17 octobre de cette année i093 (1).
La basilique nouvelle fut dédiée, selon la tradition qu remontait au temps des Apôtres et à saint Julien, en Fhon neur de la vierge Marie et de saint Pierre , puis égalemen des saints martyrs Gervais et Protais et du saint ce seur Julien (2). C'est ainsi que l'Église du Mans se mo trait fidèle à ses plus anciens souvenirs , que no verrons consacrés plus d'une fois encore par des m festations non moins solennelles.
L'éclat de cette fête fut relevé , comme nous Tavo dit , par la translation des reliques de saint Julien. .On d regretter de ne pas voir à cette cérémonie le saint évôqi.
de Chartres; lui-même en éprouva une peine très- se: gible , comme il le déclare dans une lettre à Hoël. Celi ci", connaissant la grande dévotion de saint Yves po" l'apôtre du Maine , l'avait invité de se rendre à solennité de sa translation ; mais la lettre fut remise prélat pendant qu'il était encore dans les fers. Dans réponse , il presse Hoël de lui accorder quelques reK< de saint Julien ; il exprime le regret de voir que le cu" de ce saint confesseur n'est pas répandu dans la Belgique autant qu'il le désire, et il promet de travail! de tout son pouvoir à le propager dans les Églises de pays. Il se propose môme de venir en personne au recevoir les reliques qu'il espère obtenir, et rendre ^^^^ hommages à saint Julien (3). On n'a plus la réponse 5^^*-^ fit Hoël à cette lettre ; il est très-probable qu'il accorda
(1) Vetera analecta^ t. III, p. i9d et 300.
(2) Ibidem , p. 53, 74, 321, et passim. — Baluze, Miscelianea, t Hi p. 14. — Officia propria insignis Ecclesiœ Cenom:, p. 55 et ^6.
(8) Sancti Yvonis Carnotensis opéra omnia, part. II, p. If ,
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saint éyèqiie la grâce qu'il sollicitait , et que c'est à cette époque que la cathédrale de Chartres s'enrichit- des reliques de saint Julien qu'on y vénère encore aujourd'hui.
Dans le même temps, l'église collégiale de Saint-Pierrede-la-Cour fut rebâtie par le comte Hélie de la Flèche. Le temps et les guerres l'avaient presque ruinée. Le comte Hélie apporta tous ses soins,, aussitôt que son autorité ftit aflfermie , à la restaurer .complètement. On reconnaît çncore aujourd'hui dès parties antérieures à cette restauration*; mais les secours du comté n'en étaient pas moins nécessaires pour prévenir une ruine entière (i). Guillaume le Conquérant était intervenu plusieurs fois dans les affaires du chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour, sans doute en qualité de fondateur. On le voit obliger Normand Ribolè, doyen de cette église, à donner à Richard, panetier de ce prince, le fief du Mont -Greffier, à ceiiaines conditions, entre aiitres celles de présenter chaque année le samedi saint un cierge de dix livres, et de procurer un homme de guerre chaque fois qu'il sera nécessaire de livrer bataille pour défendre les intc^rèts de l'Église et du chapitre (2). Dans une autre cii^constance , Guillaume donna au chapitre de Saint -Pierre l'emplacement d'une TÎeille toiu* située au-devant de l'église, une partie des Ibssés et des miu's de la ville, avec droit de voirie et autres coutumes (3). Des personnes de toutes les classes faisaient des fondations dans cette collégiale , ou témoignaient kur 8]^pathie par d'autres, moyens. Toutefois, les chanoines avaient assez souvent à se défendre contre les envahissements des séculiers. Vers la même époque une contestation VéAiàydi entre le chapitre de Saint-Pierre et les officiers de W cour du comte Hélie. Ceux-ci prétendaient avoir
(1) Savflre , Mémoires pour servir à Vhistoire du chapitre royal de Saint' Pierre-de- la-Cour, Ms. — Guillois , Vies des saints du Maine , t. lî , p. .305. — Richelet , Le Mans ancien et moderne, p. 95. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 170.
(S) Pièce» justificatives , n» xxiv.
(8) Bilard , Analyse des documents historiques, etc., n* 25,
366 HISTOIRE DE L^ÈOrUSR DU MANS.
droit rie faire assister les chanoines aux sépultures de tous les membres de leur famille. De leur côté ,.les chanoiiîeg, qui soutenaient le contraire , prouvèrent par serment que la coutume de leur Église leur donnait droit d'assistei^ seulement aux sépultures du maître panetier^ du îualtre échanson et du maître cuisinier , de leurs femmed et de leurs enfants, si ceux-ci mouraient dans la maison pl^e^ nelle. De cette manière le débat Alt terminé (i).
Le cotnte Hélie se montra constamment le protecteur zélé de la collégiale fondée par ses ancêtres. 11 favorisa aussi les abbayes de Saint-Vincent et de la Couture. Dans ce dernier mônaétère , Tdbbé Juhel , après être parve^nà dominer les difficultés qui avaient d'abord entravé son gouvernement, jouit d'une ère de prospérité. Il était né au diocèse d'Avranches, au comté de Mortain, de Hlluslre famille d'Astins ou Asting, d'origine danoise (2). Cèfte famille, longtemps célèbre en Normandie, s'y est éteinte; mais elle s'est conservée en Angleterre : on connaît eùtfc autres la fin tragique du grand chambellan de ce nom, qui , après avoir trempé ses mains dans le sang^ de son prince, fut décapité en 1483 par ordre de l'usurpaleitf qu'il avait servi (3). Juhel embrassa, dès sa jeunesse, la vie monastique dans l'abbaye de la Couture. La pratique delà vertu et l'étude des lettres furent ses plus vives passions, et il y fit de rapides progrès. Après qu'il eut été élevé à là dignité d'abbé , il écrivit une relation des miracles opérfe à Angets par l'intercession de saint Nicolas. 11 raconte que Geoffroy Martel, comte d'Anjou, fils du premier fondateur de l'abbaye de Saint- Nicolas, y déposa ime partie dès
(1) Pièces justificatives, n® xxxvi.
{t) Wace, dans le Roman du Roux , dit :
Hastinz i vint primicrement , Ki fist maiut povre et maint dolent ; Compainz è mestre fu Bier, Ke l'en clamont Coste-de-Fer.
(3) On ignore si Foulques d'Asting , élu éfêque de UsietH dani te xiii* siècle , ai^partenait à la même famille.
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reliques du saint patron , qu'il avait reçues de rempereUr Hetuî le Noir. Ces reliques renouvelèrent à Angers la dévotion envers saint Nicolas ; et c'est ce qui donna lieu aux ipiracfes que Juhel prit soin de recueillir. Pour rendre son travail plus complet, Tauteur raconte toute la vie du saint ëvêque de Myre (i)i Les miracles opérés par saint Nicolas dans la capitale de TAnjou réveillèrent aussi la piété des Manceaux envers ce grand thaumaturge; et ils lui consctcrèrent plusieurs églises et chapelles.
Hénoch , fi^re aîné du comte Hélie , après avoir porté quelque temps les armes, se consacra à Dieu dans Tabbaye de la Couture (2). A oétte occasion, le* comte lit don au itiodastère de la terre de Liminier (3). et de la moitié du domaine de BoifFart (4). La prospérité de Tabbaye se manifesta encore par les |)rieurés qu'elle fonda, comme celui dfe Bernay (5), près de Vallon. Patrice de Chaources, ayant tué par une rencontre fortuite Geoffroy, fils de Geoffroy de Brûlon,, fut condamné à se dessaisir entre les mains dû p^l^ du défunt de la propriété et seigneurie de Féglise de Beniay, de son cimetière, autel, dîmes, et autres bénéfices qu'il possédait en cette paroisse. Geoffroy de Brùlon et sa iémme Mathilde les remirent aussitôt aux moines de la
(1) L*dttYrage de )uhel n'a pas été imprimé. Il était conservé dans la MMibtbèqUe de Saint •Qermain-deS'-PréB , sons le n" 470 » et portait ce titra : « Miracula sancti Nicolai, scripta a Johele monacbo sancti Pétri fU C^ltura apud Cenomanos ,■ et abbati sancti Nicolai Andegavensis obiata I quia ea miracula Ândcgavi contlgerunt. » Vid. D. Mabillon , annales 0. S. //., lib. LXI , niim. 5. •— Ibidem, lib. XV, num. 88. — D. Rivet, Ëhtoirê littéraire de la France, t. VIlî, p. 444.
(I] Oditbert, autre frère du comte H61ic, et également son aine, déposa ttisn Iw ftrtnes pour entrer dans un monastère; lesbistoriens ne désignent pas lequel, mais on sait que ce fut à la Couture. — Orderic Vital, Historia eccles., lib. X, p. 768. — D. Bouquet, t. XII, p. 670.
(3) Liminarium. — Ne s'agit-il pas ici de Limiers, hameau de la commune de Vigny, département du Loiret?
(4) Boiffàrt. — La charte a été publiée par D. Luc d'Acbery^ Spiùllegium, t. YII, p. 190.
(5) Bemerium,
368 HISTOIRE DE L^ÉaLISS DU MANS.
Couture , qui s'engagèrent à chanter mille messes pour le repos de Tâme du mort, reçurent un moine gratuitement, firent des aumùixes> et enfin inscrivirent le nom du défunt dans le Nécrologe de Tabbaye, pour être rappelé» tous le& ans au jou^ de son anniversaire , à VofiBce de Prime, après la lecture de la Règle de saint Benoit. Les parents du défunt, comme bienfaiteurs deTabbaye^ furent adnusà une participation plus particulière des mérites et des prières de la communauté (1).
Tandis que la religion étouffait dans Tâme de Geoffroy de Brûlon tout ressentiment pour la mort d'un fils, Odsn de Montfaucon;^ oncle du jeune Geoffroy, se chargeait d'en poursuivre la vengeance. Juhel et les moines de la Cour ture, informés des divisions qui allaient éclater entre ces deux familles, parvinrent, à force de prières et de dénuffches, à lesremettre en paix (2). Déjà ces puissantes maisons avaient témoigné leur affection pour la Couture en <Mérentes rencontres; Patrice de Chaources s'y était fait moine peu de temps auparavant, et ces nouveaux services durent resserrer encore les heus de Taffection mutuelle. Aussi peu de temps après un autre Patrice de Chaources donna au nouveau prieuré une terre située à Bemay, et reçut vingt livres de deniers (3) de la main des moines (4).
Après plusieurs années ce même seigneur, partant pour le pèlerinage de la terre sainte , se présenta avec Hugues son fils dans le chapitre de la Couture, et ils se recommandèrent tous deux aux prières de la communauté. Hugues ronfinna tous les dons faits par ses ancêtres aux religieux du monastère, et ceux-ci chantèrent trois cents messes pour le père et pour le fils, comme l'avait demandé Hugues de Saint-Cèlerin en mourant. Ce même Hugues de Chaources, étant devenu maître de ses biens ^ fit un don
(1) Compendium hist. Cuit,, Ms.
(î) Ibidem.
(3j Au pouvoir actuel de Targent, cette sonnne équivaut à 11264 fr.
(4} Bistoria Ctdturœ , Ms.
HOEL. 369
éonsidérable à Tabbaye de la Couture^ et reçut en échange un cheval (1). Dans toutes ces donations^ TévêqueRoël intervint soit pour les conseiller, soit pour Jes confirmer de son autorité. Les moines signataires appartenaient presque tous aux premières familles du pays : tant TalUance était intime entre le château et Tabbaye.
La famille de Chaources donna une nouvelle preuve de générosité envers la Couture peu de temps après. Foulques, fils de Hunauld, fonda l4 prieuré de Saint -Martin de Neuvy (2), en abandonnant aux itioines Téglise, la moitié du cimetière et quelques fonds de terre^ Patrice de Chaources, de qui relevaient toutes ces propriétés, s'empressa d'en confirmer la possession au monastère. Quelque temps après Téglise de Neuvy ayant été détruite par un incendie, le fondateur conféra de nouveaux droits au monastère^ pour réparer ses pertes. Enfin ce même Foulques embrassa la vie monastique à la Couture, et fit aux moines un abandon complet des biens dont il ne leur avait jusque alors donné que la moitié; ajoutant toutefois cette clause^ qu'ils ne jouiraient de cette concession qu'après la mort dé sa femme, qui serait aussi enterrée à la Couture et aurait une part spéciale aux prières des religieux. Suivant Tusage, le prieuré de Neuvy s'enrichit peu à peu par deâ acquisitions et des dons successifs, pour lesquels l'abbaye eut beaucoup de procès à soutenir. Ces difficultés se tanninèrent presque toujours par des accommodements, éBSiR lesquels les religieux cédèrent (^elques objets d'une iraleur plus ou moins considérable.
Un membre de la famille de Chaources, nommé Hugues, fonda en même temps, en faveur de la Couture, le prieuré
(i) Pièces justificatives, n<>xxxYii.
(2) Sanctus Martinus de Novo vico désigne- 1- il réellement Neuvy, comme le pense Cauvin? Ne désigne-t-il pas plutôt le Bourgneuf-la- Forêt qui a toujours été sous le patronage de saint Martin , et où Ton Toit encore un ancien prieuré ? Neuvy, au contraire, semble avoir toujours été sous le patronage de saint Laurent.
370 HISTOIRE DE h'ÈaU8^ DU MANS. '
de Saint-Mar$ de Ballon (i). Par sa charte ^ il aoeordam moines de ce monastère le bourg situé près de son cht* teau de Ballon, avec toutes ses dépendances^ et si quelqu'un de ses chevaliers ou autre personne veut donjoer on vendre aux religieux des terres dépendantes de son fief, il ratifie d'avance ces dispositions (â). Le comte Hélie, prié de confirmer ces dons , y consentit volontiers. Yen le commencement du xiii* siècle, les religieux. du prieurfde Saint-Mars construisirent une égUse remarquable par » majesté et son élégance. Elle subsiste encore entière aujourd'hui. La cure de Saint-Mars, imie au prieuré dès Torigine , en fut séparée vers les premières années dn xv** siècle ; elle resta cependant toujouj*s à la présentatitm de Tabbé de la Couture (3).
Hubert Ribole et Gersende, sa femme, furent retenus longtemps en captivité par le roi d'Angleterre : ils endurèrent dans leur exil des maux aussi longs que croels; mais ils souffrirent en chrétiens; et^ reconnaissant la main de Dieu qui les châtiait pour leurs péchés, ils firent vœu de fonder un prieuré s'ils recouvraient la liberté. Leurs prières furent exaucées; et alors , sur les exhortations de l'évéque Hoël , ils donnèrent à l'abbaye de la Couture l'église de Saint-Corneille de Tennie et ses dépendances, presbytère , cimetière , (limes et prémices. L'évoque Hoël et le comte Hélie s'empressèrent de donner une charte pour approuver cette fondation; elle fut signée par le doyen Geoffroy, l'archidiacre Hildebert et plusieurs seigneurs (4).
(1) Sanctus Medardus de Balladone. — Sanctus Medardus ftrope castrum Ballonii.
(2) La donation est faite en présence de Hugues de Laval , Geoffroy de Thévalle, Guillaume de Glatigné et autres seigneurs.
(3) Compendium histortœ abbatiœ sancti Pétri de Cultura , Ms. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 223, et passim. — Le Gorvaisier, p. 387.— Le Paige, t. Il, p. 282. — Aubry, Ballon, p. 179 et suiv.
(4] Pièces justificatives , n9 zxxviii.
QOEL. 374
On verra dans la suite les développements que prit ce prieuré^ et aussi les luttes qu'il eut à soutenir.
Nous avons parlé des différends que Tabbaye de la Couture avait eus avec celle de Marmoutier^ à Foccasion des prieurés de Saint-Martin de Laval et de Saint-Nicolas de 'Sablé. Oq a vu que les religieux de Marmoutier furent presque constamment vainqueurs. Du temps de Tabbé Barthélémy, Taffaire entre Saint-Martin et Notre-Dame-de- Prix ^vait été portée devant Guillaume le Conquérant; ce prince jugea en faveur dé Marmoutier^ mais il conseilla cependant au saint abbé d'ofirir une somme d'argent; BÛrthélemy proposa mille sous^ monnaie du Mans(l); mais les religieux dé la Couture refusèrent absolument cette offre. Dans le procès pour Solesmes et Saint-Nicolas^ il y eut aussi une compensation promise; et les choses i^tèrent en cet état tant que vécut Tabbé Barthélémy, Bernard lui ayant succédé^ les prêtées recommencèrent* Peu de temps après son élection^ cet abbé ayaiit été obligé 4'aUer à Saint-Calais redemander Salomon de Lavardin^ moine de Marmoutier, qui avait quitté sa profession, était iieilitré dans le monde , et s'était mis sous la protection de Févéque Hoël, Bernard et Juhel se rencontrèrent dans Fahbaye de Saint-Calais; Tévôque du Mans s'y était rendu ^plement, et probablement aussi plusieurs autres per- 90DQag<BS ecclésiastiques^ pour juger la cause de Salomon. V^vdque, trouvant l'occasion favorable, invitales abbés h, tmxûner leur affaire à l'amiable ou par un jugement. Bernard offrit mille sous, monnaie du Maine, ou la même Yttleur en ornements d'église ; il se montra du reste disposé à plaider ^i les religieux de la Couture préféraient ce parti: ceux-ci refusèrent l'un et l'autre; et l'affaire demeura indécise jusqu'en i 094, que les deux abbés s'étant trouvés à Sablé , le premier dimanche après l'Epiphanie , terminèrent tous lem's procès en se cédant différents objets dont le détail serait fastidieux, de telle sorte néanmoins que les
(1) Cette somme équWaut à 28S00 fir. ée notre moimiiè.
37^ HISTOIRE DE l'ÉOUSS DIT XAKS.
concessions des religieux de Marmoutier étaient beaucoap plus considérables que celles des religieux de la Coutore. Pour cimenter de plus çn plus cette paix , l'abbé Bernard promit à Juhel et à ses successeurs, qu'aussitôt que Fon counaitrait leur trépas à Marmoutier, on réciterait Toioe des morts à neuf leçons, et qu^on célébrerait le lendemain une messe solennelle en chapes ; qu'on donnerait le même jour aux pauvres tout le pain et le vin qui reviendraient du réfectoire, et que chaque religieux prêtre célébrerait une messe basse. L'abbé de la Couture s'engagea aux mêmes services , dans son monastère , pour les alÂés de Marmoutier. Bernard promit encore que lorsqu'il viendrait à mourir quelque religieux de la Couture on célébrerait pour lui une messe solennelle à Marmoutier, chaque prêtre en célébrerait une basse , et Ton donnerait ce join> là aux indigents tout le pain et le vin qui viendraient da réfectoire. Les religieux de la. Couture s'engagèrent à faire pour dix religieux défunte, ce que ceux de Marmoutier promettaient de faire pour chaque moine du nionastère manceau(l).
Dès le commencement de son administration, l'abbé Juhel engagea ses frères Gautier et Baoul d'Astins à fidre une fondation en faveur de son monastère. Ils lui donnèrent l'église de Vezins et toutes ses dépendances (2). Guillaume des Biards, comme seigneur suzerain, confirma le don et ajouta de son chef quelques libéralités. Telle fut 1 origine du prieuré de Saint-Martin des Biards (3) , au diocèse d'Avrauches, dans le comté de Mortain. De bonne heure ce prieuré acquit une assez grande importance ; ses revenus étaient considérables, et une communauté florissante le desservait. Ses annales offrent des récits d'un grave intérêt; nous en donnerons ici quelques traits en
(1) D. Mabillon, Annales 0. S. B , lib. LXIX, nura. 58.— D, Martène,
Histoire de l'abbaye de Marmoutier, Ms.
(2) Gailia christiana, t. XI, col. 476, Instrum., col. 107, 108.
(3) Sanctus Martinus de Biardis,
fiôËL. 373
anticipant un peu les clates. Vers l'année H 80, Guillaume Avenel, qui avait épousé la fille aînée de Robert des Biards, partit pour la terre sainte avec son fils, et laissa •sa femme et sa seconde fille, nommée Avoise, à son château des Biards. Pendant Tabsence de son père , Avoise fut séduite par un ménestrel que sa mère avait hébergé. Pour comble de malheur, le retom* imprévu de Guillaume Ayenel ne permit pas qu'on le prévînt de ce qui avait eu lieu ; et le malheureux père , apprenant la honte de sa fille, fut saisi d'upe. telle colère, que celle-ci épouvantée courut se précipiter par-dessus les remparts de la forteresse. C'était durant la nuit; un ange la soutint par ses vêtements. Au pied des mm^s était un précipice de cent cinquante pieds, au fond duquel coule une rivière; Avoise évita miraculeusement le gouifre et tomba sûr un monceau de paille qui se trouvait au bord , sans autre mal que la perte du fruit de son péché. La meunière du lieu, qui aivait été sa nourrice, la recueillit secrètement, et la conduisit ensuite à Mortain, chez une ancienne domestique de sa famille , où elle resta longtemps cachée. La mère de l'infortunée mourut de douleur, et Robert des Biards, qui venait de perdre son fils unique en Palestine , dégoûté du monde, embrassa Fétat monastique àTabbaye de la Couture. Avoise, dévorée de remords, disparut de son asile, et, déguisée en ermite, vint, sous le nom de fi:ère Guyon, se retirer dans une grotte, au milieu d'un bois situé en la paroisse de Landelle, sur le versant^opposé au château de son père, d'où, contemplant chaque jour le déchirant^ théâtre de ses fautes, elle languissait dans le jeûne et la prière (1 ).
Une main invisible déposait , chaque mois, deux pains à la porte de l'ermitage. Dix ans s'étaient ainsi écoulés ^ lorsque la renommée de la ré*cluse lui attira ia visite d'un
(1) La yesqui de raciae et mangea llierbe amerc , Totes uuis y passoit en piteuse prière, Soltrant faim, soffrant froid, son pauvre corps meurtri Sur la tefro gi^soit implorant Jesu Cbri«t.
374 HISTOIRE DE l'ÉOLISB DU MANS.
vieux religieux y qui , venant du Bfaine , avait pané k nuit au presbytère d'Hamelin. H trouva TanacbotMe n'ayant plus qu'un soui&e de vie^ et gémissant au pied d'une croix. La pénitente prie le religieux de s'aisseoir près d'elle 5 et d'écouter sa confession. Bientôt des sanglots s'échappant de la poitrine de l'uu et de l'autre^ interrompirent les révélations de la mourante. Le moine de la Coutm*e avait reconnu dans le solitaire expirant sa fille Avoise. Après avoir vei*gé ensemble des larmes de pardon, de tendresse et d'espérance en un monde meilleur, Us se séparèrent^ pour ne plus se revoir que dans l'éternité. Avoise succomba peu après; et sa famille^ instruite enfin de ce douloureux secret, fit ériger l'ermitage en chapelle sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine (i).
En 1250 Eudes Rigaud^ archevêque de Rouen ^ viâta le prieuré des Biards; son revenu était alors de deux cent vingt livres (2) , et sept religieux le desservaient. En 1459 , Guillaume de Guiton et Guyonne des Biards^ sa fenune^ donnèrent trois vergées de terre au prieiu'é. L'église dans son architecture est de différentes époques; dans la tour, qui est du xiii** siècle , on croit reconnaître, soub la figure de deux personnages allégoriques, Robert des Biards, laïque et moine. Le chœm* est du xvi* siècle; il était orné d'une belle veiTière, représentant l'histoire d' Avoise des Biards jusqu'à sa mort; cette verrière fut donnée en1S3S par Martin de Broc, prieur des Biards et de Bernay. Enfin, vers la fin du xvi* siècle , un religieux de ce prieuré écrivit en vers toute Thistoire de ce monastère (3).
En i086, l'abbé Juhel fut juge d'un différend entre les abbayes de Jumiéges et de Saint-Mesmin , relativement au
(1) M. GuiUotln , de Saint-James, a donné cet épisode en vers alexandrins.
(2) Au pouvoir actuel de l*argent , cette somme équivaut à 123904 fr.
(8) Nous avons emprunté les détails sur ce prieuré à Une curieuse Notice sur la paroisse et la baronnie des Biards y par M. Guitton de La Villebfrge.
HOSL. 375
prieuré de Dame-Maiûe (1). Il mourut vers l'an i097, avec Ja réputation d'un grand abbé. Il ne vit pas les désastres de sa famille^. qui peu de temps, après fut réduite à vivre des aumônes de 1 abbaye, et se retira à Mayet, où elle fit bfttir un château avec chapelle et moulin, auquel elle donna le nom de Vézins, qu'elle adopta pour elle-même (2).
L'abbaye de Saint-Vincent eut beaucoup à souffrir des troubles qui désolèrent le pays; elle ne laissa pas cependant dé conserver une observance exacte. L'un des premiers bienfaiteurs du mons^tère à cette époque fut le vicomte du: Maine Raoul de Beaumont. Il donna la chapelle de Saini-Flaceau (3) ; et l'abbé Rannulfe et les moines s'engagèrent à y entretenir un religieux prêtre , et à envoyer chaque ailnée, au jour de la fête du saint patron, un certain nombre de moines avec des ornements, poiu*. célébrer la solennité d'une manière convenable. Cette chapelle servait d'oratoire au vicomte et aux personnes de sa cour lorsqu'il résidait au Mans (4). Gonthier de Souligné (5) donnal'église de Notre-Dame de Vilaines-sous-Lucé, et reçut des moines la somme de soixante sous (6). Des vassaux de ce seigneur ajoutèrent quelques dons à celui de leur suzerain, entre autres Durand, dont le fils, qui n'était encore que dans les ordres inférieurs de la cléricature, voulut reprendre ce que son père avait librement donné; mais lorsqu'il fut prêtre, il reconnut l'injustice de ses prétentions et les abandonna moyennant certaines concessiiNQS de la part du monastère (7).
(1) Gallia christiana, t. XI, col. 718 et 059.
(2) Le vicomte de Giiitton , Notice sur la paroisse et la haronnie des Biards^—De son côté, la famille des Biards, au moins une branche, s^établit d^assez bonne heure dans le Maine, où elle posséda plusieurs fiefs importants à la fin du xvui® siècle. Le Paige, Dictionnaire historique dit Maine.
(3) Capella sancti Floscelli martyris.
(4) D. Martène, Ampliss. coliecl., 1. 1, col. 531 et 532.
(5) Gunhcrius de Suliniaco^ cupiens inferni tormenta vitare , et eliseî adipisci amœna, dono...
(6) Soit 1689 fr. de monnaie actuelle.
(7) D. Utkriene^ Ampliss. colleùt.y t. I, col. 533 et 534.
378 HISTOIRE DE L^éOLISE DU MANS.
Bildebert de Montdoubleau perdit l'un de ses parents nommé Herluin de Sargé (1), lequel avait poussa le dévouement jusqu'à s'exposer à la mort pour lui. Voulant témoigner sa reconnaissance , il pria Tabbé et la communauté de Saint-Vincent de recevoir un moine qui serait occupé à prier Dieu pour son parent et pour lui. 11 donna pour dot de ce religieux Téglise de Saint-Ouen-des-Ponts à Ballon^ et beaucoup d'autres propriétés, avec des droits assez considérables. Telle fut l'origine de la paroisse de Saint-Ouende»»Pontsà Ballon (2). L'abbaye de Saint-Vincent ne jugea pas à propos de fonder un prieuré à Ballon; naaiselle conserva jusqu'à la (in la présentation à la cure de Saînt- Ouen (3).
Un seigneur nommé Guillaume^ fils d'Hervé de DodcelleSy qui avait déjà donné à Tabbaye de Saint- Vincent l'église de Saint-Martin de.Doucelles^ lui concéda alors celle de Saint-Galais-du-Désert (4), avec diverses dépendances ; entre autres le droit de bâtir et de posséder libre et exempte de toute redevance une chapelle dans son propre château; et enfin tous ses droits dans Téglise de Notre-Dame du Ham (5). A la suite de plusieurs autres largesses 9 il ajoute les dîmes de son four, à la condition que les moines recouvriront de dalles en pierre les tombeaux de ses père et nière, de son frère Robert et de son cousin Guillaume (G). Les dons de Guillaume de Doucelles en faveur de Saiut-Vincent furent non-seulement confirmés , mais encore augmentés par son fils. La sépulture des ancêtres était un lien puissant entre une famille et un monastère. Le prieuré de Saint -Calais -du -Désert devint considérable en peu d'années (7). Quant à celui de
(1) SimpUciacus, Simbliciacus.
(2) Ampliss. coUect.^i. I» col. 535.
(3) Aubry , Ballon , p. 374 et suit.
(4) Sanclus Karilephus de curia Dodœ,
(5) Ham.
(6] D. Mortène» Ampliss. collect., col. 512.
(7) Ce prieuré était estimé 2000 livres peloo Caavin , et seulemeot
HOEL. 377
DouceUes,. il fut augmenté à la même époque par la générosité de Hugues, fils de Guiteme deJuillé, qui lui donna toutes les dîmes de blé et de vin qu'il possédait en cette paroisse (i).
L'abbé de Sainte Vincent fonda vers le même temps le prieuré de Saint- Désiré de Champagne (2), par les générosités des ancêtres. de Gosbert Bochet, qui donnèrent l'église et le presbytère à Tabbé Rannulfe et aux religieux de Tabbaye. Peu de temps après Gosbert Bochet , ayant hérité de ses parents , voulut reprendi*e ce qu'ils avaient donné au monastère. Pour obtenir la paix , l'abbé Rannulfe enleva cette église au prêtre qui la desservait, et la donna à Foulques, frère de Gosbert, fils des fondateurs et moine à Saint-Vincent. 11 est probable que ce don avait été la dot de celui-ci. Par cette condescendance de Tabbé, la paix fut rétablie; mais le droit fut violé; et l'on verra plus tard comment il fut relevé par la fermeté de l'abbé Guillaume (3). Le prieuré de Saint-Désiré de Champagne n'acquit qu'une inédiocre fortune (4)* Toutefois il est très-probable que les moines qui l'habitaient contribuèrent à établir dans cette localité les cérémonies du dimanche des Rameaux, dans lesquelles on reproduisait en partie ce qui se pratiquait à la procession dé l'église cathédrale (5).
Vers le même temps le vicomte Godefroy mourut, et fiit enterré dans le cloître de Saint-Vincent. Son fils, Guillaume de Braitel (6) , voulut témoigner aux religieux du monastère sa reconnaissance, et leur donna en
80.0 selon Le Paige. — La cure , à la présentation de Tabbé de Saint- Vincent , était estimée 600 livres.
(1) Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans^ p. 308.
(t) Pièces justificatives , n<» xxxviiioxlii.
(8) D. Martène, Ampliss. coliect., t* I, col. 500.
(4) Il était estimé 800 livres selon Gauvin, 828 selon Le Paige. L« cure était portée à 500 livres.
(8) Le Paige, t. I , p. 161.
(6) Braitel leniis^
378 HISTOIRE DE l'ÉOLISE DU MANS.
Tannée 4096 Tégiise de Saint-Martin de'Dangeul (1) , aveô toutes ses dépemlances , et la faculté de recevoir de ses vassaux tout ce ([u'ils voudraient leur donner. Les deux frères du donateur consentirent; néanmoins, dans la suite, les moines furent obligés d'accorder à Tun d'eux un<^val et une somme assez considérable (2).
La maison de Juillé (3) était Tune des principales de la province du Maine.au xi« siècle. Elle se distinguait par la faveur qu'elle accordait à Tabbaye de SainIrVincent; ansâ plusieurs membres de cette illustre famille y 'revêtirent Phabit monastique. De ce nombre furent Witeme de Juillé et Hubert son fils. Après la mort de celui-ci, Witeme engagea Robert, autre fils du défunt, à faire quelques dons au monastère ; et ce seigneur donna Téglise d'Assé-le-Boisne (4), le cimetière et Téglise dé Saint-Paduin (5), les dîmes de vin dont il jouissait à Fresnay (6), toutes celles qu'il recueillait dans la forêt de Pail (7). Il avait déjà donné ce qu'il possédait dans Téglise de Saiut-Léonard-des-Bois(8)', et. le cimetière du même lieu. 11 confirma à Tabbaye Téglise de Béton (9), ainsi que des dîmes sur la paroisse de Sainte- Marie-d'Assé (10) , le cimetière de ce lieu et d'autres dons moins considérables (11). L'abbaye fut redevable à d'autres parents de Witerne de Téglise de Piacé(i2),de possessions à Juillé, à Doucelles et sur le Mon t-de-la-Garde près de Courgains (13). La plupart des dons offerts par la famille de Juillé à Tabbaye de Saint-Vincent relevaient de la seigneurie des vicomtes du Maine. Ceux-ci se montrèrent constamment les protecteurs dévoués du monastère. Vers Tan 1095, Raoul II, vicomte du Maine, seigneur de
(1) Domniolus, — Donnarium.
(2) Amplis s. coliect.f t. I, col. 661.
(S) Juliacus, Cfr. Cauvin, Géographie ^ etc., p. 856.
(4) Aciacus. — (5) Sanctus Paduinus, — (6) Fra/emiactt*. — (7) P«/.
(8) Sanctus Leonardus de Nemore, — (9) Beto,
(10) Sancta Maria Aciaci.
(11) D. Martène , Ampliss. collect.^ t. I, col. 561 et 565. (lî) Piace, •- (18) Doce; Mons Custodiœ,
£eauniout , Sainte-Suzanne , Montreveau , le Lude , ayant épousé une sœur de Guy II de Laval, vint à Tabbaye de Saint-Vincent à la prière de Hugues de Juillé et de Guil* laume de Doucelles^ et il accorda la confirmation de ce que ces seigneurs et leurs ancêtres avaient donné au monastère. L'abbé remit entre ses mains un livre enrichi d'or et de pierres précieuses; et Raoul le déposa sur Tautel qui était dans le chapitre, en signe de la concession qull faisait [i).
Dans le même temps, Tabbayede Saint-Vincent eut à défendi'e ses droits sur Téglise de Saint-Pierre du Lorouer contre les chanoines de Saint-Zilinius (2). L'affaire fut portée devant la cour de Tévèque. Les moines ayant démontré qu'ils étaient depuis plus de quarante ans en jouissance paisible de ce bénéfice, il leur fut assm'é en vertu de la prescription. Le jugement fut rendu en présence de Tévêque Hoël, des abbés Éhrard de Saint-Galaiô, Girard de Saint-Aubin d'Angers et Girard de Saint-Maursur-Loire , de Guillaume Ribole, Godefroy Vesoz , Herbert de Maule (3) et Bernard de Sillé. Les juges furent le doyen du chapitre Geoffroy, les trois archidiacres Hildebert, Godefroy et Mulotus , et tous les chanoines de Saint-Julien» Ce jugement > qui nous fomrnit des renseignements assez ourieux sur la forme des tribunaux ecclésiastiques au xi« siècle, fut rendu en l'année 4095 (4).
L'abbé Rannulfe et ses religieux veillaient avec soin au maintien des droits de leur monastère , pom* les défendre des attaques que la violence des temps rendait si fréquentes. Dès les premiers mois du gouvernement du tomte Hélie , ils lui représentèrent les dommages que
(1) D. Martène, Ampliss, collect,, 1. 1 , col. 565. De annuitione rerum quas dederat Robertus vicecomes.
(2) Ecclesiam de Laboratorio çalumniati sunt canonici sancti Zilinii. — D. Martène , Ampliss» coUect., t. I, col. 562.
(3) MauHa,
(4) D. Martène , Ampliss, collect.^ t. I , col. 56S.
Tabbaye avait souiï'erts pendant qu'il assiégeait la-forteresse bâtie par Guillaume le Conquérant sur le Mont- Barbet (1). Les premières représentations ne produisirent aucun résultat; mais enfin le comte, touché des vertus qui se pratiquaient dans Tabbaye , plus encore que de la justice avérée des réclamations présentées par les moines , consentit à leur accoi*der une indemnité , et il leur donna la juridiction entière sur tout le faubourg de Saint-Vincent. D exigea en retour un anniversaire pour son père, un autre pour sa mère, et un troisième pour lui-mèine. Dans ce diplôme , daté de Tan 1093, le comte Hélie rend un éclatant témoignage à la piété des religieux de Saint-Vincent ; on y voit aussi combien la justice exercée par les moines était plus douce que celle des autres tribunaux : la flagellation et les autres peines afflictives , si multipliées dans les siècles du moyen âge , n'avaient pas d'application dans les tribunaux religieux, (2).
Robert, prince de Normandie et comte du Maine, avait accordé à l'abbaye de Saint-Vincent une exemption entière des décimes et des droits de transport sur le territoire de son château de Fresnay (3). Quant au comte HéCe, il donna dans une autre circonstance aux abbayes de Saint-Vincent et de la Couture une marque signalée de son dévouement et de sa protection. Pour venger les droits de ces monastères, il prit les armes contre un puissant voisin, son parent. C'était Robert de Bellème, surnommé le Diable. Ses violences contre l'évêque de Séez , Serlon d'Orgères , et contre les monastères qui avoisinaient ses terres, l'ont rendu célèbre dans l'histoire ecclésiastique de nos contrées, n se présente à la postérité comme l'un des hommes les plus féroces de ces temps-là. Il était surtout détesté des seigneurs manceaux : en l'année 1091 , ils se liguèrent
(I) MonsBarbaitM,
{%) D* Martène, Ampliss, colieci,, t. î, coL 544. — D. Mabilloili Annales 0. S. B,, t. VI, Addit,, p. 578, edit. Luc. (S) D* Martène, Ampliâs, coilect,^ 1. 1 , dol. 568.
avec les ennemis particuliers du comte du Perche, dans le dessein de le contraindre à leur laisser désormais la paix. Le comte de M ortagne , Bernard , seigneur de la Ferté- Bernard, Guillaume, seigneur de Sillé- le -Guillaume, Robert Giroye , seigneur de Saint -Généré', Payen de Hontdoubleau , Rotrou, seigneur de Montfort-le-Rotrou , et Henri, fils de Guillaume le Conquérant devaient l'attaquer chacun de son côté. Robert ne fut point eflrayé de cette ligue; son ^uîtivité fut sur le point de la déjouer : il se présenta subitement devant le château de Saint-Céneré, et fit le dégât dans les environs de la place. Ce lut le signal d'une guerre sanglante, qui dura plus de trois mois, et pendant laquelle les seigneurs de Mayenne et de SiUé-le- Guillaume principalement livrèrent au pillage tout le Passais et rAlençoïmais soumis à la puissance de Robert de Bellême. De son côté, le terrible baron n'épargna aucune des vengeances qu'il put exercer : il parvint à g'emparor du château de Saint-Céneré; il abandonna tout au pillage , et ce qui restait fut livré aux flammes (1). Pour construire les forts dont il couvrait ses frontières, il levait sur les monastères de Saint-Evroul, de Saint-Martin de Séez, de Troarii, ainsi que sur plusieurs prieurés dépendant de nos abbayes ou situés dans le diocèse, des sommes exorbitantes; et lorsque leurs vassaux refusaient de se rendre à ses demandes pour les travaux auxquels il lui plaisait de les employer, il pillait et ruinait entièrement leurs maisons. Il voulut s'emparer de l'évêché de Séez; mais Serlon l'excommunia, et l'évêque du Mans, les autres évêques voisins et les moines élevèrent la voix contre Toppresseur de l'Église. Robert en conçut une haine plus acharnée encore contre les moines, les clercs, et en général conti'e tous ceux dont la fidélité lui était suspecte. Les vassaux de la Couture et de Saint-Vincent avaient surtout lieu de se plaindre ; Robert de Bellême fit bâtir sur les
(1) Orderic Vital , Historia ecclesiastica, lib. YIII, p, "jdÇ, çt passim. r^ D. Bouquet, t. XII, p. 655, et passim.
389 HISTOIRE DE l'iAUSË DU MANS.
terres de. ces deux abbayes des forteresses^ entre autres celles de Saosne et de Saint-Remy-du-Plain. Inpapables de se défendre par eux-mêmes contre un si redoutable a4ver* saire >les religieux implorèrent le secours du comte Bélie^ dont ils connaissaient le dévouement pour l'Église. Avant d'en venir à la voie des armes , Hélie essaya de fidre des représentations qui ne furent pas écoutées. Il leva ensuite des troupes , et marcha contre Robert. U le surprit dans une position désavantageuse; et quoique inférieur en forces ; il le défit ^ après un combat acharné^ près du roifrseau de Hiolt ou Hiolet^ dans un lieu que la traditicA désigne au nord du bourg de Dangeul. Pour couvrir le Maine de ce côté^ le comte Hélie fit ensuite bâtir le cb^ teau de Dangeul , et y mit une forte garnison; c'était en 1092. Mais ces précautions ne sufiBrent pas pour arrêter les entreprises du comte du PercbOy comme nous le dirons dans la suite (i).
Les faveurs prodiguées par tant de bienfaiteurs à Tabbaye de Saint^Vincent étaient la juste récompense des mérites de ses habitants. L'abbé Rannulfe P' (2) remplissait l'idée d'un prélat accompli. U s'est rendu illustre par son savoir, sa piété ; son zèle apostolique. On lit en effet dans l&Lwn des fondations de son monastère, qu'il annonçait souvent au peuple la parole de Dieu , qu'il allait visiter les malade, entendait les confessions des clercs et des laïques,
(1) Is jamduduin in Cenomanico consulatu castra violenter in iUimm rure construxit, in possessionibus scilicet S. Pétri de Cultura et 8. Viihr centii raartyris , quibus colonos graviter oppressit : quod probus cornes compcricDS Helias , non ut ignavus segre tulit , eique cum suis super Riolci rivum in territorio Soonensi , et in nomine Domini , invocàtô S. Jttliano Pontifice, pugnavit< Orderic Vital , Historia ecclesiastica^ iib. X , p. 768 et 769. — D. Bouquet, t. XII, p. 669. — Bry, HUtoin du Perche, p. 89, et passim.— Odôlant Desnos, Mémoires historiques sut Alençon , t. 1 , p. al 2 et suiv. — Historia Culturœ, Ms. -- Mémoires pour servir à l'histoire de Saint- Vincent, Ms. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe, t. H , p. 191. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 335.
(9) 11 est aussi nommé Raymond II.
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e| rivalisait de zèle pour travailler à la conversion des pécheurs avec les solitaires qui alors coramençaient à parcourir nos diocèses de Touest de la France (1). Intimement uni à Tévêque Hoël, il le suivit dans son exil, et se retira au prieuré .de Solesmes (2). Rannulfe se montra^ comme ses religieux, toujours attaché au comte Robert ^ qui avait été leur bienfaiteur; et cependant ils forcèrent le comte Hélie de leur accorder son estime et sa protection (3), ' ' Les autres monastères du diocèse , sur lesquels on ne possède pas de mémoires aussi complets que sur les abbayes dé Saint- Vincent et de la Couture, paraissent cependant s'être maintenus dans le même état de ferveur et de prospérité. Celui de Saint -Calais fut gouverné successivement par deux abbés pendant Tépiscopat d'Hoêl; le premier se nommait Hugues; il tint peu de temps Tadininistration, ayant été enlevé par une mort rapide. Le second était le vénérable Ebrard (4) , Vuu des hommes les plus éminents de la fin du x\^ siècle par les exemples de sainteté qu'il donna à TÉglise. La négligence des écrivains de son temps, ou la perte des monuments, a privé la postérité des renseignements que Ton désirerait sur un aussi grand serviteur de Dieu. On doit au vénérable Guibert, abbé de Nogent, son contemporain et son parent, la connaissance du petit nombre de fait^ que nous allons rapporter (5). Ébrard fut Tun des plus grands seigneurs de son temps; il était comte deBreteuil, vicomte deChai;'tres et seigneur du Puiset. U eut deux frères , Gualeran , qm posséda le comté de Breteuil lorsque Ébrard quitta le
(1) Mémoires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint- Vincent , Ils., p. 53.
(t) D. Martàne, Ampliss. collect.^ 1. 1, Itol. 4i0.
(3) Mémoires, etc.
(4) Ébrard ou Evrard.
(5) Venerabilis Guiberti, abbatis ëancta Mariée de Novigeato, Optra omnia, edit. D. d'Achery, p. 463, 464, 586. — Patrologie^ t. CL VI, col. 850-859; 1068. — D. Bouquet, t. XII, p. 286 ot S87. --<P, MtbiUpn, Annales 0. S. B., t. V, p. 70. ,
38i HISTOIRE DE l'ÉGLISE J)U MANS.
monde (i), et Hugues, qui fut après lui vicomte de Chartres et seigneur du Puiset; ce baron disposait d'une si grande puissance, que le roi de France eut beaucoup de peine à le réduire (2). Ébrard fut élevé comme on avait coutume d'élever les jeimes seigneurs de sa .qualité; on Texcita à l'amour des plaisirs, ties divertissements , des richesses et à tous les désirs de l'ambition. Il était bien fiiit de sa personne , et tout lui souriait dans le siècle; mais son àme était aussi difforme que son extérieur était brillant. U suivit le torrent du monde , aima le luxe et les honneurs avec frénésie , et se précipita dans toutes sortes de vices. Il marchait dans la voie large qui conduit à la perdition, lorsque Dieu leva le bandeau qui couvrait ses yeux. Les réflexions qu'il fit sur l'état de son àme l'amenèrent bientôt à reconnaître qu'il n'avait travaillé qu*à se perdre et à perdre les autres. Dieu lui ayant inspiré un vif désir de son salut, il résolut de ne rien épargner pour le mettre en sûreté, et il pensa que c'était à* lui que Jésus-Christ adresse ces paroles : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple; » et celles-ci : a Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous soulagerai. » Dans une méditation profonde de ces divins oracles, il reconnut que rien n'éloigne autant de Dieu que ce qui attache à la terre : les plaisirs , les richesses, les honneurs dont il avait été comme environné de toutes parts (3). Il résolut en conséquence de tout quitter pour Dieu , sûr de retrouver au centuple tant de richesses et d'honneurs qu'il allait fouler aux pieds. Mais comme les œuvres du Ciel demandent le secret, il ne s'ouvrit de son dessein qu'à ceux qu'il vit disposés à l'imiter. Il prit avec des amis généreux et enflammés du même désir que lui, toutes les précaùtionB pour ne plus
(1) Du Chesne , Histoire de la maison de Dreux.
(%) Suger, de Vita Ludovici Grossi , c. xviii , et passim. ->- Dom Bouquet, t. XII, p. 32, 34, 37, et passim.
(8) Vocabatur autem ipse Ebrardus, vir inter primores Francis ondedimque famosus. — Guibertus de Novigento.
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trouver d'obstacles à ses vues. Une fois la résolution arrêtée, il distribua tout son or et son argent aux pauvres; il fit aussi des dons considérables aux monastères , nonseulement des diocèses d'Amiens et de Beauvais, mais encore des provinces plus éloignées; Marihoufcier reçut la moitié de la terre de Notouville , et il est très-probable que Tabbaye de Saint-Calais eut part à ses générosités. Ébrard quitta ensuite ses habits magnifiques, se couvrit de vêtements pauvres et disparut subitement, laissant à ses deux' frères tous ses honneurs et ses riches possessions.* Le monde, selon sa coutume, blâma cette détermination, et toutefois il ne piit s'empêcher d'y reconnaître l'œuvre de la grâce et les caractères d'une âme prédestinée.
Ébrard se proposa pour modèle saint Thibaut , de rillustre maison des comtes de Champagne, qui avait donné depuis peu au monde l'exemple du renoncement le plus généreux à toutes les grandeurs et à toutes les jouissances du siècle. ÉbraM était marié, mais n'avait pas d'enfants. Jl eut soin de cacher son départ à sa femme , ainsi qu atous-ses parents. Il se déguisa en charbonnier, et s'éloigna de son pays avec les compagnons qui partageaient ses pieux projets. Ils se rendirent dans des forêts , où ils i.;- .^'oôcupèrent à faire du charbon qu'ils vendaient ensuite è^';^.\iAitosles villages voisins, évitant tout ce qui aurait pu les k - fiSre reconnaître;
Une telle vertu était trop éclatante pour ne pas donner de la jalousie au prince des ténèbres. Un jour le démon apparut à Ébrard sous la forme d'un homme d'extériemr agréable, qui, après lui avoir adressé plusieurs questions, le pressa avec taîit d'importunité de lui dire (jui il était , Cfue le solitaire, quoiqu'il se défendit assez longtemps de satisfaire à ses (]uestions , ne put s*empêchër de lui dire sous le secret : « Je suis Ébrard , autrefois comte de Breteuil , qui , comme vous le savez, ai fait assez belle figure en France; mais qui, pour expier mes péchés, me suis volontairement exilé en ce lieu de pénitence. » Il n'eut pas plutôt achevé de parler que l'esprit tentateur disparut et